fi.frTe- ANNALES DKS SCIENCES NATURELLES IMPRIMERIE DE J. TASTU, RUE DE VAUGIRAHD, N" 36. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES, PAR MM. AUDOUIN, ad. BRONGNIART bt DUMAS, COMPRENANT LÀ PHYSIOLOGIE AHIMALE ET VÉGÉTALE , LANATOMIE COMPARÉE DES DEUX REGNES, LA ZOOLOGIE , LA BOTA- NIQUE , LA MINÉRALOGIE ET LA GÉOLOGIE. TOME SECOND, < ACCOMPAGNI! DE PLANCHES I N~4°. A PARIS, CHEZ BÉCHET JEUNE, LIBRAIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE DL MÉDECINE PLACE DE L'ÉCOLE DE MEDECINE N. 4- 1824. ANNALES DES SCIENCES NATURELLES Note sur les dépôts tertiaires et basaltiques de la partie du Wirtemberg et de la Bavière , au nord du Danube. Par M. Ami Boue. Au nord du Danube , la Bavière et le Wirtemberg ne présentent que fort peu de terrains tertiaires -, néan- moins il paraît que les eaux qui ont déposé les Argiles pîastiques*et les Lignites de la Bohême , ont aussi trouvé moyen d'en former jusque dans le Bayreuth , en effet on voit à Artzberg un dépôt de Lignite à Coquilles d'eau douce qui renferme beaucoup de graines fossiles dont une espèce a été figurée par M. deSchlotheim sous le nom de Carpolithes rostratus. D'ailleurs on n'observe que des marnes de rivières semblables à celles du Rhin , comme dans la partie in- férieure de la vallée du Mein, sur le plateau d'Empfin- gen, dans le Wirtemberg, etc., et quelquefois des Tufs calcaires à ossemens , comme à Cannstadt, et plus rare- ment des calcaires d'eau douce plus anciens, comme dans le district Im Riess , à Steinhcim et à Ulm. Ces dernières roches gissent toujours comme le dépôt d'eau de la vallée du Lose , dans le fond de grands bas- Tome II. —Mai. 1 (fi) sins jurassiques, qui communiquaient probablement au- trefois avec le grand bassin tertiaire sud de la Souabe et de la Bavière *, ainsi dans le Riess , on les trouve dans une grande cavité jurassique traversée de plusieurs pe- tites rivières. Les limites de ce dépôt y sont environ Manheim, Wemdingen , OEttingen, Fremdingen, In- gelspot, Wallenstein , Nordlingen , Eglingen , Amèrdin- gen , Deggingen et Héroldingen , et il est évident que la Werniz qui se jette à Donaulventh dans le Danube occupe Je fond de l'ancien canal d'écoulement des eaux de ce bassin , et il est tout naturel que cette rivière l'ait approfondi. Les calcaires d'eau .douce de ce district sont par petits amas plus ou moins étendus, ou bien ils s'élèvent en col- lines de soixante à quatre-vingts pieds de haut : tel est le rocher sur lequel est bâti le château de Wallenstein , telles sont aussi les buttes de Stofelsberg et de Galgen- berg, près de Nordlingen, et d'autres près de*la plupart des lieux cités. M. Voith d'Amberg, qui prépare une description complète de cette contrée, a bien voulu me commu- niquer que la partie inférieure de ces dépôts consiste en un calcaire compacte poreux grisâtre ou brunâtre qui renferme de grandes Lymnées, des Planorbes et des Hélices , et qui est identique avec les roches semblables du sud-ouest de la France. Dans la partie supérieure , les masses deviennent marneuses et assez schisteuses, et sont pétries surtout de Planorbes , de Paludines et de Cypris. Près de Heidenheim , la chaîne jurassique porte aussi dans ses vallées assez profondes des traces évidentes de grands cours ou d'amas d'eau, et les environs de Steinheim (7) ont même l'air d'avoir été une espèce de bassin ou de cul-de-sac de bassin qui communiquait avec le reste delà masse d'eau de la vallée de Heidenheim par le vallon maintenant sec du Stubenthal, et cet amas d'eau se mettait en communication avec le grand bassin tertiaire de la Bavière par le lit actuel de la rivière de Brenz, dans la partie supérieure de laquelle il y a même encore un lac. Il est même probable que ce bassin n'a cessé que fort tard de former un lac , car d'abord on voit encore dis- tinctement dans le Stubenthal, qui a une demi-heure de long , le lit d'un ruisseau qui a quelques pieds de pro- fondeur, et qui sert maintenant en partie de route; en- suite tout le fond de ce vallon est couvert de cailloux ju- rassiques , et enfin à l'issue du bassin de Steinheim dans le vallon du Stubenthal , l'on observe une hauteur en- croûtée de marnes argileuses semblables à celles qui pa- raissent de la date la plus récente. Il paraîtrait, d'après cela, qu'il y a eu , d'abord ici , un bassin d'eau douce qui a produit fort anciennement un dépôt , et qu'en- suite il y a eu Un lac avec une île. Le courant, qui déchargeait l'eau de ce lac , est venu naturellement dé- poser une partie de son limon entre de petits rochers bas de calcaire jurasique, qui retenait en partie les eaux et les empêchait de s'écouler jusqu'à ce qu'enfin elles ont rompu leur digue. ' Le bassin de Steinheim peut avoir une demi-lieue de tour dans le bas, et environ deux à trois lieues dans son contour supérieur , en supposant tout le bassin actuel rempli. Les montagnes , qui environnent ce cul-de-sac évasé , ont environ cent à cent cinquante pieds de haut , et descendent en pente douce dans la plaine en ne pré- sentant que ça et là, à l'entrée du Stubenthal , quelques rochers escarpés. ( ») C'est au milieu de ce bassin » que se trouve le dépôt d'eau douce qui y forme entre Steinheim, et Sontheim, une colline allongée du nord au sud et d'environ quatre- vingts pieds de haut ; elle est séparée des montagnes jurassiques par un espace de trois à cinq cents pieds de large , elle a une forme elliptique et a environ sept à huit minutes de long et cinq minutes de large. Le dépôt d'eau douce est formé de deux assises assez distinctes, l'une inférieure sablonneuse, et l'autre com- pacte tufacée; et il semble reposer sur une proéminence calcaire, puisque sa partie septentrionale présente dis- tinctement des couches qui sont au milieu horizontales, tandis qu'elles se courbent et inclinent des deux côtés dans un sens opposé et sous un angle d'environ quinze degrés. Les couches qu'on y observe sont environ les suivantes : Sable marneux assez coquiller , d'une épaisseur in- connue. Marne calcaire endurcie à débris de poissons , et avec quelques coquillages 2 picd * 2 pouces Sable marneux coquiller, avec des lits très-coquillers 10 c* Marne calcaire. . 1 « Sable marneux, avec 3 petits lits en- durcis . . . f . 1 3 Marne calcaire « 1 - a Sable marneux assez coquiller, ayant dans sa partie supérieure trois lits un peu endurcis , 1 6 Marne calcaire endurcie « 3 Sable marneux assez coquiller , et à bancs très-coquillers 1 « Calcaire marneux « 3 Sable marneux jaunâtre , très-coquiller. j « ( 9), Calcaire marneux « P iedi ^p° uce »- Sable marneux peu coquiller, brunâtre, i 6 Sable coquiller jaune, blanchâtre. . . i 3 Calcaire marneux endurci. ... « i Sable marneux coquiller, jaune blan- châtre i 4 Calcaire marneux. ....'..« 2 Sable marneux coquiller , jaune blan- châtre 1 « Calcaire marneux « 2 Sable marneux. ....... 1 « Calcaire marneux « 1 Sable marneux , avec plusieurs lits de calcaire marneux endurcis 3 « Après cela , la terre végétale recouvre un espace peu considérable, et au-dessus se trouve une masse de cal- caire d'eau douce endurci brun , à tubulures , qui a trente à quarante pieds d'épaisseur. Celte dernière roche parait être un Tuf calcaire , plus ou moins endurci , et elle forme sur la crête de la colline, par la décomposition de ses parties tendres, des masses entassées d'une forme découpée ou angulaire tout- à-fait bizarre. Les coquillages calcinés qu'on observe dans ce dépôt sont surtout dans les marnes sablonneuses $ ce sont de grandes et petites Paludjnes ? qui ont été figurées fausse- ment comae des coquilles vivantes par Schroter ( die Geschichtc der Flussconchyhen par J. S. Schroter, pi. 6 fig. 10 , 1779 ) : ces coquilles varient beaucoup de forme , et ont une spire élevée à la manière des Pa- )udines , ou aplatie comme co.) ces coquillages si abondans qu'on peut les ramasser par pellées , Ton y rencontre plus rarement des Lymnées et de grosses Hélices. On y voit encore des débris de pois- sons d'eau douce et même des squelettes de poissons , qui sont surtout conservés dans certains lits inférieurs de marne sablonneuse endurcie. Enfin M. Lupin m'a mon- tré un calcaire légèrement siliceux et à potamides qui proviendrait , suivant ce savant , de ce lieu. Dans le calcaire compacte l'on ne remarque pas cette abondance vraiment prodigieuse de coquillages -, ils y sont infiniment plus rares et accompagnés de débris de végétaux de marécage. Le calcaire d'eau douce d'Ulm, qui recouvre la do- lomie jurassique sur le haut du mont Michelberg et de la montagne voisine , peut bien aussi , malgré son élévation, avoir été formé dans un bassin jurassique dont les parois auront été détruites plus tard au sud, à l'est et à l'ouest. Cette roche grisâtre ou blanchâtre y est compacte , à tubulures, et à Lymnées, Planorbes et Hélices , ou bien elle présente la structure concrétionnée de certains cal- caires d'eau douce du sud de la France , et laisse môme apercevoir le passage de cette structure à l'apparence compacte. Des dépôts basaltiques, sont, çà et là , formés au nord du Danube soit au pied de la chaîne jurassique comme les collines phonolitiques de l'Hegan (Hohentvviel,etc. ) soit sur la limite des terrains intermédiaires et secondaires du Fichtelgebirge , comme à Parkstein , Neustadt am Culm, ou bien au milieu delà chaîne jurassique , comme près d'OEttingen , de Rohau et de Nordlingen, autour d'Urach au château ruiné de Hohenwitïingen et au haut de la roule d'Urach à Ulm, enfin vers la cime du plateau > ( «i ) jurassique , près d'Owen , de Gechingen ej. de Geifingen au mont Eifenrùttel , près de Dottingen , non loin de Meimingen , et aux monts Steinberg et Wartenberg près de Doneschingen . Dans le premier groupe près de Hohentwiel , ce sont de petits cônes phonolitiques accompagnés de matières tufacées; au pied du Fichtelgebirge ce sont, surtout, des Basaltes , sortis des terrains anciens en colonnes à la manière des Basantes d'Eisenach. Le Basalte de Parkstein paraît surtout remarquable par ses morceaux empâtés d'une roche porphyrique ré- duits à l'état jaspoïde ou formant le Jaspe basaltique de Hausmann ; les couleurs de ce produit altéré sont, comme ailleurs, le gris, le violâtre et le gris noirâtre. Les masses basaltiques au milieu du calcaire jurassique sont le plus souvent des matières tufacées , et rarement des Basaltes , comme , par exemple près de Doneschin- gen , où ils traversent les roches secondaires sous la forme des filons (i). Les matières tufacées sont des ag- grégats de morceaux de calcaire jurassique et de schiste micacé ou de* transition , plus ou moins altérés et cimen- tés ensemble par une matière basaltique plus ou moins poreuse , quelquefois à Cristaux de pyroxène et infiltrée de Chaux carbonatée: Ces roches se séparent en partie en masses globulaires ou angulaires , et en partie en strates irréguliers , et elles paraissent remplir des filons ou des fentes courtes mais quelquefois assez larges. Il est très-difficile de les suivre pendant long-temps ; le plus souvent on ne voit que des amas tufacés couverts d'argile ou de terre végétale, et leur contact avec le cal- Ci ) Communication de M. le professeur Schùbler de Tubingue. C M) cairc jurassique se trouve caché. Il paraîtrait probable que l'agent volcanique n'a pas été dans cette contrée assez puissant pour traverser avec ses laves toutes les roches secondaires et pour former des cônes ou des cou- rans basaltiques. Observations sur les prétendus bulbilles qui se déve- loppent dans V intérieur des capsules de quelques espèces de Crinum ; Par M. Achille Richard. Dans un grand nombre do Végétaux , particulière- ment dans la classe des Monoc otylédons , il se développe soit à l'aisselle des feuilles , soit à la place même des fleurs , des espèces de petits bourgeons , tantôt formés d'écaillés , tantôt entièrement charnus. C'est à ces corps que Ton a donné le nom de Bulbilles , par la comparai- son qu'on en a faite avec les bulbilles , au moyen des- quels les bulbes des Liliacées se renouvellent chaque an- née. Ces organes se distinguent des bourgeons propre- ment dits , en ce qu'ils peuvent se développer lorsqu'ils ont été détachés de la plante-mère , sur laquelle ils ont pris naissance, et lorsqu'on les place dans la terre ou dans autre milieu propre à leur accroissement. Les véritables bourgeons , au contraire, ne peuvent s'accroître que sur le végétal qui les a formés, ou sur les individus analo- gues avec lesquels on les met en rapport par le moyen de la greffe. Ces bulbilles sont généralement composés d'écaillés épaisses , charnues , étroitement appliquées les unes sur les autres , et contenant dans leur intérieur un jeune bourgeon qui doit , par son élongation aérienne, donner naissance à un nouvel individu , même lorsqu'on les aura détachés de la plante-mère. Par ce caractère , > ( -3) ils ressemblent absolument aux graines; en effet , les écailles qui les forment extérieurement , sont analogues aux enveloppes d<; la graine , et le germe représente l'embryon renfermé dans celle-ci. Mais quoique par leur développement, ces deux corps se ressemblent beaucoup, il existe néanmoins entre eux une différence essentielle. En effet , un jeune embryon végétal se compose déjà de toutes les parties qui doivent plus tard former le Végétal parfait. On y trouve les. rudiinens de la racine, de la tige, des feuilles , etc. Par l'acte de la germination, ces divers organes, déjà préexistans , ne font que se dévelop- per et s'accroître. Dans un bnlbille qui se développe , il y a formation de parties nouvelles. Il n'y avait aucune trace de racine ; il y a en quelque sorte création de cette partie. Un grand nombre d'auteurs ont également parlé de bulbilles charnus , se développant dans l'intérieur des capsules , et y remplaçant les graines. Cette observation a surtout été faite dans plusieurs Plantes Monocotylé- dones des genres Crinum , Amaryllis , Agave , etc. Ayant eu l'occasion d'observer ces prétendus bulbilles dans trois espèces de Crinum , savoir Crinum asiaticum, C. erubescens , et C. Taïtense , nous avons pu recon- naître leur structure et nous assurer de l'erreur des au- teurs qui les ont considérés comme des bulbilles. Décri- vons d'abord ces corps, tels que nous les avons vus, avant de rien décider sur leur nature. Ces prétendus bulbilles ont une forme irrégulièrement arrondie , et la grosseur des graines du Marronnier d'Inde ou Hippocastane. Extérieurement , ils sont recouverts d'une sorte d'épiderme brunâtre, épais, sec, s'enlevant par plaques irrégulières. Sur un des points de ces corps, ( <4 ) on observe une sorte de cicatrice , au moyen de laquelle ilsadhéraientà la plante-mère. Malheureusement, n'ayant pu observer ces organes en place , nous ne saurions rien assurer à cet égard. Si Ton en coupe un en travers, un peu au-dessus de son milieu et parallèlement à la cica- trice ombilicale dont nous avons parlé , on le trouve entièrement formé d'une masse cliarnue , blanche , légè- rement verte vers l'extérieur. Cette masse se compose d'un tissu cellulaire compacte , sans apparence de vais- seaux. Vers la partie inférieure de cet organe , on trouve du côté de la cicatrice un petit corps totalement inclus, et dont l'une des extrémités correspond au point d'atta- che. Ce corps est ovoïde , un peu recourbé , terminé par un petit mamelon à chacune de ses extrémités. Il n'est personne qui , d'après cette simple description , ne reconnaisse dans ces prétendus bulbilles charnus , de vé- ritables graines. En effet , on y trouve un tégument pro- pre , sous lequel existe une masse épaisse de tissu cellu- laire, qui est l'endosperme, et le petit corps qu'il renferme près de sa base , est le véritable embryon. Si on le fend dans le sens de sa longueur, on voit qu'il se compose d'une partie externe ou corticale, et d'une partie inté- rieure ou celluleuse. Vers l'extrémité inférieure , celle qui correspond à la cicatrice ombilicale , on trouve un mamelon conique obtus et intérieur qui est la radicule coléorhizée. Tous les doutes , s'il en pouvait rester quel- ques-uns, disparaîtraient au moment de la germination. En effet, on voit le petit corps intérieur prendre seul de l'accroissement. Son extrémité inférieure s'allonge, perce la couche d'endosperme et de tégument propre qui la recouvrait , se montre au dehors. Bientôt le cotylédon qui a été entraîné hors de la graine par la radicule , né ( 'M tarde pas à s'allonger, tandis que celle-ci donne nais- sance à plusieurs radicelles qui s'enfoncent dans la terre. D'après ce qui précède , il est évident que ces préten- dus bulbilles ne sont rien autre chose que de véritables graines. Mais bien que leur organisation intérieure n'ait rien de particulier, cependant elles diffèrent beaucoup des autres graines du même groupe par leur grosseur énorme. En effet, dans les autres espèces de Crinum ou à' Amaryllis qui n'offrent pas cette particularité , les graines sont généralement comprimées , assez minces , et leur volume est à peine la cinquantième partie des graines bulbiformes dont nous venons de donner la des- cription. Quelle peut être la cause d'un pareil accroisse- ment? Nous l'ignorons. Mais une circonstance digne d'être^ remarquée , c'est que toutes les fois que ce phé- nomène a lieu , on ne l'observe que dans un très-petit nombre des ovules qui , comme on sait , sont en grand nombre dans chacune des trois loges de l'ovaire , et qui avortent presque tous. En second lieu , le péricarpe , les cloisons sont à peine formés et d'une ténuité extrême ; il semble alors que le petit nombre de graines qui se dé- veloppent , absorbent et détournent à leur profit tous les fluides nourriciers , destinés à la formation et à l'ac- croissement des autres parties constituantes du fruit : de- là l'avortement de celles-ci. Dans ce cas , le péricarpe ne remplit qu'imparfaitement ses- fonctions , qui sont de protéger les jeunes graines jusqu'à leur maturité. La spathe y supplée en partie*, en effet, après la féconda- tion et la chute des enveloppes florales . elle se resserre sur les jeunes fruits et les recouvre étroitement jusqu'à leur parfaite maturité. En résumé , les corps charnus et tubériforraes que (■<■») l'on Irouvc quelquefois dans l'intérieur des capsules de certaines espèces de Crinum , et que l'on a désignés sous le nom de Bulbilles charnus , ne sont que de véritables graines , dont l'organisation intérieure est absolument ia même que celle des autres organes du même genre , dont rlles ne di fièrent que par un volume beaucoup plus con- sidérable Explication de la Planche 1. Fis;, i. Crinum taïtense, Red. a. coupe d'une graine bulbiforme. b. Endosperine. c. Embryon. d\ Embryon séparé de grandeur naturelle. B. Le même, grossi. C. Sa coupe. Fig. a. Germination d'une graine bulbiforme, du Crinum erubescens. Wdld. Notice sur la modification du têt de certaines espèces de Mollusques adhéReus. Par M. Defhance. Certaines espèces de Mollusques à coquille adhé- rente , nous présentent des faits très-singuliers , et qu'il ne nous est peut-être pas permis d'expliquer. Quel- ques-unes, telles que certaines Huîtres, des Plicatules, des Anomies et des Ralanes , en plaçant leur valve in- férieure ou leur base sur d'autres corps, soit pour y adhérer en tout ou en partie , ou pour s'y poser seu- lement , copient la forme des corps sur lesquels elles adhérent , et cette valve porte non-seulement en dessous l'empreinte des formes du corps sur lequel elle a été placée , mais encore la valve supérieure répète ces mêmes formes , et quelquefois dans les plus petits dé- tails , sans que dans l'intérieur des valves on les aper- çoive. Je possède des Huîtres fossiles qui ont adhéré sur des ( '7) Peignes ou sur d'autres coquilles striées , et qui portent sur les deux valves , tant en dessous qu'en dessus , 1» copie de ces stries , disposées souvent dans un sens dif- férent de l'accroissement de la coquille qui les a copiées. Une autre Huître fossile de petite espèce (Oslrea eruca, var. B. Def.) , ayant adhéré sur une Astrée cylindrique , a copié tant en dessous qu'en dessus de ses valves , les lames fines de chacune des étoiles qu'elle a cou- vertes. Une autre espèce , mince et aplatie , s'est attachée sur une Gryphite , et a copié avec tant de fidélité les stries d'accroissement de la coquille sur laquelle elle adhère , qu'on la confond avec elle» Une Huître non fossile, dont on voit la figure dans V Encyclopédie Méthodique, pi. 184 , fig. 2, a été ad- hérente à son sommet sur un Peigne , dont elle porte les stries sur les deux valves. M. Lamarck a donné le nom d'Ostrea Haliotidœa , à une Huître de la Nouvelle-Hollande , qui fait partie de la collection du Muséum de Paris, et qui est fixée sur une Halioiide. Chacune de ses valves ressemble à la coquille sur laquelle elle/ se trouve. Les Huîtres auxquelles M. Lamarck a donné le nom iVOstrea Folium , ainsi que celles de l'espèce à laquelle ce savant a donné celui d' Oslrea mytiloides , et qui se trouvent attachées sur les racines des arbres littoraux, portent en dessous de leur coquille inférieure, une rai- nu re dans laquelle se trouve placé le morceau de bois ordinairement rond auquel elles tiennent par des cro- chets , dont quelques-uns ressemblent à de petites mains {loc. cit. , même pi. , fig. i4)» et cette rainure se représente de forme bombée sur la valve supérieure. Tome ÎI. 2 ( ,8) Une petite Huitre fossile des environs du Mans , qui se trouve dans ma collection , porte tant en dessous qu'en dessus , non-seulement la forme des tours de la spire d'une Turritelle , sur laquelle elle a été attachée , mais encore les fines stries dont ils étaient couverts. Des valves supérieures de Plicatules fossiles , du dé- partement de la Manche, portent l'empreinte de pa- reilles valves sur lesquelles elles ont adhéré. On pourrait trouver d'autres exemples semblables , qu'il serait superflu de rapporter ; mais il est à remar- quer qu'il n'y a que quelques espèces d'Huîtres qui co- pient les formes des corps sur lesquels elles sont at- tachées. L'Huître comestible , toutes celles qui comme elle sont imbriquées , ainsi que beaucoup d'autres espèces qui n'adhèrent que par le sommet, ne sont jamais dans ce cas. Les Anomies ont aussi la faculté de copier la forme des corps sur lesquels elles se trouvent fixées par leur opercule. Il en est quelques-unes qui portent les stries des Peignes sur lesquelles elles ont été attachées , et l'on ne peut douter que ces stries ne soient des formes co- piées quand elles ne s'accordent pns avec l'accroissement de la coquille , soit qu'elles soient en sens inverse de son sommet , ou placées obliquement , comme j'en possède des exemples ; mais il est d'autres espèces qui paraissent être naturellement striées comme des Peignes , puisque les stries partent précisément du sommet et vont en rayonnant jusqu'aux bords. Il est déjà étonnant de voir que les Mollusques dont il a été question ci-dessus , puissent copier ainsi les for- mes ; mais il l'est peut-être encore plus de voir cette modification dans les valves de certaines espèces de Ba- 5 ( «9) ianes. Je possède nne coquille d'une de ces espèces , que l'on peut rapporter au Baîanus radiàlus , Lanaarck ( En- cyclop. méth. , pi. 164, fig. i5), et qui est'.placée sur un Peigne. Son milieu est distant de six lignes environ du Sommet de < <• JéWiîei . m.iis cm s'élargissant , la base du Rnlane s'en est approchée jusqu'à la distance de deux lignes, et il est extremem( ih1 I marquable de voir que lés valves du ttalane portent extérieurement les mêmes stries que le Peigne sur lequel il est appuyé. Ces stries sont très-(i nés du côté du sommet de ce dernier, et vont en s'élargissRnt du côté qui lui est opposé. Quoique j'aie bien des raisons de croire que certaines coquilles peuvent prendre les couleurs des corps sur lesquels elles adhèrent , je n'en parlerai dans cette notice que comme d'une chose à vérifier par des obser- vations ultérieures , et pour commencement de preuves je citerai qu'on a vu dans la belle collection qe coquilles de M. Dufresne, et qui est aujourd'hui dans le Muséum de l'Université d'Edimbourg, une Anomie qui avait pris la couleur rose de la coquille sur laquelle elle était attachée. M. Marmin possède , à Paris , une Huître qui est précisément de la couleur brune de la Perne sur laquelle elle adhère. J'ai aussi remarqué que les grandes Huîtres ( Ostrea rufa, Lamk. ) qui s'attachent sur les bois, sont o"une couleur rembrunie comme les bois qui les soutiennent -, mais je n'ai pas été à portée de vérifier si les mêmes espèces affectent de prendre des couleurs analogues à celles des autres corps sur lesquels elles peuvent s'at- tacher, si toutefois elles ont la faculté de vivre sur d'autres, car on peut soupçonner, jusqu'à un certain point , que certaines espèces ne l'auraient pas : telles sont VOstrea Foliuni et VOslrea my tiloides^[i\\^ par leur forme et par leur manière de s'attaGher, paraissent forcées d'embrasser des racines d'arbres. Si les Stries ou les autres formes des-corps sur lesquels, le tôt de certaines coquilles se trouve modifié, étaient exprimées exactement dans l'intérieur des valves , comme elles le sont en dessus , on pourrait penser que les ani- maux qui les ont formées ont eu rigoureusement besoin d'un espace déterminé pour se loger, et cela peut être vrai jusqu'à un certain point, puisque les cavités et les aspérités les plus considérables des corps copiés, se font apercevoir dans l'intérieur des coquilles \ mais il est sans doute une autre raison de celte modification , et voici celle qui se présente à mes conjectures. Quand l'animal forme sa coquille, il la construit avec une ma- tière qui exsude de ses organes et qui doit être à peu près liquide quand elle en sort. Cette matière molle et peut-être d'abord très-mince, doit s'appliquer exacte- ment sur le corps qui la reçoit et en prendre la forme. Une fois placée, l'animal n'y ajoute des couches que par l'intérieur des valves pour les bivalves , et en dessous Je la base pour les Balanes , dont l'accroissement ^n'est pas encore bien connu. Si cette explication pouvait convenir pour la forme donnée au têt , elle ne peut servir à expliquer comment les Mollusques pourraient le colorier s'il était prouvé qu'ils ont cette faculté. y c » ) Notice sur l'alumine hydratée silicifère ou lenzinite , des environs de Saint-Sever ; Par M. Lfi*ON-DurooR , Docteur- Médecin , correspondant de la société Pbilomatique de Paris. On a inséré dans le Journal de physique , au mois de mars 1818, pag. a5i , quelques lignes de ma corres- pondance avec M. Léman , sur une substance minérale qui a été désignée sous le nom tf Alumine hydratée sili- cifère , et que j'avais découverte aux environs de Saint- Sever (Landes), lieu de ma résidence. Depuis cette épo- que , j'ai observé et étudié à diverses reprises cette pierre singulière , et je vais exposer dans cette notice le résul- tat de mes recherches. Elle s'oflre sous des v aspects si variés , qu'à moins d'observer sur les lieux mômes les nuances infinies qui séparent et confondent les deux extrêmes de la série de ses modifications ou altérations , on se refuserait à croire à l'identité spécifique de celles-ci. Avant de m'occuper de ces variétés , dont je donnerai plus bas le signalement, je vais décrire ce minéral dans son état le plus ordinaire , dans celui où il présente les morceaux les plus grands , les plus compactes , les plus homogènes. Ces morceaux , d'une forme indéterminée, d'une grosseur qui varie depuis celle du poing jusqu'à celle de la tête , et d'une pesanteur bien moindre que celle de la pierre calcaire, sont plus ou moins souillés à l'extérieur par un enduit jaunâtre, brun ou noir, d'oxide de fer. Intérieurement , la substance est d'un beau blanc mat , opaque , d'une composition homogène pure , compacte, c y ) d'un grain Jin , d'une douceur savonneuse an loucher , et susceptible do poli par le frottement du doigt. Elle happe fortement à la langue ; elle est assez tendre pour se couper au couteau , à peu près comme la Craie de Briancon ; et cependant assez fragile pour se fracturer sous le marteau , en morceaux très-anguleux ettranchans. Sa cassure est terne, et il n'est pas rare de lui observer une forme conchoïde. Broyée dans la bouche , elle se délaie aisément dans la salive » sans craquer en aucune manière sous la dent ; et l'espèce de pâte qui en résulte , est douce , très-blanche, sans saveur ni odeur (i). Triturée dan* un mortier , elle se réduit aisément en une poussière fine qui i passée au tamis , a l'apparence et presque la douceur au toucher d'une fécule blanche. Cette poussière absorbe abondamment l'eau qu'on y mêle ; mais loin de former avec elle une pâte liante , on ne peut en obtenir qu'une sorte de boue molle et inco- hérente. Exposée dans ce dernier état à un feu très-vif, el}e durcit sans éprouver aucune altération appréciable dans sa forme ni dans son volume. Elle devient d'une extrême légèreté, d'une rudesse sonore par le frotte- melit^ comme la Pierre-Ponce, très-friable, comme spongieuse en dedans , et d'un gris cendré avec une teinte rosée. C'est alors surtout qu'elle absorbe l'eau avec avidité. Si on la plonge dans l'eau quand elle est bien sèche , et particulièrement lorsqu'elle n éprouvé l'action du feu, on voit à l'instant se dégager de divers points de sa sur- (i) L'odeur de pommesqueM. Léman remarqua dans les échantillons quej« Jui avais adressés, était sûrement accidentelle. > . (»3) face , de très-petites bulles d'air qui s'élèvent en jets moniliformcs , dont l'émission s'accompagne de siffle- ment. Il suffit même d'arroser cette Pierre et de la por- ter à l'oreille , pour entendre un pétillement remarqua- ble. Mais dans aucun cas , la substance ne se brise comme cela a lieu dans la Lenzinite argileuse de John, que M. Lé- man croit très-analogue à Y alumine hydratée silicifere. Traitée avec les acides nitrique et sulfuriquc, il ne s'y manifeste pas la moindre effervescence. Sa poudre , laissée en digestion dans le dernier de ces acides , se convertit au bout de deux ou trois jours en un magma gélatineux, dont la surface, plus blanche et plus rap- prochée peut-être d'un commencement de cristallisa- tion % forme une croûte qui , malgré sa mollesse , se fen- dille, s'éraille par le gonflement de la masse sous-ja- cente. Celle-ci, d'une saveur très-piquante , finit, avec le laps du temps , par acquérir la consistance d'un savon dur. Rougie au feu , elle acquiert plus de dureté , mais pas assez pour rayer le verre , et happe à la langue d'une manière bien plus prononcée. Du reste, nul autre chan- gement par la calcination la plus soutenue. L'analyse de M. Pelletier donne pour cette substance , Silice , 5o Alumine , 22 Eau , 26 Perte , 2 100 V Alumine hydratée silicifère „a une ressemblance frappante par ses caractères extérieurs avec la Magnésie carbonalée , dont elle diffère d'ailleurs par ses principes constituons et par la manière dont elle se comporte avec l'acide sulfuriquc. ( i C»4) Elle se trouve par morceaux détachés dans un terrain totalement argileux et caillouteux de la commune de Boulin, à une lieue sud-est de Saint -Sever. Elle est placée peu profondément , et quelques coups de pioche suffisent pour la mettre en évidence. Je me pro- pose de faire exécuter des fouilles plus profondes. Voici les variétés ou modiûcations que j'ai observées. I" Variété. — Demi -transparente, pâle , jaunâtre ou quelquefois bleuâtre , plus dure et plus pesante que l'es- pèce primordiale, d'une cassure plus fréquemment con- choïde, ayant parfois l'aspect luisant et gras, ne happait point à la langue. Dans cette modification, qui a de nombreux rap- ports avec la Lenz'mile opaline de John et qui se ren- contre, mais par petits morceaux , dans la même localité que la précédente, on voit disparaître entièrement un des caractères les plus snillans de Y Alumine hydratée silicifère , celui de happer fortement à la langue et par conséquent d'être très - avide d'humidité. Plongée dans l'eau elle ne laisse pas échapper des bulles d'air et ne s'y brise point, ce qui l'éloigné de la Lenzinite préci- tée. Elle a la plus grande ressemblance à l'œil avec certaines variétés du Silex pyromaque, mais elle n'étin- celle nullement sous le choc du briquet, et le tranchant du couteau lui enlève une raclure écailleuse. Il est im- possible de révoquer en doute , je ne dis pas l'identité de cette modification avec l'espèce primitive, mais du moins l'origine commune de ces deux substances, car j'observe fréquemment dans le même échantillon les nuances qui les confondent incontestablement. M. Graleloup, savant naturaliste de Dax , a reucon- tré aux environs de cette dernière ville Y Alumine hydra- ( 4 ) téc silicijère d'un blanc opaque ayant pour noyau du vé- ritable Silex pyromaque étincelant sous le briquet. J'ai moi-même reconnu dans plusieurs Silex une sorte de croûte plus ou moins épaisse qui ofïre les traits caracté- ristiques de l'Alumine en question. La substance qui fait l'objet de cette notice n'est-elle qu'une dégénération ou mieux une transformation du Silex pyromaque ? J'ai de fortes raisons de le croire. Je me borne du reste à énoncer les faits qui pourraient étayer mon opinion, et j'en laisse l'explication aux géologues. Il* Variété, — Plus ou moins hétérogène, opaque, terne , grisâtre, jaunâtre, cendrée, noirâtre , mélangée, plus ou moins légère, plutôt friable que fragile, hap- pant à la laugtre , dégageant par son immersion dans l'eau beaucoup de bulles d'air avec sifflement sans perdre sa cohésion , même gissement que les précédentes. C'est évidemment une altération , une décomposi- tion de l'espèce, produite surtout par l'oxide de fer qui en s'insinuant dans l'intérieur de la substance y facilite l'accès d'autres agensî III* Variété. — D'un blanc mat légèrement azuré , avec un faible degré de demi-transparence , d'un grain fin et très-homogène , happant très-fort à la langue , se laissant aisément racler par le tranchant du couteau et acquérant alors un aspect un peu luisant, inattaquable par les aci- des , se brisant subitement par son immersion dans l'eau sans altérer la transparence du liquide , se fendil- lant par la privation de l'humidité et devenant alors d'une excessive friabilité , finissant même par se conver- tir en une sorte d'efflorescence farineuse ou semblable â de la chaux. Elle se rencontre par filons plus ou moins horizon- ( ( ri ) taux d'un à deux pouces d'épaisseur dans une marnière en exploitation à une demi-lieue du gissement des pré- cédentes . Le trait le plus saillant de cette variété fort re- marquable, celui qui la caractérise essentiellement , «st cette dissociation rapide de ses élémens aussitôt quelle est plongée dans l'eau. On voit la masse s'abaisser à l'instant sur elle-même en dégageant des bulles d'air , et se réduire en une poussière qui , soumise à la lentille du microscope, paraît formée de petits fragmens demi- transparens inégaux et irréguliers. Il y a là une texture particulière qui appelle l'attention des minéralogistes plus exercés que moi (i). (i) La Lenzinite se trouve aux eUvirons de Saint-Séver, dans plu- sieurs communes au sud de cette cité , en particulier dans la commune de Boulin près de la ferme de Parcillon, et dans la commune de Bahus à Lhoutes. et entre Lhoutes et Coudure. Elle s'y rencontre en rognons irrégulièrement ovoïdes ou angulaires , les morceaux en sont plus ou moins gros, et atteignent quelquefois au-delà de la grosseur de la tête. Cette substance a son gissement dans un sable jaunâtre mêlé d'argile , ou bien dans une marne sablonneuse, qui fait partie essentielle du grand dépôt sablonneux des Landes, et dont la formation se rapporte tout-à- fait à celle des sables sans coquilles , supérieurs aux marnes vertes à Huîtres du bassin de Paris. En effet, le grand bassin du sud-ouest de la France , présente au- dessurde la craie des assises alternantes fort considérables d'argile , de marnes et de grès calcaires ou de mollasse , c'est là le dépôt repré- sentant l'argile plastique de Paris. Au-dessus de cette intéressante formation repose le véritable calcaire grossier, compacte dans le bas , sablonneux et très-coquiller dans le haut i puis vient un dépôt très-étendu de calcaire d'eau douce , qui est sans coquilles dans sa partie inférieure et qui est surmonté çà et là de quelques marnes à cristaux de gipse. Des meulières siliceuses s'y voient aussi rarement ( Demazan et Gratcloup. ) Enfin on trouve encore supérieurement des marnes vertes el jau- Sun la détermination des diverses espèces de balkinks vivantes j Par M. m. baron G. Cuvier. (Recherches sur les Ossemens Fossiles, tome V.) Il n'est pas bien prouvé que le nom de Baleine ait été pris par les anciens précisément dans le même sens que parmi nous } les seuls caractères distinctifs qu'ils lui attribuent , étant la grandeur et la position des évents plus en avant que dans les Dauphins, s'appliquent aux cachalots aussi bien qu'aux Baleines. La seule espèce de ce dernier genre qu'ils aient clai- rement indiquée est le Mysticetus d'Aristote ( Hist. An. , liv. III , chap. 12) qui avait la bouche garnie en dedans de poils semblables à des soies de cochons. Les fanons c nâtres à grandes Huîtres , el le sable des Landes reufermant des ro- 1 gnons de fer hydrate', d'argile et de Lenzinite. La position exacte de la Lenzinite paraît être dans la partie supé- rieure de ce dépôt, au-dessus des couches sabloneiises à minerai de fer ; plus inférieurement l'on -voit quelques lits de cailloux , de quartz, etc. , assez gros j et ensuite des alternations de marnes et de sable quelquefois noîratrc et imprégné d'oxide de manganèse. Il y a néanmoins des localités comme à Lhoutes , où la Lenzinite se trouve dans un sable plus grossier , ou du moins dans un sable con- tenant outre des cailloux de quartz blancs et d'autres roches intermé- diaires, quelques silex de la craie. Le tout repose à Saint-Sever , même tantôt sur le calcaire grossier tantôt sur la craie j l'argile pure blanche et blanche jaunâtre ,. qui se trouve en rognons dans le même lerrain à Jaujac , appartiendrait-elle aussi à la Lenzinite, ou bien y aurait-il un passage d'une de ces substances à l'autre, ou enfin y aurait-il à Jaujac deux substances distinctes? L'argile de Jaujac a déjà été em- ployée, il y a environ $0 ans, à fabriquer de la porcelaine. A. Bowé. < ( «s ) de Baleines s'effilent en eflet à leur bord interne , ce qjui fait^ que toute la concavité du palais formée par ces fanons paraît garnie de soies roides et élastiques. La comparaison d'Aristote est donc parfaitement juste , quoiqu'elle ait donné lieu à une multitude de fausses conjectures de la part des premiers commentateurs. Pline , à l'endroit où il rapporte le môme fait , donne à l'animal le nom de Miisculus , et le fait supérieur à la Baleine (i); mais cet écrivain ayant donné le même nom à un petit poisson que les anciens prétendaient servir de guide à la Baleine , il est encore résulté de-là des embarras sans nombre , dont l'éclaircissement nous entraînerait dans des longueurs inutiles. Nous aimons mieux passer immédiatement à l'exposition, des faits positifs. Détermination des espèces. Les Baleines , dans l'acception moderne et précise de ce mot , c'est-à-dire les cétacés à palais garni de fanons (2) , (1) Tel est du moins le sens que quelques commenta leurs donnent à ces paroles : antecedit Balœnam. En eflet, la Baleine la plus commune dans la Méditerranée qui appartient au sous-genre des Rorquals, de- vient fort grande , autant et plus que la Baleine du Groenland. C'est probablement à cette espèce qu'appartenaient ces os que Scaurus dans son édilité (au rapport de Pline, lib. X, cap. IV), fit apporter de Joppe' à Rome, et que l'on prétendait être ceux de l'animal auque Andromède avait, été exposée. Ils formaient une longueur de quarante pieds; l'épine était épaisse d'un pied et demi , et les côtes surpassaient la bailleur des élépbans des Indes; mais on prenait vraisemblablement pour des côtes les brandies de la mâchoire inférieure , comme le peuple le fait encore à présent. Quelque individu échoué sur la côte de la Palestine aura donné lieu à cette légende. (2 On les appelle aussi les cétacés sans dents , par la raison que les adultes n'ont au< unes dents; mais M. Geoffroy a observé que la ma- (»9) se diviseraient, d'après les indications que l'on en a données, en trois sous -genres : les Baleines propres, qui n'ont point de nageoire sur le dos ni de plis sons la gorge ; les Finfisch ou Gibbars, qui ont une nageoire sur le dos sans plis sous la gorge ; et les Rorquals , dont la gorge est cannelée de plis ou de sillons longitudinaux. Cette division est appuyée , comme on voit , de carac- tères fort nets ; mais il s'en faut de beaucoup qu'il en soit de même des espèces que l'on doit compter dans chacun de ces sous-genres. Nous verrons même que c'est à peine si l'existence du deuxième sous-genre est suffi- samment constatée. La plus célèbre des Baleines proprement dites , celle qui attire le plus les pêcheurs , est la grande Baleine des mers du Nord, qui venait autrefois jusque daus le golfe de Gascogne , où les Basques ont appris à la poursuivre , et que Von est obligé aujourd'hui d'aller chercher jus- que sur les côtes du Groenland , de l'Islande et du Spitzberg (i). Qui croirait que l'on n'a eu pendant plus d'un siècle qu'une seule Ggure un peu authentique d'un animal dont la pêche occupe tant de milliers d'hon,mes. Cepen- choiré inférieure d'uu fœtus de Baleine avait chacun de ses arceaux ereusé dans sa longueur , d'uu sillon profond, où il a trouvé des germes de dents dans une chair analogue à des gencives. Il paraîtrait que ces germes disparaissent de très-bonne heure, et Qu'alors le sillon se forme et .que l'os devient plein el solide. Voyez les Jtnnales du Muséum. t. X, p. 365. (i) 11 y a grande apparence quelle était déjà connue, sinon des na- turalistes , du moins des soldats romains établis sur les côte* de la Gaule et de la Bretagne, et que c'est à elle que Juvenal fait illusion dans ce vers, Sat. X, v. i4 : Quanto delphinis balœna britannica major. (3o ) datit il est très-vrai que les ligures gravées dans presque lous les livres > avant eelui de M. Scoresby , sont copiées de celle que donna, en 1671 , le chirurgien hambour- geois Frédéric Martens (1), en lui faisant seulement subir quelques altérations , dans la vue peut-être , de la part des dessinateurs , de dissimuler le plagiat. A en juger par ces figures , sa forme serait très-épaisse , sa tète occuperait plus du tiers de la longueur de son corps , sa peau serait généralement noirâtre , excepté le dessous de la mâchoire inférieure,, un ruban le long du bord de la supérieure et le tour des yeux qui seraient blanchâtres. Il paraît qu'il y a aussi diverses marbrures , mais il faudrait pouvoir les observer directement pour en donner une description distincte. Nous savons aujourd'hui , par la figure et la descrip- tion de M. Scoresby , que cette énorme épaisseur n'a pas lieu, à beaucoup près, dans tous les individus, ou qu'elle a été fort exagérée par le premier dessinateur ; et il paraît que cette exagération , jointe à quelques ex- pressions obscures du même Martens , a donné lieu de doubler l'espèce. Cet auteur dit, en passant, que les Baleines qui se prennent auprès du cap Nord, ne sont pas si grosses que celles du Spitxberg, et qu'elles donnent moins de lard; il ajoute qu'elles sont plus dangereuses parce qu'étant plus légères elles s'agitent avec plus de facilité quand on les harponne ; enfin il désigne ces Baleines en allemand (1) Dans son Voyage au SfAtzberg, imprime cette anncc-là à Ham- bourg i reproduit en lUiien, Bologne , i683 ; en Français dans la Col- lection des Voyages au Nord , imprimée à Amsterdam en i?i5, à Rouen, en 1716, t. II, etc. (3. ) par l'adjectif nord-caper (nord-caper wallfisch , Baleine du cap Nord), il n'en a pas fallu davantage pour que Ton imaginât d'en faire une espère avec le nom subs? tantif de nordeaper , et même depuis on a cru que ce nom signifiait pirate du nord , attendu que le mot caper, pris substantivement et dérivé d'une autre racine , si- gnifie en allemand , pirate ou corsaire. A cette équivoque de Martens , s'en est jointe une autre de Zorgdrager (t). Cet auteur hollandais parle de poissons de glaces , ysfisch (en allemand eis-fisek), par où il voulait dire seulement les Baleines que Ton va prendre près on au milieu des glaces, et qui offrent quelques différences ^'ampleur , ou de grosseur , ou d'habitudes; il distingue même celles des glaces du sud , que l'on prend entre leSpitzberg et laJNouvelle-Zemble, et celles des glaces de l'ouest entre le Spitzberg et le détroit de Davis. Une lecture superficielle a fait trans- former ces accidens en caractères spécifiques , et Klein n'a pas manqué d'établir un Balœna glacialis , qu'il divise en australis et en occidentalisa et à laquelle il joint comme variété le nordeaper , sous le nom de bo- raalis, tandis qu'en réalité le nordeaper serait plus mé- ridional que le Balœna glacialis australis. Ce nom de nordeaper a ensuite été employé indis- tinctement pour désigner divers grands cétacés plus minces ou supposés plus minces que la Haleine franche, à peu près comme on a employé pendant long-temps (i) Corneille-Gisbert Zorgdrager a fait en hollandais, en 1730, un ouvrage des plus embrouillés sur la pèche de la Baleine de Groenland c\ de la Morue de Terre-Neuve , dont on a une traduction allemande , Nurcmb. , »7a3 et 1750, in-4°. < ( 3a ) celui de caïman pour désigner tout crocodile que l'on trouvait inférieur à l'idée qu'on s'était faite du Crocodile du Nil. Ainsi je vois dans Rai que Yépaulard est nommé, de cette manière , en certains endroits de l'Ecosse ; les Hollandais du cap de Bonne-Espérance ont même donné ce nom à la grande Haleine des mers antarctiques, à la- quelle assurément il ne va pas trop bien. Mais quant à la Baleine de glace, au vrai nordcaper , au nordcaper du cap Nord , le seul dessin , le seul do- cument muni de quelques authenticité que l'on ait cru pouvoir y rapporter, consiste dans les figures faites au Groenland par Bachstrom , envoyées par sir Joseph Banks à M. le comte de Lacépède , et que celui-ci a fait graver dans son Histoire naturelle des Cétacés , pi. II et III. Ces figures pouvaient en effet paraître différentes de celles de la Baleine franche , tant que l'on ne prenait ces dernières que dans Martens ; mais aujourd'hui que nous avons de cette Baleine une représentation récente et exacte dans l'ouvrage du capitaine Scoresby, il suffit de la comparer avec celle de Bachstrom , pour être con- vaincu qu'elles ne représentent toutes les deux qu'une seule et même espèce. C'est ce qu'affirme en effet M. Sco- resby , l'un des hommes qui ont affronté avec le plus de suite et de courage les tristes climats où s'exerce main- tenant la pêche de la Baleine, et qui avait, dès 1820 , contribué personnellement à la prise de trois cent vingt- deux individus : il déclare que l'ancien dessin de Mar- tens ne. représente rien qui existe dans la nature , et qu'il n'y a point d'espèce particulière du nordcaper. MM. Olafsen et Powelsen n'en font non plus aucune mention dans leur énumération des Baleines de l'Islande. M. Scoresby assure de plus, n'avoir vu aucune Baleine ( 33 ) franche qui excédât soixante pieds de longueur, et dé- clare que la plus grande dont il ait entendu parler avait soixante- sept pieds , et prouve , par de nombreux témoi- gnages , qu'à aucune époque elles n'ont été plus gran- des (i). Il n'en est pas tout-à-fait du Gibbar ou Finfisch , comme du' Nordcaper. Il a été décrit et représenté par Martens comme une espèce distincte ; mais si l'on réflé- chit, d'un côté, que c'est toujours la figure de Martens que Ton copie dans les livres d'histoire naturelle , et que M. Scoresby lui-même n'en a point donné de nou- velle ; de l'autre , que Martens n'a point parlé du Rorqual ou Baleine à gorge plissée, que quelques-uns appellent aussi Finfisch , on sera peut-être tenté de croire qu'il y a encore ici quelque confusion. Autant et souvent plus long que la Baleine franche , cet animal serait beaucoup plus mince , aurait le museau plus pointu, et porterait sur le dos une nageoire ver- ticale qui lui a valu son nom, et qui l'a fait aussi appeler Baleine à bosse et Gibbar (2) , attendu que cette na- geoire , vue de loin, fait l'effet d'une bosse; mais tous ces caractères sont aussi attribués aux grands Rorquals, et le seul qui distinguerait le Gibbar, c'est que Martens n'a point parlé des plis de sa gorge. Egède ne donne pour Finfisch qu'une mauvaise figure de Rorqual , et Anderson qu'une figure de Baleine un peu mince , à laquelle on a ajouté une nageoire. (1) Scoresby, an Account of the Arctic Régions , I , p. 44^- (7) Cest Rondelet qui nous apprend , de Piscibus, p. 48a, que les Saintongeois nomment Gibbar une Baleiné grande et mince/ munie d'une nageoire dorsale ; mais la figure qu'il en donne est si monstrueuse qu'elle n'aurait pu la faire reconnaître. Elle porte des barbillons comme un Silure. Tome II. 3 ( H ) Pierre Camper , dans son Anatomie des Cétacés , donne la tète d'un squelette de prétendu Gibbar ou Fînfisch , qui était conservé, de son temps, dans l'Hôtel-de-Villc de Brème , et que Ton a transporté depuis au Muséum de la même ville ; mais on y conserve aussi la peinture de l'animal qui était échoué dans le Weser en 1699 , et M. Albers , qui vient de donner , dans ses Icônes ad Anat. comp. ill. , une figure de ce squelette , nous" apprend que cette peinture ne représente autre chose qu'une Baleine à gorge plissée , un Rorqual , et la rapporte au Balœna boops \ la tête en effet est bien certainement de ce dernier sous-genre , du sous-genre des Rorquals , comme nous le verrons. Le nom même de Jubarte , que Ton a donné à une de ces Baleines cannelées ou Rorquals , ne parait être qu'une corruption de celui de Gibbar. C'est dans un livre an- glais (1) qu'on en trouve la première trace, et une cor- ruption encore plus étrange a produit le nom de poisson de Jupiter , qui est usité par quelques pêcheurs du Nord. Le nom de Rorqual , qui leur est encore plus parti- culièrement attribué , signifie, en norvégien , Baleine à tuyaux , Baleine à sillons, et indique les cannelures ou les plis qui sillonnent la gorge et une partie du ventre de ce sous-genre de Baleine. Les nomenclateurs en admettent trois espèces dans le Nord, et y paraissent autorisés par les indications de quelques voyageurs ; mais quand on vient à examiner les figures et les descriptions sur lesquelles ces espèces re- posent , on ne trouve aucun moyen d'en tirer des carac- (1) Trans. Phil. , n° I, p. 12. ( 35 ) tères distinctifs. Tous ces animaux ont la tète aplatie horizontalement , son squelette autrement fait que dans les Baleines proprement dites, la mâchoire inférieure un peu plus longue que l'autre, la peau de la poitrine et dé la gorge sillonnée d'un grand nombre de plis lnngi- tudiuaux et susceptible de dilatation; les fanons courts , durs et 8 'effilant en soies grosses et cassantes-, une na- geoire à l'arrière du corps , courte et épaisse , et ressem- blant à une bosse. Quand on vient aussi à examiner en détail les témoignages sur ces prétendues trois espèces , on ne trouve personne qui en ait vu plus d'une, je ne dis pas ensemble , mais même successivement, et chaque auteur est toujours obligé de s'en rapporter à des témoi- gnages étrangers. Ainsi Linnœus, qui en nomme deux, boops et muscuhis , met à musculus le signe qu'il ne l'a pas vu. Otton Fabricius , qui place dans son livre les deux mêmes noms, et qui décrit fort bien celle qu'il appelle boops, ne parle que sur ouï-dire, de celle qu'il nomme musculus* et semble même croire que c'est le nordcaper. Sa rostrata, qu'il ne différencie que par son extrême petitesse, pourrait n'être que le jeune de son boops, Ascanius , qui en représente très-bien une (i) , se demande si c'est le musculus , mais sans dire pourquoi ce ne pourrait pas être le boops. La même observation s'applique à M. Scoresby; il parle de trois espèces , mais il n'en a vu et n'en représente qu'une , et il avoue que les figures données par les naturalistes embarrassent plus qu'elles ne servent pour une distinction (2). Quant à la troisième espèce ou la Baleine à tète de (1) Fig. d'Uist. nat. , fasc. IV , pi. »6. (a) Scoresby, toc. cit. , p. 485. ( -Hi ) brochet , pike headed whale de Pennant , nommée par quelques écrivains français Baleine à museau pointu, ce n'est, selon Pennant , Shaw , Hrinter et tous les Anglais d'après lesquels on Ta décrite, que le boops lui-même. Il faut remarquer que Sibbald l'avait d'abord* appelée simplement piked whale pu Baleine à pique , à cause de sa' nageoire dorsale , et qu'on l'a confondue avec le Ba- lœna rostrata de quelques autres auteurs , qui est Yhy- peroodon. Cette dénomination de tête de brochet , en tant qu'elle désigne un museau oblong et horizontale- ment aplati , convient d'ailleurs également à tout le sous-genre. On ne voit donc guère qu'une distinction que l'on puisse démêler entre ces indications de diverses Baleines à gorge plissée : celle qui tient à la grandeur. M. Scoresby donne au boops quarante- six pieds , Fa- bricius cinquante-quatre. Le musculus deviendrait beau- coup plus grand et surpasserait la Baleine franche. On en aurait , selon M. Scoresby , de soixante-dix et de quatre-vingts pieds , et selon Olafsen et Powelsen de bien plus grands encore (1). Enfin le rostrata demeurerait dans des dimensions plus petites, 17 , 20, 26 pieds. Mais qui oserait , d'après l'obseï vation d'individus vus isolément à de grandes distances de temps et de lieux, et par des personnes diverses , soutenir que ces diffé- rences ne venaient pas de l'âge (2) ? Au surplus, quand il serait prouvé qu'il n'existe qu'un (1) Voyage en Islande, trad. fr. , p. a3o. (2) M. Neill, qui a décrit dans les Mémoires de la Société Werné- rienne , I, aoi , une Baleine à ventre plissé , échouée près d'Alloa sur les bords du Forth., partage entièrement mes doutes sur la distinc tion des espèces. (% ) Rorqual dans la mer du Nord, il resterait encore possible que ceux des autres mers fussent des espèces distinctes , et nous verrons bientôt, par leur ostéologie , que ceux dont on la connaît en diffèrent considérablement. Si Ton s'en rapportait aux listes de citations accumu- lées par les nomenclatcurs , on croirait aussi qu'une multitude d'écrivains auraient observé et décrit des Ba- leines qui porteraient une ou plusieurs bosses sur le dos au lieu de nageoire ; cependant quand on remonte à la source, on trouve que les êtres placés dans les catalogues d'animaux , sous les noms de Balœna gibbosa et de Zto- lœna nodosa , ne reposent que sur quelques lignes fort équivoques de Dudley , dans le n° 38^ des Transactions philosophiques , d'après lesquelles il serait même presque impossible de soutenir que la première n'est pas un Rorqual, et aujourd'hui que l'on sait avec quelle facilité les Cétacés perdent , par divers accidens, tout ou partie de leur r^ageoire dorsale , on peut croire aisément que ces espèces , dont aucun naturaliste n'a reparlé , pour- raient ne reposer que sur des altérations individuelles. On voit à quel point les notions que nous possédons sur les diverses Baleines , sont encore incomplètes et confuses. Aussi je suis bien loin de prétendre que leurs espèces se réduisent à celles dont je viens de donner les caractères. On a observé ces animaux avec trop de légèreté pour croire qu'ils aient tous été décrits. Nous ne savons pas si les Baleines que les Russes et les Amé- ricains pèchent dans le nord de la mer Pacifique , sont les mêmes que celles de l'Atlantique. M. le comte de Lacépède a rédigé, d'après des dessins faits au Japon , es descriptions de plusieurs Baleines , qui , si les dessins sont fidèles , forment probablement des espèces distinctes ( & ) des nôtres , surtout par les taches de leur peau. On peut en voir la notice dans le tome IV e des Mémoires du Muséum d'Histoire naturelle , p. 470. Tout ce que je voudrais obtenir , par cette exposition de mes doutes , serait donc , qu'au lieu de donner comme certaines des définitions qui ne le sont point, et d'enregistrer comme connues dans le Systema naturœ , des espèces peut-être imaginaires , ce qui laisse croire aux navigateurs qu'il ne leur reste rien à faire pour la science, on les prévînt au contraire que la science a besoin encore de toute leur attention , et que même ce que l'on possède sur ce sujet ne pourra mériter le nom de science q\ie par les obser- vations que l'on attend de leur part. Dans l'impossibilité où l'on est de préparer et de réu- nir dans un cabinet des êtres aussi gigantesques que des Baleines , on pourrait y suppléer par leur squelette ou du moins par celui de leur tête \ mais ces parties mêmes sont très-rares dans les muséums. Il est plus rare encore que l'on ait conservé des documens précis sur les ani- maux qui les ont fournis , e{ presque jamais on ne voit dans la même collection plusieurs espèces d'un même sous-genre parvenues à l'âge adulte , car cette circons- tance encore serait nécessaire pour une détermination certaine d'espèces. Le Muséum britannique possède une tête de Baleine , longue de dix-huit pieds, que l'on considère comme de Baleine franche , et que j'ai fait dessiner pi. XXV , fig. 9-11. Pierre Camper a fait graver , dans son ouvrage sur les Cétacés , une tête de jeune individu , qu'il regarde aussi comme de la même espèce , mais qui offre de très- grandes différences dans la proportion des parties , et nommément dans la largeur et la direction des voûtes ( ^9 ) urbitaires et dans la grandeur relative du crâne. La même différence a lieu , et dans un plus liant degré , entre nôtre tête adulte de Haleine proprement dite du cap de Bonne- Espéran ce , longue de quinze pieds, que j e donne pi. XXV, fig. i , i 3 et 4 , et celle d'un individu nouveau -né de la même race, qui n'a que deux pieds ibid. fig. 9 et io. Mais la tête adulte du Musée britan- nique et celle du Cap également adulte, comparées en- semble, présentent , comme nous le verrons plus loin des différences très-fortes qui en annoncent certaine- ment dans leur espèce. Je ne puis malheureusement les confirmer en comparant la totalité de leur squelette ; mais j'ai du moins diverses vertèbres de l'espèce du JNord, envoyées récemment de Drontheim par M. Noël de la Morinière , et qui offrent aussi quelques carac tères. J'ai remarqué encore que le groupe de vertèbres re- présenté par M. le comte de Lacépède , Cétacés , pi. VII , fig. i , et qui appartient au sous-genre des Baleines pro- prement dites , et non pas à celui des Rorquals , diffère essentiellement, comme nous le verrons plus bas , des vertèbres cervicales de la grande Baleine du Cap , et je trouve parmi les ossemens , depuis long-temps conservés au cabinet , des omoplates de ce même sous-genre , qui ne ressemblent pas entièrement à celle de cette Baleine du Cap ; mais ne sachant pas l'origine de ces pièces , je suis en doute si je dois les rapporter à la Baleine franche ou bien à une troisième espèce. Je suis certain du moins qu'une troisième espèce existe encore au Cap, attendu que l'on en a rapporté des vertèbres dorsales qui , avec les caractères du sous-genre , offrent aussi des caractères spécifiques. ( 4°) Je n'ai rien observé dans les cabinets qui se rapportât au Gïbbar (i), mais dans le sous-genre des Rorquals on a pour celui de la mer du Nord , le squelette de Bre- men dont nous avons parlé ci-dessus , que M. Albers a fait graver, et dont Pierre Camper a représenté la tête assez imparfaitement -, le squelette d'un individu échoué, en 1819, près de Gromitz sur la côte du Holstein , et placé aujourd'hui dans le cabinet de Berlin , dont M. Ru- dolphi a donné d'excellentes figures (2) -, et deux tètes de la même sorte , aujourd'hui déposées au cabinet de Leyde, dont l'une vient du cabinet de feu Brugmans , et dont l'autre appartient à un squelette d'un individu de trente pieds de long, pris dans le Zuyderzée en 181 1} pour celui de la Méditerranée , la tête et quelques parties du squelette échoué à l'île Sainte-Marguerite en 1798 , dont il y a une représentation dans l'histoire des Cétacés de M. de Lacépède , pi. VI et VII \ et diverses parties d'un autre individu conservées au cabinet de l'Institut de Bo- logne , dont parle M. l'abbé Ranzani ; et enfin , pour celui des mers antarctiques , le squelette complet rap- porté à notre Muséum, du cap de Bonne-Espérance , par M. Delalande. Ces diverses ostéologies , comparées en- semble , m'ont prouvé qu'elles proviennent de trois es- pèces parfaitement distinctes , mais que nous n'avons aucun moyen de rapporter aux trois espèces établies par les nomenclateurs , et qui ne peuvent même être iden- tiques avec ces espèces prétendues. Voilà tout ce que je crois qu'un naturaliste puisse (1) A la vérité Adrien Camper dit , dans une note sur l'ouvrage de son père, p. 3^ , qu'il a vu des crânes de Gibbars , à Pise, à Bologne, à Leyde, etc. , mais c'est qu'il le confondait avec le Rorqual. (a) Mém. de VAcad. de Berlin , 1820 — i8ai , pi. I.— IV. (4> ) aflirmer aujourd'hui, à moins de vouloir employer encore cette méthode si féconde en erreurs, de s'en rapporter à des témoignages sans précision et rendus en l'absence de toute comparaison. Ce n est que lorsqu'on aura des ligures faites géomé- triquement et avec le détail nécessaire des têtes de ces animaux que l'on possède dans les divers musées , ou que l'on pourra se procurer dans la suite , et lorsqu'on aura pu comparer ces figures , qu'il sera permis de pro- noncer sur le nombre des espèces existantes et sur leurs caractères. Observations microscopiques sur diverses espèces de plantes ; Par M. J.-B. Amici , Professeur de mathématiques à Modène (i). Quoique les phénomènes de la végétation aient ex- cité depuis long - temps la curiosité des savans et les aient engagé à en faire l'objet d'une étude particulière , et à réunir sur ce point un ensemble de vérités utiles ; cependant , si nous comparons les résultats des recher- ches de quelques célèbres naturalistes , même parmi les modernes , nous n'y rencontrons pas toujours l'accord qui semble nécessaire au progrès de la science. La phy- siologie végétale ne peut parvenir à un certain degré de certitude et d'évidence , si elle n'est pas fondée sur les principes incontestables et sur les bases sûres que l'anatomie peut lui fournir. Or, c'est principalement (1) sllti délia Sncicta italiana, t. XIX. (4* ) sm quelques points essentiels de l'organisation que plu- sieurs illustres observateurs o firent des dissidences dans leur opinion. On en sera moins surpris si l'on fait atten- tion à la difficulté de ce genre d'étude, difficulté qui pro- vient principalement de l'extrême petitesse des objets qui doivent être soumis à l'examen, et de l'imperfection des moyens d'observation qui masquent la vérité à cause des illusions d'optique auxquelles ils donnent lieu, ce qui laisse voir seulement à chacun les apparences qui favorisent le plus le système qu'il a formé d'avance dans son esprit. Au milieu de ces incertitudes, il m'a paru qu'il pourrait être de quelque utilité, d'offrir un exposé de nouvelles observations ou expériences exécutées , sans aucune prévention , au moyen d'instrumens doués du pouvoir amplifiant le plus considérable ; ce qui éloi- gne encore le danger des fausses apparences que j'ai cherché à éviter autant que je l'ai pu. Je présente donc au public ces nouvelles recherches dans le seul but d'offrir des matériaux à la science , persuadé que le nombre des faits est encore trop petit pour qu'on puisse les lier suivant leurs rapports mutuels , et qu'il vaut mieux attendre du temps un ensemble plus com- plet que de s'égarer maintenant dans des théories sans fon démens. ARTICLE PREMIER. Sur le Caulinia fragilis . La circulation du suc du Chara vulgaris , telle que je l'ai décrite dans le Mémoire inséré au vol. XVIII des Actes de la Société italienne (1) , est un phénomène que (i) Voyez en la traduction, Annales de Chimie, t. XIII , p. 384- cm j'ai vérifié en maintes occasions , ei dont pourra se rendre témoin , sans difficulté, quiconque voudra répéter (in- expériences et mes observations avec quelque soin. Il ne me semble pas qu'il puisse s'élever aucun doute sur îa requin itc du mouvement particulier que j'ai dé- couvert dans ce suc, tant que la plante entière ou une de ses parties continue à vivre , si on fait attention qu'eu observant presque chaque jour, pendant l'espace de cinq semaines, un simple tube de Chara vulgaris plongé dans un verre d'eau limpide , j'ai vu que la circulation se fait continuellement , qu'elle a toujours lieu dans le même sens , et qu'elle varie seulement tant soit peu sous le point de vue de sa rapidité , par les différences de tempéra- ture ou par l'action diverse de la lumière sur le tube de la plante elle-même. Mais que la circulation s'exé- cute ensuite de la même manière dans les autres végé- taux , et que la cause motrice réside dans les petits an- neaux de grains verts qui tapissent l'intérieur de la mem- brane des tubes ou cellules , et qu'à la manière d'autant de piles voltaïques, ils impriment au fluide son mou- vement ; c'était là une opinion qui méritait d'être con- firmée par de nouveaux faits , et je l'avais déjà senti lorsque je publiai mes premières observations. Persuadé que j'obtiendrais plus de lumière en examinant d'abord les plantes , dans lesquelles le célèbre Corti avait dé- couvert le mouvement du suc , je fus engagé à'm'occuper de la plante aquatique que ce physicien n'avait pu dé- signer par son nom scientifique, et qu'il avait cherché à faire connaître au moyen d'une description accompagnée d'une assez mauvaise figure. Mes recherches auraient cependant été infructueu- ses sans le secours du professeur J. Fabriani , excellent . (44) botaniste , qui reconnut bientôt que la plante de Corti n'était autre que le Caulinia fragilis ; et je suis redevable à l'aimable obligeance de mon collègue , non-seulement des premiers individus de cette espèce qui formera, le sujet du présent article , mais encore de plusieurs autres plantes rares qu'il a bien voulu me sacrifier de même , et sur lesquelles j'ai fait diverses observations que je me réserve de publier dans une autre occa- sion. On rencontre dans les œuvres de Micheli (Novaplan- tarum Gênera ) , sous le nom de Fluvialis minor, un dessin suffisamment exact du Caulinia fragilis . vu à l'œil nu. Dans divers autres auteurs existent encore des figures de la même plante , et spécialement dans un Mémoire de Willdenow , inséré dans les Actes de l'Académie de Berlin , pour Tannée 1798 , et où ce savant auteur éta- blit le genre Caulinia, le dédiant ainsi à Caulini , bota- niste napolitain , à cause de ses profondes observations sur le Zostera. C'est ce qui m'engage à ne point m'oc- cuper ici de la partie botanique de l'histoire de cette plante , non plus que des questions relatives aux carac- tères de la fructification , et à décrire seulement dans ce mémoire la structure intérieure de la plante et la cir- culation du suc que j'ai observée dans ses vaisseaux. Si nous examinons , au moyen d'un fort microscope, la coupe transversale du tronc , nous apercevons vers sa partie centrale un tissu très-fin, qu'au premier aspect on prendrait pour le tissu médullaire. Il entoure un tuyau large , cylindrique , qui occupe précisément le centre ; mais en exécutant la section longitudinalement , on peut se convaincre facilement que ce tissu médul- laire n'est autre cbose qu'une réunion de tubes parai- (45) ïèles très-étroits , courant longitudinalcment, et dans les- quels on ne découvre qu'avec beaucoup de peine des diaphragmes peu nombreux, placés à de grandes distan- ces Tun.de l'autre. La coupe transversale présente en outre des lacunes considérables, variables en nombre, sui- vant qu'on examine des individus ou des rameaux diffe- rens , et dont on compte sept dans quelques troncs , huit dans d'autres, et rarement neuf. Aucun fluide , à l'exception de Tair atmosphérique , ne pénètre dans ces cavités, ce qui doit paraître incontes- table , puisqu'on les voit constamment vides , en les ob- servant avec une simple loupe, et aussi parce qu'on observe de petites bulles d'air, que leurs ouvertures lais- sent échapper chaque fois que la section est exécutée sous l'eau. Et, comme dans les lacunes se trouvent , à certains intervalles , des diaphragmes transversaux , en coupant ainsi à diverses hauteurs le même tronc , il con- tinue à fournir, à chaque section, une nouvelle quan- tité de petites bulles d'air. Toutes les autres ouvertures qui s'aperçoivent dans la section transversale ne sont que les orifices des vaisseaux du suc , et ceux-ci sont coupés par des noeuds et des dia- phragmes à des distances plus ou moins écartées sui- vant leur ouverture et suivant la place qu'ils occupent. L'examen anatomique des racines prouve qu'elles con- tiennent les mêmes parties qu'on a observées dans le tronc ; mais dans les feuilles , les lacunes sont réduites à deux seulement , tout le reste se trouvant d'ailleurs organisé comme dans le tronc , dont les feuilles ne sont qu'une expansion : on prendra de ces divers faits une idée plus nette encore en examinant les figures relatives à chacune de ces parties. ( # ) La fig. i pi. II (i) Représente la coupe transversale d'un tronc grossie 60 fois. L lacunes , V vaisseaux du suc , P petits tuyaux qui contiennent aussi du suc. La fig. 1 est une portion de la tranche dun autre tronc grossie i5o fois et dans laquelle les vaisseaux U , qui entourent les petits tubes , paraissent composés d'une membrane plus épaisse que celle qui est propre aux autres. Fig. 5. Tubes, ou, si l'on veut, cellules de la première couche externe, vus dans le tronc longitudinalement. Fig. 4- Tubes de la seconde couche interne, vus de la même manière. Fig. 3. Tuyaux dont les ouvertures dans la section transversale unissent , comme autant de rayons , les portions de la cir- conférence avec celles du centre , ou bien encore tubes qui séparent les lacunes entre elles. Ces trois fig. sont grossies 60 fois. Fig. 6. Section transversale d'une feuille. En L on voit les lacunes \ dans le centre sont les petits tubes. Fig. 7. Cellules superficielles d'une portion de la surface inférieure d'une feuille grossies 384 f° îs - Une des épines de celle-ci se voit en S. PI. III, fig. 1. Diaphragme transversal des lacunes. Il est composé d'une couche unique de cellules un peu renflées et pleines d'un suc très-limpide. Aux angles de celles-ci se trouvent de pe- tites aires un peu transparentes , que je pris d'abord pour autant d'ouvertures ; ce dont je me suis convaincu en- (1) J'ai dessine moi-même toutes les figures, au moyen de la caméra lucirfa adaptée au microscope. Avec un semblable auxiliaire on est as- suré non-seulement d'avoir une représentation exacte des contours de l'objet qu'on examine , mais on peut encore en déterminer la grandeur réelle , ou celle de ses parties. On les retrouvera facilement en divisant le diamètre de chaque dessin par le nombre inscrit à côté de lui , et qui exprime le grossissement linéaire de l'instrument dont j'ai fait usage. (47 ) suite en observant la même organisation , mais plus en grand , dans les diaphragmes de quelques autres plan- tes. Pour le Sagitlaiia sagittifolia, on ne peut s'y mé- prendre en se servant de mon microscope. Dans la fig. a, j'ai représenté im- portion du diaphragme qui ferme les lacunes du pédoncule de cette plante, qui méritaient, d'après Link, d'être examinées avec attention, à cause de leur singularité. Je n'ai pu découvrir dans le Caulinia fragilis aucune trachée ou tube poreux. Une centaine de sectiops que j'en ai faites pour satisfaire la curiosité des personnes qui désiraient voir le mouvement du sue, m'ont con- vaiikcu qu'il ne s'y trouve aucun organe de ce genre , ou bien que , s'il en est de tels , leur extrême petitesse les rend imperceptibles , même lorsqu'on fait usage des plus forts grossissemens qui soient à ma disposition. A cet égard, je ne me trouve point d'accord avec le pro- fesseur Pollini , qui pense avoir vu dans cette plante des trachées d'une forme tout-à-fait particulière, c'est-à- dire des tubes composés d'une membrane entière au- tour de laquelle la spire de la trachée serait enroulée. Mais son illusion a probablement été occasionée par 4es plis qui se forment souvent dans la membrane déli- cate des tubes qui séparent une lacune de l'autre. Un petit effort exercé sur la branche dans le moment où on la sépare du tronc , ou bien la tension qu'elle peut souf- frir, si elle ne se trouve pas disposée, sur le porte-objet, dans sa situation naturelle, suffisent pour produire les plis qui , avec un microscope ordinaire, ou lorsqu'ils sont éclairés au moyeu d'un faisceau de lumière étroit , peuvent ressembler assez bien aux spires d'une tra- chée. (48) • î)e quelque manière que cela soit arrivé au profes^ seur Pollini , il n'en est pas moins certain qu'il résulte de mes observations que tous les tubes et toutes les cel- lules du Caulinia sont produits par une membrane lisse , blanche et transparente , sans qu'on puisse observer en elle aucun vestige de fente, de pore ou de communica- tion quelconque dune cavité à l'autre. Chaque cavité constitue un organe distinct , et c'est dans son intérieur que le fluide se meut en tournoyant indépendamment de la circulation particulière qui se produit dans chacune des cavités adjacentes. S'il était possible de séparer de toutes les autres par- ties du tissu un de ces organes avec assez de délicatesse pour ne pas offenser son enveloppe, on verrait le suc se comporter dans son intérieur de la même ma- nière qu'on le voit circuler dans l'organe non isolé. La nature du mouvement qui existe dans les petites cellules et les tubes du Caulinia , est parfaitement analogue à celui que manifeste le suc des tubes de la Chara. Cependant il faut une plus grande attention de la part de l'obser- vateur , pour en reconnaître la véritable marche, à cause de la transparence des vaisseaux et de leur union intime, en vertu desquelles il se présente en même temps à l'œil, dans les tubes circonvoisins , plusieurs circulations qu'il faut bien se garder de confondre avec celle du tube par- ticulier qu'on veut soumettre à l'examen. L'indication du mouvement du suc des vaisseaux d'une plante se trouve dans la translation des particules solides qui nagent dans celui-ci. Mais si ces corpuscules venaient à manquer , le fluide ne présenterait plus , à cause de sa transparence et de son homogénéité , aucun caractère de mouvement • appréciable , quand bien même relie - ci (49) existerait réellement. Heureusement tous les vaisseaux du Caulinia fragilis sont remplis de concrétions visibles qui tracent le cours du suc qui les transporte , et ser- vent en même temps à mesurer les degrés de sa rapi- dité suivant les diverses situations du courant. C'est un spectacle étonnant de voir leur vigoureuse circulation dans un petit morceau détaché d'un endroit quelconque de la plante. Ces corpuscules sont pour le plupait de forme glo- buleuse et à peu près de même grandeur dans le même vaisseau ; leur dimension variant seulement dans les parties différentes de la plante. La fig. 3, tube X, en représente quelques-uns des plus gros, qui se trouvent renfermés dans les tubes delà couche intérieure du tronc , et elle montre en même temps la manière dont ils se meuvent en tournant dans les mêmes tubes. Les corpuscules du tube X qui se trouvent en A cou- rent dans la longueur de la paroi gauche ÀB jusqu'à ce qu ils soient arrivés au diaphragme supérieur. Alors leur direction s'incline et devient horizontale en BC. Parvenus ainsi vers la paroi droite CD , ils descendent auprès de l'extrémité correspondante en D, où, venant à rencontrer le diaphragme inférieur, ils se contournent de nouveau en DÀ , et retournent ainsi au Heu d'où ils étaient partis primitivement. De cette manière,' leur cir- eulation recommence et elle dure autant que ta vie de la plante. A la vérité , tous les globules ne cheminent pas en rasant les parois et les diaphragmes. Quelques-uns, comme on peut le voir en R , restent à l'écart et exécutent néan- moins leur évolution , a la manière des autres. La seule différence qu'ils présentent, c'est que leur * . Tome II. 4 ( 5o) vélocité p«'Ut èlre ralentie , et d'autant plus qu'ils se trouvent plus rapprochés d'un plan idéal , qui serait placé longitudinalement dans le tube, et qui se trouve- rait sur le point du contact entre le courant ascendant et le courant descendant. Les corpuscules, qu'ils soient éloignés ou rapprochés des parois du vaisseau , ne sont point obligés de garder rigoureusement leur position respective. Après quelques tours et quelquefois avant que le premier soit achevé , selon les divers chocs ou contrariétés réciproques , ils changent de situation entre eux. Il arrive encore quelquefois que certains globules passent d'un courant à l'autre sans arriver jusqu'auprès du diaphragme. Par exemple , les corpuscules Q, qui courent en rasant la paroi AB , se trouvant doués d'un mouve- ment progressif plus rapide que ceux qui sont accumulés en R, les rejoignent bientôt et les heurtent de telle façon que ceux du groupe R, qui sont plus rapprochés de l'axe du tube , étant poussés en-delà du plan idéal dont nous avons parlé , se séparent des autres , et au lieu de suivre leur route ordinaire en AB , s'en retournent suivant la direction CD. La circulation que nous avons considérée dans le tube X s'exécute d'une manière semblable dans les autres tubes ZY, etc. } mais la direction du mouvement , dans chaque vaisseau , ne semble avoir aucun rapport avec celle qui s'exécute dans les tubes circon voisins. Dans quelques- uns le courant ascendant se trouve placé à la droite de l'observateur ; dans d'autres , ce même courant est situé à sa gauche. Dans le tube Z la direction du liquide mouvant suit le trajet EFGH ; dans le tube Y , le sens du mouvement est en IMLK. Dans le tube T c'est en NPOS. Et quant à la vélocité absolue des corpuscules (5. ) rasant la paroi , elle est variable dans les divers tuyaux suivant la longueur et le diamètre de ceux-ci , et selon qu'ils ont été conservés , plus ou moins intacts, au mo- ment où on les a séparés de la plante. Dans le tube X, j'ai trouvé que les corpuscules font le tour entier ABCDA eu 3o" ; ce qui équivaut à peu près à. un chemin d'un tiers de ligne de longueur. Cette, marche est inférieure en rapidité à celle que j'ai mesurée dans un tube de Chara vulgan's de -p-j-g- de pouce (pied de Paris) de dia- mètre, dans lequel j'observai que , pour le même espace de temps , les corpuscules parcouraient une ligne de chemin. A cet égard , il est bon de noter qu'en cou- pant le petit fragment de tige , on suspend la circula- tion pour un moment , et qu'alors les globules du suc se voient irrégulièrement épars dans l'intérieur du tube et immobiles. Ce n'est qu'au bout de quelques heures qu'ils s'arrangent, auprès des parois, et qu'ils acquièrent la grande .vélocité que j'ai mesurée. La circulation du suc, dans le tissu cellulaire, ne dif- fère en rien de celle que nous venons de décrire dans les tubes. Les petits globules cheminent la plupart en rasant les parois des cellules, et leur direction se plie près des angles, comme on peut le voir dans les cellules des feuilles (pi. 2, fig. 7, A,B,C,Dj. Quelquefois il se forme dans le centre de celles-ci des masses E qui tournent , comme si elles étaient au- tour d'un pivot , dans la direction du mouvement des petits globules près des parois. On découvre en F un de ces amas tournans, et les globules manquent encore vers^ les parois •, mais toutes ces anomalies résultent le plus souvent de ce qu'on manie la plante avec peu de soin. Les feuilles sont très-délicates, et on parviendrait difficile- 4* ment à observer la circulation en en coupant des tran- ches pour rendre le tissu transparent. J'ai l'habitude de les regarder sans les détacher de la plante, et je les éclaire supérieurement , comme si c'étaient des objets opaques. Par ce procédé, j'ai pu découvrir du mouve- ment dans toutes les cellules que j'ai dessinées dans la figure ; et ayant , dans un grand nombre d'entre elles , tenu compte de la vélocité des globules, j'ai trouvé que le tour complet des cellules était effectué dans les limites de vingt à trente secondes. Je n'ai aperçu aucune circu- lation dans l'épine S , bien qu'elle m'ait paru très-ac- célérée dans la cellule qui en forme la base. En coupant, à l'aide de deux sections transversales dans un tronc robuste , une grosse tranche d'une demi- ligne environ , elle comprendra dans son épaisseur plu- sieurs vaisseaux entiers , c'est-à-dire fermés aux extré- mités par les diaphragmes. Si on place en&uite horizon- talement cette tranche sur le porte-objet , elle offrira la circulation du suc dans le moment où le liquide lui-même se contourne derrière le diaphragme pour passer du courant ascendant au courant descendant. Ici on recon- naît que le? diaphragmes sont composés d'une membrane transparente et parfaitement semblable à celle qui cir- conscrit les tubes dans leur longueur, où il ne paraît aucun pore ni aucune fissure ; mais ce qui mérite d'être plus particulièrement mentionné , c'est : i°. Que dans les petits, tubes placés à la circonfé- rence , le suc se meut toujours sous le diaphragme dans la direction de la tangente ; 2°. Que dans les tubes internes et entourés d'autres tubes , il chemine dans des directions qui ne sont pas fixées relativement à une ligne dfterminée 5 (53) 3°. Que dans les tubes divisant les lacunes, il marche dans le sens du rayon In général, si un tube quelcon- que a une paroi qui ne soit pas contiguë aux autn-s tubes , le plan qui diviserait le courant ascendant du courant descendant dans ce tube , devient toujours per- pendiculaire à la paroi isolée; au moins rencontre-t-on très-rarement de6 exceptions à la loi que je viens d'é- noncer . et que la fig 2 montre à l'œil , a l'aide de la position des flèches qui indiquent les directions du mou- vement du suc dans les vaisseaux sur lesquels elles sont placées. Les petits tubes P (tig. 1 ), lorsqu'on les observe dans la section longitudinale, ressemblent aux filets ligneux ou petites côtes des feuilles , appelés petits tubes par Mirbel , fibres par Treviranus , et vais- seaux fibreux par Link. On a beau essayer d'en couper de petits fragmens , il resta toujours plusieurs couches de tubes adossés l'un à l'autre , ce qui e?npêche de bien dis- tinguer la marche du fluide dans leur intérieur ; difficulté à laquelle ajoute «ncore l'extrême petitesse des canaux. Je n'ai donc pu découvrir dans ces vaisseaux qu'un mou- vement rapide de très-petits globules s'efiectuant de haut en bas, et vice versa, sans qu'il m'ait été possible de distinguer ensuite la position respective des courans as- cendans et descendans dans le même tube , et tous ces phénomènes de vitesse variée , de chocs réciproques des globules , de rétrocession , etc. , que nous avons re- marqués dans le tissu plus ample. L'observation répétée m'a en outre convaincu que la circulation du fluide dans ces petits tubes , est plus durable que dans les grands , lorsqu'ils sont détachés de la plante. En eflèt , les ayant séparés du tronc et mis pendant une semaine au frais et (54) daus l'eau , un petit nombre des plus grands tubes m'a offert quelque reste de vie avec une circulation près- quYteinte , tandis que celle - ci était rapide dans les petits tubes et s'y continuait plus long-temps. Si la petitesse des diamètres des petits tubes internes n'a pas permis de s'assurer directement de la nature du mouvement que le suc éprouve dans leur intérieur, la loi uniforme que nous avons assignée à son cours dans l'intérieur des autres vaisseaux de la même plante , ne nous conduit pas moins à croire que le même mode de circulation s'observe dans tous. Il se forme toutefois dans chaque vaisseau deux courans , l'un ascendant et l'autre descendant, sans qu'aucun intermédiaire les sé- pare , comme eela s'observe dans le Chara vulgaris que j'ai décrit. Mais les vaisseaux du Caulinia sont pourvus de chapelets qui tapissent leurs parois internes , comme dans le Chara vulgaris , et la cause du mouvement du suc dépendrait-elle de l'existence de ces chapelets ? D'a-r bord j'ai mal à propos douté de leur présence en soupçon- nant que les lignes parallèles très - fines que je décou- vrais le long des parois des tubes étaient l'effet d'une illusion optique , c'est-à-dire produites par les bandes colorées qui se forment lorsque la lumière passe auprès d'un filet très-fin ou entre les fissures que laissent les parois des tubes minces de la plante ; mais ayant eu depuis l'occasion d'examiner de plus gros troncs , je me suis convaincu de l'existence de ces mêmes chapelets. Les grains qui les composent se découvrent avec beau^ coup de difficulté , parce qu'ils sont très-petits et parfais tement transparens ; leur couleur est jaunâtre. Au reste, ils sont distribués dans les tubes comme les chapelets du Chara , et le suc circule constamment dans leur (55) direction , et s'arrête dès qu'on les désorganise. Quant à la nature du mouvement , il nous montre que la force motrice émane de la paroi du tube , et précisément de la partie où sont fixés les chapelets. Là , on observe le plus grand eflet , c'est-à-dire que Ton trouve la plus grande vitesse du courant , et Ton voit celle-ci diminuer graduellement jusqu'à ce qu'elle devienne stationnaire en se rapprochant du plan dans lequel les actions des deux parois opposées se contrarient et deviennent égales. Il me paraît donc indubitable que le mouvement du suc dérive do leur action ; mais il est important de noter que cette action ne s'étend pas au-delà de la membrane du tube dans lequel elles sont contenues; ce dont on se persuadera facilement en se rappelant que le mouve- ment de révolution dans un tube se fait indifféremment dans le même sens ou dans le sens opposé au mouve- ment du suc des tubes adjacens. Ce fait présente un nouvel argument contre l'opinion que l'irritabilité de la membrane soit la cause de, l'ascen- sion du suc dans les végétaux. En eiïet , comment ex- plique-t-on , d'après ce principe , pourquoi il arrive qu'au- près de la membrane qui sépare le tube X du tube Z, les courans marchent dans le même sens , et qu'auprès de la membrane qui divise les tubes T et Y, les courans marchent de côtés opposés ? En réalité , les membranes qui séparent un tube de l'autre sont doubles , chaque tube avant la sienne propre -, niais elles se trouvent tellement unies , je dirai même soudées ensemble , qu'il est impossible qu'il se fasse un mouvement ou une vibra- tion dans l'une sans que la voisine y prenne part. J'ai fait remarquer qu'on ne voit aucun globule mobile passer d'une cavité dans une autre; je ne prétends cepen- ( 56) dant pas établir que le suc renfermé dans un vaisseau ne pénètre point, 1 quand les circonstances l'exigent, dans ses voisins. Je suis même persuadé que cette transfusion est nécessaire pour le développement de la plante -, mais la partie la plus fluide et la plus subtile du suc est la seule qui puisse pénétrer invisiblementà travers la membrane , en traversant des trous que l'oeil armé du microscope ne saurait apercevoir. Au reste , il paraît que la trans- fusion , au moins dans certains vaisseaux, n'est point continue et abondante ; mais réglée par le besoin que certaines parties du tissu ont d'absorber, de séparer et d'élaborer le Suc pour leur nutrition , et pour donner la naissance et la vie à de nouveaux organes ; et i en effet, le Caulinia présente deux sortes de sucs limpides assez distincts par leur couleur, luu blanc et l'autre rouge de corail. Ce dernier est renfermé dans des vaisseaux n'ayant aucune forme qui les différencie des autres , et ils se trou- vent dispersés sans ordre dans les diverses couches du tissu, à l'exception toutefois du tissu central circonscrit par les lacunes , qui contient toujours du suc blanc. Si donc la transsudation était continue et abondante , il semble (à moins qu'on ne veuille supposer que la ma- tière colorée , bien que divisée à l'infini , ne peut passer à travers la membrane ) , il Semble , dis-je , que le suc blanc des vaisseaux voisins du liquide coloré devraient se teindre eh rouge et diminuer , par cela même , la couleur de ce liquide ; ce qui est contraire à l'observation qiii ne nous montre autre chose qu'une circulation con* tinue de chaque sorte de suc dans sa cavité respective , et offre à nos regards tant dans le suc rouge que dans le suc blanc j le mouvement des globules ordinaires solides et nageant. (5 7 ) La disposition la plus fréquente des vaisseaux du fluide coloré étant celle-ci , que , placés bout à bout à la file l'un de l'autre, ils forment un filet prolongé, pendant un assez grand intervalle, le long de la plante, nous pou- vons être portes à croire que le passage du sue d'un vais- seau à l'autre a lieu plus facilement à travers la membrane du diaphragme, ou, en d'autres termes, de haut en bas, et vice vend, mais il est bon d'avertir que Ton trouve aussi des vaisseaux pleins de suc rouge , isolés , c'est- à-dire placés de telle sorte que les vaisseaux qui précè- (ii'iit, ceux qui suivent, et ceux qu'on observe sur les côtés, renferment tous du liquide blanc. J'ai parlé de la différence de couleur du fluide de la plante. Mais, dans la totalité, celte plante elle-même paraît d'une couleur verte prononcée : quelle est donc la cause de cet aspect ? Il est entièrement dû à des globules que le suc transporte en tournoyant , et qui sont d'un très-beau vert dans les parties externes du végétal , et un peu plus clair à l'intérieur. Lorsque , pour la première fois , j'examinai un frag- ment de Caulinia, et lorsque je découvris dans les vais- seaux des globules verts irrégulièrement disposés et im- mobiles , je crus , guidé par l'analogie des observations faites sur le Ckara n avoir rompu les chapelets ou ran- gées symétriques des mêmes globules, et, par consé- quent, avoir arrêté sans retour la circulation du suc. Ce- pendant, après une heure de temps environ et contre mon attente, je vis tous les globules verts en mouve- ment , comme je les ai décrits précédemment. Il existe donc entre le Chara vulgaris et le Cauiinia, cette diffé- rence , que dans la première plante les globules mobile du suc sont blancs , tandis que les grains des chapelets (53) qui donnent à la plante sa teinte générale , sont verts ; et que dans la seconde , les globules du suc sont verts T et les grains des chapelets jaunâtres : ceux-ci ont une telle transparence et une telle petitesse , qu'ils n'altèrent en rien la teinte prédominante des autres. Les globules verts du Caulinia , soumis à l'action de l'eau bouillante , de l'huile et de l'alcohol , ne changent pas sensiblement de volume, bien que la partie colo- rante leur soit totalement enlevée par les deux derniers agens. J'ai cherché à découvrir les modifications que ces globules pouvaient éprouver, avec le temps , dans la plante vivante -, mais les sections exécutées à des époques diver- ses , en commençant à l'époque de son premier dévelop- pement, jusqu'à son accroissement total, ne m'ont fourni aucun fait assez clair pour être exposé ici avec confiance. Pour ce qui regarde les grands globules renfermés dans les vaisseaux U (pi. 2, fig. 2 ) , je me suis assuré qu'ils se forment seulement à l'époque de la plus grande vigueur de la plante, et qu'ensuite ils se détruisent à mesure qu'elle vieillit et qu'elle décroît. ARTICLE SECOND. Du Chara flexilis. L'organisation du Chara flexilis paraît si uniforme et si simple , que l'ana tonne ne montre aucune différence entre la structure du tronc et celle de la base des ra- meaux et des feuilles. Dans quelque endroit que l'on coupe transversalement la plante , à l'exception des nœuds où les diverses ramifications s'insèrent , la section pré- sente une embouchure unique et circulaire -, en effet , toutes les parties consistent en un seul tube membra- ( 59) neux fermé à chacune de ses extrémités , d'où parlent d'autres tubes semblables qui s'ajoutent un à tin de la même manière, et toujours à l'endroit des noeuds La membrane des tubes est blanche et transparente comme le verre. La couleur verte qui semble lui être propre , dépend de la série des chapelets de grains verts qui sont fixés à sa paroi interne , et ont une disposition exactement semblable à celle qu'on aperçoit dans les tu- bes du Chara vulgaris. Le suc renfermé dans chaque tube paraît incolore ; on y voit nager des corpuscules solides et blancs, de dimensions différentes; les plus gros, parmi eux, surpassent de beaucoup les grains dos chapelets. La transparence de tous les vaisseaux, la simplicité de leur structure et l'absence de cet encroûtement ex- terne de carbonate de chaux qui couvre les rameaux du Chara vulgaris, et leur enlève la diaphanéité, sont des conditions favorables pour observer la circulation du suc sans aucune opération préparatoire. Un fragment quelconque de Chara fie xilis , pourvu qu'il soit compris entre des noeuds, plongé dans une petite quantité d'eau , fait voir, même avec le secours d'un microscope ordinaire , le mouvement du suc , sui- vant des lois dont je m'abstiendrai de parler, parce que je ne pourrais que répéter les mêmes choses que j'ai dites dans mon Mémoire sur le Chara vulgaris \ en effet , la circulation du suc présente dans l'une et l'autre plante des phénomènes identiques : seulement je noterai que l'acide agit d'une manière plus remarquable sur les chapelets du Chara flexilis , et les coagule de telle sorte qu'en les voyant sortir si bien unis entre eux, de la section d'un tube délicatement comprimé, on jugerait (6o ) vraiment qu'ils foi ment une seconde membrane du tnbe concentrique à la première, si on n'était pas assuré que sans l'action de l'acide les grains ne sortiraient pas ainsi en file , mais qu'ils s'accumuleraient confusément et se répandraient isolément dans l'eau. Cette plante a, comme on sait , des fleurs à pistil et à étamines , dont l'organisa- tion mérite d'être minutieusement décrite, d'autant plus que la circulation du suc est très- visible dans les vais- seaux qui composent ces fleurs. La fig. i , pi. 4 i représente un ramuscule de Chara flexilis ; A,B sont des portions de tubes, l'un infé- rieur l'autre supérieur. Ils se trouvent séparés l'un d<* l'autre par une membrane transversale située dans le nœud. Le dessin montre daus ces tubes tous les petits chapelets de grains ronds qui ornent l'intérieur des mem* branes et marquent la route du suc qui , montant par XY , traverse horizontalement le tube en YH , et des- cend de l'autre côté par HZV. De même , dans le tube B , se mouvant en TH , passant de H en Y , il re^ monte en YS. Dans le nœud des deux tubes que j'ai indiqué, naissent lesbourgeons D,C de forme hémisphé- rique , la petite feuille E offre une figure conique , et l'autre , un peu plus grande , F , est de même conique. Toutes ces parties so*it composées d'un seul vide cir- conscrit de toute part par une membrane très-fine , la- quelle , pour ce qui regarde les deux feuilles E,F \ est tapissée intérieurement des deux ordres de petits chapelets verts. Le suc monte dans cette direction jusqu'à la pointe du cône, et il descend ensuite de-là à la base pour reprendre continuellement le même che- min. Quant aux bourgeons C et D , je n'ai pu réussir à voir des grains en ordre symétrique , attachés à l'in- ( «' ) lérieurde leur membrane ; cette observation devient très- difticile par la multitude des corpuscules du suc ren- fermés dans les bourgeons ; en effet , les corpuscules , outre; qu'ils rendent les bourgeons plus opaques, appor- tent encore beaucoup de confusion par la rapidité avec laquelle ils se meuvent à l'intérieur. Dans la cellule D, le mouvement est roiatoire, et s'exécute de droite à gau- che , comme autour d'un axe qui , du centre du bour- geon , serait perpendiculaire au plan du dessin. Dans la cellule C, le mouvement qui est de même rotatoire, se fait autour d'un axe semblable ; mais sa direction a lieu délicate ; et mon éton- nement fut bien grand en le voyant rempli de petits corps dont une partie sortait du grain de pollen et l'autre y rentrait après avoir décrit un circuit le long du tube ou boyau. En examinant, en ce moment , le grain de pollen , on voyait dans son intérieur le mouvement con- fus d'une innombrable quantité de globules, mouvement qui s'observait aussi dans les vaisseaux du stigmate sur lesquels reposaient le poil et le boyan. Ce phénomène, après avoir duré pendant près de trois heures, se ter- mina par la disparution des corpuscules du boyau , sans que je pusse voir s'ils étaient rentrés dans le grain de pollen, ou plutôt s'ils avaient trouvé accès dans les cellules du stigmate - r ou bien , enfin , si se dissolvant peu s }M'ii, ils avaient pénétré au travers des pores delà mem- brane , et s'étaient mélangés au liquide contenu dans le poil dont l'intérieur m'offrit, pendant long-temps en- core, la continuation du mouvement circulatoire. La fig. i , pi. 4, montre en A le grain jaune de pollen garni de>petites pointes; en BC se voit le poil du stigmate 5* («8 ) contenant un suc jaune clans lequel flottent les globules solides L; le boyau rempli de ces corpuscules circulans d'une couleur cendrée, est représenté en ED. Les ex- trémités CD appuient sur les cellules ou vaisseaux du stigmate, qui'ne sont point dessinés et qui communi- quent avec le style. En rapportant l'observation la plus délicate que j'aie encore décrite , je ne crois point inutile de l'accompa- gner de quelques éclaircissemens dont l'expérience m'a démontré l'avantage pour la répéter avec un succès as- suré. Il faut récolter la fleur un peu avant qu'elle s'ef- feuille , enlever le pistil avec délicatesse, et le placer sans retard sous le microscope disposé à cet effet. La lumière la plus favorable est celle du soleil , et je suis dans l'usage d'éclairer l'objet tout à la fois par réflçction et par transparence , en faisant passer les rayons au travers d'un verre dépoli. Dans cet état si l'on amène au point de la vision distincte ces grains de pollen qui sont attachés vers l'extrémité des poils du stigmate, on les verra parfaitement ronds et en- tiers, si toutefois on a eu bien soin d'éloigner toute humidité quelconque du style; cela étant fait, on doit attendre la rupture subite du grain de pollen et l'émis- sion de son boyau , phénomène qui tarde d'autant moins à se manifester que la fleur est plus avancée et que la cnaleur de la saison est plus élevée. J'ai fait cette expé- rience avec beaucoup de succès dans le mois d'août , le thermomètre se trouvant entre 18 et 22 , et cueillant la fleur vers huit heures du matin. Son suc suffisait pour la maintenir fraîche, et celui-ci présentait son mouvement circulatoire habituel jusque vers onze heures. Quiconque ne possède pas un microscope doué d'un pouvoir ampli- (6 9 ) fiant considérable doit renoncer à ce genre d'qbservation ; je pense en effet qu'avec un grossissement au-dessous de trois cents fois le diamètre, il serait impossible de décou- vrir la circulation du boyau. Koelreuter et Gartner ont soutenu que l'explosion des grains du pollen arrivait seulement par l'excès de l'humi- dité quand il est placé au-dessous de l'eau , mais que dans l'état naturel l'humeur prolifique qui réside dans l'enveloppe interne et élastique du pollen passe graduel- lement dans les vaisseaux de l'enveloppe externe, et, filtrant peu à peu par les pores de celle-ci , se mélange au liquide qui transsude du stigmate. Nous avons donc observé dans le pollen du Portulaca oleracea une excep- tion à leur opinion , à quoi il faut encore ajouter que les corpuscules que nous avons découverts en mouvement dans le boyau sont ceux-là même qui ont été vus sortant du pollen éclaté et serpentant sur la surface de l'eau à la manière d'un léger nuage , par les observateurs qui se sont occupés de ce sujet. Et l'on ne doit pas confondre le liquide dans lequel ils flottent , qui est blanc , avec un autre qui est coloré en jaune, soluble dans l'alcohol et les huiles, et qui réside seulement dans les vaisseaux extérieurs du pollen et dans ses épines. Il semble que les grains du pollen ont en général une structure beaucoup plus compliquée qu'on ne l'avait cru jusqu'ici; indépendamment du fait que j'ai décrit plus haut , le pollen de la Courge (Cucurbita pepoî) en fournit une nouvelle preuve. A peine est - il plongé dans l'eau qu'il éclate en lançant un jet serpentant d'une liqueur cendrée et opaque \ en même temps on voit transsuder des poils et des épines une humeur très-limpide et jaune, qui, se détachant en gouttes el s étendant ensuite à la sur- face de l'eau, présente, lorsqu'on la regarde avec une lu- mière réfléchie , les plus belles couleurs de l'Iris , sembla- bles à celles qu'on observe dans les lames minces que l'on fait artificiellement avec les huiles ; mais le fait curieux , et qui , si je ne me trompe, n'a été observé de personne, c'est qu'en divers points de la superficie du pollen , on voit sauter dehors de petites vessies fort transparentes ayant la forme de cloches et sur le sommet desquelles est fixé une espèce de couvercle opaque avec une épine dans le (entre (voy. la fig. 3, pi. 4)» C* couvercle fait l'office de valve lorsque la petite vessie est renfermée dans le grain, et il rend ainsi sa surface continue en apparence. Ces petites vessies se distinguent assez bien si l'on enfonce le pollen d'abord dans l'alcohol et ensuite dans l'eau 5 en cette circonstance le grain ne s'éclate pas. Je noterai ici en dernier lieu une autre observation qui se trouve consignée dans mon journal. — Le pollen de la Chicorée sauvage , Cichorium intybus , a la forme d'un dodécaèdre régulier ; les côtes sont opaques et cou- vertes de poils, les faces pentagones sont transparentes et lisses. Mis dans l'eau, il éclate sur l'une des faces en lançant dehors , et à une distance égale à peu près au double de son diamètre , un suc qui ne serpente pas dans son trajet, mais qui se dirige en droite ligne. Quelques- unes des autres faces se gonflent , et il en sort de petites vessies semblables à celles du pollen de la «ourge, niais privées de couvercle. ( La suite au prochain numéro. ) ( :• ) Sur une tête embaumée d'un habitant de la Nouvelle- Zélande \ extrait d'une lettre de M. Léok-Dufour , docteur médecin. Parmi plusieurs objets curieux dont mon ami M. Adol- phe Dussault , officiel* dans la marine royale , vient d'en- richir mon cabinet d'histoire naturelle, il en est, surtout é un qui offre à mes yeux un grand intérêt : c'est une tête parfaitement bien conservée d'un sauvage de la Nouvelle- Zélande. Les oreilles, les paupières, le nez , les lèvres, les joues , en un mot la peau et toutes les parties molles sous-jacentes , les yeux seuls exceptés, ont été, par des procédés propres à ces insulaires, amenés à un état d'in- duration qui n'a altéré en rien les traits du visage. Les cheveux, les sourcils , la moustache , la barbe et jusqu'au fin duvet qui s'observe aux environs du trou auditif, sont absolument comme dans l'état de vie , et adhèrent même davantage au tissu cutané. Le front et la plus grand* partie de la face sont couverts d'un tatouage re- marquable par le nombre, la régularité et même l'élé- gance des dessins. Le célèbre navigateur Cook , qui , le premier , aborda à la Nouvelle-Zélande , s'assura que ses sauvages habitans étaient anthropophages r mais qu'ils ne dévoraient que leurs ennemis tués dans les combats. D'après des renseigneraens que M. Adolphe Dussault a recueillis des personnes qui avaient tout récemment rap- porté de cette île la tète dont il est ici question et plu- sieurs autres , lorsqu'un ennemi d'un rang distingué ou d'une valeur déjà renommée , succombe dans la lutte , son corps est réservé à d'horribles repas } mais sa tête, convenablement embaumée , est suspendue comme un ( 7* ) trophée dans la hutte du vainqueur. C'est une de ces tètes de héros ou de chef distingué que le sort bizarre a transportée dans un petit coin du département des Landes, à quatre mille lieues du théâtre de ses exploits et de sa mort. Sa chevelure noire et serrée, ses petites moustaches , sa barbe peu épaisse , ses sourcils bien tranchés et fort unis , ses dents d'une blancheur éblouissante et toutes bien conservées , sa peau lisse , qui offre encore çà et là un rare duvet , l'ensemble de ses traits : tout porte à croire que c'était un homme d'une trentaine d'années au plus. La belle exécution du tatouage n'annonce nas un homme du vulgaire , et ce chef dut mettre à contribution les premiers dessinateurs de sa contrée pour orner son auguste face. C'était aussi un guerrier 7 et sans doute un guerrier fameux, comme le témoi- gnent irrécusablement et une belle cicatrice à la base du nez , et ces larges tatouages spîroïdes qui per- pétuent sur leurs joues le souvenir des grands combats. La pommette gauche seule en est dépourvue. Au aevant de l'oreille droite, j'observe le dessin de trois ancres européennes assez bien représentées , et il n'est pas im- probable que ces figures datent de l'époque où la Nouvelle - Zélande fut découverte. Cette masse d'un métal qui , au rapport de Cook , a plus d'attrait pour ces insulaires que l'or pour les Européens , dut les frapper d'admiration et d'envie , et le chef dut ordonner qu'on en gravât sur sa joue l'impérissable modèle. Quoi qu'il en soit au reste de l'origine de la télé en question , son angle facial est bien plus incliné que celui de la race européenne , mais moins que celui de la race nègre. La couleur basanée de sa peau ; ses cheveux noirs ( ?3 ) qui ont la rudesse du crin , mais qui ne sont nullement crépus; ses pommettes saillantes , son nez déprimé à sa racine et assez gros sans être épaté ; le large espace qui sépare les sourcils , sa bouche d'une grandeur mé- diocre, et ses lèvres peu épaisses, tous ces signes me paraissent'earactériser cette variété de l'espèce humaine appelée race mongole ou kàlmouke. La petitesse de son oreille forme un des traits les plus frappans de cette tête , et je ne le trouve point signalé dans les relations des voyageurs. M. Adolphe Dussault, qui a vu une quin- zaine de têtes semblables, m'a assuré que ce trait était commun à toutes. Les plus jolies oreilles de nos Fran- çaises n'approchent pas , pour la petitesse et la bonne conOguràtion , de celles de mon Zélandais. Le lobule , ou le bout , est percé d'un grand trou où était sans doute suspendu quelque bijou précieux. Les cheveux , dans la moitié antérieure du crâne , sont coupés assez courts mais plais , à peu près comme chez nos paysans des Landes. Ils sont plus longs et à peine un peu bouclés dans le reste de la tête. Ces cheveux ont, comme je l'ai déjà dit , une adhérence considérable aux tégumens endurcis, en sorte qu'il faudrait un violent effort pour en arracher quelques-uns. On voit encore ûxée à une mèche de ceux-ci la petite corde qui suspendait cette tête trophéale dans la cabane du vainqueur. Le front , quoique reculé, n'est ni plat ni petit; son tatouage fort serré est divisé par une ligne médiane en compartimens d'une parfaite symétrie. Ces dessins , ainsi que ceux du reste de la face, ne sont pas simplement formés par des lignes noirâtres tracées sur la peau ; ils sont empreints dans le tissu de celle-ci et ineffaçables. La lèvre supérieure est rétractée de manière à laisser â découvert les dents. La barbe est ( 74 ) rou&sàtre quoique les cheveux et les sourcils soient noirs. Les fosses nasales étaient fortement tamponnées avec des chiffons de linge qui avaient été indubitable- ment trempés dans la décoction de la poudre de quelque écorce tannante , ainsi qu'il est facile de s'en convaincre par leur couleur fauve et leur odeur qui rappelle celle du quinquina. L'examen attentif de ces chiffons qui sont tissus à l'européenne et dont les fils ne sont point formés avec le lin de la Nouvelle-Zélande ou Phormium tenax , iudique assez que ce tamponnement n'est pas l'œuvre des insulaires, et qu'il est postérieur à l'embaumement de la tête. L'intérieur du crâne est vide. La base de l'os occipital , malgré son épaisseur et son excessive dureté, a été largement et nettement coupée pour faciliter l'ex- traction du cerveau et de ses enveloppes. Les tégumens de cette tête offrent la solidité, la sécheresse et presque la couleur du bois , de manière que son aspect n'offre rien d'effrayant. Il ne s'en exhale non plus aucune odeur désagréable. Quelques Observations nouvelles sur I'Orhithorynque. Cet animal curieux , originaire de la Nouvelle-Hol- lande , et qu'on a réuni aux Mammifères, bien qu'on n'ait découvert jusqu'à présent aucune trace de mam- melles , vient de donner lieu récemment à quelques tra- vaux assez importans. M. Van der Hoeven a publié (Nova acta Acad. Natur. Curios. Tom. XI , pars sec. , p. 358M un Mémoire sur ce sujet, dans lequel, après avoir exposé fort au long les travaux des naturalistes ( ;5 ) qui ont entrepris cJ«-a. recherches smi I ( )i nil horyuque , il essaie de démontrer , ainsi que l'avait déjà fait M. (ieotfroi Sainl-Hilaire (Bull, de la Soc. phil. juin 182^), que ee genre et celui des Echidnés , qui en est très- voisin , doivent être extraits de la classe des Mammifères où ils étaient placés provisoirement ; et qu'il est nécessaire d'établir pour eux une nouvelle classe dans l'embranchement des animaux vertébré*. Cette classe , qui conservera le nom de Monot renies, sera intermédiaire aux Mammifères et aux Oiseaux, ou bien devra être placée entre ces derniers et les Reptiles. La séparation que l'on propose est confirmée d'ailleurs par un fait qe la plus haute importance , et dont M. Gcof- froi Saint-Hilaire , ainsi que M. Van der fioeveu , n'ont pas négligé de tirer parti. On a vu à la Nouvelle -Hol- lande des œufs d'Ornithorynque , et c'est M. Jameson , i'un des principaux propriétaires et habitans de Botany- Bay , qui garantit ce renseignement. Quoi qu'il en soit de ce fait, sur l'authenticité duquel on peut élever encore des doutes, il n'en est pas moins vrai que la question est sur le point de se décider , et qu'on a déjà beaucoup avancé , par ces travaux , la solution du problème. Il est un autre point de l'organisation des Ornithorynques , qu'il n'est pas moins important d'éc aircir ; on sait que l'Ornithorynque mâle est muni d'une sorte d'ergot à chacune des pattes postérieures , et que M. Jameson a le premier attiré l'attention des naturalistes sur ((t organe.) annonçant qu'il était venimeux, et que le venin découlait par un trou percé à son son) met. M. Blainville( Bull, des Se.. T. 5 , p. 82 ) , ayant eu occasion d examiner qçp éperons, s'est assure de l'exac- titude de l'observation de M. .lamoon , et a donné une ( 7<5) description très-détaillée de cette partie , qui se compose f suivant lui, d'une enveloppe extérieure cornée, ouverte vers la pointe, et contenant, dans son intérieur, une sorte d'aiguillon de consistance presque osseuse ; cet ai- guillon offre lui-même une ouverture à la pointe et est creusé, dans toute son étendue, d'une cavité d'autant plus spacieuse qu'on se rapproche davantage de sa base. M. Blainville admet que la cavité de l'aiguillon contient une vésicule terminée par un canal aboutissant à l'ou- verture externe, et tout en regardant, comme probable, que l'appareil venimeux consiste uniquement dans ces parties , il émet le doute de l'existence d'un organe sé- créteur situé plus profondément , et dont la vésicule , observée dans l'aiguillon , ne serait plus que le ré- servoir. M. Van der Hoeven s'élève contre l'opinion de M. Blainville; il révoque même en doute, jusqu'à un certain point , son observation sur la structure anatomi- que de l'ergot. « Ayant essayé, dit-il, de constater ces observations de M. Blainville, j'ai trouvé chez l'Orni- thorynque roux environ le même appareil que celui qu'il a décrit; mais il m'a été impossible de trouver une ouverture extérieure sur la corne ; je réponds de l'exac- titude de mes dessins (l'auteur figure l'ergot, et on ne voit en effet sur son dessin aucune trace d'ouverture). Chez l'Ornithorynque brun , j'ai découvert , à la vérité , un petit trou; mais l'organe ne contenait pas de tube conique et était simplement perforé. » Le Mémoire de M. Van der Hoeven était de nature à faire naître des doutes sur l'exactitude de l'observation spéciale de M. Blainville ; mais , en même temps que les recher- ches dont il est question parvenaient à notre connaissance, M. Bréchet recevait une lettre de M. Meckel , par la- (77.) quelle ce savant anatomiste lui apprenait que l'organe vénéneux ne consistait pas en une simple vésicule conte- nue dans l'éperon , mais bien en une glande de la grosseur de la glande sous-maxillaire de l'homme , située le long du fémur. Enfin , il est arrivé dernièrement à Paris un travail de M. Robert Knox , tout-à-fait identique avec celui de M. Meckel ; et ce Mémoire est accompagné d'une figure qui représente la glande dans sa position naturelle, ainsi que le canal qui aboutit à l'éperon. L'existence d'un appareil du venin organisé à la ma- nière de tous les organes du même genre , ayant, comme M. Blainville l'a fait voir , un canal et une ouverture extérieure situés dans l'éperon , paraît donc démontrée chez l'Ornithorynque. Notice sur I'Àrgàs de Perse ( Mallèh de Mianèh ) , décrit par les voyageurs sous le nom de Punaise venimeuse de Miana; Par Gotthelf Fischer de Waldheim. (Extrait.) Ce serait un travail curieux , mais bien difficile , que d'offrir , sous leur véritable point de vue et dépouillés du merveilleux , les faits intéressans consignés dans les voyages. Emporté par un zèle très-louable , et excité par une imagination vive , le voyageur, étranger à l'étude des sciences , accueille avec enthousiasme tout ce qui a l'ap- parence de la nouveauté ; ne voulant rien négliger et incapable de faire par lui-même une observation , il ad- (7«) met sur parole et* q\u\ des hommes ignorans ou inté- ressés lui présentent comme exact, et les fails lui parais- sent d'autant plus extraordinaires que, peu familier avec les phénomènes de là nature, il n'a rien vu , rien étudié dans son pays natal qui puisse leur être comparé. Ce- pendant des observations exactes et précises , en détrui- sant ce que les récits offrent de merveilleux , permettent aux naturalistes de les apprécier à leur juste valeur, et de reconnaître en eux des faits analogues à ce qui s'ob- serve journellement dans notre elimat. M. Fischer a rendu un service de Celte nature en ramenant à un genre connu un petit animal dont il a été souvent question dans les voyages en Perse. On le désigne dans le pays sous les noms de Mallèh de A/ianèh , et il est indiqué par les voyageurs sous celui de Punaise ou de Teigne de Miana. On rapporte que sa piqûre occasione des accidens très - graves , la gangrène en- vahissant bientôt la plaie , et la mort en étant une suite presqn'inévitable Sans nous arrêter à la nature de ces accidens qui peuvent être réduits aux phéno- mènes fâcheux que présente l'inflammation dans un climat chaud et dans certaines circonstances , nous ob- serverons que M. Fischer , ayant reçu de personnes dignes de confiance la redoutable Punaise de Miana , S'est convaincu que ee petit animal n'est ni Punaise , ni Teigne, mais qu'il appartient à la famille des Tiques de la classe des Arachnides, et qu'il ressemble beaucoup aux Tiques qui Rattachent si communément aux chiens pour sucer leur sang. M. Fischer rappelle, à cette oc- casion , les espèces de Tiques connues, et qui appar- tiennent aux genres Ixode et Argas ; il en iigure plu- sieurs , parmi lesquelles on remarque l'Ixode du cha- (79) incau, Ixodes camelinus, Fisch., que Ton trouve dans les steppes sur les chameaux. Cette espèce nouvelle est al- longée , son corps est d'un rouge brun avec les pieds courts et distans entre eux. TLa seconde paire de pieds a une articulation très- renflée. L'auteur décrit et repré- sente , avec un soin tout particulier , la Punaise de Perse qui appartient au genre Argas ; il la nomme Argas de Perse, Argas Persicus. Il est, dit-il, d'un rouge san- guin-clair, parsemé sur le dos de points élevés blancs ] les pieds sont d'un jaune pâle. Il a à peu près la forme d'une Punaise, mais son corps est plus ovale . plus allongé, plus rétréci en avant et plus gros. Tout le dos est garni de petits grains blanchâtres , comme chagrinés : le bord est très-peu ourlé en avant avec une légère échancrure des deux côtés. Le suçoir est placé en dessous du corps . à l'endroit à peu près où se trouve en haut la légère échancrure du bord , dans un petit enfoncement. Les palpes qui l'accompagnent sont gros à la pointe et amin- cis à la base , sans articulations bien distinctes. Le corps est également granulé à son pourtour , et deux, plis «laté- raux forment une élévation au milieu ; c'est dans chacun des plis que se trouvent insérés les pieds formés par six articles presque cylindriques. Le dernier article est mince., courbé et muni de deux ongles très -fins, bl an os et crochus. Ces animaux, incommodes l'été , se réfugierit l'hivet dans les murailles ; ils infectent les maisons : M. La- treille a reçu de Naples une espèce qu'il regarde comme exactement analogue à l' Argas de Perse. ( 8° ) Sur le genre Saccellium , de MM. de Humboldt et Bohpland -, Par M. Charles Kdnth. D'après la figure et la description du genre Saccellium, données par M. Bonpland , dans le premier volume des Plantes équinoxiales ( p. 47, t. i3 ) , il était, sinon im- possible , au moins très-difficile de déterminer avec cer- titude la place que cette intéressante plante doit occuper dans l'ordre naturel M M. Bonpland a cru devoir la rapprocher des Rhamnées. Ses calices renflés et des pédoncules prenant leur origine au-dessus des aisselles des feuilles , lui donnent quelques rapports avec les So- lanées ; mais l'organisation du fruit et surtout celle de la graine rapprochent ce genre indubitablement des Borra- ginées. Comme dans le Cordia , le fruit est un drupe peu charnu , renfermant un seul osselet ; l'osselet présente quatre loges monospermes dans sa partie supérieure , et , dans son inférieure , trois grands creux vides ; l'em- bryon est dépourvu de périsperme. renversé et plissé longitudinalement. M. Bonpland ne parle point de ces deux derniers caractères , et j'ignore ce qu'il a pu pren- dre pour un périsperme farinacé. Le seul bouton de fleur que j'ai vu était mangé par les vers ; mais il a suffi pour me fortifier dans mon opinion. M. Bonpland décrit la corolle comme pentapétale et les étamines comme opposées aux pétales ; il est facile de concevoir une sem- blable erreur quand on pense que M. Bonpland n'a eu que des boutons de fleurs à sa disposition. (8. ) Recherches anatomiques sur le Lithobius forficatus , et la SiinuiiA m m \ i \ \ Par M. Léon-Dufour , Docteur - Médecin , correspondant de la société Pbilomatiqae de Paris, etc. Avant de procéder séparément à l'examen des vis- cères de ces deux insectes Myriapodes, il est indispensable de nous Gxcrsurla détermination rigoureuse des espèces qui ont servi à nos dissections, et de les décrire suc- cinctement. Lithobius forficatus. Description entomologique. Lithobius forficatus. Leach , Latreille, Règne Àni* mal , etc. , tom. III, pag. i5^. — Scolopendra forjîcata , Linn. , Treviranus, Verm. schrift. anat. , tab. 4, f. 6, 7. •^-Scol. forficata et ScoL coleoptrata? Panz. , Faun. in- sect. fasc. 5o, fig. i3, 12. — La Scolopendre à trente pales, Geoffroy, Ins. Par. tom. II, pag. 6^4^ pL 22,%. 3. Fusco vel succineo-piceus , # nitidus ; antennis villosis , attenuato- JUiformibus , 3o articulatis; segmentis dorsalibus , quarto quintoque ex- ceptis , alternatim majoribus j pedum 1 5 paribus , articulis apice spinu- losis. L'espèce qui a été l'objet de mes investigations anato- miques se rencontre assez fréquemment en été dans nos jardins sous les pierres , les tas de plantes , le bois pourri. Elle acquiert rarement plus d'un pouce de lon- gueur ; elle est lisse , luisante , tantôt d'un brun de poix, Tome II. 6 ( 8a ) ' ' tantôt d'un roux qui tire sur l'ambre? -, ses antennes ne sont point sétacées comme l'avancent plusieurs auteurs; mais elles vont en diminuant de grosseur de la base au sommet; elles sont velues et formées de trente articles seulement. Je ne me trouve pas sur ce point d'accord avec Trevira- nus , qui en donne quarante -cinq aux antennes de la Scolopendra forficata qu'il a disséquée , et qui me sem- ble la même espèce que celle qui a servi à mes recher- ches. Le nombre des articles des antennes serait-il donc variable suivant l'âge ou quelques autres circonstances? Rien ne me le fait présumer. Ce Lithobie ofïre dans la disposition des plaques dorsales de sou corps un trait remarquable qui n'a pas échappé à la sagacité de Tre- viranus , et qui, suivant les apparences, appartient à tout le genre , et peut-être à la famille : c'est qu'il n'y a pas de petit segment intercalé entre la quatrième et la cinquième grande plaque du dos. Observons encore que cette quatrième plaque est dépourvue de stigmates , tandis que ces orifices respiratoires se retrouvent à toutes les pièces principales qui précèdent et suivent cette dernière , et manquent aux demi-segmçns supplé- mentaires. Cette circonstance fait penser avec quelque probabilité que la quatrième plaque, dont il est ici ques- tion, n'est qu'un demi segment très - développé. Déjà nous savions que daus la Scdtigère , genre voisin du Lithobie , la quatrième plaque dorsale est deux fois plus grande que celles qui l'avoisinent. Ce dernier fait con- tribue à justifier la formation de la famille des Chilo- podes récemment établit; par M. Latreille. Description anatomique. Mes recherches anatomiques sur le Lithobie étaient ( 83 ) entièrement terminées depuis plus d'un an , et j'avais mis la dernière main soit à leur rédaction , soit aux dessins qui les accompagnent , lorsque l'ouvrage de Treviranus (1) sur ce môme sujet mlest parvenu. Sans nous être communiqué, nous avons vu à peu près du même œil plusieurs des organes que le scalpel nous a dévoilés , et je ne suis pas peu glorieux de la conformité de nos observations. J'avais d'abord bésité si je publie- rais mon travail , ou si je me contenterais de signaler les différences qu'il offre av^c celui de ce savant-, mais réfléchissant ensuite qu'en pareille matière , et dans une science encore naissante, la con6rmation de certains faits difficiles à établir est presque une découverte , je me suis décidé à lui donner le jour. § I. — Organes de la dig stion. Indépendamment des organes manducateurs que je passe à dessein sous silence , parce qu'ils sont décrits dans tous les ouvrages d'entomologie , on distingue dans l'appareil digestif du Lithobie , les glandes salwaires , le tube alimentaire , les vaisseaux hépatiques. i°. Des glandes salivaires. — Elles s'observent à l'issue de la tète sous la forme de deux grappes assez grandes , peu distinctes l'une de l'autre , plus ou moins «ontiguës et adhérentes entre elles, déprimées, et lé plus souvent concaves , parce qu'elles enveloppent l'ori- gine du tube alimentaire. Leur structure, très-difficile ( i ) Vermi&chte Schriften anatomischen und physiologischen inhalts , •> OU GoTTFRlED REINHOLD TREVIIIANI'S , UtlA LfjnOLF CHRISTIAN TRE- vtnANt's, Rremen 1817. 6* («4) à démêler , semble n'offrir à l'œil nu qu'une masse gé- latineuse sans organisation apparente , remarquable par une couleur d'un bleu améthiste souvent très - foncé; Mais avec le secours du microscope on y reconnaît des granulations ovalaires ou arrondies , disposées par grap- pillons confusément agglomérés. Observons que la couleur bleue améthiste dont je viens de parler n'est pas exclusivement propre aux glandes salivaires. Elle s'étend fréquemment , mais avec une plus faible nuance , sur toute la couche musculaire qui revêt l'intérieur du corps. Aucun des auteurs qui ont traité de l'anatomie du Lithobie n'a fait mention de l'existence d'un appareil salivaire. Ces grappes glanduleuses n'ont pas cependant échappé à la perspicacité de Treviranus qui en indique la situation précise , et qui en a fidèlement représenté la forme générale (i). Mais ce savant anatomiste , trompé par des apparences , et peut-être par des idées préconçues sur les connexions qu'il dit exister cons- tamment entre le tissu adipeux et les extrémités des vaisseaux biliaires , se contente de les désigner sous le nom de masses graisseuses. M. Marcel de Serres , dans l'exposition des traits anatomiques de ce même Myria- pode, ne dit pas un mot de cet organe (2). 2 . Du tube alimentaire. — 11 est tout-à-fait droit, 'et par conséquent sa longueur ne dépasse point celle du corps du Lithobie. Dans les individus assez nombreux soumis à mon scalpel, Yœsophage et \e jabot (si ce dernier existe) ne formaient qu'un même tube , d'un diamètre (i) Loc. cit, p. a5. Tab. V. fig. 4- q« <î- (i) Observ. sur les usages du vaiss. dors., etc. p. 166. (85 ) uniforme , cylindrique , enveloppé dans sa situation na- turelle par les grappes salivaires, et atteignant à peine la seconde plaque dorsale. Treviranus et M. Marcel de Serres n'admettent point de jabot , mais l'analogie me fait présumer que cette première poche gastrique doit exister, et si elle n'est pas prononcée, c'est que les ali- mens , n'y séjournant que peu de temps et en petite quantité, n'y déterminent pas de dilatation sensible. L'existence d'un léger bourrelet à l'origine du ventri- cule chylifique , bourrelet qui me semble l'indice d'une valvule annulaire , vient prêter un grand poids à l'in- duction par analogie. Cette valvule prouve que les ali- mens ne doivent pénétrer dans la poche qu'elle précède qu'après avoir subi une élaboration préliminaire dans le jabot en question. Le Ventricule chylifique (1) forme à lui seul les trois quarts de la longueur de tout le tube digestif. Il est allongé, plus ou moins déprimé, d'une texture musculo-membraneuse , et se termine en arrière par un bourrelet peu saillant , siège d'une valvule in- terne, où viennent s'aboucher les vaisseaux hépatiques. Les dilatations irrégulières qui s'observent parfois à ces organes sont purement accidentelles. Dans les portions plus contractées on reconnaît une disposition annulaire dans les fibres de la tunique musculaire. J'ai fait sentir ce trait dans la figure qui accompagne mon travail. Treviranus Ci) Dans un travail assez étendu sur l'anatomie des coléoptères et que l'ai présenté à l'Académie royale des Sciences , j'ai désigné, sous le nom de Ventricule chylifique, cette portion du tube alimentaire destinée à l'acte de la chylification , et qui , dans tous les insectes soumis jusqu'à ce jour à mes investigations , reçoit à son extrémité postérieure les vaisseaux biliaires. Cette poche constante est appelée le plus souvent estomne , quelquefois duodénum par les auteurs. (86) a t'ôsnbien représenté les rubans longitudinaux qui cou- pent, à des intervalles réguliers, les fibres annulaires. La cavité du ventricule chylifique renferme une pulpe alimentaire homogène d'un gris roussàtre. L'intestin, bien moins large que le précédent et cylindroïde , paraît cannelé suivant sa longueur, lorsqu'il est vide et con- tracté sur lui-même. Avant de se terminer à Vanus , il offre un caecum à peine sensible, caché dans la figure ci-jointe par les derniers anneaux de l'abdomen. 3°. Des vaisseaux hépatiques. — Il n'y en a qu'une paire. Ils s'insèrent, un de chaque côté, et par un bout légèrement renflé, au bourrelet valvuleux que nous avons dit terminer en arrière le ventricule chyli- fique. Ils sont bien distincts , flexueux , diaphanes , et constamment dirigés vers la tête où leurs extrémités sont maintenues par un ligament suspenseur d'une ténuité pres- qu 'imperceptible. Ce mode de connexion a échappé à Tre- viranusqui ,imbu de l'idéeque les extrémités des vaisseaux biliaires sont constamment enveloppées du tissu adipeux, a donné à ceux du Lithobie cette même disposition. Comme je l'ai déjà fait pressentir plus haut , c'est peut- être cette idée préconçue qui a détourné cet anatomiste d'un examen plus attentif des glandes salivaires , consi- dérées par lui comme une masse simplement graisseuse. M. Marcel de Serres , en avançant que « le duodénum » reçoit vers sa partie moyenne un grand nombre de » vaisseaux hépatiques grêles , blanchâtres et assez al- » longés, » nous prouve clairement qu'il n'a point re- connu les conduits biliaires du Lithobie. § IL — Organes de la génération. Ainsi que dans la plupart des insectes , ils sont placés à la partie postérieure du corps. («7 ) À. Organes mâles de la génération. On y distingue : des testicules, des vésicules séminales, une verge. i°. Des testicules, — Ils consistent, pour chaque côté , en une paire de glandes allongées , pointues , comme lancéolées , blanchâtres , inégales en longueur, et par- courues par une rainure médiane. Ainsi > on pourrait croire que le Lithobie a quatre testicules. A l'œ ; ! nu ou à la loupe ordinaire , ils offrent l'aspect d'une grappe granu- leuse -, mais étudiés plus attentivement avec le secours du microscope , ils m'ont paru plutôt ressembler à des sacs conoïdes hérissés , et comme guillochés en dehors par de petites bourses inégales et polymorphes , que j'ai dis- tinctement vues remplies de sperme. Chacune de ces glandes a un canal déférent tubuleux et capillaire. Je n'ai pu constater par l'observation directe le mode de connexion de ces deux canaux entre eux, ni celui qu'ils ont, soit avec les vésicules séminales, soit avec les tes- ticules du côté opposé pour la formation du conduit éja- culateur. La petitesse et la texture délicate de toutes ces parties se sont jusqu'ici opposées à ce que je pusse les mettre en évidence. Croirait-on que ces testicules aient été pris par Trevi- ranus pour des masses graisseuses ? C'est cependant s >us cette dernière dénomination qu'il les a signalés et re- présentés (i). Cette méprise est d'autant plus singulière dans un anatomiste aussi exercé que lui à triompher des plus grandes difficultés, qu'il a reconnu et très-bien figuré les canaux efférens de ces prétendues masses (0 Loc. cit. p. i5. Tab. V., f. 7. EE. rrrr. ( 88 ) graisseuses. Une simple réflexion sur ce dernier fait eût dû lui faire présumer que ces canaux devaient né- cessairement appartenir ou à un organe sécréteur ou au réservoir d'une glande. Quant A M. Marcel de Serres , je ne sais sur quel fondement il avance , dans l'ouvrage précité , que les organes reproducteurs mâles du Lithobie sont composés de deux testicules arrondis. 2°. Des vésicules séminales. — Dans tous les insectes ailés soumis jusqu'à ce jour à mes investigations ana- tomiques , j'ai constamment rencontré les vésicules sé- minales en nombre pair. Il y en a trois seulement dans le Lithobie, deux latérales et une intermédiaire. Elles sont bien apparentes , fort développées comparativement aux autres parties de l'appareil générateur, et presqu'aussi longues que tout le corps quand elles sont déroulées. C'est surtout dans leur état de turgescence spermatique que leur dissection est moins difficile. Les vésicules la- térales sont semblables entre elles , filiformes , renflées en bouton à leur extrémité flottante, et leurs replis sont quelquefois si adliérens qu'il est presqu'im possible d'en opérer le déploiement complet sans les rompre. Elles confluent en arrière en une anse assez ouverte , au centre de laquelle s'insère la vésicule intermédiaire, et d'où partent postérieurement deux conduits grêles qui vont recevoir les canaux déférens des testicules. Cette vésicule séminale intermédiaire est sensiblement plus grosse que les latérales , et je l'ai souvent trouvée mou- chetée par l'effet des flocons intérieurs du sperme. Quand elle ne contient pas de liquide séminal , elle est grêle , diaphane , terminée en pointe, et difficile à mettre en évidence. Dans le cas contraire , elle a une texture un, peu roide , et son bout renflé a une sorte de bec. («9) Les vésicules séminales du Lithobie paraissent avoir été prises par Treviranus pour les organes principaux de la préparation du sperme. Il désigne l'intermédiaire sous le nom de vaisseau séminal du centre , et les autres sous celui de réservoirs latéraux. Il a constamment trouvé dans ces derniers des vers intestinaux , sans doute du genre Filaria. Ces vésicules sont fort vaguement mentionnées par M. Marcel de Serres. 3°. De la verge. — Je n'ai point observé cet organe, mais Treviranus parle d'une vésicule dans laquelle se rendent tous les vaisseaux ou conduits spermatiques , et qui s'ouvre dans un petit corps charnu conoïde , qu'il appelle verge , placé sous le dernier segment dorsal du corps du Lithobie. B. Organes femelles de la génération. Ils se composent d'un ovaire et des glandes sébacées de i'oviducte. i°. De l'ovaire. — Il consiste en un seul sac allongé , atteignant à peu près le milieu de la capacité du corps, et maintenu en place par quelques trachées lâches et capillaires. Il contient des œufs globuleux et blancs. Ses parois paraissent granuleuses , à cause des gaines ovi- gères qui , ainsi que dans le Scorpion , se présentent sous la forme de petites bourses uniloculaires , briève- ment pédicellées , rondes comme les œufs qu'elles ren- ferment. Je ne serais point surpris que l'ovaire du Li- thobie fût divisé intérieurement en deux loges par un diaphragme longitudinal. J'ai cru reconnaître la trace de celui-ci ; mais je sens le besoin de nouvelles dissections pour m'éclairer sur ce point douteux. J<* n'ai pas non plus vérifié la manière dont l'ovaire se comporte en C'9o ) approchant de la vulve ; mais d'après les observations et les figures de Treviranus , il se terminerait par un ow- ducte simple , assez long , dilaté a son extrémité posté- rieure. Que conclure de l'assertion de M. Marcel de Serres , qui attribue au Lithobie un oviducte commun divisé en huit branches principales ou en huit ovaires , et des con- jectures auxquelles il se livre à ce sujet? C'est qu'il n'a pas vu ces organes du môme œil que Treviranus et moi. 2°. Des glandes sébacées de l'oviducte. — Dans tous les insectes ailés dont j'ai fait jusqu'à présent la dissec- tion , et ce nombre dépasse celui de trois cents, j'ai constamment reconnu dans le voisinage de l'oviducte l'existence d'un appareil particulier, auquel j'ai donné le nom de glande sébacée , parce qu'il est destiné à fournir, lors de la ponte, une humeur sébacée pour en- duire les œufs. La nature ne paraît pas s'être déviée de cette loi dans le Lithobie , où cette glande est même binaire. De chaque côté de la partie postérieure de l'o- vaire , on observe deux grappes allongées , diaphanes , formées , chacune , de deux rangées d'utricules granu- leuses , quelquefois peu distinctes , séparées par une rainure médiane qui loge une trachée des plus fines. Chaque grappe se termine en arrière par un conduit efférent flexueux , sémi-diaphane. Les deux conduits s'abouchent conjointement au bout extérieur d'un réser- voir ovale-oblong rempli d'une humeur blanche coagu- lable , et qui paraît formé de deux tuniques. Ce réser- voir se termine en arrière par un canal excréteur qui s'enfonce sous l'intestin , et va se dégorger dans l'ovi- ducte. Cet organe , exclusivement propre à la femelle , revêt (9' ) tous les caractères d'uue glande spéciale. On y trouve des parties propres à la sécrétion , à la conservation et à l'excrétion d'une humeur. Treviranus a décrit et figuré cet appareil (i) , mais il a entièrement méconnu sa struc- ture , ses fonctions ; et il est encore tombé ici dans la môme méprise qu'à l'occasion des glandes salivaires et des testicules. Les grappes sécrétoires ne sont pour lui que des masses adipeuses , et il a mal saisi le mode de connexion de leurs eiférens. Il avance que ceux-ci se rendent au vagin, tandis qu'ils s'insèrent évidemment . comme je l'ai dit, au bout antérieur du réservoir. Il appelle ce dernier une vésicule oblongue , et, ainsi que moi, il l'a trouvé formé de de»:x membranes. Mais il a • mal vu son mode de déeénération en un conduit ex- creteur. La vulve àwLilhobie est flanquée, à droite et à gauche, par une pièce crochue , biarticulée , terminée par une pointe bifide , et armée à sa base de deux dents courtes. Cette pièce crochue est mobile et joue un rôle dans l'acte de la copulation. § III. — Organes de la respiration. § IV. — Système nerveux. Mes observations relatives à ces organes sont parfaite- ment en harmonie avec celles de Treviranus , et je ren- voie à ce qu'en a dit et figuré ce savant anatomiste. (i) Loc. cit. , tab. V. fig. 8. ( 9* ) SCUTIGERA LINEATA. Description entomologique. Scutigera lineata. Latreille, Nouv. Dict. d'hist. nat. nouv. édit. tom. XXX. — Cermatia lineata. Illig. — Scutigera araneoides. Latreille , Gen. crust. et ins. Tom. I, p. 77. Pedibus triginta ; corpore rufo -Jiavescente , lineis longitudinalibus pedumque fasciis cœruleo-nigris. Latr. ( loc. cit.) Malgré le grand jour que MM. Illiger et Latreille ont jeté sur la détermination et la synonymie de cette es- pèce à laquelle on rapportait à tort , avant leur savante critique , la Scolopendra coleoplrata de Linné et le Julus araneoides de Pallas , je ne saurais m'empêcher d'élever des doutes sur l'identité admise par ces entomo- logistes entre la Scolopendre à 28 pattes de GeotTroi , et notre Scutigera lineata. L'auteur de l'Histoire abrégée des insectes des environs de Paris, donne dans sa phrase spécifique l'épithète de nigricans à sa Scolopendre , et il répète , dans la description , qu'elle diffère par sa couleur noirâtre de la Scolopendre à 3o pattes , qui est , suivant lui , d'une couleur fauve. Si l'espèce de Geoffroi eût été la même que celle du midi de l'Europe , cet observateur eût été certainement frappé en examinant la région dorsale de ce myriapode, de la triple raie d'un noir bleuâ- tre ou d'un brun violâtre placée sur un fond d'un roux pâle. Remarquez encore que ces raies sont plus appa- rentes que les mouchetures des pattes , dont Geoffroi fait mention. Dans les individus desséchés de notre Scu- (93) tigera Uneata , la couleur des raies s'altère souvent et passe au rougeâtre ; mais le dessous du corps reste tou- jours pâle , et les pattes ont, dans ce cas , des mouche- tures à peine sensibles. Ainsi , en supposant que la des- cription de Geoffroi eût été faite sur un individu con- servé dans son cabinet , on ne pourrait pas encore jus- tifier la couleur noirâtre qu'il lui attribue très-positive- ment. Je laisse à M. Latreille , qui est sur les lieux , le soin de fixer nos doutes à cet égard , et de^s'assurer si l'espèce de Geoffroi a réellement neuf segmens dorsaux pédigères , comme il le paraîtrait d'après sa description , tandis que noire Scutigère n'en a que huit. J'ajouterai aux nombreux détails que M. Latreille a consignés dans le volume précité du Dictionnaire les observations suivantes : i°. Les yeux, loin d'être pres- que orbiculaires , circonscrivent un triangle dont la base est antérieure et arrondie. Ce trait est bien exprimé dans la figure qui accompagne mon travail. Le caractère essentiellement organique des yeux réticulés ou à fa- dettes, doit entrer dans le signalement générique des Scutigères, attendu que les genres voisins ont ces mêmes organes formés de petits yeux lisses groupés. 2 . Les pieds - mandibules s'insèrent sur un demi -anneau fort étroit, placé derrière le bord occipital de la tête et caché sous le premier segment dorsal. Ils sont composés de quatre articles dont le dernier est un crochet brun , modérément arqué. 3°. Les antennes offrent, vers le quart environ de leur longueur , à partir du point d'in- sertion , un article trois ou quatre fois plus long que ceux qui le précèdent et le suivent. Aussi , dans l'ani- mal vivant , j'ai souvent observé en cet endroit un léger coude. Il y .aurait donc dans les antennes de cette Scu- ( yi ) tigère , je n'ose pas dire dans les espèces du genre , un vestige de division en deux pièces principales. 4°« Cette même réflexion est applicable aux tarses de notre Chi- lopode. Ces tarses , à l'exception de ceux de la dernière paire de pattes qui , comme on sait , ont bien plus de longueur que les autres , sont composés de deux ordres d'articles qui semblent constituer deux pièces distinctes l'une de l'autre par le nombre , la grandeur , la tex- ture des articles , et sans doute aussi par leurs usages. Les huit ou dix premiers articles du tarse sont beaucoup plus longs que les suivans , et garnis en dessous d'un duvet fin et spongieux. L'autre pièce , qui se termine par un seul ongle, et qui est susceptible de se rouler un peu à son extrémité comme les tarses des Phatangiurn , est composée d'une multitude innombrable de très-petits articles hérissés en dessous de poils courts et mobiles qui servent très- efficacement à l'animal pour grimper et courir sur les surfaces les plus verticales , les plus lisses. Los pattes de notre Scutigère, qui, comme l'a bien observé M. Latreille , se désarticulent au moindre con- tact , conservent pendant plusieurs minutes , après avoir été séparées du corps, une contractilité singulière pres- que convulsive. J'ai cru remarquer que cotte contrac- tilité se conservait d'autant plus long -temps que les pattes étaient plus postérieures. La somme de vitalité de celles-ci serait donc plus considérable. 5°. Indépendam- ment des segmens dorsaux pédigèi es , l'extrémité posté- rieure du corps de la Scutigera lincata femelle o(îre deux plaques rétractiles arrondies 4 dépuurvues de raies. Au-dessous de ces plaques , j'observe d'abord deux cro- rhets bruns , acérés, à peine arqués, biarticulés , puis deux pièces ovalaires hérissées comme des brosses. (95 ) Description anatomique. Aucun auteur, à ma connaissance , n'a parlé de l'or- ganisation intérieure des Scutigères. § I. — Organes de la digestion. Ainsi que dans le Lilhobie, ils se composent des glan- des salwaires , du tube alimentaire et des vaisseaux hé - patiques. i°. Des glandes salivaires. — Il y en a une de cha- que coté de l'œsophage. Moins grandes que celles du Lithobie, elles consistent chacune en une grappe ovale, blanchâtre, granuleuse, composée d'utricules ovales- oblongues, assez serrées entre elles , et traversée, suivant sa longueur, par une rainure médiane. Quoique j'aie vu ces glandes bien circonscrites , bien isolées , cependant le conduit qui verse la salive dans la bouche a éludé jus- qu'à ce jour mes investigations. a . Du tube alimentaire. — Il a la plus grande ana- logie , pour sa longueur et sa conformation générale , avec celui du Lithobie. Y? œsophage est d'une extrême brièveté \ il faut ouvrir la tète pour le mettre en évi- dence. Il se continue hors de celle-ci ou en un tube court du même diamètre que lui , ou en une légère di- latation qui mérite le nom de jabot , et qui se distingue du ventricule chylifique, soit par une contraction an- nulaire peu sensible, soit surtout par une différence tranchée de texture. Le ventricule chylifique est cylin- droïde, et occupe environ les trois qdarts de la longueur du corps. Il a une capacité assez vaste. Ses parois sont assez épaisses et d'une texture remarquable. Examinées ( g«5 ) à la loupe , elles paraissent couvertes de cryptes glan- duleux ronds ou ovales , excessivement nombreux , qui donnent à cette surface un aspect pointillé et comme réticulé. Ces cryptes s'effacent à l'œil par une macéra- tion , même peu prolongée. Cet organe est brusquement séparé de l'intestin par un bourrelet annulaire où s'in- sèrent les vaisseaux biliaires. \J intestin paraît plus mus- culeuX que le ventricule chylifique. Dans l'individu dont j'offre le dessin , il était assez renflé à son origine , puis contracté sans aucune apparence de valvule, et avant de se terminer par le rectum , il présentait une dilatation , une sorte de cœcum renfermant des crottes grisâtres. Les parois de ce cœcum étaient marquées de plissures lon- gitudinales. 3*. Des vaisseaux hépatiques. — Dans le Lithobie et la Scolopendre , il n'y a que deux de ces tubes biliaires , tandis qu'on en observe quatre dans la Scutigère. Ils sont proportionnellement plus courts que dans les autres myriapodes. L'une des paires , sensiblement plus grosse que l'autre , correspond à celle du Lithobie et a le même mode d'insertion que dans ce dernier , c'est-à- dire de chaque côté du bourrelet ventriculaire. L'autre paire , d'une ténuité capillaire , s'implante en dessus et en dessous de l'extrémité du ventricule. Au lieu de se diriger vers la tête , comme dans le Lithobie, ils se por- tent , au contraire , vers la partie postérieure du corps , où leurs bouts flottans s'enfoncent dons le tissu adipeux splanchnique. § IL — Organes de la génération. A. Organes mâles de la génération. Je dois prévenir que je n'ai encore eu qu'une seule (m occasion.de voir cet appareil; et, malgré tout le soin que j'ai mis dans la dissection et le déploiement de ces organes délicats, malgré que je n'aie rien dessiné que ce que j'ai vu; il est très-possible que des dissertions ulté- rieures viennent modifier ma description. i°. Testicules. — Je considère comme tels deux corps oblpngs dont le bord externe est légèrement boursouflé ou festonné , et qui sont cuntigus , presque adhérens par leur bord interne. Ces deux corps , semblables entre eux et bien distincts , sont représentés séparés dans la figure, aGn de faire reconnaître leur forme et leurs con- nexions. Amincis à leur bout antérieur, ils confluent aussitôt en une anse courte qui reçoit le conduit com- mun des vésicules séminales. Par leur extrémité posté- rieure , ils dégénèrent chacun en un. canal déférent fili- forme, qui bientôt offre un renflement aussi considé- rable que le testicule lui-même. Puis il se rétrécit de nouveau en un conduit tubuleux pour se porter, isolé de son congénère , dans l'appareil eopulatenr. Cette dernière circonstance porterait à penser que ces conduits tubuleux peuvent être assimilés à des canaux éjacula- teurs" , et peut-être découvrira-t-on que les Scutigères ont deux verges ainsi que les Scoiyions dont ils sont assez voisins dans le cadre entomologique. 2°. Vésicules séminales. — Elles forment la partie la plus apparente de l'appareil générateur. Elles débutent par deux utriculcs ovoïdes placées à peu près vers le milieu de la cavité abdominale, et munit s chacune d'un conduit capillaire. Ces conduits repliés , très-flexueux , sont d'abord contigus , adhérens entre eux; puis ils confluent en un seul tube fort délié dont les sinuosités élégantes et rapprochées rampent sur la paroi supérieure Tome IL ' 7 I il») du ventricule chylifique dont elles ne sont séparées que par une toile adipeuse légère. Ce tube ou conduit com- mun des -vésicules séminales est plus long que tout le corps de la Scuiigère. Il s'insinue entre les deux testi- cules et va s'aboucher, comme je l'ai dit plus haut, dans l'anse où confluent les extrémités antérieures de ces organes sécréteurs du sperme. B. Organes femelles de la génération. i°. Ovaire. — Il est simple et ressemble parfaitement à celui du Lithobie. C'est un sac allongé dont l'extrémité arrondie atteint le milieu environ du ventricule chyli- fique , et dont le pourtour est garni de graines ovigères uniloculaires , sphéroïdes , plus ou moins saillantes , et contractées à l'endroit de leur insertion 'au sac. Les œufs qu'il renferme sont globuleux, blancs, assez petits. 2°. Glandes sébacées de l'oviducte. — De chaque côté de la partie postérieure de l'ovaire , j'aperçois un disque arrondi , lenticulaire, semi-diaphane ou opaloïde , se terminant par un gros pédicule. En déchirant celui- ci , j'ai reconnu dans son intérieur un tube capillaire , un véritable conduit excréteur. Je m'abstiens de m'éten- dre davantage sur un appareil qui réclame encore de nouvelles recherches. Appendice. — En enlevant les plaques dorsales de la Scutigère , pour mettre à découvert les viscères , on crève souvent des glandes ou des sachets adipeux , d'où s'écoule une humeur d'un violet rougeâtre. Indépen- damment de cela il y a , surtout au-dessous des viscères , des lobules adipeux, blancs et disposés parfois en mosaï- ques. (99) Explication des Figures. Fig. i. Appareil digestif et appareil générateur femelle du Lithobids forficatus , fort grossis. a. Tête avec les mandibules écartées; son boni occipital accom- pagné du demi- segment dorsal où ces dernières s'articulent; b, ven- tricule chyUfique précède d'un tube commun àVcesophage et au jabot, et accompagné à son origine des deux grappes salivaires. Il est suivi en arrière de {'intestin , et une partie de celui-ci est cachée sous le dernier segment de l'abdomen ; ce. vaisseaux hépatiques , terminés près de la tête par un ligament suspenseur; dd. premier stigmate à partir de la tête. Ils correspondent à la troisième paire des pattes , et émet- tent quatre troncs trachéens , d'une couleur roussâtre; e. ovaire-, ff. glandes sébacées de l'oviducte; g. dernier segment dorsal de l'abdomen accompagné de la dernière paire de> pattes, et suivi d'un segment supplémentaire propre à la femelle, et muni de deux crochets vul- gaires. Fig. a. Appareil générateur mâle, fort grossi, de ce Lithobius. aa. Testicules ; bb. c. vésicules séminales; d. portion tronquée du ventricule chyliflque et des vaisseaux hépatiques ; e. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 3. Testicule et portion des, vésicules séminales considérable- ment grossis pour rat ttre en évidence leur structure et le mode de connexion; aa. les deux grappes du testicule avec les canaux déjer. ns . bb. les vésicules séminales latérales ; c. la vésicule séminale intermé- diaire ;'dd. les conduits /jaculateurs. Fig. 4- Appareil digestif et appareil générateur femelle fort grossis de la Scutigera lineata. a. Télé avec les mandibules et les palpes écartés; bb. article des antennes plus grand que les autres, indice d'un coude; ce. glandes salivaires ; d. ventricule chylijique ; e. intestin ; H.vaisseaux hépatiques ; g. ovaire; hh. glandes sébacées de l'oviducte ; i. derniers segmens dor- saux de l'abdomen; k. vaisseau dorsal libre , renflé à son insertion dans la tête. A. un œil considérablement grossi; B. jabot et portion du ven- tricule chylijique fort grossis; C une des pattes du milieu du corps, fort grossie. Fig. 5. Appareil générateur mâle, fort grossi , de la même Scutigera ; aa. testicules ; bb. renflemens des canaux déférens ou peut-être éjacti- /ateurs; ce. vésicules séminales; d. portion de l'intestin ; c. dernier seg- ment dorsal de l'abdomen. ( roo ) l)ri\iiMH Mémoire sut' la Génération. Rapports de l'œuf avec la liqueur fécondante. Phénomènes appréciables , résultant de leur action mutuelle. Dévelop- pement de l'œuf des Batraciens ; Par MM. Prévost et Dumas. Dans les observations que nous venons de parcourir, nous avons cherché par diverses considérations à établir le vrai point de vue sous lequel doivent être envisagés les animalcules spermatiques. Nous allons maintenant faire connaître les expériences que nous avons tentées dans le but de saisir les phénomènes qui se passent à l'instant de la fécondation. Après quelques essais infruc- tueux sur les Mammifères et les Oiseaux , nous avons donné la préférence aux Batraciens. Ce n'est pas néan- moins que la nature des faits que nous avions à explorer rende leur étude plus aisée sur ces derniers : nous se- rions même autorisés à croire le contraire } mais il est facile de comprendre qu'à moins d'avoir à sa disposition un matériel considérable analogue à celui que le célèbre Harvey devait à la munificence de son royal protecteur, il est absolument impossible de se livrer à de telles re- cherches. Comme cet ouvrage est de nature à exciter l'intérêt de beaucoup de personnes , même de celles qui n'ont point tourné leurs vues vers les études anatomiques, nous croyons indispensable de tracer ici sous peu de mots une légère esquisse des organes de la génération dans les femelles. Nous avons vu que le testicule était l'appa- reil principal du mâle, et même le seul qui lui attribue son rôle dans les opérations de la nature. L'ovaire est ( '01 ) pour la femelle un appareil absolument de même ordre. Dès qu'elle en est privée , la femelle n'est plus femelle , elle ne Test point encore si l'organe n'a pas atteint le développement nécessaire à la sécrétion dont il est charge, elle ne Test plus dès l'instant où les progrès de l'âge ont altéré sa structure de -manière à rendre impossible la production des ovules. Ces principes clairs et simples , sur lesquels les anatomistes et les physiologistes sont d'accord aujourd'hui , nous donnent la mesure de l'im- portance des ovaires. C'est donc sur eux et sur les ovules que nous allons porter toute notre attention. Afin de mettre quelque clarté dans notre exposition, nous allons décrire d'abord les ovaires des Grenouilles , qui ont fait le sujet de nos expériences, et nous montrerons ensuite comment les conclusions auxquelles nous avons été conduits sont également vraies pour les Oiseaux, les Mammifères et les Reptiles. Nous ne parlerons pas ici des Poissons que nous n'avons pas encore étudiés par nous-mêmes. Les organes femelles dans la Grenouille se composent de deux ovaires et de deux canaux , qui doivent servir à transporter les œufs hors cfu corps de l'animal et à sé- créter la matière muqueuse dont ceux-ci se recouvrent pendant leur trajet. On désigne sous le nom d'ovaires deux sacs fort larges à l'époque des amours , placés à droite et à gauchede la colonne vertébrale. Ils occupent la plus grande partie de l'abdomen et le renflent beau- coup. La membrane qui forme ces sacs se compose de deux feuillets du péritoine appliqués l'un à l'autre. Elle est très-injectée de vaisseaux comme chez la Poule, dans le temps où se forme le jaune \ mais cette disposi- tion se voit mieux encore en examinant la Salamandre ( M* ) . à crête dont les œufs sont d'un jaune clair. Entre ces feuillets se trouvent placés les œufs. On en distingue de dimensions fort différentes, depuis ceux qui sont prêts à être pondus jusqu'à ceux qui ne le seront que dans les années subséquentes. Les trompes sont placées de chaque côté de la colonne vertébrale en arrière des ovaires. Leur longueur est considérable, et chacune d'elles peut se diviser en trois parties distinctes par leurs fonctions, ce qui les rap- proche singulièrement des mêmes organes dans les Oi- seaux. En effet le pavillon et la portion qui en est voi- sine , se montrent à peu près les mêmes en tout temps. Leur diamètre augmente vers l'époque des amours , mais d'une manière qui n'est pas très-décidée comparativement aux autres parties. Si on ouvre le conduit dans cette en- droit , on le trouve vide ou à peu près *, mais si on con- tinue cet examen de haut en bas , on arrive bientôt à la portion qui sécrète le mucus dont les œufs doivent s'en- tourer dans leur passage. Celle-ci s'accroît en épaisseur d'une manière très-notable aux approches de la ponte , et son diamètre qui était d'un millimètre et demi devient trois millimètres et quelquefois davantage. En6n on ob- serve un espace de trois ou quatre centimètres à partir de l'embouchure des trompes dans le cloaque où il ne se passe aucune sécrétion de mucus. Cette partie n'a pas un diamètre très-différent du reste de la trompe en temps ordinaire, mais lorsque les œufs sont sur le point d'être pondus , ils viennent tous s'y rassembler , et l'on trouve alors, en ouvrant l'animal, deux grappes énormes de trois centimètres de longueur sur deux de diamètre environ. On voit qu'il existe dans ce lieu une faculté d'extension fort remarquable. Nous n'essaierons pas de désigner ces ( ro« ) diverses parties par des noms particuliers , nous obser- verons seulement quelles doivent suivre nécessairement le système de nomenclature qui sera adopté pour la détermination des portions correspondantes de la trompe chez les Oiseaux. En partant du pavillon on trouve pour la longueur de la première de ces divisions de la trompe, quinte à dix-huit millimètres. Elle n'est pas sensiblement flexueuse , et ne renferme aucune mucosité. Vient ensuite^la seconde par- tie qui en est remplie et qui forme beaucoup de sinuosi- tés ; sa longueur très-considérable varie entre quatre et cinq décimètres. Enfin on rencontre le sac dans lequel doivent s'accumuler les œufs. Il est peu ou point replié sur lui-même, et sa longueur est de trois centimètres en- vi ron.'Chaque trompe vient aboutir dans le cloaque un peu au-dessous du sphincter qui ferme le rectum , au moyen d'un orifice particulier dont les bords sont ren- flés en forme de bourrelet à l'époque des amours ; mais ils sont tellement tiraillés lorsque les bourses sont remplies par les œufs, que ces petites protubérances an- nulaires s'effacent presque entièrement. Les uretères viennent s'ouvrir dans le cloaque un peu au-dessous de ces orifices, ils ne communiquent pas di- rectement avec la vessie urinai re qui se trouve située en avant du cloaque et par conséquent vis-à-vis du lieu de leur embouchure. An moment de l'arrivée de l'urine, il est probable que le col de la vessie et les orifices des uretères communiquent entre eux, tandis que d'une part le sphincter du rectum et de l'autre celui de l'anus ferment le cloaque. Il est évident que si le canal intestinal se fût prolongé en arrière de celui-ci , au lieu de s'arrêter à son sommet, cette construction, en apparence si différente ( ■"! : «le colle des Mammifères, s'en serait singulièrement rapprochée. Nous allons maintenant examiner l'œuf dans l'ovaire, et le suivre jusqu'au moment de la ponte. On s'aper- çoit au premier coup-d'œil que la grappe des ovaires ren- ferme réellement des ovules très-différens. Les uns sont extrêmement petits, d'une couleur jaune clair, et ne doi- vent être pondus qu'à des époques fort éloignées. Il en est d'autres qui se sont déjà colorés en brun , et qui ont acquis un diamètre d'un tiers ou d'un quart de millimètre, ce sont les ovules delà saison prochaine. Enfin la presque totalité de l'ovaire se tr.ouve remplie par des œufs sphéri- ques partagés, sous le rapport de la couleur, en deux hé- misphères égaux, l'un d'un brun clairet l'autre d'un beau jaune. Ils ont un millimètre et demi ou deux millimè- tres de diamètre , et si on les considère avec attention , on observe d'abord qu'ils sont composés de deux sacs membraneux concentriques , l'un intérieur rempli de cette bouillie opaque colorée qui caractérise l'œuf, l'au- tre extérieur très-mince, fort transparent, et appliqué sur le précédent d'une manière si intime , qu'on ne peut les bien distinguer qu'après la destruction ou le déchi- rement de l'ovule. On remarque ensuite qu'il existe au centre de l'hémisphère brun une tache, circulaire , très- régulière, jaune et marquée d'un point fort opaque dans son milieu. Celui-ci provient d'un petit trou dont les deux membranes sont percées, ce qui met à découvert la bouillie brune que renferme l'ovule. Pour s'en assurer, il suffit de vider l'œuf et d'examiner à la loupe les mem- branes transparentes qui sont restées intactes dans tou- tes leurs parties, sauf l'endroit qu'on a piqué pour éva- cuer la pulpe qu'elles contenaient. ( ">5 ) , Tel est l'état des organes à l'époque de l'accouplement. Lis œufs sont prêts à sortir des ovaires, les trompes ont accumulé le mucus qui doit les recouvrir, il ne manque plus qu'une circonstance pour déterminer ces organes à se mettre en jeu. Il est bon de faire observer que bien souvent la femelle se débarrasse toute seule de ce poids incommode qui gène tous ses mouvemens et qui distend d'ailleurs son abdomen de manière à rendre la respira- tion très-difficile ; bien entendu qu'alors les œufs restent complètement stériles et pourrissent au bout de quelque^ jours. Mais celte observation, qui se présente assez fré- quemment, nous indique déjà la cause prochaine de la ponte. Lorsque la femelle, au lieu d'être isolée, se trouve avec des mâles de son espèce, l'accouplement ne tarde pas à avoir lieu ; l'un d'eux se place sur son dos , la saisit sous l'aisselle avec ses pattes antérieures, et se cramponne fortement au moyen des callosités qu'on remarque à la base des pouces. Il la serre avec une force incroyable et reste dans cette position pendant plusieurs jours. Il est très-probable que la femelle éprouve alors un sur- croît de gène auquel se joint aussi sans doute l'excita- tion naturelle des organes générateurs. Ces deux causes réunies amènent le déchirement progressif des petits sacs de l'ovaire , et les ovules qui se détachent sont saisis par les trompes, amenés un à un dans la partie qui doit les recouvrir du mucus, puis enfin déposés à la base de ces organes dans les dilatations que nous avons décrites. La couche de mucosité est régulièrement distribuée à leur surface , elle a un millimètre d'épaisseur. Lorsque cette opération est terminée , la ponte commence , les œufs sortent de leur réservoir et sont évacués par Tanus peu à peu , et c'est alors seulement que le mâle ré- ( ioG ) pand sa liqueur séminale dont il les arrose à mesure. Toutes ces conditions sont donc parfaitement nettes et distinctes , et le phénomène se divise en deux parties bien caractérisées : la chute des ovules et leur arrivée dans la dilatation des trompes , leur expulsion hors du corps de la femelle , qui coïncide avec la fécondation. Nous avons vu que celle-ci pouvait , sans le concours du mâle , reproduire tous ces actes ; mais , dans ce cas , les œufs qu'elle pond se gâtent au bout de quelques jours. La durée de l'accouplement est très-variable. Il est même assez rare qu'un seul mâle suffise pour amener ces divers résultats, du moins dans les animaux que nous avons eus sous les yeux. Ils se lassent au bout d'un jour ou deux , et sont remplacés à mesure qu'ils abandonnent leur femelle. Enfin au bout de quatre à cinq jours lors- que la saison est chaude , et de six ou huit lorsque la température est basse., la ponte s'opère et dure quelques heures seulement. L'influence de la température sur le temps pendant lequel se prolonge l'accouplement , est très-marquée et a déjà été signalée par Spallanzani , mais il n'avait pas observé qu'un refroidissement brusque le détermine , et nous avons eu de fréquentes occasions de nous en con- vaincre. On verra dans la suite de ce Mémoire que'nous avons eu besoin d'une quantité d'œufs très-considérable, et que nous ne pouvions les employer qu'après leur ar- rivée dans les trompes. Nos animaux n'étaient pas toujours disposés à s'accoupler, et comme le temps de leurs amours est fort court, il nous importait de recueillir la plus grande masse d'œufs possible. Nous réunissions en con- séquence toutes les G renouilles paresseuses dans des ba- quets séparés , et nous placions à l'instant des fragmens ( »°7 ) de glace dans l'eau qu'ils contenaient. Au bout d'une heure et quelquefois moins , elles scrtrouvaient toutes ac- couplées.. Cette remarque, peu importante en elle-même , devient fort utile dans son application , et nous lui de- vons d'avoir pu exécuter nos expériences. Il est facile aussi par ce moyen de prolonger au-delà du terme or- dinaire la durée des amours des Batraciens qu'on veut examiner , car si l'on a soin de les placer à une tempéra- ture habituellement basse , on retarde l'époque de l'ac- couplement d'une manière très-sensible. Si l'on combine ces diverses données , et qu'on en fasse usage à propos , il est assez facile de se procurer , pendant trois ou quatre semaines , des œufs récemment pondus.. Au contraire si l'on abandonne ces animaux à eux-mêmes, dans l'espace de dix à douze jours ils ont tous terminé leur accouple- ment et leur ponte. Passons maintenant aux expériences par lesquelles nous avons cherché à établir les conditions de la fécon- dation. Elles ont été nombreuses et variées , la plupart d'entre elles ont été répétées huit ou dix fois. Nous avons séparé d«*ux grenouilles accouplées. Les œufs étaient rassemblés dans les trompes et prêts à sortir. On en a mis une partie dans de l'eau pure pour observer les changemens qu'ils y éprouveraient. Le premier phé- nomène qui s'est offert à nous , consiste en une absorp- tion d'eau que le mucus opère, et de laquelle résulte un gonflement considérable de cette portion de l'œuf. Il est probable que celui-ci se trouve lui-même dans des con- ditions analogues, mais nous sommes forcés d'avouer qu'il ne nous a pas été possible de percevoir aucune altération dans son diamètre. Voici la table des dimensions de l'œuf enveloppé de sa couche de mucus , prise d'après une moyenne de vingt mesures. ■I C 108 ) Midi. A leur sortie de l'ovaire , 2 mœ , 5 on les pronge dans l'eau. 1 h. 3o' 5 , » 2 h. 3o' 6,3 3 h. 3o' 7 ,i 4 h. 3o' 7 \ 5 h. 3o' - 7,1 6 h. 3o' 7 , 3 Il suit de-là qu'au bout de quatre heures d'immersion , l'absorption était complète et que le mucus était saturé d'eau. Depuis ce moment l'œuf n'a plus offert de chan- gement de cette espèce , et pendant quelques, jours on n'a pu reconnaître aucune altération dans ses diverses parties. Mais alors le mucus a commencé à perdre de sa consistance , et les matières renfermées dans l'œuf ont paru subir une décomposition chimique. On voyait d'a- bord naître des taches blanchâtres sur la membrane d'enveloppe , la bouillie colorée que celle-ci renferme disparaissait ensuite à la partie supérieure où elle était remplacée par un liquide transparent et quelques bulles gazeuses. Enfin la presque totalité de cette matière éprou- vait une altération analogue, et au bout de quinze à vingt jours il en restait à peine quelques flocons suspendus dans le liquide clair qui l'avait remplacée. Il est pro- bable que ce sont ces divers phénomènes qui , par une observation trop superficielle, ont fait croire que l'œuf des Grenouilles pouvait acquérir un commencement de développement, même dans le cas où il n'avait pas été soumis à l'influence du liquide fécondateur. La pu- tréfaction était perceptible à l'odorat au bout de quinze jours , quoique l'on eût eu le soin de changer l'eau qui baignait les œufs , deux fois par jour. ( io 9 ) Nous avons répété la même expérience sur une autre portion des œufs que nous avions trouvés dans cette femelle , et nous en choisissons l'histoire de préférence , parce qu'elles ont été strictement comparatives. Dans ce cas , au lieu d'employer de l'ea^i pure , nous avons fait usage d'une liqueur qui renfermait le suc exprimé des deux testicules du mâle. Mais avant de décrire les phénomènes que nous avons observés , nous rappellerons qu'au centre de la partie brune de l'œuf, il existe , ainsi que nous l'avons déjà dit , une tache jaune circulaire. Après la ponte ou la chute dans les trompes, elle semble différer un peu de l'état sous lequel elle se présente lors- que l'œuf est encore dans l'ovaire. En effet la ligne qui en dessine le contour , au lieu d'être nettement circulaire, se trouve découpée irrégulièrement , comme frangée et d'un aspect très-nuageux. A l'intérieur de celle-ci , on remarque un autre cercle concentrique plus net et surtout plus régulier. Son centre est occupé par un point coloré dont nous avons fait connaître la cause. Nous insistons sur ces détails, et l'on en verra bientôt la raison. Cette partie n'est autre chose que la cicatricule et doit servir de siège au développement du fœtus. Nous lui donnerons même ce nom dorénavant , car nos remarques subsé- quentes et celles que nous venons de mentionner, mon- trent sans hésitation son identité avec la cicatricule de l'œuf des Oiseaux. Lorsque l'œuf des Grenouilles flotte dans l'eau , cette partie occupe toujours le dessus , et l'hé- misphère jaune se trouve placé en bas. C'est une circons- tance très-constante et due probablement à une différence de pesanteur spécifique , car lorsqu'on retourne l'œuf en sens contraire, il est toujours ramené rapidement à sa position habituelle. Cette condition semble d'ailleurs ( MO) liée avec l'action de 1 oxigène sur le fœtus , et peut-être aussi avec celle de la lumière. Le temps nous a manqué pour donner à ces deux séries d'expériences tout le soin nécessaire , mais nous avons pu nous convaincre de l'in- fluence de ces deux.agens. Aussi dans toutes les obser- vations suivantes nous avons eu soin de placer les œufs dans des vases plats , de manière qu'ils ne formaient qu'une seule couche , de reuouveler Peau ions les jours , et de les placer dans un endroit qui recevait la lumière du soleil , que nous avions soin toutefois d'affaiblir au moyen d'un écran de gaze. En comparant avec soin les œufs que nous avions plongés dans l'eau pure , et ceux qui avaient été mis en rapport avec le liquide exprimé des testicules , il nous a djabord été impossible d'y reconnaître aucune différence ; mais au bout de trois quarts d'heure ou une heure , ces derniers ont commencé à s'en distinguer par un petit sillon qui part de la cicatricule ou d'un point très-rap- proché d'elle, et se dirige vers la circonférence de l'hé- misphère brun , comme le ferait le rayon d'un cercle. A peine s'est-il manifesté qu'il se prolonge également vers la partie opposée , et dans peu de minutes on le voit couper l'hémisphère en forme de diamètre. Bientôt il se continue à ses deux extrémités et attaque la partie in- férieure jaune de l'œuf, mais il ne tarde pas à s'ar- rêter. Cette ligne qui, d'abord, ne se dessinait à la surface de l'œuf que par une très-légère dépression , se creuse avec une inconcevable rapidité , çt détermine la formation d'un nombre considérable de petites rides parallèles en- tre elles et perpendiculaires à sa propre direction , qui prennent naissance dans le sillon qu'elle produit. Celui- ( m) ci devient toujours plus profond , et l'œuf se trouve bientôt divisé en deux segmens très-prononcés. A peine cette forme s'est-elle bien déterminée qu'on voit les rides s'effacer pour la plupart , excepté toutefois deux d'entre elles situées à peu près vers le milieu du premier sillon , ei par conséquent sur la cicatricule ou dans son voisinage. Celles-ci , dans un espace de temps très-court, deviennent plus profondes, plus marquées, se dirigent vers l'hémisphère jauni' qu'elles ne tardent pas à atteindre. La portion brune se trouve alors coupée en quatre segmens égaux par ces deux ligues qui des- sinent une croix sur sa surface. Bientôt la dernière de- vient tellement semblable à l'autre, qu'il serait impossible de les distinguer. Il se manifeste alors une nouvelle ligne , mais celle-ci passe à peu près sur la limite qui sépare les deux hémi- sphères brun et jaune , et coupe l'œuf circulairement comme une espèce d'équateur. Elle réunit ainsi les extré- mités des précédentes , mais ce nouvel arrangement n'est pas plus stable que les autres , et à peine est-il achevé que de tous côtés il se passe de nouveaux phénomènes. L'hémisphère brun était partagé en quatre portions égales , chacune d'elles se divise en deux au moyen de nouvelles dépressions parallèles au sillon qui s'était montré le premier. L'hémisphère jaune , encore intact , se trouve bientôt envahi par les lignes primitives qui se prolongent rapidement et se rencontrent bientôt de ma- nière à reproduire sur cette surface la forme que nous avons observée dans l'autre. Au même instant deux nouveaux sillons parallèles à celui qui s'était montré le second sur la partie brune , viennent se dessiner sur elle d'abord sous la forme d'une ■ ( ,„ ) trace légère , et bientôt ils atteignent une profondeur analogue à celle de leurs prédécesseurs. Cet hémisphère se trouve alors divisé en seize parties égales ou à peu près. La portion jaune continue à suivre la même série de changemens de forme , mais elle se trouve toujours de- vancée par l'autre qu'elle se borne pour ainsi dire à copier. A dater de cette époque, il -se développe une quantité considérable de lignes qui apparaissent presque toutes à la fois. Les unes partent du premier sillon et courent parallèlement au second, les autres prennent naissance dans celui-ci , et se dirigent dans le même sens que !e premier ; enfin il en est plusieurs qui , sous forme de rayons, parcourent l'hémisphère du centre à la circon- férence. Dès-lors la partie brune de l'œuf se trouve di- visée en un certain nombre de granulations analogues à celles d'une framboise, et dans lesquelles on ne pourrait reconnaître rien de régulier, si l'on n'avait suivi soi- gneusement toutes les circonstances de leur production. On en compte d'abord trente ou quarante, mais au bout de deux heures elles se sont elles-mêmes sous-di visées , et leur nombre s'élève a plus de quatre-vingts. La fécondation avait été opérée à deux heures après midi , il était neuf heures du soir , et tous ces singuliers accidens avaient eu lieu d'une manière uniforme, con- tinue, et sans qu'il fût possible de saisir un intervalle de repos. Les œufs se trouvaient alors gonflés complète- ment , et ils avaient atteint le même diamètre que ceux dont nous avons donné la mesure dans l'observation pré- cédente. Afin d'être bien assurés de ne perdre aucune -des modifications qui pourraient survenir dorénavant , nous avons suivi ces œufs d'heure en heure pendant trois C >«3 ) jours et trois nuits , en les éclairant au moyen d'une loupe qui concentrait la lumière d'une lampe , lorsque nous étions privés de soleil. A l'œil nu , l'on peut ai- sément reconnaître et suivre toutes les lignes que nous venons de décrire, mais on les distingue mieux lorsqu'on s'arme d'une loupe faible et pure. A minuit la division des granulations était encore plus avancée, et l'on ne pouvait pas les compter. L'hémi- sphère jaune se trouvait précisément au point où nous avions vu, vers dix heures , la partie brune elle-même. A deux heures du matin la surface de l'œuf n'offrait qu'un aspect chagriné, et les petits sillons qui lui don- naient cette apparence , semblaient s'effacer progressi- vement. A quatre heures ils s'étaient presque entière- ment oblitérés , et l'on n'en retrouvait des traces que dans une multitude de petites lignes sinueuses , courtes et irrégulières , qui n'avaient pas le moindre rapport avec les formes précédentes. Enfin à six heures , celles-ci s'é- taient également effacées et l'œuf avait repris son ap- parence ordinaire; mais en l'examinant à la loupe, on le trouvait marqueté d'uue foule de petits points noirs qu'on n'aurait pu distinguer à l'œil nu, et qui n'ont pas tardé à disparaître à leur tour à mesure que les change- rons subséquens se sont effectués. La cicatricule que nous avions perdue au travers de tout ces bouleverse- mens, reparaissait alors avec sa forme primitive, mais elle n'avait pas la même netteté. Elle consistait pour ainsi dire en une simple tache jaune circulaire, de laquelle partait une petite ligne brune qui passait par son axe. A quelle cause devons-nous rapporter tous ces phé- nomènes étonnans? Quel est le but dans lequel ils se sont manifestés? Nous ne pourrions offrir à cet égard Tome II. 8 ( "ï ) que des conjecture^ vaines , et nous préférons simple- ment rapporter les faits sans chercher à leur trouver une explication hasardée; mais il faut avouer que l'influence exercée par la liqueur prolifique est d'une nature bien singulière si elle peut, dès les premiers instans du con- tact, se propager ainsi dans toute l'étendue de l'œuf et bien loin de la partie qui doit devenir le siège du déve- loppement du foetus. Cette partie de l'histoire de la fé- condation est entièrement neuve , ce qui nous permet d'espérer qu'on pourra, par la suite , l'étendre peut-être aux autres classes d'animaux , et la rattachera quelque loi générale plus satisfaisante pour l'esprit. On ne distingue à l'époque que nous venons de quitter qu'une trace noire longitudinale, et ce qu'il y a de remar- quable c'est qu'après avoir subi des changemens aussi rapides, l'œuf semble rester stationnaire pendant près de douze heures. On ne peut du moins y rien apercevoir même en l'examinant avec la plus sévère attention. Mais après ce temps il se produit à quelque distance de la li- gne obscure une espèce d'ellipse légère qui l'entoure sans la toucher. D'abord très-peu sensible, elle finit par se prononcer beaucoup, et d'autant plus que la portion de l'œuf qu'elle comprend se relève en bosse et dessine alors une espèce d'écusson. Cette forme étant bien carac- térisée , l'œuf la conserve sans altération pendant dix à douze heures. Quarante heures se sOnt déjà écoulées depuis le mo- ment de la fécondation , et l'ellipse bombée prend rapi- dement la forme d'un fer de lance dont la pointe cor- respond a la partie inférieur'' du corps de l'animal futur. Le 'trait hoir primitif n'a pas changé de pdsitïon -, mais par suite de cette modification il se trouve en contact ( "5) avec l'autre ligne dans IVndroii m'i -lie s'est îrtrc Bientôt un arc très - court vient appauiiii- . quelque distance du premier cercle, et dans sa portion que nous appellerons dorénavant supérieur' par comparaison avec | la situation du fœtus , ce trait se prolonge de chaque c^té en courant parallèlement à l'autre, et finit par se réunir à lui dans la partir étranglée. Au-delà de ce point il se forme un bourrelet cordiforme plus petit, qui n est qu'une prolongation des précédons et qu'on ne dis- tingue bien qu'après avoir placé l'œuf sur le côté. C'est là le premier indice du bassin. Au même instant on voit i -n< un- paraître deux bosselures latérales qui prennent naissance au même endroit et se dirigent vers la tête du fœtus. Celles-ci se prolongent bientôt elles-mêmes et viennent se réunir à la partie antérieure de l'œuf , mais à l'instant elles se rétrécissent et leur -saillie devient. plus prononcée. Pendant que tous ces cb an gemens s'opèrent , le plan qui porte la ligne primitive s'est affaissé , raplati , et celle-ci, qui d'abord se dessinait en creux , se relève tout-à-coup en bosse et montre une couleur jaaine qui la distingue des parties environnantes colorées en brun d'une manière uniforme. Si l'on ouvre l'œuf à cet ins- tant , on ne trouve encore qu'une bouillie homogène dans son intérieur, sans apparence d'organisation, mais la membrane qui de ce côté est d'un jaune peu foncé laisse voir la ligne primitive avec la plus grande netteté. A idater de ce moment , les altérations que l'œuf éprouve sont tellement rapides que 1 on ne peut les com- parer qu'à ces changemens à vue dont nous sommes té- moins dans les décorations théâtrales. L'un de nous les »l)NtM vait et les dessinait à mesure , l'autre les décrivait •itM'iit <\c son côte. Ce n'est qu'au inrven donc telle 8* ( »»<3 ) association que nous avons pu parvenir à nous en faire une idée précise, carie temps que nous allons employer à les communiquer au lecteur, sera plus long de beau- coup que celui qui leur a été nécessaire pour se mani- fester. Quoique nous fussions devenus familiers avec les phénomènes de la formation du foetus par nos observa- tions sur d'autres classes, nous n'avions jamais rencontré rien d'aussi singulier que ces modifications en quelque sorte spontanées, qui s'effectuaient ainsi sous nos yeux , sans que nous pussions apercevoir le ressort secret qui devait en être l'agent. Le bourrelet intérieur se dessine plus fortement en- core , et sa partie antérieure se découpe en sinuosités sy- métriques. L'autre se prolonge en avant et s'oblitère au contraire peu à peu vers sa portion inférieure en se con- fondant avec le précédent. Vers le milieu de leur lon- gueur on observe deux petits ailerons placés à droite et à gauche ^ ils sont d'abord assez étendus, mais ils se con- tractent graduellement. La position qu'ils occupent cor- respond à celle où doivent se manifester les branchies, et leur existence paraît être le premier indice du travail organique qui doit incessamment les produire. Le fœtus se termine en avant par un double arc de cercle de cou- leur très-foncée qui suit le contour du bourrelet anté- rieur. Le trait primitif qui n'est autre chose que le ru- diment de la moelle épinière, est encore à découvert, mais bientôt ies protubérances longitudinales et paral- lèles qui sont placées à ses côtés se rapprochent à vue d'œil jusqu'à ce qu'elles se rencontrent , l'enferment ainsi dans une espèce de canal , et le dérobent pour tou- jours aux yeux de l'observateur. Pendant que ces phé- nomènes s'opèrent , l'œuf qui avait déjà pris une forme ( -'7 ) uvale s'est encore prolongé. Le corps du fœtus est de- venu plus saillant , et Ton ne retrouve aucune trace des formes que nous avons étudiées. En effet , à cette époque qui correspond à la troisième journée depuis la fécondation , les phénomènes se ma- nifestent dans toute l'étendue de l'œuf et ne sont pas circonscrits aux environs de la ligne primitive comme dans la période que nous venons de parcourir. Le fœtus qui paraissait d'abord ne posséder qu'une existence li- mitée à cette ligne elle-même , qui plus tard avait étendu son influence aux parties voisines par une espèce de rayonnement progressif, se trouve enfin avoir conquis l'œuf tout entier. La matière informe que celui-ci ren- ferme devient sa propriété, se prête docilement à ses be- soins, et se modifie au gré d'une puissance inconnue pour amener l'évolution des divers appareils nécessaires au nouvel être. Ce n'est plus un œuf que nous avons sous les yeux, c'est un animal dans lequel il n'existe au- cune molécule isolée du système général. Nous trouvons alors dans notre fœtus envisagé sous ce nouveau point de vue deux oarties très-distinctes. L'une qui correspond à celle où nous avons vu se passer tous les changemens qui ont fait l'objet de notre examen , comprend la tête, la moelle épinière et ses enveloppes, enfin le bassin. L'autre, jusqu'à présent passive, prend dès ce moment un caractère déterminé, et Ton y recon- naît clairement la cavité abdominale. Le corps s'allonge et ses contours se dessinent avec grâce. Deux points uoirs indiquent déjà la situation des yeux, les branchies se distinguent sous la forme de trois ou quatre tuber- cules placés de chaque côté de la tète. Enfin si l'on ou- vre la cavité abdominale, on rencontre dans sa partie ( i i S j supérieure un boyau replié sur lui-même ; c'est le ciriir. Le quatrième jour amène peu de changemens : le corps se redresse, il s'allonge, augmente de volume} la partie inférieure des enveloppes de la moelle épinièro se recourbe en arrière au lieu de se diriger en avant, et se prolonge pour former la queue \ les branchies augmen- tent de volume. Le lendemain toute l'organisation se trouve encore plus avancée , et l'animal est devenu susceptible de mou- vemens spontanés. Ce serait sortir de notre sujet que de le suivre plus loin, et nous avons préféré consacrer nos soins à d'autres objets. D'ailleurs nous savons qu'un anatomiste exercé , qui nous a donné déjà l'histoire du développement du fœtus dans la Salamandre, s'occupe en ce moment d'un onvrage analogue pour la Grenouille. 11 complétera sans doute l'ébauche que nous venons d'esquisser, et nous montrera dans tous les détails la sé- rie que le têtard parcourt depuis l'instant où nous ve- nons de le quitter jusqu'à l'époque où il entre dans la catégorie des animaux parfaits de son espèce. Tous les détails qui précèdent acquièrent un nouveau degré de précision et de clarté, lorsqu'on examine les figures de la planche 6. Dans la fig. i > on voit l'appareil générateur femelle de la Grenouille commune, quelques heures avant la ponte. En O sont les deux ovaires qui ne renferment plus /que les oeufs des années suivantes, et qui ont déjà laissé tomber dans les trompes tous ceux qui devaient être pondus. On remarque sur chaque ovaire un appendice graisseux découpé en lanière li- néaire, analogie à celui qui se irouve sur les testicules du mâle. PP son! Ie> <]< u\ pa\illons, TT les trompes ou ( "9) oviductes , et dans celui qui est placé à la gauche de l'observateur on remarque un œuf qui n'a pas encore at- teint les dilatations DP où tous les autres sont déjà venus se rassembler après s'être enduits de leur couche de mucus. R est le rectum ouvert pour montrer les oriûces des oviductes qui sont larges et bordés d'un petit bour- relet annulaire. Au-dessous d'eux se. voient deux ou- vertures plus étroites, (jui sont celles des uretères. V. La vessie urinai re également fendue. N° i. Œuf enduit de mucus, de grandeur naturelle. N° 4« Id. Gonflé après un séjour de quatre heures dans l'eau pure. N° 5. OEuf dépouillé de mucus et grossi. Il est vu de côté pour qu'on puisse distinguer l'hémisphère brun et l'hémisphère jaune. Le cercle extérieur appar- tient au petit sac membraneux et transparent qui l'en- toure. A. OEuf fécondé séparé du mucus et du sac membra- neux. B. Id. Une heure api es la fécondation . C.Jd. Après une heure et dix minutes. D.Id. Après une heureetdemie. D'. Le même vu de côté. EF. OEufs de deux à trois heures. G. Id. De trois à quatre heures. G 'G'. Variétés de la même époque. H. OEuf de quatre à cinq heures. H'. Le même vu en dessous. I. Variété de la même époque. Y.Id. Vue en dessous. L. OEuf de six heures. L'. JLe même vu en dessous. M. OEuf de sept à huit heures. NO. Id. de dix à onze heures. O'. L'œuf O vu de côté. P'. OEuf de douze heures. P". Le même vu de côté. PQ. OEufs de quinze heures. R. OEuf de dix-huit à trente heures. S. OEuf de trente à quarante heures. T. Id. De quarante à cinquante. V. Id De cinquante à soixante. V. Le même de côté. ( .ao ) X. OEuf plus avancé de quelques heures. X'. Mem- brane de la partie supérieure de l'œuf, vue en dedans pour montrer l'apparence intérieure de la moelle épinière. Z. OEuf encore plus avancé. La marche du dévelop- pement est si rapide à cette époque, qu'on n'ose pas fixer ici des dates précises. Z'. Le même de côté. Z". Le même vu en avant. Z'". Le même vu par sa partie postérieure. a. OEuf ou fœtus de trois jours. a\ ld. vu de côté. b. Fœtus de quatre jours. b\ Le même de côté. c. Fœtus de cinq jours, c. Le même de côté. c". Le même vu par sa partie antérieure. Toutes les figures relatives au développement de l'o- vule , sont grossies seulement dix fois en diamètre. C'est dire que nous nous sommes bornés dans cet examen à Temploi de la loupe. La difficulté qu'on éprouve à re- garder des objets opaques tels que ceux dont il est ici question, en se servant des microscopes ordinaires, nous força, lorsque nous fîmes ces observations, à renoncer complètement à leur emploi. Il est probable qu'avec le secours d'un instrument plus favorable, nous aurions pu nous livrer à des recherches d'organogénésie que nous avons été malheureusement obligés de nous interdire. Toutefois les phénomènes que nous avons décrits sont tellement bizarres et tellement nouveaux pour les phy- siologistes , qu'il y a tout lien d'espérer qu'on s'en oc- cupera dorénavant , et qu'au moyen de l'excellent mi- croscope de M. Selligue (i) , il sera possible de pénétrer (1) M. Selligue, habile mécanicien , vient de présenter à l'Académie royale des Sciences, un microscope de son invenlion , capable de ri- v valiser entièrement avec ceux du professeur Amici. Nous en donnerons prochainement la description et la figure , nous espérons même pou- voir y joindre quelques observations curieuses faites par l'inventeur en examinant des corps entièrement opaques. ( '»! ) plus avant dans les circonstances que nous avons ef- fleurées. (La suite au numéro prochain. ) Sur des vestiges d'organisation placentaire et d'ombilic , découverts chez un très-petit fœtus du Didelphis Vir- giniana ; Lettre de M. E. Geoffroy Saint-Hilaire aux Rédacteurs. Depuis la publication de mon travail sur la génération des animaux à bourse , que vous avez jugé assez impor- tant pour le communiquer à vos lecteurs et que vous avez inséré par extrait dans le dernier numéro de vos annales , j'ai acquis de nouveaux faits qui modifient singulièrement certaines assertions concernant le déve- loppement des fœtus marsupiaux , et que j'avais rap- portées sur le témoignage d'autrui. Je suis redevable de cet avantage à notre savant botaniste et habile icono- graphe , M. Turpin } il n'eut pas plutôt pris connais- sance de mon travail sur les Marsupiaux, qu'il voulut bien mettre aussitôt à ma disposition trois foetus du Didelphis Virginiana , parfaitement conservés dans de la liqueur. Comme il allait quitter l'Amérique , M. le docteur Barton lui fit ce présent, en l'informant /ju'il avait enlevé ces trois fœtus à leur mère, très-peu de temps après leur introduction dans la bourse. La gran- deur de ces petits animaux répondait à un peu plus de cinq lignes , quant à leur longueur prise du bout du museau à l'origine de la queue. Ces fœtus étaient déjà formés , ce qui me fait- croire ( «M ) que le docteur Barton se sera mépris sur le moment de leur entrée en bourse. J'ai attentivement observé, j'ai disséqué même ces très-petits animaux, et j'ai, de plus, fixé mes recherches . en les faisant retracer dans des dessins grossis au sextuple du volume réel. Ce que j'ai appris en étudiant ces préparations , ajoutera beaucoup aux faits que j'ai déjà donnés touchant le développe- ment des embrvons marsupiaux. On en pourra juger par un point de ces études , à quoi se bornera aujour- d'hui la présente communication. Sir Everard Home , traitant , en i jg5 , des organes sexuels des Kanguroos , avait annoncé une existence in- solite , décrit des fœtus sans cordon ombilical ; Barton l'apprend : il s'empresse de vérifier un fait aussi extraor- dinaire, et il trouve ce fait exact , en ce qui concerne les fœtus de ses Didelphes. M. de Blainville revint sur- ces résultats et publia (Bulletin des Sciences, année 1818 , page 24) : « que, malgré tous ses soins, il n'a- » vail pu observer dans les fœtus des Marsupiaux , ni w veine , ni artère ombilicale , ni ouraque , ni ligament » suspenseur du foie , ni thymus. » Et ce sont des animaux qui, en définitif, seront cons- titués comme les Mammifères , ce sont ainsi de véritables Mammifères qui présenteraient de pareilles aberra- tions ! Ils ne commenceraient point , mais ils finiraient par être Mammifères! J'avais, il est vrai , rapporté ces observations faites avant moi , mais en les reprodui- sant toutefois avec quelque regret , «je croyais y aper- cevoir une sorte de contradiction. Car c'était en quelque façon méconnaître l'esprit des développemens organi- ques. Toute génération s'établit dans un ordre néces- sairement successif-, les organes produits les premiers , ( "»3 ) engendrent les organes à venir , parce que ceux-là con- tiennent le germe de ceux qui sont appelés à paraître dans la suite. Le bon sens, consulté tout seul , eût pro- noncé avec fermeté i n ( i*4 ) réfléchi, la surprise que la vue de leur dénuement oc- casione , eût beaucoup diminué : car ces animaux de- vaient-ils reproduire dans cette poche supplémentaire , dans le second domicile, comme l'appelle Barton , une organisation qui n'est , au vrai , compatible qu'avec toutes les dépendances du premier? Un placenta, un cordon om- bilical , des membranes ambiantes, sont choses d'un fœtus contenu dans Yaduterum , une des parties du canal' sexuel. Voilà ce qu'on aurait aperçu sur un foetus trouvé dans cette poche , ou dans le premier domicile : mais personne ne nous a encore procuré cette observation. Barton l'a essayé sans succès , parce qu'évidemment il n'y a pas apporté assez de persévérance : il a craint de sacrifier des individus qu'il n'a jamais eus en assez grand nombre pour les soumettre à des expériences mul- tipliées. Quoi qu'il en soit, deux jeunes mâles parmi les fœtus qui m'ont été communiqués par M. Turpin , m'ont ap- paru avec une large ouverture ombilicale ; je dis large comparativement à leur extrême petitesse. Je dis les deux mâles, et non pas le troisième individu qui était femelle , pour qu'on ne vînt pas à penser que j'aurais pris l'entrée de la bourse pour un vestige d'ombilic. Il y a, dans ces mâles , à la fois vestige d'ombilic et scro- tum au-dessous. Ainsi , nous rentrons par cette observation dans les voies ordinaires des Mammifères : car nous apercevons au début de la formation toutes les parties essentielles , d'où dépendront plus tard les développemens organi- ques qui constituent les conditions classiques des Mam- mifères. Les mêmes dispositions embrassent ces animaux quant à la série de leurs différentes transformations , ( «»5 ) ovule 9 embryon et fœtus. Ces trois états des produits génitaux exigent trois emplacemens distincts , que les Mammifères normaux trouvent en dedans de leur canal sexuel \ mais relativement aux Mammifères marsupiaux, ces emplacemens sont distribués différemment , bien que dans uue série également continue. L'ovule et l'embryon se forment et se développent en dedans du canal sexuel , jet le fœtus en dehors. La matrice est la troisième poche pour les premiers , poche d'incubation et d'alimenta- tion ; la bourse devient cette troisième poche à l'égard des seconds. La différence est donc uniquement , elle est toute dans le domicile fœtal ; nous l'appelons matrice chez les uns , et bourse chez les autres. Quant aux vestiges d'organisation placentaire que j'ai reconnus, j'ai vu, et ma figure montre distinctement une certaine quantité de papilles. Sont-ce là les suçoirs d'un placenta , qui n'ont point eu le temps de s'effacer ? Cet organe n'aurait point per- sisté assez long-temps , pour croître dans la même raison , et pour produire un long cordon ombilical , comme chez les autres Mammifères. Ce placenta aurait existé sessile , expression que j'emprunte aux botanistes : ce placenta aurait été fixé au bas-ventre et à cru en quel- que sorte, comme sont certaines fleurs qui vivent im- plantées sur le corps ligneux , étant privées de pédon- cules intermédiaires. Ou bien les vestiges que j'ai retrouvés , ne seraient que la cicatrice ombilicale $ et , dans ce cas , le placenta et son cordon auraient déjà été flétris et auraient dis- paru. Pour rester fixe sur Tune ou sur l'autre de ces hy- pothèses , on sent qu'il faut recourir à une observation directe. v ?*6 ) Espérons que des naturalistes ou des médecins ré- pandus dans les Deux-Amériques , aux Indes et à la Nouvelle-Hollande , voudront bien seconder nos efforts et compléter les observations que nous avons faites , et qui ne peuvent être produites qu'aux lieux où les Marsu- piaux abondent. L'intérêt de ces questions doit exciter le zèle des personnes à portée de faire d'aussi utiles obser- vations. Une génération aussi rapprochée de la nôtre , et ,) à bien des égards, aussi anomale cependant, doit, si les faits sont donnés avec soin , jeter le plus grand jour sur le phénomène en général : c'est un des plus grands spec- tacles que les considérations anatomiques peuvent four- nir à la philosophie. Notice sur le nid du Becquemouche (Sylvia eislicola, Temminck), et observations sur les habitudes naturelles de cet Oiseau. (Extrait par M. Desmarest. ) Par le docteur P. Savi. Ciet oiseau, connu des Italiens sous les noms de Mos- china et de Tititi, se trouve aux environs de Pise où M. Savi a eu occasion de l'observer. Le mâle diffère sous quelques rapports de la femelle; Fauteur, après avoir précisé les différences sexuelles, donne plusieurs détails sur les habitudes curieuses de cette espèce, An commencement du printemps, cette espèce de Syl- vain arrive dans la plaine de Pise et se tient dans les ehamps de blé, où il établit son premier nid ; plus tard, il se rend dans les lieux marécageux et couverts de grandes herbes , de scirpes, de carex eude jonc. Son vol est court , rapide et irrégulier -, sa voix peut être rendue ( 12 7 ) par le mot czin souvent répété et dont le t H le z sont faiblement prononcés. Sa nourriture consiste en petits insectes, en chenilles, en araignées, etc. L«*s com. •.- 50WI au nombre de trois, la première vers la mi -avril et. la dernière vers le milieu d'août; les œufs au uombre de quatre à six, de couleur blanche quelquefois un peu changeante en rose ou en bleu très-clair, n'ont que cinq à six lignes de longueur , et sont déposés dans un nid dont la construction remarquable est l'objet principal de < -e mémoire. Ce nid est placé au milieu d'une touffe épaisse d'herbes hautes du genre car ex , environ à un pied de terre, ei sa forme est celle d'une bourse pendante dont la partie la plus large est en bas , et dont l'ouverture est placée dans le haut \ sa longueur est de cinq pouces , et son diamètre transversal de deux pouces. La paroi exté- rieure est formée par les feuilles des plantes au milieu desquelles il est placé, et ces feuilles sbnt artistement liées ou cousues les unes aiix autres par lotira bords . au mottm de petites ouvertures que l'oiseau y pratique, et dans lesquelles il entrelace deux ou trois fois de petits cordons qu'il compose avec les bonrse'ttes de soie dams lesquelles les araignées portent leurs osufs , ou avec du duvet d'aigrettes de diverses asclépiadées ou de svn- u» nèses; les -tiges des carex montent droites, et ser- vent à cacher le nid \ celles qui croissent en dessous de lui sont repliées plusieurs fois sur elles-rmêmes , entre- lacées, et lui forment un soutien ou une base élastique. Sa paroi intérieure est composée de laine et abonde da- vantage en graines aigrettées et en duvet végétal , qu'en toiles d'araignées. Les deux parois se touchent immédia- tement dans les parties latérales et supérieures du nid , ( <*8 ) et sont séparées Tune de l'autre dans le bas , par «ne couche formée de feuilles sèches et fines appartenant à des graminées , de fleurons de syngénèses , etc. * Tel est le nid fait par le Becquemouche au mois d'août. Celui que cet oiseau construit au printemps est un peu différent en raison du lieu (les champs) où il est placé, et des matériaux que la saison fournit pour la construc- tion : il est caché au milieu d'une touffe de graminées dont les feuilles, faibles et faciles à déchirer, sont peu propres à être liées par des points de couture ; et les araignées , étant alors rares , ou n'ayant pas encore filé leurs boursettes de soie, l'oiseau est moins pourvu du fil qu'elles lui procurent, et il se trouve réduit à employer principalement du duvet végétal. Ce nid est moins solide que celui qui est construit plus tard avec des feuilles de carex et des fils de toile d'araignées, ce qui oblige le Becquemouche à rendre plus épaisse la paroi interne, et à y introduire quelques corps solides , comme de pe- tits morceaux de bois ou des brins de paille. A l'occasion de cette construction admirable, M. Savi fait remarquer que les ornithologistes n'ont pas jusqu'ici décrit avec assez de soins les nids des Oiseaux , et il propose pour eux une classification basée sur la distinction des ma- tières qui entrent dans leur composition. ( Nuov. giorn. dei Letterati, n° 1 1 , sept, et oct. 1823. ) ( '»9 ) Deuxième Mémoire sur la Gêné ration. Rapport de l'œuf avec la liqueur fécondante. Phénomènes appréciables , résultant de leur action mutuelle. Dévelop- pement de l'œuf des Batraciens. Par MM. Prévost et Dumas. (Suite.) Après avoir établi suffisamment la vérité et la cons- tance des faits que nous avions observés dans ces deux cas, il nous devenait très-facile d'examiner les condi- tions sous lesquelles la fécondation s'opère. Nous avons toujours fait usage, dans les épreuves suivantes, d'oeufs pris dans les trompes, et pour chaque expérience on en fécondait une portion avec de la liqueur des testicules délayée dans l'eau, de manière à obtenir un moyen sûr de comparaison. On a pris deux testicules qu'on a brisés et délayés dans dix grammes d'eau pure. Cette liqueur a été divisée en cinq parties qu'on a employées de la manière sui- vante. Poids des œufs. Poids de la liqueur. Eau ajoutée. Rapport des œufs développés , à ceux qui oui péri. 2 gram. 2 grammes. o i : 8 Id. ld. 2 gram. i : 5 Id. Id. 4 1:2 Id. Id. 6 2 : 2,5 Id. Id. 8 2:1 Ce tableau montre suffisamment qu'il est indispen- sable de délayer dans une certaine quantité de véhicule , \ la liqueur fécondante , si l'on veut lui faire produire son ■* plus grand effet. Mais il ne nous apprend pas dans quelles Tome II. — Juin. 9 ( i3o ) circonstances la fécondation s'opère complètement ou a peu près , comme nous le voyons dans l'acte de l'ac- ouiplement. Nous avons donc essaye d'augmenter encore l,i proportion du véhicule, en conservant d'ailleurs les conditions énoncées ci-dessus. Poids des œufs. Poids dfe la liqueur. Eau ajoutée. Rapport des œufs développe's, à ceux - qui ont péri 2 grani. 2 grammes. 12 gram . 6 : 1 Id. Id. 18 9 : ■ Id. Id. 24 10:1 Id. fd. 48 10 : 1 Id. M. 96 10 : 1 Ces expériences nous montrent que la quantité de véhicule doit être en poids douze fois plus considérable que celle des œufs sortant de la trompe ; elles établis- sent encore que cette proportion peut aller jusqu'à cin- quante fois ce poids , sans qu'on éprouve une diminution notable dans le nombre des fécondations. Nous obser- verons ici que les œufs fécondés naturellement suivent à peu près la même proportion , et qu'on en trouve tou- jours 8, ïo ou 12 pour cent, qui restent stationnaires , soit qu'ils n'aient pas été fécondés , soit qu'ils aient subi quelque altération organique. C'est un point de vue au- quel Spallanzani ne s'était nullement attaché , et qui présente beaucoup d'intérêt en ce qu'il nous montre que la liqueur fécondante jouit de ses propriétés , bien plus dans les conditions qui la portent matériellement en contact avec le petit œuf, que dans celles où elle agit sur la mucosité seulement. En effet, dans les premières expériences , il n'y avait pas une quantité d'eau suffisante pour saturer tout le mucus : sa surface était donc la seule ( Ûi ) partie qui éprouvât l'imbibition complète, les parties iutt'i ieiucs subissaient peu d'altération. Dans |ei Ma- nières au contraire, tout le mucus était gonflé du liquide environnant, et par cette seule circonstance la liqueur prolifique était matériellement amenée au contact de l'ovule. Spallanzani s'est occupé, comme on sait, d'expé- riences analogues , mais il ne nous en a pas transmis malheureusement les conditions numériques. On pour- rait même croire qu'il les avait négligées, car son but était bien moins de connaître l'énergie précise du pouvoir fé- < ondateur que de constater sa persistance môme dans le cas où Ja liqueur prolifique se trouvait étendue d'une quan- tité d'eau considérable. 11 est arrivé de cette manière à des résultats fort étonnans, que nous avons reproduits par une autre méthode susceptible d'une plus grande régularité. Tout le monde connaît les expériences si remarquables et si neuves quMl exposa dans son ou- vrage sur les fécondations artificielles. Il mêla des pro- portions diverses de liqueur spermatique et d'eau, et vit avec étonnement que trois grains de sperme avec dix- huit onces d'eau produisaient encore des fécondations à peu près aussi heureuses que celles qui s'opèrent natu- rellement. Au-delà de ce terme, il est vrai , le pouvoir fécondateur diminuait à mesure que la quantité de vé- lueule se trouvait augmentée , mais elle ne se perdait pas entièrement , et continuait à se manifester même dans le cas où la dose de l'eau s'élevait à plus de (h-i.\ cents onces. Nous avons vu que le mucus absorbait la liqueur dans laquelle il était plongé , nous avons môme pu nous con- vaincre de l'importance de cette fonction relativement 9* ( >3*) au phénomène de la fécondation. Il était nécessaire d'entrer plus avant dans les particularités de cette ac- tion, et de voir si la liqueur fécondante était absorbée en totalité, ou bien si le mucus, refusant le passage aux particules solides qu'elle renferme , ne s'appropriait que sa partie aqueuse seulement. Nous avons plongé dans de l'encre des œufs extraits des oviductes. Le mucus en a absorbé en noircissant , mais bientôt cette imbibition s'est arrêtée à cause de la réaction chimique de l'encre qui coagulait la matière muqueuse. Du sang mêlé à l'eau pure , en proportion convena- ble , pour lui donner une teinte rouge intense , nous a servi dans un second essai. Le mucus s'est gonflé comme à l'ordinaire (n° 2, pi. 6), mais il a pris une couleur rouge très-vive, et l'on n'a pu la lui enlever par des ablutions répétées d'eau pure, et même par un long séjour dans ce li- quide. On y distinguait au microscope beaucoup de frag- mens de matière colorante, mais nous n'avons pu y dé- couvrir un seul globule de sang entier. Ce résultat ne doit pas surprendre lorsqu'on se rappelle la grosseur considérable des globules du sang de Grenouille dont nous avions fait usage. Cette dernière épreuve nous ayant appris que le mu- cus pouvait absorber des molécules solides en même temps qu'il s'imbibe d'eau , pourvu que celles-ci n'eus- sent pas un diamètre trop considérable , nous avons répété nos épreuves en employant le liquide prolifique lui-même. Mais nous avons fait usage d'abord de l'œuf des Salamandres à crête, qui présente les mêmes par- ticularités que celui de Grenouille , excepté toutefois qu'il est d'une belle couleur jaune uniforme, et que son ( «313 ) enveloppe muqueuse est ovale au lieu d'être arrondie.. Celle ! ci se gonfle dans l'eau comme celle de l'œuf de Grenouille , mais dans un moindre rapport. OEufs au sortir de l'ovaire. Grand diamètre du mucus a , 8""»». Petit a,"»™a. Diamètre du jaune a. OEufs après 24 heures d'immersion dans l'eau. Grand diamètre du mucus, 5,""»» 5. Petit 3, 7. Diamètre du jaune a, 5. On concevra facilement que nous avons préféré ces œufs à ceux de la Grenouille , lorsqu'on se rappellera la longueur extraordinaire des animalcules de la Sala- mandre. Nous avons donc plongé dans de l'eau qui contenait un grand nombre d'animalcules en mouve- ment des œufs de Salamandre extraits de l'oviducte. Après trois heures d'immersion on les a lavés en faisant passer sur eux plusieurs livres d'eau pure. Cette opéra- tion avait pour but de détacher les animalcules qui au- raient pu rester adhérens à la surface de la mucosité , et pour éviter même toute cause d'erreur à ce sujet , nous n'avons examiné que la partie intérieure d'une tranche que nous avions coupée (n° 7, pi. 6) ; elle nous a présenté au microscope une grande quantité d'animal- cules encore mouvans , et qui semblaient se débattre dans cette espèce de gelée où ils se trouvaient empri- sonnés. On en voyait partout, même au contact des membranes de l'œuf. La facilité avec laquelle nous avions obtenu ce résultat nous fit espérer que nous n'aurions pas trop de peine à reproduire le même phénomène dans les œufs de la Gre- nouille. Nous avons donc répété sur ceux-ci l'opération que nous venons de décrire, et nous avons trouvé de même le mucus pénétré d'animalcules. Ils s'agitaient dans cette situation , mais ne pouvaient changer de place à cause ( >34) doute de la résistance que leur dirait la matière muqueuse (n p 6 , pi. 6). On voit doue que la gelée, dont les œufs sont envi- ronnés, est susceptible d'absorber à la fois l'eau dans laquelle on les plonge , et les matières solides que celle- ci charrie , pourvu toutefois qu'elles ne soient point d'un diamètre trop considérable. On voit aussi que les animalcules spermatiques pénètrent aisément ce mucus qui les amène ainsi au contact intime de l'oeuf. Il était néanmoins possible, quoique les expériences précédentes pussent nous démontrer le contraire , il était possible que l'œuf saturé d'eau fût encore susceptible d'être fécondé , soit que l'on suppose le principe proli- fique asssz subtil pour pénétrer la matière muqueuse , soit que l'on admette que le mucus, quoique saturé d'eau, puisse se charger de liqueur fécondante*, pour éclaircir ce point de vue, nous avons fait les épreuves suivantes. Nous avons pris des œufs que nous avons fait séjourner dans l'eau pure pendant des temps détermi- nés , et que nous avons plongés ensuite dans la liqueur fécondante. Voici nos résultats : OF.ufs fécondes en sortant de l'ovaire, 20 fécondes 3 inféconds 8 : 1 ld. Après un séjour de 1 h. dans l'eau , 17 id. 19 id 1:1 ld. Après un séjour de 2 heures 7 id. 23 id. 1 : 3 Id. Après un séjour de 3 heures 2 id. 33 id. i : i(> ld. Après un séjour de 4 heures o id. 47 "^ ° : 47 Ces résultats nous montraient avec évidence la dimi- nution progressive que nos œufs avaient éprouvée, parleur séjour dans l'eau pure , relativement à leur aptitude à la fécondation ; mais pour les mettre à l'abri de toute objec- tion , nous avions senti d'avance la nécessité d'établir par expérience la durée de ( < île faculté dans les œufs qu'on ( >35 ) sépare du corps de la femelle. I ne partie de ceux que non-, avions extraits dans les mlicirlir, ci- 1 uii.se dans une eapsule qu'on plaça daus un appartement à 13°. C , sous une < lo< -hé , doni on mouillait de.tcinp** eu temps les parois intérieures, à 1 elïét de pré\< nir la dessiccaliou des œufs. Nous avons vu qu'eu sortant de l'ovaire ils avaient été le» ondes dans le rapport de 8: i Après 12 heures, 29 fécondés 2 inféconds 1 4 "• ' 24 27 id. D id. 9 : 1 36 6 id. 21 id. 1 : 3,5 48 o id. 17 id. o : 17 Ces faits suffisent pour lever tous les scrupules qu'on aurait pu conserver sur les véritables cpnséquences d-e nos résultats précédens , en nous prouvant que la durée de l'aptitude à la fécondation dépasse de beaucoup le terme , pendant lequel nous avions maintenu nos oeufs dans l'eau pure. Nous avons fait les mêmes tentatives sur des œufs laissés dans l'oviducte , après la mort de la mère, et les résultats ont été tellement identiques, que nous croyons peu nécessaire de rapporter ici les ex- périences en détail. Elles concourent toutes à établit qu'à la température de 12 à i5.°C , les œufs restent sains jusqu'à la vingtième heure; mais qu'à cette épo- que , ils perdent peu à peu leur état naturel , et qu'au bout de deux jours , ils sont tous altérés au point qu'il est impossible de les féconder.. Dans les expériences de Spallanzani il paraît que cette décomposition était plus prompte; mais , d'un côté, Jcs observations de cet nom un célèbre ont été faites sur des œufs de Crapaud, et Si Ton prend les vésicules séminales d'une Grenouille mâle, à l'instant où elles sont gorgées de semence, et qu'on les délaye dans dix grammes d'eau pure , on par- . vient à déterminer le nombre des animalcules , au moyen d'un micromètre divisé en fractions du millimètre. Un cube d'un cinquième de millimètre de côté, en renferme pour le moins cinq ou six , ce qui porte à trois ou quatre cents la quantité contenue dans un millimètre cubique lui-même. Sans pousser plus loin ce calcul , on est déjà convaincu que les expériences de Spallanzani ne ren- ferment rien qui soit contradictoire avec le point de vue que nous avons embrassé. Nous nous proposons d'ailleurs de revenir plus tard sur les recherches qui font l'objet de ce mémoire , et d'en étendre les conclusions à des animaux à sang chaud. CONCLUSIONS. i°. Les œufs pris dans la dilatation de l'oviducte, éprou- vent, à l'instant de leur immersion dans l'eau , une im- bibition qui gonfle le mucus dont ils sont entourés. Si le liquide qu'on emploie renferme du sang, la matière colo- rante pénètre sans difficulté toutes les enveloppes. S'il contient des animalcules spermatiques , ceux-ci ne sont ppint arrêtés à la surface , et parviennent jusqu'à l'o- vule lui-même , sans perdre leur mouvement spontané. 2°. Gonflés d'eau pure , les œufs ne tardent pas à se décomposer, mais lorsque celle-ci se trouve mélangée de* semence, ils éprouvent des phénomènes de plisse- ment fort singuliers , et au bout de quelques heures , on distingue dans la région de la cicatricule un corps li- néaire , renflé à sa partie antérieure. C'est le rudiment ( '48 ) de la moelle épinière , autour de laquelle on voit s'opérer révolution de tous les organes. 3°. La liqueur spermatique a besoin d'être étendue d'eau dans certaines proportions pour jouir de tout sou effet. Concentrée et pure , son action est moins assurée } trop délayée, elle s'affaiblit et finit par disparaître. Il en est de même si on l'évaporé doucement à siccité sans employer la chaleur. Quoiqu'on la dissolve de nouveau dans l'eau, elle ne reprend plus son pouvoir. 4°. L'œuf saturé d'eau n'est plus apte à la fécondation, et la diminution de cette faculté parait proportionnelle au séjour qu'il a fait dans ce liquide. 5°. Après l'extraction du corps de l'animal , les œufs perdent progressivement leur état normal ; mais ce genre d'altération ne devient sensible qu'après la vingt-qua- trième heure à une température de ii° ou i5°. C. 6°. La semence subit elle-même des modifications ana- logues , et à mesure que les animalcules meurent , elle devient inerte. L'effet total a lieu vers la trentième heure de la préparation , il commence à se faire sentir déjà au bout de dix ou douze heures. 7°. En distillant à de basses températures la liqueur fécondante , on voit que la partie qui s'est réduite en va- peur, est tout-à-fait inerte , tandis que le résidu con- serve toutes ces propriétés. 8°. L'explosion d'une bouteille de Lcyde tue les ani- malcules , et détruit la faculté prolifique de la liqueur qui les renferme. 9°. Un filtre suffisamment redoublé , arrête tous les animalcules. La liqueur qu'il laisse écouler , n'est pas propre à vivifier les œufs *, celle qu'il conserve , produit au contraire les résultats particuliers au fluide séminal. ( -49) io*. Le nombre des œufs fécondés est toujours infé- rieur à la quantité d'animalcules qu'on emploie, et si Ton compare les expériences les plus étonnantes de Spal- lauzani , avec la valeur qui exprime le nombre des ani- malcules ^ui se trouvent dans une liqueur fécondante déjà très-délayée , on demeure convaincu que leur ré- sultat n'a rien d'exagéré. 1 1*. Enfin, la fécondation des œufs ne peut avoir lieu tant qu'ils sont encore dans l'ovaire. Nous insistons sur ce résultat à cause de ses conséquences relativement à la classe des Mammifères. Note sur un nouveau gisement du Bitume Elastique; Par M. C. P. Ollivier, d'Angers, D. M. P. Lorsqu'on étudie les caractères que présentent les di- verses variétés de Bitume, désignées communément sous les noms de Naphte, Pétrole, Asphalte et Malthe ou Pis- sasphalte, on voit qu'elles ne sont, à proprement parler, que des modifications de la même substance , dont les nuances sont imperceptibles. Mais il n'en est pas de même de celle qu'on a décrite sous le nom de Bitume élasti- que , ou Caout-Chouc minéral ou fossile. Cette singu- lière variété diffère essentiellement des précédentes par ses propriétés que je vais rappeler sommairement. Sa couleur est celle du Caout-Chouc végétal : elle est comme lui compressible entre les doigts et élastique ; elle se rompt en se déchirant, après avoir supporté une extension assez grande-, elle est facile à couper, et brûle avec une flamme claire, en répandant une odeur bitu- ( i5o ) mineuse. Elle eiïace le crayon comme la gomme élasti- que , mais en salissant le papier -, enfin elle surnage l'eau. Ce Bitume qui fut le sujet d'une dissertation publiée en 1763, par le docteur Lister, n'est pas moins remar- quable par son gisement que par ses caractères ; il n'avait jusqu'à présent été trouvé qu'en Angleterre , dans la mine de plomb d'Odin , laquelle est située à la base du Mamtor , au nord de Castleton dans le Derbysliire. Le filon de plomb sulfuré qui le renferme , traverse la pierre calcaire stratiforme, et contient la galène en association avec la chaux fluatée , la baryte sulfatée , le zinc sulfuré, le zinc carbonate et le bitume élastique. J'ai cru devoir donner ici la description succincte des caractères et du gisement de ce Bitume , afin de faire res- sortir quelques différences qui existent sous ces deux rap- ports dans celui que j'ai découvert aux mines de houille de Moiitrelais. Ces mines sont situées dans le départe- ment de la Loire-Inférieure, à l'ouest et sur les confins du département de Maine-et-Loire , sur la rive droite de la Loire. La roche qu'on observe le plus fréquemment à la superficie du sol dans la plupart des lieux où l'on ren- contre des exploitations anciennes ou récentes , est un psammile quartzeux, essentiellement composé de grains de quartz , unis par un ciment siliceux. Il existe peu de mica dans les parties supérieures de la roche , qui , en général , en contient d'autant plus , qu'on l'étudié plus profondément. Sa structure devient alors aussi plus feuilletée , et offre les caractères du psammite schistoïde , ou grès hoidller schistoïde , qui présente assez souvent des empreintes végétales. Dans quelques endroits , les grains quartzeux sont réunis par une pâte verdatre , chic— ( >5. ) ritique (psamtnite verdàtre). Lorsque la roche a cet as- pecl, elle est ordinairement assez friable, et Ton n'y trouve aucune parcelle de mica : cette variété ne se re- marque que dans les couches supérieures. Telle est, en général , la nature de la roche des houil- lères de Montrelais ; sa direction est communément de Test à l'ouest, et son inclinaison au sud. Cependant, il existe à ce sujet une exception que je signalerai en pas- sant : c'est que depuis le chef-lieu de rétablissement, jusqu'au lieu de rendez-vous pour les ouvriers nommé la Marque , c'est-à-dire en se dirigeant vers le nord , la disposition que je viens d'indiquer est constante, tandis que depuis ce dernier endroit {la Marque) , jusqu'au Puits-Saint- André, qui se trouve plus loin dans la même direction , l'inclinaison de la roche est au nord , sans que d'ailleurs sa direction soit changée. L'inclinaison des couches de houille a suivi ce renversement du rocher , et il n'y a que le puits de la Garenne , où malgré l'incli- naison au sud , celle de la couche de houille soit au nord. C'est dans le Puits-Saint-André que je trouvai le Bi- tume élastique (octobre 1816). Dans ce puits , dont l'ex- ploitation fut commencée en i8i5 , l'aspect et la densité de la roche offrent des différences remarquables , quoi- que la nature en soit la même : c'est en effet, un psam- mite quartzeux, mais à gros grains blanchâtres analo- gues au quartz gras, et réunis par un ciment siliceux d'un gris blanchâtre : on n'y observe point de mica , sa dureté est extrême , ce qui rend le travail long et péni- ble. Cette texture est à peu près la même jusqu'à une profondeur de 3o toises environ (1). (1) J'ai observe sur la rire gauche de la Loire, à quelque distance ( >5-- ) Le toit, ou la paroi sud du la ; couche do houille , est formé par un psammite schistoïde violet, dont les feuil- lets ont une surface lisse et polie, et qui présente quel- ques empreintes végétales. Ses fissures renferment quel- quefois une stéatite très-blanche. Ce n'est qu'accidentel- lement qu'on trouve ce psammite schistoïde dans le mur, ou la paroi nord , qui est plus particulièrement formé par une ophiolite (i) , entremêlée de veines de quartz, et de chaux carbonatée. C'est à une profondeur de 35 toises , dans plusieurs de ces veines , que j'ai trouvé le Bitume élastique : il est contenu dans les interstices que présentent entre elles les extrémités libres des cristaux implantés sur les deux parois qui comprennent chaque veine. Il remplit com- plètement chacun de ces intervalles, et forme ainsi de de Chalonnes , près la métairie dite du petit Ponceau , une roche dont la direction , l'inclinaison et la nature sont absolument les mêmes que celles de la roche du Puits-Saint-André. Elle est recouverte, dans plu- sieurs points , d'empreintes végétales , et avoisine une couche de houille qui forme un affleurement très-marque' sur le haut de la col- line. Je suis porté à penser, d'après l'identité parfaite de ces deux roches et l'examen de leur position respective , que celle de Montrelais n'est que la prolongation de celledu petit Ponceau , qui se continue ainsi dans l'étendue de plus de quatre lieues , en passant obliquement sous la Loire. Cette observation géologique relative à la continuité des ter- rains qui renferment la houille dans le département de Maine-et- Loire , m'a fait soupçonner que ces roches suivent un trajet et une di- rection analogues à celles du banc de schiste qui est plus au nord et qui se prolonge indéfiniment jusqu'en Bretagne ? (t) M. Brongniart a reconnu que cette roche à base de serpen- tine, est une roche composée qui, exposée au feu de porcelaine, blanchit, se couvre d'un enduit vitreux et se boursoufle sans se dé- former complëtemi nt • mais elle fait voir des veinules d'un verre trans- parent, verdAfre, qui la traversent dans ùiiïérens sens, ce qui indique une substance plus fulùhle interposée dans la masse de la roche. ( i53 ) petits amas , plus ou moins rapprochés , isolés , «u ion- fondus ensemble. Sa couleur est d'un brun noirâtre très-foncé -, il est opa- que , inodore , d'une consistance moyenne, compressible -, très-tenace et très-élastique , lisse et luisant quand on le déchire : il ne perd rien de son élasticité par une expo- sition prolongée à l'air sec ou humide. Dans quelques points , sa surface est d'un gris blanchâtre 5 mais cette cou- leur , qui n'est que superficielle , est due à une poussière calcaire blanchâtre , très-fine , qui est interposée entre le Bitume et la surface de quelques-uns des cristaux avec lesquels il est en contact. Dans les autres points , il ad- hère intimement et immédiatement aux cristaux. Il enlève parfaitement les traces de plombagine, mais en salissant le papier . il surnage l'eau complètement, et brûle en ré- pandant une flamme claire , d'un blanc bleuâtre , avec une fumée épaisse et une odeur bitumineuse. Lorsqu'on laisse tremper dans l'eau pendant dix ou douze heures un morceau de ce Bitume, et qu'on le fait brûler ensuite, il répand bien moins de fumée et d'o- deur bitumineuse *, en outre , si on l'emploie alors pour effacer les traces de crayon sur le papier, il le salit à peine ; ce qui indique que quelques-unes des parties qui le constituent sont solubles dans l'eau. Quand on le fait fondre à l'aide de la chaleur, et qu'on Télend sur le pa- pier , il y adhère fortement en faisant des taches qui ont la couleur foncée du bistre : il devient alors un peu pois- seux, et se dissout facilement dans l'huile à l'aide d'une douce chaleur. On voit, d'après cette description, que les caractères principaux de ce Baume ont l'analogie la plus parf.iitr .i\«'<: ceux du Bilume élastique, qu'on n'a trouvé jusqu'à ( i54) présent qu'en Angleterre : M. Brongniart a bien voulu vérifier l'exactitude des détails de cette description , sur un échantillon que je lui ai communiqué. Je terminerai en faisant remarquer qu'à l'exception de quelques diffé- rences , il existe beaucoup de rapports entre le gisement de ces deux Bitumes élastiques qui se trouvent l'un et l'autre dans les filons d'un terrain de transition. Nota. Nous donnerons , dans un prochain numéro, l'analyse comparative de ces deux Bitumes (R.) » Observations microscopiques sur la suspension des mouvemens musculaires du Vibrio Tritici \ Par M. Francis Bauer. ( Traduit par M. Marteville. ) Ordinairement la lecture croonienne (i) est faite par des membres de la Société Royale qui se sont adonnés spécialement à la physiologie , et je ne me serais point hasardé à m'en charger si je n'y eusse été encouragé par un de nos vice-présidens qui , il y a quelques années , s'est servi de mes observations microscopiques , pour exécuter des recherches physiologiques sur les parties les plus intimes de la structure animale. Sans cette autorité , je n'eusse point risqué de vous présenter les observations suivantes , qui ont eu pour objet de déterminer combien de temps les facultés lo- comotrices d'un animal , trop petit pour pouvoir être aperçu à l'œil nu et sans le secours du microscope, peuvent (i) La lecture croonienne a été fondée par M. Croon, et se fait chaque année. Elle a pour objet spécial l'histoire du mouvement mus- culaire. ( «55 ) être suspendues et comment elles sont de nouveau rc-- mises en jeu par un changement de circonstances. Ce fait est une des plus curieuses observations qui aient été faites sur le mouvement musculaire ; il n'est point indigne d'être soumis à la société, surtout pré- senté à ses membres comme inhérent à cette lecture , avec laquelle il est bien en rapport. Le petit animal', connu sous le nom de Vibrio tritici, est la cause immédiate de cette altération destructive du blé que les fermiers connaissent sous le nom de pourpre ou de ear cockle. Ayant ouvert quelques grains de blé altérés, je trouvai leurs cavités remplies d'une matière fibreuse blanche, dont les parties semblaient cimentées en- tre elles par une substance glutineuse ; cette matière était de forme arrondie , et pouvait être facilement ex- traite intacte de la graine. Plongée dans l'eau , cette substance s'y dissolvait instantanément, et vue au microscope , on distinguait des centaines de vers extrê- mement petits et parfaitement organisés , qui en moins d'un quart d'heure se mettaient tous en mouvement. Ayant laissé pendant cinq jours quelques-uns de ces vers sur un fragment de verre , et sans aucune quantité d'humidité , ils semblèrent ne plus exister ; mais lorsqu'on jetait dessus une petite quantité d'eau ils redevenaient , en moins d'une demi-heure , aussi vivans qu'auparavant. Ces expériences et ces résultats sont donc très-satisfai- sans , car ils établissent incontestablement que la subs- tance fibreuse, contenue dans les grains de blé moisi, consiste en véritables êtres organisés , qui jouissent de cette propriété extraordinaire , crue leur action mus- ( '56) eulaire peut ôlre suspendue pendant un temps consi- dérable, et que l'humidité sullit pour la faire , en quelque sorte, renaître. Mais c'était pour moi un mys- tère de savoir comment ces animaux se propagent et s'introduisent dans l'intérieur des jeunes graines. Con- vaincu qu'on ne pourrait l'éclaircir qu'en les suivant dans tous les états de la germination et de la végéta- tion de la plante qui fournit le blé , et supposant que les oeufs de ces vers devaient être entraînés dans les jeunes germes des fleurs du blé par la circulation de la sève $ de même que le Fungus parasite , qui oc- casione au blé l'altération bien connue , de la pourri- ture , et que j'avais, dans des expériences précédentes, inoculé sur du blé sain, je me déterminai à faire le même essai pour ces vers. Je choisis donc quelques graines de blé bien sain , et j'introduisis une petite quantité de vers dans la rainure de la partie posté- rieure des graines, et je les semai au mois d'oc- tobre 1807. Bientôt les graines commencèrent à lever , et je pris , de temps en temps , une jeune plante pour l'examiner. Mais ce ne fut qu'en mars 1808 que je pus apercevoir l'effet de l'inoculation. A cette époque , ayant fendu soigneusement la tige d'une jeune plante , j^y découvris trois ou quatre vers entièrement semblables aux autres , mais plus grands environ de deux tiers tant en long qu'en large. Vers le cinq juin , je trouvai d'abord plusieurs vers de diverses grandeurs dans les cavités des jeunes grai- nes, et comme, au commencement de mars, j'en avais découvert de plus grands dans les tiges , j'en conclus que quelques-uns des vers inoculés avaient été , par }'eflet de la germination des graines , entraînés dans ( '5 7 ) la tige , qu'ils y étaient parvenus à leur plus grand accroissement et y avaient déposé leur grand nombre d'oeufs ; que quelques-uns de ceux-ci avaient pu être entraînés par la circulation de la sève dans l'intérieur des jeunes graines qui alors se développaient ; que les jeunes vers , sortis de. leurs œufs, trouvant leur nour- riture dans l'intérieur des graines , y parvinrent à leur plus grand développement et déposèrent leurs œufs dans les graines j approchant alors de leur maturité. Je considère donc ces derniers œufs comme le commence- ment de la troisième génération de ceux qui m'avaient servi à inoculer les graines plantées en octobre 1807. A partir du mois de juin , j'examinai régulièrement , tous les deux ou trois jours, un épi pour observer l'avancement progressif des vers et des graines. Vers la tin de ce mois , les graines prirent diverses formes contournées et commencèrent à être pleines d'œufs. Ayant enlevé soigneusement tout ce que contenait une des plus grosses graines , et l'ayant mis dans une am- poule de verre , j'y reconnus , à l'aide du microscope , sept gros vers , une grande quantité d'œufs , et enfin , une centaine de petits vers . tous vivans , se retournant et s'entrelaçant dans l'eau comme une infinité de petits serpe né. La dimension naturelle du plus grand des sept vers , estimée au micromètre, était d'un peu plus de £ de ponce en longueur , et -^ en diamètre. Ils ont une couleur blanche jaunâtre plus prononcée que celle des petits , et ils sont aussi moins transparens; leurs têtes sont très-distinctes ; ils ont une espèce de trompe qui est formée de trois ou quatre articles qu'ils contractent et allongent à volonté , à la manière des lunettes d'Opéra -, ces vers vont en diminuant graduel- ( «58 ) lement de grosseur depuis leur tète , qui est un peu ar- rondie , jusqu'à leur queue qui a à peine le diamètre qu'ils ont vers le milieu du corps , et qui se termine eu une es- pèce de cône ou d'éperon obtus. A une petite distance de la queue ils ont un orifice entouré d'une petite excroissance de chair; c'est par-là qu'ils font leurs œufs. Le dos de ces vieux vers est presque opaque , et semble articulé. Le nombre de joints ou anneaux est de vingt-cinq à trente ; le côté du ventre est plus trans- parent, et laisse facilement apercevoir des rangées d'oeufs dans toute la longueur du ver jusqu'à l'orifice par lequel ils les laissent sortir. Les mouvemens de ces gros vers sont très-lents et très-faibles } on les voit rarement entièrement dérou- lés , ils remuent faiblement leur queue et leur tête , mais leur trompe est en mouvement continuel , ils ne font que l'allonger et la retirer , et lorsqu'ils déchar- gent leurs œufs ils redressent tout d'un coup l'appendice de leur queue à chaque fois qu'il en sort un. Lorsque les vers ont fait tous leurs œufs, ils meurent peu après, et au bout de quelques jours ils se détruisent et se mettent en pièces à chaque joint. Les œufs sortent réunis par cinq ou six , adhérant les uns aux autres par leurs extrémités qui alors sem- blent tronquées ; mais , lorsqu'on les met dans l'eau ils se séparent et prennent une forme ovale faiblement contractée au mili'eu. Ils consistent en une membrane très-claire et très-transparente , qui laisse facilement distinguer le jeune ver , qui , si on l'observe attentive- ment , paraît remuer sous son enveloppe. L'œuf a en- viron 3-5-3- de pouce de longueur et ~-^ ou -^ de diamètre. Environ une heure et demie après que l'œuf a été #6 ( »5 9 ) plongé dans l'eau , le jeune ver commence à se dé- barrasser de son enveloppe \ une de ses extrémités ( je présume que c'est la tète ) sort par un des bouts de l'œuf , et par un mouvement continuel et un travail actif, il sort peu à peu entièrement. J'en ai surveillé un depuis l'instant où la tète a commencé à paraître , jusqu'à ce qu'il fût entièrement sorti , ce qui a duré une heure et douze minutes. Lorsque le ver a aban- donné l'œuf , celui-ci se ride , diminue , et il paraît qu'il finit par se dissoudre ; car % en peu de jours , les œufs disparaissent entièrement, aussi bien ceux qui sont éclos dans l'eau, que ceux qui sont éclos dans la graine. Ces jeunes vers sout un peu plus petits et plus trans- parens que ceux que l'on trouve dans les graines mû- res,* mais dans un très-court espace de temps, lors- qu'ils sont mêlés avec les autres, on ne peut plus les en distinguer. Ceux que l'on trouve dans l'intérieur des graines mûres sont presque tous de la même grandeur , c'est-à-dire de 77 à jj de pouce de long , et la ' 00 de diamètre; ils sont d'un blanc de lait, demi-transparens, et si on les regarde avec les verres les plus grossissans , on voit qu'ils sont articulés comme les grands , quoi- qu'on ne puisse découvrir aucune indentation exté- rieure ; ils ressemblent à de petits tubes de verre rem- plis d'eau , mais contenant quelques bulles d'air très- rapprochées et en même nombre que les joints des vieux vers. Aux deux extrémités (dont l'une est plus pointue que l'autre), on ne peut distinguer ni joints ni divisions. Les extrémités ont chacune ± de la lon- gueur du ver , sont parfaitement transparentes , et res- semblent à du verre solide. ( i6o) Quant au sexe de ces petits animaux, je n'ai jamais pu découvrir de distinction extérieure. Dans une môme graine , les vieux vers sont presque tons de diverses grandeurs. Trois des sept, vers de la première graine que j'examinai faisaient leurs œufs dans le même temps, quoiqu'ils ne fussent pas exactement de la même gran- deur: mais les quatre autres n'en faisaient pas. Ces derniers étaient beaucoup plus petits , et évidemment beaucoup plus jeunes; aussi, je ne doute nullement que si on les eût laissés dans les graines , sans les dé- ranger , ils eussent , à leur tour, atteint la même gran- deur que les autres et qu'ils eussent également fait des œufs. Je regarde cette opinion confirmée par mes recher- ches subséquentes sur des graines approchant davanta- tage de leur maturité -, il n'y avait pas alors une si grande différence dans leurs grandeurs , et à cette pé- riode , dans les mômes graines, les vieux vers, qui avaient probablement fait alors leurs œufs, dépérissaient; d'autres, qui les avaient également faits, étaient morts \ enfin, ceux qui vivaient encore les faisaient et étaient de même grandeur que ceux qu'auparavant j'avais ob- servés à la même période. J'ai aussi remarqué que les graines du sommet de l'épi , qui étaient infectées , ne contenaient souvent qu'un seul grand ver , et cependant elles étaient graduellement remplies d'œufs , aussi bien que celles qui originairement en contenaient plusieurs , et parmi les graines gâtées des plantes qui avaient été inoculées avec des vers et avec des Fungus du blé atteint de pourriture , les deux altérations ayant réussi , je re- marquai plusieurs graines ne contenant que deux ou trois grands vers qui , dans une même çraine , formaient ( >c ) comme plusieurs nids séparés , ayant chacun autour d'eux un amas bien distinct d'œufs séparés par les Fungus de la pourriture qui occupaient les cavités d< graines. De toutes ces observations que j'ai eu l'occasion de faire , il semble résulter qu'il n'y a point , entre ces inim&tlX, de distinction de sexe , et que ce sont de vé- ritables hermaphrodites. A la fin de juillet, les graines gâtées avaient presque toutes atteint leur plus grand développement et avaient une teinte brune. Enfin , vers le i5 août, elles étaient toutes d'une couleur brune foncée ^ diversement dé-* formées, et comme dures et ligneuses. Les cavités de ces graines, étaient alors complètement remplies de jeunes vers qui , sous tous les rapports x étaient semblables à ceux dont je m'étais servi pour inoculer les premières graines. Ces échantillons ayant alors plus de douze mois , il est sûr que les graines et les vers étaient parfaitement secs; mais lorsqu'ils avaient été une heure dans l'eau j les vers reprenaient leur fa- culté locomptrice , et étaient aussi vivans que ceux pris dans la plante encore sur pied. J'ai répété ces expériences avec des graines des mêmes échantillons, pendant cinq ans et huit mois, toujours elles ont réussi} seulement j'ai remarqué que les vers étaient d'autant plus longs à reprendre leur mobilité dans l'eau , qu'ils avaient élé plus long - temps secs ; mais après cinq ans et huit mois , ils étaient réelle- ment morts. Les vers des échantillons produits par mes grains inoculés, conservèrent six ans et un mois la faculté de reprendre le mouvement. C'est le plus long espace de Tome II. 1 1 ( «6a ) temps que j'aie déterminé , et passé cette époque les vers ne pouvaient plus ressusciter. Lorsque les gros vers ont été desséchés , ils meurent, et ne peuvent plus revivre ; il en est de même pour les jeunes vers qui sont encore dans l'œuf, celui-ci n'eût-il été qu'un instant sec avant que le ver l'eût abandonné. Plusieurs fois , j'ai fait l'expérience de ressusciter des vers au moyen de l'eau , et de les faire sécher de nou- veau , et j'ai reconnu que ceux qui avaient séjourné le moins long-temps dans l'eau, étaient ceux qui revenaient plutôt ; de sorte que ceux que j'avais examinés sur la plaque de verre où je ne pouvais les recouvrir que d'une petite quantité d'eau qui était bientôt évaporée , repre- naient leur faculté locomotrice en moins d'un quart- d'heure. Si on laisse de nouveau l'eau s'évaporer , on peut encore répéter plusieurs fois l'expérience sur les mômes vers; mais à la deuxième ou troisième fois, si elles se font à l'intervalle de huit ou dix jours, il y a des vers qui ne reviennent pas , et le nombre de ceux-ci augmente à chaque expérience suivante. Les vers con- servent cette propriété plus long - temps si on ne répète pas trop souvent ou trop fréquemment l'expérience. J'ai déterminé qu'après la deuxième suspension, le plus long-temps qu'ils pouvaient conserver la faculté de re- naître , était de huit mois. Si on laisse les vers séjourner huit ou dix jours dans l'eau , on ne peut pas répéter l'expérience aussi souvent, mais on peut prolonger considérablement les intervalles de suspension. J'en ai récemment fait l'essai sur des graines sèches qui avaient trois ans et dix jours. Ayant retiré les vers de la graine, je les tins dans l'eau , pendant trente- einq jours , et les ayant ensuite maintenus parfaitement ( '63 ) secs pendant quinze jours , je les mis de nouveau dans l'eau, et en moins de douze heures , presque tous les Vers furent aussi vivans que si on les eût sortis d'une graine fraîche de la plante encore sur pied. Le 29 septembre dernier , j'eus le plaisir de montrer ces vers dans cet état à plusieurs membres de la Société*; je les conservai ensuite parfaitement secs pendant quatre- vingts jours. A cette époque , les ayant recouverts d'eau , je vis qu'en moins de trois heures il y en avait au moins un tiers en mouvement , mais le lendemain matin , après soixante heures de séjour dans l'eau , ils étaient tous morts. Si on met les vers dans un grand verre dans lequel l'eau ne puisse pas s'évaporer, ils restent en vie plus de trois mois , mais à cette époque , ils meurent graduelle- ment et deviennent aussi droits que des aiguilles. Ils restent dans cet état sans changer de forme, pendant plus de quatorze mois; souvent même au bout de ce temps, je n'en ai trouvé qu'un petit nombre flottant à la surface de l'eau et dans un état de dépérissement. Ils étaient beaucoup plus minces qu'auparavant, ils étaient ridés à tous leurs joints qu'il était facile alors de compter; ils avaient une couleur brune, et au plus léger tact, à la plus faible agitation de l'eau où ils étaient, ils tombaient en pièces et se séparaient à tous leurs joints. Si on met dans une ampoule , avec de l'eau , tous les vers que contient une seule graine , il arrive assez géné- ralement qu'ils se séparent , et s'étendent sur une surface d'environ un pouce de diamètre ; mais pendant la nuit , ou si on les laisse quelques heures dans la même place , ils se rassemblent, se réunissent en une masse ronde telle que celle qu'ils formaient originairement dans la cavité 11* ( '64) de la graine; la même substance glutinense qui les réu- nissait tous alors , les entoure et les enveloppe de non- veau , et si dans cet état, on les dessèche , ils conservent leur propriété de reprendre la vie , aussi long-temps que si on les eut conservés dans la graine. La substance glutineuse ci-dessus mentionnée , semble être de nature huileuse-, en effet, si on extrait des grai- nes une masse d'oeufs et si on l'étend superficiellement sur une plaque de verre, elle y laisse une tache qui, vue au microscope, paraît consister entièrement en un fluide clair et peu coloré , qui ne s'évapore pas même au bout de plusieurs mois , et ne sèche pas sur le verre. Cepen- dant, si on plonge dans l'eau une masse de vers cimentés par cette substance , le fluide clair se dissout immédia- tement et les vers se séparent. Si on met les vers dans une grande quantité d'eau , et qu'on la change fréquemment, ils y périssent très-vite, et si on les retire pendant qu'ils vivent encore , et qu'on les fasse sécher sur une plaque de verre , ils restent morts *, tandis que si on met les jeunes vers xlans une ampoule avec une petite quantité d'eau , le mucus ou substance glutineuse vient à la surface , et dans l'espace d'environ douze heures , il y forme un tissu membra- neux, qui paraît bientôt opaque et retombe au fond du vase sur les vers ; ceux-ci continuent à vivre dans cet état pendant plus de deux mois, tandis que si on enlève ce réseau les vers qui sont dans l'eau y périssent en moins deMouze heures. Cette substance doit être sécrétée parles vers, puis- que dans les graines dans lesquelles existent des vers et des fungus, la portion du tissu cellulaire où im ver a formé son nid et fait ses oeufs est entièrement préservée, tan- ( i65) dis que dans les parties des graines qui sont en contact immédiat avec le fungus , le tissu cellulaire est entière- ment disparu et ceux-ci se trouvent enveloppés par la tunique extérieure des jeunes graines. Ces faits nous portent à regarder cette substance glutineuse comme la cause probable de la conservation si longue de ces petits animaux, et on en a un exemple dans l'Escargot qui, selon ce qu'on rapporte, peut rester pendant trente ans hermétiquement enfermé dans sa co- quille , lorsque son mucus est dissous-, l'air des poumons étant raréfié se dégage et est remplacé par de l'air frais qui, pénétrant dans les poumons de l'animal, le rend à la vie. Toutefois il faut dire que ce mucus existe encore dans des grains de blé qui ont maintenant plus de vingt ans, quoique depuis douze ans les vers ne possèdent plus la faculté de revivre -, mais le temps peut-il ou ne peut-il pas produire quelque changement dans la nature de ce mucus , et lui^faire perdre ainsi son pouvoir pré- servatif, c'est ce que je laisse aux autres à décider. Dans le temps où j'écrivais ces observations, j'ai re- connu que ce sujet avait été traité au long par des au- teurs de mérite, et ayant eu occasion de lire leurs ou- vrages , après un examen attentif de leurs observations j'ai vu, avec un grand plaisir, que je n'avais rien à ajou- ter ou à changer dans mes propres découvertes et expé- riences. Explication des planches. Pl. 7 Fig. il Jeune graine gâtée, de la partie supé- rieure d'un épi vert. Fig. », Section transversale de la précédente con- ( >66) tenant un seul grand ver dans sa cavité et aucun œuf. Fig. 3. Jeune graine gâtée , de la partie inférieure du même épi vert. Fig. 4* Sa section transversale ; elle contient dans sa cavité un ver et plusieurs œufs. Fig. 5. Jeune graine altérée , à un état plus avancé. Fig. 6. Sa section transversale , sa cavité contient plu-; sieurs grands vers, quelques jeunes, et une grande quantité d'œufs. Fig. p. Graine gâtée et toute déformée, à sa plus grande dimension. Fig. 8. Sa section transversale ; sa cavité est remplie de jeunes vers. Fig, 9. Une graine infectée des épillets inférieurs d'un épi mur. Fig. 10. Sa section transversale \ elle ne contient dans sa cavité que de jeunes vers. Fig. 11. La plus élevée et la moins infectée des grai- nes du même épi. Fig. 12. Sa section transversale. Fig. i3. La graine la moins élevée et la plus infectée de l'épi ; elle est presque divisée en deux lobes ou ca- vités. Fig. 14. Sa section transversale. Fig. i5. La graine du même épi, la plus infectée après celle fig. i3. Fig. 16. Sa section transversale. Fig. 17. Graine infectée , provenant d'une plante ino- culée avec les vers et YUredo; les deux inoculations ayant réussi. Fig. 18. Sa section transversale } elle coutient dans ( '6? 1 son intérieur plusieurs gros vers et des œufs en amas séparés , le reste est rempli â'Uredo fœtida. Fig. 19. Deux graines gâtées ; provenant (Tune plante inoculée des deux manières. À est infectée par les vers et Y Uredo fœtida. B avec Y Uredo fœtida seul, c'est donc un grain affecté de pourriture. Ces deux graines ont à leur sommet les deux commencemens du pistil. Fig. 20. Sections transversales des précédentes. La cavité de A contient deux gros vers et plusieurs œufs en deux groupes séparés, le reste de la cavité est rempli d'Uredo. La cavité de la graine B ne contient que de T Uredo fœtida. Toutes ces figures sont augmentées de dix diamètres. Pl. 8. Groupe de vers dans Peau, tels qu'on les voit au microscope. La fig. 1 représente un des plus grands vers dans l'attitude qui leur est habituelle et à l'ins- tant où il fait ses œufs qu'on voit en A B. Fig. 2 , le plus petit des vieux vers. CDEF représentent de jeunes vers se débarrassant de leurs œufs. H un œuf vide. K est un ver mort. — Les autres remuant et se tortillant, re- présentés dans leurs attitudes habituelles GILj et enfin quelques œufs pleins et vides en AM. Le tout augmenté de cent diamètres. N Est un œuf contenant un jeune ver en vie , con- tourné et roulé tel qu'il l'est naturellement. O est un œuf qui vient d'être quitté par le ver. P œuf en décaissement et anéantissement. QQQ jeunes vers. R ver mort et al- longe comme ils le sont alors. S ver mort qui a séjourné quatorze mois dans l'eau , et qui ne fait que commencer a s'anéantir. Tous ces derniers objets sont augmentés de deux cents diamètres. ( •<* ) Observations sur les genres Tpllifera et Myroxyllm , et sur T origine des baumes de Tolu et du Pérou. Par M. Achille Richard. S'il est parfois avantageux pour les progrès de l'his- toire naturelle, et en particulier de la botanique , d'éta- blir des genres nouveaux avec des espèces déjà connues, et rapportées à d'autres genres , lorsque l'on y dé- couvre de nouveaux types d'organisation , ce n'est pas rendre un moindre service à la science que de détruire des genres anciennement établis et généralement adop- tés , lorsqu'on a reconnu , d'une manière positive , que ces genres n'existent réellement pas, ou qu'ils rentrent dans des genres plus anciennement établis. Dans l'état actuel de la botanique , on peut dire qu'il est au moins aussi important pour l'avancement réel de cette science , de soumettre à un nouvel examen les genres anciennement connus , afin d'en étudier, avec plus de soin, l'orga- nisation intérieure et d'en connaître les véritables affinités naturelles, que d'établir de nouveaux genres. En effet , ce ne sont pas les matériaux qui manquent pour élever l'é- difice de la science \ mais un grand nombre de ces ma- tériaux n'ayant pas été travaillés , d'après un même plan , ont besoin d'être retaillés de nouveau, pour pouvoir être utilement employés. Ce n'est que depuis un petit nombre d'années que l'on a senti l'importance d'étudier les plantes jusque dans leurs moindres détails , soit pour les mieux distinguer les unes des autres , soit pour pou- voir arriver à des lois générales d'organisation , qui ser- vent de base à la philosophie de la science. C'est cette, direction nouvelle imprimée aux ! nivaux des botanistes ( ><*)) modernes , qui leur permet de faire encore quelques nouvelles découvertes dans une science que tant d'hom- mes illustres ont enrichie de leurs travaux. Dans la seconde partie de ma Botanique médicale ( p. 5t>9 ) , j'ai déjà annoncé que le genre Toluifera , placé par M. de Jussieu dans la famille des Térébin- thacées, n'existe pas et qu'il n'est nullement différent du genre Myroxylum, rangé , par cet illustre botaniste, dans la famille des Légumineuses. Voici comment je suis arrivé à ce résultat. Lorsque je m'occupais de dé- crire tous les végétaux employés en médecine*, ou four- nissant quelque médicament à la thérapeutique , pour la rédaction de l'ouvrage que je viens de citer , après avoir fait la description du Myroxylum Peruiferum qui fournit le baume du Pérou, je tâchar de trouver dans les herbiers l'arbre d'où découle le baume de Tolu et qui constitue le genre Toluifera. Mes recherches fu- rent d'abord inutiles , et je ne pus rencontrer ce végétal dans aucune des riches collections de MM. de Lessert , de Jussieu , Desfontaines , ni dans celles du Muséum d'Histoire naturelle. J'eus alors recours aux ouvrages de botanique dans lesquels il est question de cette plante. En examinant avec soin les caractère^ donnés des deux genres Myroxylum et Toluifera , et, en les comparant, je ne tardai point à remarquer la grande analogie qui existe entre eux; car, à l'exception du fruit, qui n'a été vu et décrit que par Miller , leurs caractères sont abso- lument les mêmes. Observant ensuite, i° qu'aucun voyageur ni botaniste moderne n'a donné la description; du Toluifera; 2° que cet arbre n'a jamais été figuré ; 3° qu'il n'existe pas dans les herbiers - 4° enfin, que le baume de Tolu est tellement semblable au baume du ( «7° ) Pérou, blanc et sec, qu'il ne peut, en» aucune manière , en être distingué ; je soupçonnai que ces deux baumes pourraient bien n'être fournis que par un seul et même arbre , et qu'ainsi les deux genres Myroxylum et To- luifera devraient probablement être réunis. Plusieurs circonstances vinrent me confirmer dans cette opinion. Je lus dans un Mémoire de don Hipp. Ruiz , l'un des auteurs de la Flore du Pérou et du Chili , que c'est le Myroxylum peruiferum , désigné par les habi- tans du pays, sous le nom de Quino quino , qui produit les deux substances balsamiques , connues sous les noms de baume du Pérou et de baume de Tolu ; que ces deux baumes ne diffèrent nullement entre eux , et que les différences légères qu'ils présentent ne proviennent que de leur mode d'extraction ou de la distance des pays où on les récolte. Le premier , en effet, c'est-à-dire le baume du Pérou , vient du Pérou et des pays circonvoisins •, le second est tiré des environs de Tolu , dans la province de Cartliagène, c'est-à-dire à trois cents lieues environ plus au nord que le premier. Tous mes doutes s'éva- nouirent en consultant l'herbier de M. de Humboldt. En effet , j'y trouvai un échantillon de l'arbre qui four- nit , dans la province de Carthagène , le baume de Tolu du commerce. En examinant cette plante , je vis que c'était une espèce du genre Myroxylum , tellement voi- sine du Myroxylum peruiferum, que je ne crus pas de- voir l'en distinguer , et que dans mon Traité de Bota- nique médicale, j'imprimai que les deux substances bal- samiques, connues sous les noms de baume du Pérou et de baume de Tolu , étaient retirées d'une seule et même espèce végétale , le Myroxylum peruiferum. p Néanmoins, en comparant plus tard les deux échan- ( i 7 i ; < tillons recueillis par l'illustre voyageur que j'ai cité plus haut , et dont l'un avait été pris au Pérou et l'autre dans la province de Carthagène , je ne tardai point , d'après l'opinion de mon excellent ami , M. Kunth , à y trouver des différences assez tranchées , pour en former deux espèces distinctes, quoiqu'excessivement voisines. En efl'et, dans le véritable Myroxylum peruiferum qui croit au Pérou , dans le midi de la Nouvelle-Grenade , à Jaeu de Bracamoros , à Popayan , et que l'on cultive jusqu'aux environs de Carthago , les folioles sont épais- ses , coriaces , aiguës , rétuses à leur sommet 5 la foliole terminale n'est pas plus grande que les autres. Cette es- pèce est vulgairement connue dans les pays où elle croît sous les noms de Tache , de Quina quina, de Balsamo. L'autre, au contraire, c'est-à-dire celle qui donne le baume de Tolu , a ses folioles minces , membraneuses , obovales , longuement acuminées à leur sommet , et la foliole terminale est plus grande que les autres. Il con- vient donc de la distinguer comme une espèce différente , quoiqu'extrèmement rapprochée de, la précédente ; et il nous semble que le nom de Myroxylum toluiferum , en rappelant sa patrie et le baume de Tolu , que Ton en retire , doit être adopté. D'après une note qui nous a été transmise par M. de Humboldt , le bois de cette espèce est d'un rouge foncé au centre ; il a une odeur délicieuse de baume, ou plutôt de fleurs de Rose, qui existe encore avec plus d'intensité dans la couche rési- neuse qui sépare l'écorce de l'aubier. Ce bois est très- recherché pour les constructions. On en trouve quel- ques individus épars dans les montagnes de Turbaco près de Carthagène, comme près du Zapote auSinu-, mais, dans les hautes savanes de Tolu, près de Corozol , c\ C '-*) de la Villa Tacasuan, toute la campagne est remplie de eet arbre précieux. On le trouve aussi .sur les bords du lleuve de la Magdelaitie , aux environs de Garapatas et de Mompax. Le genre Toluifera n'existe donc pas réellement , puisque la seule espèce qui le composait entre dans le genre Myroxylum , et n'offre pas les caractères qui lut avaient été attribués par Miller , et, d'après lui , par plu- sieurs botanistes. Miller, en effet, dit que dans le genre Toluifera le fruit est pisiforme à quatre loges et à quatre graines. S'il en était ainsi , il est évident que ce genre serait fort différent du Myroxylum. Mais il paraît cer- tain que le fruit décrit par Miller n'était pas celui de la plante dont il décrivait les fleurs , et que placé proba- blement par hasard dans la même feuille , il en aura imposé à cet observateur. Au reste , c'est ce que dé- montre la comparaison que nous avons faite, dans les herbiers de M. de Humboldt , des échantillons de l'ar- bre au baume de Tolu , avec ceux qui donnent le baume du Pérou. Des observations précédentes il résulte : i°. Que le genre Toluifera de Linné n'existe pas ; i°. Que l'arbre d'où découle le baume de Tolu est une espèce du genre Myroxylum de la famille des Légu- mineuses , espèce qui est fort voisine du Myroxylum peruiferum , qui fournit le baume du Pérou \ 3°. Que cet arbre d'où découle le baume de Tolu , doit porter le nom de Myroxylum toluifei'um. ( n'i ) Mémoire géologique sur les Terrains anciens et se- condaires Danube ; condaihes du sud- ouest, de ï Allemagne , au nord du Par M. Ami Boue. Les terrains secondaires du sud-ouest de l'Allemagne, se trouvent placés dans une grande cavité bordée d'un côté par le Bohmerwaldgebirge , ou la foret bohémienne , et de l'autre , par l'Odenwald et la Foret Noire. La première chaîne est composée principalement de Gneiss à grands amas , de Weisstein (entre Molk , Krems et Saint-Polten) , de Granités, de Roches amphiboli- ques , de Serpentines et de Porphyres. Les Gneiss y ren- ferment quelquefois des parties talqueuses ou amphibo- liques , ou bien des cristaux d'amphibole ( Passau ) ; et on y voit souvent de petits filons granitoïdes, (Her- zogau), qui ont l'air en partie d'être tout-à-fait indépen- dans des grandes masses granitiques. Néanmoins ces faits ne s'observent que dans des Gneiss qui ne sont pas très- éloignés des Granités, ou qui peuvent même ça et là cacher des cimes ou des amas semblables , comme cela paraît être le cas au sud de Haifnerzell , où l'on exploite le Kaolin et le Graphite. Cette première substance se trouve à la vérité dissé- minée çà et là dans des Gneis, qui sont très-souvent extrêmement décomposés et d'un aspect tout particulier et semblable à celui des Diabases altérées des Pyrénées , mais les exploitations profitables et durables ne paraissent avoir lieu que sur des amas granitiques cachés par des Gneist, comme près de Kronawithof,.de Wullersdorf , de Lemmersdorf , de Schergcndorf et de Diendoif. ( «74 ) Ce qui contribue à donner cette idée , c'est que les collines à Kaolin ont souvent une forme arrondie , que dans la plupart des puits à Kaolin, il faut traverser le Gneiss pour arriver à la masse exploitable , et que les couches de Gneiss présentent des inclinaisons très-diffé- rentes près de ces mines. Ainsi , l'on voit à Diendorf des Gneiss presque horizontaux, tandis que plus loin et ail- leurs, leurs couches sont assez fortement inclinées. Quant à la masse de Kaolin proprement dite , elle paraît être une roche granitoide très-feldspathique , mêlée de cris- taux de scapolithe, d'un peu de quartz et de quelques lames de mica et de titane $ et elle se distingue des autres Kaolins par ses petits filons et ses beaux rognons de silex résinite {HalbopaV) , jaunâtre, rougeâtre , grisâtre et blanchâtre. M. le professeur Fuchs, paraît croire que le Kaolin dérive surtout de la décomposition de la Paren- thine ( Porcellan Spath , Fuchs) 5 et il explique ainsi d'une manière très-ingénieuse, la production postérieure des silex résinites (1). Il est vrai que la Parenthine en prismes allongés y est abondamment répandue et empâtée dans un feldspath grenu grisâtre, et qu'on la voit passer par la décompo- sition à une masse blanche terreuse , semblable au Kaolin; cependant comme on observe ailleurs, dans le Gneiss de Bavière , du Kaolin sans aucune trace de ce minéral et de silex , il ne m 1 a pas semblé qu'on puisse adopter en- tièrement l'idée de M. Fuchs, quoique la Parenthine ait pu contribuer , dans ce cas, à la formation du Kaolin et des silex. Au reste , ce serait une recherche chimique bien intéressante , que celle de déterminer la nature de «———■■———— —p— —————— —— 1 , 1 , i ... (1) Voyez Mém. de VAcad. de Munich. (•75) tous les Kaolins connus, et de tâcher de découvrir leur état primitif (i). L'albite formerait-elle aussi des Kaolins ? Le Graphite est disséminé ( Hafnerzell , Ruderding ) ou en rognons , dans un Gneiss décomposé et assez mi- cacé, comme à Langensdorf ; il est plus ou moins pur : celui qui est employé pour les crayons, s'exploite à Hahr , et celui dont on fabrique les creusets , se trouve à Leit- zerberg , localités qui ne sont pas non plus fort éloignées des roches granitoïdes à Kaolin. Les Gneiss qui méritent encore d'être cités , sont ceux où le mica est remplacé par du fer oligiste micacé , et qui ressemblent au schiste de fer oligiste de la formation talco-quartzeuse du Brésil. Les Gneis renferment , outre les amas granitoïdes pré- cédons , des masses de granités très-considérables , comme au sud du Danube , depuis Passau et Vilchofen , jusqu'à Eiferding; et au nord du Danube, il y en a des masses immenses le long de la pente occidentale du Bohmer- waldgebirge. Ces granités y sont quelquefois porphyri- ques, ils renferment çà et là du sphène, comme à Pfaffen- ried , et les granités porphyriques du Fichtelgebirge , contiennent du fer oligiste lamelleux. Ils présentent quelquefois une division prismatique , comme sous le calcaire jurassique, nonloindeDonaustauf; et rarement on y rencontre , dans cette localité , des es- pèces de petits filons de chaux fluatée compacte, identique avec celle du granité des Grampions en Ecosse. (i) M. Berthier, professeur de chimie à l'École royale des Mines, ▼ient de remplir ce voeu. Voyez Ann. de Chimie et de Physique, sept. i8a3. (R.) ( i 7 6 ) Des filons granitoïdes à grains grossiers et porphyrilt- ques, traversent aussi le Gneiss, et se prolongent même quelquefois dans des masses de granité; ils ont depuis quelques pouces jusqu'à trois et six pieds d'épaisseur : tel est par exemple ce filon contenant du quartz rose , de la tourmaline , du béril et du graphite, qui se trouve à Rabenstein , près de Bodenmais ; cet autre du môme lieu , qui renferme de la tourmaline , du tantale cristallisé et de l'urane oxidé ; et ce troisième filon qui contient beau* coup de fer sulfuré magnétique et de dichroïte (pelium) plus ou moins bien cristallisée , et ayant reçu l'impression des substances environnantes. Parmi les filons qui abon- dent autour de Herzogau , je me contenterai de citer celui de granité graphique contenant du schorl , dont le milieu est occupé par des cristaux d'Andalousite enve- loppés dans du mica , et un autre filon de granité a grain (in et renfermant du schorl (i). Près de Bodenwehn, il y a un filon de porphyre assez considérable , avec de petits filons de baryte sulfatée. Les amas ou colonnes allongées de Serpentine , se ren- contrent dans le Bohmerwaîdgebirge , surtout entre Roetz et le Fichtelgebirge, à Schonsee , etc. M. Voith nous montrera peut-être bientôt leur liaison avec les Serpen- tines et les Euphotides , qui abondent dans les terrains schisteux intermédiaires autour d'Erbendorf , et presque tout autour du Fichtelgebirge. Les montagnes de la Foret Noire sont principalement un massif de Gneiss , de Gneiss granitoide ou amphibo- lique et de granité ; et l'on y connaît des filons de mi- nerai de cuivre, de plomb, d'argent et de fer, avec une (t) Voyez Neue lakrbiïchcr , de M. Moll. , vol. I, p. 17 \. ( '77 ) gangue de baryle sulfatée et de chaux carbonatée. Les petits filons qui accompagnent ces grands gi!< - de mim •- rais, et les roches granitoïdes imprégnées de minerais, par exemple le granité à petits filets contemporains d'ar- gent natif, etc. , ont conduit depuis long-te'i>ps M. Selb de Wolfach , à reconnaître l'insuffisance de la théorie •wernéricniic relativement au remplissage ejes filons; Des dépôts postérieurs à ces roches de la Forêt-Noire , ont donné naissance à quelques masses de Grauwackc et de Poudingues à anthracite (Zunsweyer prèsOffenburg), et au groupe de YOdcnwald , où dominent principale- ment les granités , les siénites et les porphyres. Ces der- niers produits ignés ont trouvé aussi moyen de s'accu- muler en dômes ou en buttes sur la pente des espèces de plateaux de Gneiss de la Forêt-Noire , on de s'adosser à des masses granitoïdes, comme on le voit sur les limites du pays de Bade et de Wirlemberg, au sud de Hornberg , près de Baaden, etc. Ces masses porphyriques ont produit ça et là, comme dans les Vosges, des agglomérats porphyriques , ou des parties degrés rouge nouveau, ou de Todtliegende , qui paraît comprendre aussi des masses fort étendues do poudingues ou de grès grossiers , rougeàtrcs , à cailloux de quartz et de roches primitives ou granitoïdes. Ces derniers se trouvent surtout sur le Gneiss ou le granité, au haut de beaucoup de vallées de la Forêt-Noire, et sont les premières roches qui indiquent le voisinage de la pente orientale, comme on peut s'en assurer en remon- tant la vallée de Kinzig. Elles y atteignent, suivant M. Hundeshagen , une hauteur de i4oo à 2000 pieds au- dessus de la mer, comme près deForbach dans la vailéi: de la Marg , et même on en trouverait suivant , le même Tome II. 12 ( >78) géologue, h la cime du Feldsberg, à 458a pieds au- dessus du niveau de la mer. C'est dans ces grès et non dans les grès bigarrés , que paraissent se prolonger, dit-on , très-rarement des filons métallifères des terrains anciens 5 ils y sont remplis de baryte sulfatée. Les grès bigarres véritables reposent immédiatement sur ces dépôts , soit dans la Foret-Noire , soit dans l'Oden- wald, parce que lepremier calcaire secondaire paraît man- quer aussi dans cette contrée, ou du moins se trouve placé irop bas dans l'immense cavité entre TOdenwald , la Fo- ret-Noire , le Bohtnerwaldgebirge et le Fichtelgebirge. Ces grès bigarrés forment incontestablement la plus grande partie du Spessart, et une portion considérable de la partie orientale du Wirtemberg ; mais le long du Rhin , ils n'apparaissent guère au pied des montagnes qu'en lambeaux épars , comme près d'Emendingen , de Lahr, de Rinsheim, etc. Cette distribution de ce dépôt sur le flanc ou dans des sinuosités de montagnes assez escarpées, rend très-probable que jadis cette formation remplissait , surtout avec ses marnes, une grande partie du fond de la vallée du Rbin , et rapproebait ainsi le pied des Vosges de celui de la Forêt-Noire et même de rOdenwald. D'ailleurs , ces trois chaînes indiquent assez le creuse- ment violent d'une grande portion de cette vallée, en ne présentant des pentes escarpées , ou fortement inclinées, que du côté du Rhin , et en se perdant assez insensible- ment dans la plaine , les Vosges à l'ouest et les deux autres groupes à l'est. De plus , la position des escarpe- mens et des sinuosités de ces montagnes, et la place oc-* cupée par le grès bigarré dans la vallée du Rbin , con- ( '79) «luit aussi à apercevoir que les eaux de cette cavité ont coulé pendant long-temps et jusqu'après la formation des principaux terrains tertiaires du nord au sud, et que ce n'est que très-récemment qu'elles ont pris un cours op- posé par suite d'une catastrophe arrivée dans le terrain schisteux intermédiaire de la Westphalie , et liée peut- être avec quelques-unes des irruptions volcaniques ré- centes de ces contrées. En conséquence des faits que nous venons de citer , la formation du grès bigarré du sud-ouest de l'Allemagne , ne présente, comme dans les Vosges, des masses mar- neuses que sur la pente orientale de la Forêt-Noire , où elles abondent surtout dans le Wirtemberg. Elles y ren- ferment des amas gypseux , des marnes plus ou moins salifères et même du sel gemme , qui donne naissance à plusieurs sources salées le long de Necker. Ça et là l'on y observe aussi , comme au sud et a l'est deTubingue i les grès, les marnes endurcies et les calcaires oolitiques particuliers aux couches tout-à-fait supérieures. Parmi ces alternations , l'on trouve dans cette contrée $ comme au Spitzberg , des lits singuliers d'une marne brê* chiforme , de différentes teintes rougeâtres , qui paraissent être composés de fragmens angulaires de marne verdà- tre ou rougeàtre cimentés, très-peu de temps après lent séparation, par une base marneuse grisâtre , ou blanche- jaunâtre assez semblable. Lorsqu'il y a des grains de quartz et de petits points de marne décomposée dans les fragmens, il est facile de prendre, au premier abord, ces roches pour des brèches porphyriques. Rarement certains lits de grès bigarrés présentent , près de Tubingue, des impressions végétales , p o ol bkr e de Lycopodiacées. ( i8o) Avant d'aller plus loin, il ne faut pas que j'omette de dire que depuis long-temps M. Hanssmann a émis l'idée que le Muscbelkalk de Westpbalie supportait des mai nés bigarrées gypsifères et tout-à-fait semblables à celles du grès bigarré supérieur. Quelques géologues ont adopté cette idée , et M. Oeynbausen k en particulier l'a étendue aux marnes salifères de la Westpbalie , de la- Lorraine et à celles qui sont dans le Wurtemberg, entre Rotbenburg et Stuttgardt (1). Je reconnais bien qu'il y a des assises marneuses bigarrées parmi les marnes du Lias et même parmi celles de la partie supérieure du Quadersandstein , et qu'elles renferment un peu de gypse dans le Lias -, mais je suis loin d'adopter, malgré cela , l'opinion de ces géologues. Les localités mar- neuses à classer deviennent la cbose importante dans cette controverse : or , ne connaissant pas tous les en- droit s où M. Haussmann trouve ces marnes supérieures au Muscbelkalk , je me contente de contredire M. Oeyn- bausen , parce que j'ai visité tous les lieux qu'il cite dans son Mémoire. Le grès bigarré a présenté au Mus- cbelkalk une surface très-irrégulière , de manière que ce terrain occupe des niveaux très-différens 5 et lorsque les eaux ont détruit certaines parties de ces plateaux de Muscbelkalk , le grès bigarré ressortant a l'air d'être à un niveau plus élevé que le Muscbelkalk des environs (entre Lemgo , Pyrmont et Alverdissen , Mont Koters- berg) , ou bien il se trouve situé accidentellement pres- qu'à côté du Lias , comme entre Tubingue et Stuttgardt , et en Lorraine. Je reconnais l'exactitude de la coupe que M. Oeynbausen a donnée de la vallée de Sulz , (1) y oy ci Archives de Korsten , v. 8, n° 1. 182^. ( '8. ) mairje lui conteste la liaison qu'il établit entre le Qua- dersandstein de Sulz et les marnes de Tubinguc } car cette conclusion ne me paraît appuyée sur aucun fait de superposition évidente, et ne vient que de ce que, voya- geant de Sulz à Test , il a vu se succéder des marnes bigarrées du JVJuschelkalk, et des marnes bigarrées re- couvertes de marnes du Lias. 11 est presqu'inutile de dire que les marnes bigarrées du Lias de Bâle ne sont pas celles de Tubinguc , et que l'erreur de M. Oeyn- hausen est encore plus claire pour les marnes salifères de la Lorraine ; d'ailleurs , ce géologue estimable se ré- fute lui-même , puisque , d'après lui , les çiarnes sali- fères seraient à Sulz sous le Muschclkalk , et dans la Lorraine dessus ce dépôt : or , une telle oscillation se- rait tout-à-fait nouvelle. Le dépôt du second calcaire secondaire ou du Mus- chelhalk , recouvre , comme le long des Vosges , le grès salifère ou bigarré , et forme des plateaux fort considérables , non - seulement dans tout le pays de Wurtzburg, mais encore dans le pays de Bade et le Wir- lemberg , où il rempKt, d'un côté, le fond de la cavité entre l'Odenwald et la Forêt-Noire (entre Heidelberg et IMnrzheim ), et, d'un autre côté , s'étend presque jus- qu'au Rhin ( à Seckingen ) , le long des grès bigarrés et des poudingues de la Forêt-Noire. En se prolongeant ainsi au sud, il se rétrécit considérablement du côté de l'est, et s'étend d'autant plus en plateau élevé sur les grès de la Forêt-Noire , comme autour de Dorhan, etc. j il forme une espèce de sinuosité au sud de Rotenburg et de Tubinguc , et continue plus au sud à se cacher sous le dépôt jurassique ou le calcaire à gryphite de celte formation , cl ses points les plus élevés paraissent seuls I >«a ) dans la formation jurassique de la Suisse, comme dans la partie sud du canton de Bâle , comme l'a bien décrit M. Mérian (i). C'est dans la classification de ce dépôt, que les géologues allemands se sont le plus trompés , parce que la position du calcaire du Jura et du Quadersandstein n'a été déterminée que récemment, et parce que les sa- * vans de la partie sud-ouest de l'Allemagne , n'observant pas de calcaire Zechstein chez eux, et ne connaissant pas bien le Muschelkalk du nord de l'Allemagne, ont été portés d'autant plus facilement à citer leur Mus- chelkalk co^me un Zechstein , que cette première for- mation repose dans leur pays , souvent sur des Pou- dîngues qu'ils rapprochaient, avec raison , du grès rouge ou du Todtliegende» De cette manière , ils ont d'abord confondu le grès bigarré avec le grès rouge nouveau ou Todtliegende , et en ont fait un seul dépôt -, puis , faute de connaître le Quadersandstein du nord de l'Allemagne , ils ont cru reconnaître dans le Quadersandstein et les marnes du calcaire jurassique à grypbite de leur pays, le grès et les marnes bigarrées de l'Allemagne septentrionale, et ils ont alors qualifié naturellement le calcaire jurassique de Muschelkalk (2). D'autres qui connaissaient le Muschelkalk du nord et la position de la plus grande masse du calcaire jurassi- que, ont, comme M. Keferstein, suivi cette fautive clas- sification, excepté toutefois qu'ils ont cru pouvoir recon- naître le calcaire juralique à gryphite , pour une modi- 0) Voyez sa description de ce canton. (2) Voyez Hundeshagen Léonard Ta schenbuch , 1822, les écrits de Selb et l'ouvrage de Langsdorf sur les >alioes, 1824. ( i83) fieation du Muschclkalk , idée dont la fausseté est déjà suffisamment démoutrée dans mon précédent Mémoire, Ce qui a pu contribuer puissamment à faire adopter cette classification pendant si long-temps, c'est l'idée de plusieurs grands géologues , que les marnes salifères des Alpes étaient subordonnées au premier calcaire se- condaire , ce qui cadrait parfaitement avec la position des amas gypseux et salifères du Wirtemberg et du pays de Bade , qui sont cependant en réalité , soit dans ces contrées, soit dans les Alpes, généralement parlant, sous le véritable second calcaire secondaire , ou , si Ton veut, subordonnés à la masse tout-à-fait inférieure de ce dépôt. A Sulz et à Heilbronn , il est facile de s'assurer que les amas salifères appartiennent à la partie supérieure du grès bigarré} car, dans le premier endroit, la vallée est creusée dans le Muschclkalk. Les escarpemens de cent cinquante à deux cents pieds de haut permettent d'étu- dier toutes les couches , et les plateaux y sont recouverts, de petites masses d'un grès grisâtre ou ferrugineux co- quillier , qui est le Quardersandstein (i). Dans le fond de la vallée sont les sources salées , les galeries et les puits , qui conduisent aux marnes salifères et gypseuses , et au grès bigarré plus grossier. Après avoir traversé des couches de Muschelkalk jusqu'à quatre ceut soixante pieds de profondeur, on est arrivé enfin, par le son- dage, à des marnes bigarrées, gypseuses et quelquefois salifères , ou même à de petits nids de sel , et on a trouvé que ces roches alternaient avec des calcaires compactes, (i) Voyez la coupe qu'en a donnée M. Oeynhausen , Archives de l'art des Mines, par Korstcn, v. 8, pi. i. ( i»4) quelquefois un peu fétide , jusqu'à la profondeur de sepi cent cinquante pieds, et au-delà on n'a plus observé que du ïîès bigarré. A Wimpfeh , Rocliendorf et Jaxtfeld , près de Heil- bronn , les sondages ont donné à peu près la même suite de roches , d'abord le second calcaire secondaire , puis des marnes et des calcaires jusqu'à deux cents pieds de profondeur, et ensuite des marnes plus ou moins argileuses, gypseuses et muriatifères \ et à cinq cents pieds, on est arrivé à des lits ou des veines de sel gemme assez considérables qui sont séparés, par une masse d'argile mnriatifère , d'autres amas dj sel , qui se trouvent à cinq cent vingt-quatre pieds et qui y don- nent naissance à des sources salées (i). Les sondages ont donné à peu près les mêmes résul- tats à Heinsheim près de Wimpfen, à Stein, à Muhl- bach , dans la vallée de Beyentbal , à Kandern , enfin à Durheim. M. Selb nous expose, dans son intéressante brochure sur cette contrée (2) , presque la même al-, ternatîort de roches. Si d'après cela il est clair que le grès salifère a son gisse- ment sous le Muschelkalk , il ne l'est pas moins que ces couches calcaires, alternant avec les marnes, ne sont pas des Zechsteins, mais seulement des lits subordonnés, exactement semblables à ceux qui lient ailleurs le grès bigarré au Muschelkalk. Ce sont des calcaires plus ou moins marneux, compactes ou très-compactes, sans aucune trace de coquillages \ ils sont grisâtres ou noirâ- (1) Voyez Langsdorf et Klcinschrodt dans Lconhard Taschenbuch. (2) Voyez Selb; Gcogn. Verhœllnisse def Gegend um Durrhtim CarUrohe, 18*2. ( i«5) très , quelquefois un peu fétides comme certaines cou ches inférieures du Muscbelkalk de Weslphalie \ ce ne sont , en un mot , que les marnes calcaires du grès bigarré fortement endurcies , comme cela se voit sou- vent dans les Alpes. Un lit de ces roches renferme rarement de petits filons de cuivre carbonate bleu ( Zcchstein de M. Hun- deshagen ), ce qui n'est qu'un accident dont on ne peut rien déduire , puisque certains Quadersandsteins pré- sentent aussi de semblables petits dépôts , comme près de Pyrmont. D'ailleurs , une fois qu'on s'est assuré que oe grès salifère est sous le Muscbelkalk, personne ne s'arrêtera plus à de si petits accidens , à ces lits légère- ment poreux , ou aux bancs rares d'Anhydrite bleuâtre de ces marnes-, mais, au contraire, l'on trouvera dans le voisinage des Alpes la cause probable de ces alter- nations plus fréquentes et plus considérables de calcaire assez semblable au Muschelkalk , et de marne bigarrée quelquefois salifère. Dans les Alpes, en effet, les for- mations calcaires secondaires existent, non-seulement sur une plus grande échelle, mais elles sont encore plus intimement liées , parce que le calcaire abonde aussi dans les dépôts arénacés qui les séparent ordinairement ailleurs. De plus, d'après le détail des sondages de diflerens lieux, l'on trouve que c'est le point le plus rapproché des Alpes où les marnes ont été le plus endurcies en calcaire, et, en d'autres termes , où les lits subordonnés calcaires sont le plus fréquens et le mieux marqués. Du reste , le Muschelkalk du "VVirtemberg est trop identique avec celui du nord de l'Allemagne et des Vos- ges pour qu'il vaille la peine de le décrire; rarement ( '86) on y voit, comme en Westphalie, de petits fragmens ou rognons de plomb sulfuré , et outre les pétrifications ordinaires , savoir : les Térébratules , les Encrines , les Modiola socialis , les Peignes , les Plagiostomes , etc. , on y voit aussi quelquefois des débris d'Echinites. M. Oeyn- liausen est néanmoins le premier géologue allemand qui ait adopté ma classification. Dans mon précédewt Mémoire, j'ai déjà montré que la grande chaîne jurassique du sud-ouest de l'Allemagne était accompagnée , comme tous les terrains calcaires de tous les âges, d'un dépôt arénacé , assez puissant, qui la supportait , et d'après l'axiome géologique fondé sur l'expérience, que plus les formations sont récentes , plus les grès sont liés à leur calcaire et "vice versa , il est tout naturel de trouver que quelquefois le calcaire juras- sique à gryphites , est encore plus intimement Hé au Quadersandstein , que le Muschelkalk ne l'est au grès bigarré. Le troisième grès secondaire forme une ceinture tout autour des limites septentrionales du calcaire juras- sique , depuis les environs d'Amberg jusque dans le Wirtemberg 5 d'après les observations de MM. Ftuxl , Voith , de Rocpert , de Buch , Keferstein , et les mien- nes , ses limites sont environ les suivantes. Il occupe d'abord tout le fond élevé de la sinuosité qui se trouve entre la chaîne jurassique et le Bœhmerwaldgebirge , et qui se termine an nord-est de Ratisbonne , tandis que Bonholz , Vischbach, Bruck, Bodenwehr , Schwarzen- feld , Freudenberg , Hirschau , Kohlberg , Luhe, Wei- den , Remnath , Schuabelweid , Sulzbach , Amberg , Rejdcn et Burglengenfeld , limiteraient le Quadersands- tein de cette contrée. ( i8 7 ) Plus au nord , dans le district de Baireuth , il se trouve former an-dessus du grès bigarré une bande le long de la chaîne jurassique , qui passe environ près de Schonfeld, Thurnau , et vient se continuer jusqu'à la pointe extrême du calcaire jurassique, vis-à-vis de Lichtcnfels. Au nord du Mein , il se montre en masses isolées , dans le Cobourg surtout près de Kipfendorf , etc. (i), et le long du côté occidental des monta- gnes jurassiques de la Bavière 5 il forme les promon- toires avancés de ces éminences, et passe près de Staf- felstein , Schesslilz , Fôrcheim, Rùckersdorf, puis il s'étend de nouveau considérablement, en étant re- couvert , çà et là , de lambeaux de calcaire à gryphite, et remplit l'espèce d'anse que la chaîne calcaire forme autour de Weissenburg. J'ajouterai que Freystadt , Gunzenhausen , Roth et Schwand, m'ont semblé être sur les limites de ce terrain et du grès bigarré. De-là , le Quadersandstein passe dans le Wirtem- berg au sud du Dunkelsbuhl et Elwangen , et s'étend près d'Aalen et de Leuckheim -, plus au sud-ouest \ il ne forme plus que des masses isolées sur les som- mets des montagnes du calcaire Muschelkalk . et se mêle, en partie, avec les marnes jurassiques inférieu- res de Gemund , de Kirchheim et de Rcutlingen. Ce qui a fait qu'on a si long-temps confondu ce grès avec le grès bigarré, c'est que le long de toute celte bande arénacée , on ne la voit reposer distinc- tement sur le Muschelkalk que dans le Cobourg, et même ( c dernier dépôt ne se trouve dans son voi- (1) Voyez mon Mémoire sur l'Allemagne, clans le journal de Phy- sique, 183.1. ( '88) sinage que près de Baireuth et dans le Wirtemberg; partout ailleurs , le Quadersandstein repose sur le grès bigarré. Le nord de la Bavière et du Wirtemberg ne présenta ainsi qu'une grande masse de grès , s'en- fonçant , d'un côté , sous des plateaux de Muschel- kalk , et de l'autre sous la chaîne jurassique , il était assez naturel que des géologues , même assez expé- rimentés ( Freixsleben, Fluel) pour leur temps, regar- dassent ces deux dépôts calcaires comme identiques , et ne considérassent la petite portion de Quadersaud- stein que comme une assise particulière de la grande masse du grès bigarré. C'est aiusi que s'explique parfaitement l'origine de la confusion dont l'étude des pétrifications et les observations tout -à-fait récentes nous ont enCn tirés. Le Quadersandstein est blanc ou coloré en jaune ou en brun par du fer oxidé hydraté; à l'ordinaire, ces derniers grès forment, dans les premiers, des lits ou des veines, et donnent lieu, çà et là, à des masses exploitables , comme à Wasseraltingen dans le Wirlemberg. Les couches de ces roches, quelquefois légèrement mi- cacées, sont presque horizontales et renferment, près d'Amberg , des espèces de couches courtes ou plutôt des séries d'amas d'un grès marneux ou d'un tri poli. Les grès marneux sont micacés et grisâtres , ils al- ternent avec des marnes fort sablonneuses, et en partie friables , et sur les fentes de séparation de quelques lits , on observe une grande abondance d'impressions de vé- gétaux , qui ressemblent les uns à des Graminées de ma- récages et d'autres à des Lycopodiacées quelquefois avec leurs fructifications. Au-dessus de Raîgering près d'Am- ( '8.9 ) berg, est exposé un amas semblable d'environ quatre pieds d'épaisseur-, il s'amincit des deux côtés et se perd enfin dans les grès. Le tripoli est une roche compacte ou légèrement po- reuse, jaunâtre, blanchâtre ou brunâtre, ou bien bigarrée de ces diilérentes couleurs ; elle a une cassure presque ter- reuse , elle n'est pas assez dure , se casse facilement et est âpre au toucher. Il paraît que c'est une espèce de marne sablonneuse endurcie accidentellement par un suc sili- ceux, qui a en partie détruit la structure feuilletée pri- mitive et y a produit çà et là , tantôt de petites con- crétions pulvérulentes ressemblant assez au quartz nec- lique , et tantôt des rognons d'une espèce grossière de quartz corné (Horsntein) grisâtre, brunâtre ou noi- râtre (i). On observe surtout cette roche dans le Quadersand- stein autour de Bodenwehr , et entre Amberg et Schef- loch où le calcaire jurassique la recouvre et contient lui- même un assez grand nombre de rognons siliceux plus ou moins purs. Très- rarement on y a trouvé à Benckhof près d' Am- berg des impressions du Palcimates annulatus de M. Schlotheim ( une espèce de Sdgmaria de M. Ad. Brongniart et une VariolaHa de M. Sternberg ) et des graines siliciiiées que M. de Schlotheim a appelées Car- polilhes secalis et makœformis \ ces dernières se trouvent quelquefois libres dans des cavités vides. A Bodenroehr on y a aussi observé quelquefois des impressions de plan- tes de marécage et même des moules de bivalves. (i) Voyez pour plus de détails les Kphémérides de Mnll, vol. j rage 77. ( '9° ) C'est à ce terrain qu'appartiennent les masses d'argile? blanche veinée de ronge et passant à la lithomarge, qu on observe dans les environs de Vilseck, d'Amberg, etc. 11 paraîtrait, d'après M. le professeur Graf et M. Voilh, que les grès de Vilseck et **<; Pressât, à petits liions de plomb phosphaté vert cristallisé , et à druses du même minéral en lamelles blanches, appartiennent au Quadersandstein, bien que les débris de feldspath décomposé qu'ils ren- ferment sembleraient les rapprocher des couches tout- à-fait supérieures du grès bigarré du Cobourg(i). La présence de ces minerais dans le Quadersandstein de la Bavière, et les traces de minerais cuivreux dans celui de Westphalie (Pyrmont), ajoutent quelque probabilité à l'opinion de M. Schulze qui voudrait rapporter aussi à cette formation arénacée le dépôt de grès plombifcre et cuprifère de Bleiberg en Westphalie (2). J'ai déjà dit , dans mon précédent Mémoire , que le Quadersandstein renfermait des fossiles marnés surtout dans le voisinage du calcaire à Grjphite arqué, ou dans ses alternations avec ce calcaire, comme près de Ganzen- hausen, Aalen, Àmberget Bodenroehr, où on y voit des Térébralules. Les environs de ces deux dernières localités sont surtout fort intéressants pour observer la liaison intime du Quadersandstein et du calcaire à gryphites, et la position des dépôts de minerai de fer hydraté (Braun- eisenstein) , qui se trouvent au milieu deux. Ainsi près de Râcgering, à une heure d'Amberg, en (t) Voyez mon Mémoire sur l'Allemagne. (2) Noggeroth llheinland Westphalen , vol. i , p. 32./. Annal, clef Wetteranisch Gesellschaft , vol. 3 , p. 29 ; et Schriften (1er Jena. Miw r. GeseUsch. vol. 2. ('9' ) remontant le ruisseau du Wechselgraben , Ton voit dans la partie supérieure du Quadersandstein des amas courts de grès extrêmement ferrugineux, et immédiatement au- dessus des grès à ciment de calcaire marneux, gri ou brunâtre et à Grjrphites gigas ( variété de Yarcuata ) Tellinites problematicus et Beiemniles (Schloth.). Cette couche paraît correspondre exactement à celle qui forme la crête des ondulations du Quadersandstein, de l'autre côté de la chaîne jurassique près de Stipfenheim , et peut être regardée comme l'indication de l'approche du Calcaire àGryphitesou du Lias. Au-dessus de ce grès est une argile marneuse et feuilletée noirâtre en partie alunifère } près de Neuright on en a même fabriqué de l'alun. Ce schiste renferme des impressions de Mjtiloïdes (Brongniart) dans sa partie inférieure, et ailleurs des impressions d'Ammo- nites (Ammonites planulatus Schloth ?) , et de longs Be- lcmnites gigas. Puis vient une couche de Calcaire compacte très-co- quillèrc et pétrie de Peignes et de Cardium ; il est pos- sible qu'elle corresponde au banc coquiller jurassique du Cobourg qui y porte le nom de Graue Muschelbanh. A Achach la route offre la même succession de cou- ches, et de plus l'on y observe supérieurement une couche épaisse d'argile grise ou rougeâtre , dont la struc- ture feuilletée a disparu presque totalement , de ma- nière qu'on n'a plus qu'une masse d'argile a potier , à rognons de Grès très-ferrugineux , ou même de fer hy- draté. De petites Ammonites , de petites As ta ri es ? (A. divisus et Amaltheus hircinus Schloth. ), de petites Téiébratules, de petites Cérithes et de petits Turbo s'v rencontrent fréquemment m moules de Marne Jn>- frrrugineuse. Suivant M. Voith , il y aurait aussi dos ( *9* ) Cristaux de gypse, et très-rarement des Glossopètres* Les collines de Quadersandstein sont couronnées, dans tous ces environs, de roches semblables; et certains champs abondent en pétrifications du Calcaire à gry- phites. C'est dans une couche argileuse de ce dernier dépôt , ou du Lias, que se sont trouvés au Salzenberg, près d'Am- berg, la Baryte sulfatée radiée (Bologneser Spath) , et dans une seule localité, près de Neuright , à côté d' Amberg , des rognons irréguliers , plus ou moins gros, de phosphorite siliceuse compacte , poreuse ou réni- forme et botryoïde. C'est aussi à ces mêmes masses que je rapporte les dépôts très-considérables de fer hydraté , qu'on rencontre mêlés de Grès ferrugineux , soit à Aalen, soit à Amberg et ailleurs , et qui sont analogues aux minerais de fer de la Lorraine et du Luxembourg. Le fer hydraté y est compacte ou granulaire , ou il a un aspect de fer limoneux (Raseneisanstein) , ou bien c'est une espèce d'hématite brune ou noire réniforme , botryoïde , et en stalactites, comme cela se voit bien à l'Enzberg, près d'Amberg , où l'on exploite ce minerai par des puits. Ce dépôt y repose , suivant M. Voith , sur une marne brune à fer hydraté en grains et a huîtres en crête de coq (Ostrca cristata), la même roche se revoit aussi à Heitweyer , près Germsdorf. Les autres raretés de ces dépôts sont de petits filons de Wavellite, et des rognons de Marne ferrugineuse , divisée en petites masses baccillaires et séparées par des feuillets de Manganèse oxidè , de manière que quelquefois ce dernier minerai forme des alvéoles prismatiques , lors- que la Marne a été enlevée postérieurement. On y a découvert, rarement, des cristaux parfaits ( M)' ) de Fer phosphaté, disséminés dans une argile brunâtre. Une couche semblable de fer en grains , ou plutôt un amas ferrugineux inférieur au Lias , a oiïert aussi quelquefois , près de Bodenwehn , du fer phosphaté violàtre compacte et granulaire, ou, plus exactement, le fer hydraté marneux y a été changé postérieurement en fer phosphaté (i). Tous ces faits s'expliquent aisément par la quantité de matières animales qui recouvrent ces masses , et ne sont que des preuves frappantes de la continuation des opérations chimiques lentes de la nature. Le Lias ou Calcaire à gryphites abonde surtout dans les envirous d'Amberg , le pays de Baireuth et le Wir- temberg, et il forme, du côté de l'ouest, le long des montagnes escarpées et bizarres du calcaire jurassique , une bande plus ou moins large. On le voit déjà paraître en lambeaux sur le Quadersandstein d'Ellingen, de Zun- zenhausen, etc. \ mais il ne commence à former une masse continue qu'environ près de Zœbingen , et se prolonge, de-là , à Mœgglingen , Reullingen , Rotweil, et jusqu'au Rhin. Dans cette partie de son cours, on voit, comme en France et en Angleterre, des restes de reptiles (Moni- lor , Crocodilus prisais, Lacerta gigantea , Sœmme- ring) (2), et Une grande quantité de Plagiostomes , d'Ammonites , de Gryphites arqués , etc. , et beaucoup d'alternations de marnes schisteuses , grisâtres ou noi- râtres, avec des calcaires sablonneux , et des argiles (1) Communication du savant M. Wagner , directeur de<* Mine» de Bavière, (a) Voyei Denhchnfïen tler Miincttner Academy , vot. G. Tome II. iJ ( i 9 4 ) Si dans quelques contrées , comme en Westphalie , en Wirtemberg , etc. , une de ces couches arénacées a l'aspect minéralogique du Quadersandstein , il ne s'en- suit nullement qu'on doive , avec MM. Haussmann , Oeynhausen (i) et Keferstein , placer le Lias sous la formation du Quadersandstein , car ce serait confondre une couche avec une formation ; et ces accideus ne détruisent pas le fait incontestable de la superposition générale de toutes les marnes du Lias sur la véri- table formation du Quadersandstein. D'ailleurs , il en arrive de même pour le Muschelkalk , que personne n'a cependant eu l'idée de placer sous le grès bigarré , parce qu'il alternait avec les parties supérieures de ce dernier dépôt. Ceci explique également en partie pourquoi M. Voith prétend aussi, dans son beau Mémoire sur les environs d'Amberg , que le calcaire à gryphites est inférieur au Quadersandstein, tandis qu'il détaille , cependant, des coupes qui montrent évidemment le contraire. Le fait est qu'il' a pris les grès , ou les argiles , ou les dépôts de fer, qui alternent avec les lits de marnes schisteuses, noi- râtres du Lias , pour le véritable Quadersandstein , tandis que ce ne sont, pour ainsi dire, que les masses qui lient ce dernier dépôt au calcaire jurassique. D'ailleurs , la surface du Quadersandstein des environs d'Amberg est si irrégulière , qu'on peut facilement être trompé en voyant, soit le calcaire à gryphites, soit ses lits subor- donnés à des niveaux très-différens et en lambeaux épars. ha grande formation jurassique, qui s'élève au-dessus des dépôts précédens , et qui traverse, depuis le Rhin, le (i) Voyez les ICphéniérides de M. Moll , vol. 5. ( >ï)5 ) VVirtemberg et toute la Bavière septentrionale, forme, depuis le premierfleuve, une espèce de grand promontoire ou de plateau élevé, qui atteint au sud sa plus grande hauteur d'environ trois mille pieds au-dessus du niveau de la mer , et s'abaisse vers le nord , où il n'a plus qu'environ deux mille pieds au-dessus de l'Océan. Ces pentes sont fort escarpées sur tout le côté occidental j sur une partie du côté nord-est, et tout le long du Danube. Cette dernière con6guration dérive évidemment des grands cours d'eau qui ont rongé les flancs de ces mon- tagnes ; l'un d'eux, se dirigeant environ du sud-ouest au nord -est, a creusé depuis le centre du "VVirtemberg l'immense vallée arénacéequi sépare la chaîne jurassique du Muschelkalk , et a , en même temps, donné nais- sance à cette foule de promontoires bizarres et quadran- gulaires, que la première chaîne forme sur le calcaire à gryphites du "VVirtemberg. Un autre courant, moins puissant, s'est dirigé pres- que du sud au nord, et a excavé la vallée entre le cal- caire jurassique et les chaînes primitives et intermé- diaires du Bœhmerwaldgebirge etduFichtelgebirge , ou peut-être cette vallée ne doit-elle en partie son origine qu'au changement de direction du premier cours d'eau. Enfin , la pente méridionale de la chaîne calcaire paraît avoir été considérablement endommagée par des courans venant peut-être de la Suisse , -qui semblent avoir été moins forts que ceux dont nous venons de parler ; et , de plus , le voisinage des Alpes ayant donné lieu à des terrains tertiaires, les pentes jurassiques n'y sont jamais si fortes que sur le côté nord où ces der- niers dépôts manquent entièrement. i3' ( #6 ) La (haine jurassique repose dans le fond d'une ca- vité, qui s'élève au nord vers le Cobourg, et au sud le long d'une grande partie du Danube ; sa plus grande profondeur parait avoir été entre Amberg et Gunzen- hausen, et dans le Wirlemberg. 11 semble que c'est une chaîne cachée , primitive ou de transition , qui produit le rehaussement au sud, soit par elle-même, soit par les dépôts qui lui sont superposés ; car l'on voit à l'est de Ratisbonne les granités s'enfoncer sous le calcaire ju- rassique, et d'après les curieuses observations de M. Voith d'Amberg , de petites masses de gneiss et de granité apparaîtraient, au milieu de ce dépôt, près Manheim , et se reVerraient, çà et là, sur une ligne qui se dirige- rait sur Pfeftlingen , Offingen , Greiselbach. Enfin , les dépôts basaltiques des environs et ceux d'Urach sont aussi des indices du voisinage de roches plus anciennes , comme l'expérience l'a amplement prouvé. J'ai déjà dit que la chaîne jurassique allemande consistait en cinq assises assez distinctes : i° le Calcaire à gryphites et ses marnes qui sont le chaînon intermédiaire entre le Cal- caire jurassique et le Quadersandstein ; i Q . Le Calcaire magnésien, ou le Calcaire à cavernes par excellence ; 3°. Les Calcaires compactes et oolitiques; 4°. Le calcaire schisteux si bien approprié à la li- thographie , et si riche en pétrifications d'écrevisses, de poissons , etc. *, 5°. Les marnes argileuses et à fer hydraté en grains. Depuis 1821 , j'ai eu occasion d'étudier encore mieux quelques-unes de ces masses -, d'abord il est assez inté- ressant d'apprendre que le Calcaire à gryphite renferme rarement à Banz des pétrifications dont les fentes sont ( T 97 ) remplies, comme les rognons marneux d'Arau en Suisse, de Slronliane sulfatée (i), et qu'on a trouvé dans ce Cal- caire des débris de bois bitumineux à Burgfelden, et qu'à Banz il contient une marne coquillière extrêmement bitu- mineuse. Les argiles qui alternent avec le Lias sont quelquefois d'excellens matériaux pour faire des tuiles -, elles sont rouges ou grises comme à Ragering et à Amberg. Quant au Calcaire magnésien, qui a été si admirable- ment décrit par MM. Voith, Lupin (2) et de Buch (3), ce calcaire jaunâtre ou gris-jaunâtre, si fendillé et si plein de cavernes , paraît avoir donné tout le long de la chaîne beaucoup de facilité au travail destructeur des eaux, qui n'ont eu qu'à miner les fondemens de l'édi- fice pour le renverser. C'est là l'origine de la plupart de ces promontoires jurassiques du Wirtemberg , qui ne doivent leur existence qu'à des masses plus dures de ce Calcaire, qui forme leur base-, c'est aussi probablement la dureté fort inégale de ces roches , qui a permis au Danube de couper en deux une portion de ces Calcaires entre Kehlheim et la Nab, ou qui a au moins aidé ce fleuve à élargir cette fente que quelques personnes croiront peut-être devoir attribuer , assez hypothétique- ment, à un tremblement de terre. Ce Calcaire abonde dans le nord de la chaîne jurassique en haut des collines de grès , et dans le sud , au fond des vallées et tout le long du Danube , où il forme quel- quefois de petits plateaux , comme le long de la Nab et de l'Héman , où l'oolite le recouvre cà et là. (0 Voyez lahrbiicherde M. Moll, vol. 3. p. 4*7. (3) Voyei les tiphémérides de M. Moll , vol. 4 • (3) Journal de Physique, i8aa. ( >9*) Sur les bords du Danube près de Kapfelberg, près de Kelilheim, et plus haut en remontant le Danube, j'ai ob- serve des variétés si remarquables de ce Calcaire, que j'aurais hésité à les lui annexer , si je n'avais pas cru , malgré un. temps épouvantable, m'être assuré qu'ils en faisaient partie et qu'ils n'y forment que des espèces de grands amas. Ces dernières roches sont plus ou moins compactes ou poreuses , blanches ou jaunâtres ; elles ont çà et là l'aspect d'une craie grossière entremêlée de parties cal- caires d'une autre teinte ; elles se laissent parfaitement bien tailler soit en blocs soit en bassins, et ont un toucher rude particulier. Il faut les examine/* soigneusement pour apercevoir qu'elles ne sont qu'un aggrégat fin de débris de fossiles marins, qui quelquefois se rapproche de cer- tains calcaires à coraux du Leithagebirge près de Vienne. Les seuls restes organiques distincts que j'ai pu y aper- cevoir sont des Térébratules striées et des débris d'En- crines. Les environs d'Amberg sont très-favorables à l'étude des fossiles du calcaire compacte , qui y abondent sur- tout à Grumbach et à Schefloch , et que M. de Schlo- iheirn a presque tous nommés h l'exception d'un petit nombre, tels que les Alcyons , etc. (i). Ces fossiles sont la plupart siliceux, tandis que ceux du calcaire à gryphites sont spathjques 5 les plus remar-r quables et les plus rares sont certaines Patelles, les Nau- tilus pusillus et claihvatus , la Terebratula reticulata , X Anomia senticosa , la Tell'ma problematica et le Tro-r (1) Le savant professeur, M. Graf d'Amberg , propose de fournir aux amateurs tous les fossiles de ces environs, pour un prix tr£s- modique. ( J 99 ) chus granulalus, Schlolh. Et l'on ne peut trop s'étonner de trouver là une quantité innombrable d'alvéoles de Bélemnites, tandis que l'enveloppe extérieure de ce fossile si fréquent ailleurs y est d'une rareté extrême et n'y existe presque jamais en entier. Le district d'Urach est parfaitement disposé pour suivre toutes les couches de la chaîne jurassique, parce qu'elle y est, pour ainsi dire, coupée à pic et que les montagnes pittoresques y offrent des escarpemens de cinq cents à huit cents pieds de haut. On y voit des calcaires com- pactes gris , légèrement jaunâtres et à petites fentes rou- gcàtres, alterner très-souvent avec des marnes calcaires soit grises, soit noirâtres, et au-dessus viennent des masses compactes plus considérables d'oolites calcaires fort in- distincts , et enfin les marnes ferrugineuses. Ces dernières roches brunâtres ou rougeâtres, avec leur dépôt de fer hydraté en grains (Bohnerz) , ont leur gisse- ment sous la terre végétale du plateau jurassique méridio- nal -, elles y forment en partie des amas contemporains dans les couches calcaires supérieures, et en partie elles reposent sur ces calcaires, surtout dans des espèces de cavités très - irrégulières comme à Genkingen dans le Wirtemberg. Ces dernières roches servent évidemment à lier le cal- caire jurassique à la craie, ou plutôt elles font presque partie de ce dépôt marneux , arénacé et ferrugineux, que nous avons vu séparer ces deux terrains en France. La Craie ne paraît au nord du Danube , à ma connais- sance ., que près de Ratisbonne -, elle y couvre la monta- gne de calcaire magnésien jurassique, qui s'étend depuis la partie orientale de cette ville , jusqu'à Kager et Knei- ting , et elle se montre encore en lambeaux sur les cal- ( aoo ) «aires un peu supérieurs entre Laber et Beretshausen , le long du Laber, et peut-être qu'elle existe çà et là dans la vallée qui remonte du Danube vers Regenstauf. Au sud du Danube, elle s'étend depuis Ratisbonne jusque près d'Abendsberg et de Greisbach, en formant au-dessus des pointes basses jurassiques , des collines si couvertes d'al- luvions, qu'il estdifficiled'assignerleurlimite méridionale; néanmoins je ne la suppose pas fort loin des bords du Danube , quoique les calcaires coquilliers des environs d'Eckmùhl paraissent encore y appartenir. Le dépôt crayeux n'y paraît que sous la forme du grès vert et de la craie chloritée , et d'une craie grossière ou d'une espèce de calcaire brunâtre. Les grès verts ou chlorités sont comme ailleurs gros- siers ou fins ; les plus grossiers se trouvent près de Be- retshausen et d'Àbach, ce sont toujours des roches com- posées de grains de quartz , mêlés de quelques écailles de mica et de beaucoup de particules vertes. Elles pas- sent à la craie chloritée comme au nord de Kneiting , et en sont quelquefois séparées par des masses d'argile bru- nâtre , grisâtre ou jauuâtre , assez pure pour servir à la confection des capsules , dans lesquelles on cuit la por- celaine de Munich. Un semblable dépôt se trouve près Beretshausen , mais la position de ses masses se voit sur- tout bien à Àbach et au nord de Ratisbonne. Autour du premier endroit , les rochers déchirés de calcaire magnésien jurassique du bord du Danube , ont offert au terrain crayeux une surface fort irrégulière , à laquelle ses couches se sont accommodées. Immédiate- ment sur le calcaire, repose une couche d'un agglomérat de cailloux de ^quartz, de cinq pieds d'épaisseur, quia Ull ciment sablonneux, calcaire, blanchâtre ; puis vient ( aoi ) une marne chloritée sablonneuse , renfermant dans sa partie toul-à-fait inférieure des masses ou amas d'une argile brunâtre ou grisâtre , et le reste de l'escarpement offre des couches de calcaire chlorité, sablonneux, blanchâtre; elles sont beaucoup moins contournées que les lits précédens. Dans ta colline, immédiatement au-dessus delà partie septentrionale de Batisbonne , Ton trouve de même, au- dessus de la Dolomie , un calcaire blanc sablonneux , à particules vcrdâtres, à cassure raboteuse et à décompo- sition en rognons ; au-dessus viennent des lits argileux , qui sont alternativement d'une couleur jaune , verdâtre , brunâtre veiné de noir, jaunâtre , gris veiné de noir, et jaune brunâtre. Knsuite, il y a une argile grise et jaune à grains de quartz et à rognons irréguliers d'une marne calcaire grise, fortement endurcie et fendillée ; et enfin des sables chlo- ri tés jaunes et blancs, à rognons calcaires, et des cal- caires chlorités blanchâtres et brunâtres. On observe encore, de même, que ces trois dernières masses ont une position presque "horizontale , tandis que les précédentes sont inclinées sous un angle de 10 à i5°, ou contournées. De plus , il importe d'observer que tout ce dépôt a une telle ressemblance avec les terrains tertiaires , que sans avoir vu le sud-ouest de la France , je n'aurais pas pu croire que c'était un dépôt crayeux et de grès vert. lia craie chloritée se présente dans cette contrée comme partout ailleurs , c'est une marne crayeuse et grossière , qui est plus ou moins chloritée, compacte et foncée-, elle renferme rarement çà et là, ou dans certains lits, des rognons de silex néopètre ( Hornstein ) , qui se fon- dent beaucoup plus avec la roche que le silex pyromaque ittec l.i craie. ( 202 ) On peut surtout l'étudier dans la masse qui recouvre l'espèce de promontoire jurassique de Kneiting; dans la partie inférieure, la roche est brunâtre, arénacée et à fragmens de quartz et de calcaire jurassique jaunâtre ; puis vient un calcaire compacte chlorité gris, avec des portions sablonneuses fort chloritées*, une couche de cal- caire chlorité sablonneux, renfermant le Gryphœa spirata Schloth. ( G. Columba Bg. ) , et des Plagiostomes 5 un calcaire compacte blanchâtre , un calcaire gris à rognons siliceux , et un calcaire gris jaunâtre. Les fossiles de ce dépôt sont très-peu abondans , et par amas, surtout seulement dans la craie chloritée ; ce sont principalement des Gryphœa spirata Schl. (G. Columba Bg.) , de grands bivalves se rapportant peut-être à des Pla- giostomes , des morceaux d'échinites , et très-rarement des squelettes de poissons, comme près d Abach, et même des ossemens probablement de cétacés (Kneiting). On en voit dans la collection de M. Siegfried à Jlatisbonne. Quelques autres pétrifications , telles que de petits Peignes , des Térébratules et de petits Madrépores bran- chus , se trouvent sur la cime nord-ouest de la montagne Dreifaltigkeitsberg , au-dessus de Unter-Wintzer ; elles y sont empâtées dans un calcaire brunâtre oubrun-rougeâtre plus ou moins compacte, qui m'a paru n'être probable- ment qu'une assise inférieure de la craie , et ne devoir cet aspect particulier qu'à sa position plus élevée sur le calcaire jurassique , car je n'ai pas vu de semblables caU caires dans ce dernier dépôt, et j'en ai trouvé des varié- tés assez analogues entre le grès vert et la craie chloritée de Ratisbonne. Les mêmes raisons m'engagent à y annexer encore cer- tains calcaires arénacés etchlorités, brunâtres ou bnuw (ao3) jaunâtres, qui se trouvent dans les environs d'Eckmùlh A Teckenbach , Weinberg et Ascherbausen , et qui renfer- ment dés Huîtres, des Peignes, des Fluslres, des Serpules, des Madrépores , des Encrines et une quantité de petits corps ovoïdes. Si ce dépôt n'appartenait pas à la craie , il ne pourrait se rapporter qu'au calcaire grossier tertiaire inférieur. Description pl» 1 2 î montre en place les petits tubes tels qu'on les voit au-dessous de l'Epidémie , et la fig. 2 , pi. 12, en offre un profil obtenu par la section trans- versale de la feuille. La configuration des cellules de l'Epidémie est varia- ble dans les diverses plantes ainsi que le démontre suf- fisamment la forme bizarre de celles du Ranunculus repens (fig. 5 , pi. 11 ) du Portulaca oleracea (fig. 1 , pi. il), du Lilium candidum ( fig. 2 , pi. 1 1 ) , et il est encore facile de se convaincre ici que les empreintes du parenchyme sous-jacent ne peuvent être la cause de ces compartimens variés. En effet si on prend un fragment de feuille sur une des plantes indiquées, et qu'on la soumette à l'examen microscopique en s'y prenant comme pour un objet opaque , on découvre extérieurement toute la configuration de l'Epiderme telle qu'elle est repré- sentée dans les figures citées. Mais en élevant un peu le porte-objet et seulement d'une valeur égale à l'épais- seur des cellules de l'Epiderme, on amènera à la vision distincte le parenchyme intérieur dont la forme paraîtra tout-à-fait différente. La fig. 3, pi. 12, représente le parenchyme des feuilles du Ranunculus repens, il est composé d'un plexus de petits tubes articulés, pleins de suc et de grains verts qui se ( »i4) dirigent de tout côté , laissant ainsi des vides pins oti moins grands. Le parenchyme du Portulaca et celui du Lys sont composés de petits tubes agrégés de manière à former intérieurement nombre de lacunes recouvertes seulement par l'Epidémie même qui serait placé pour ainsi dire à la manière d'un voile sur les extrémités des tubes un peu élevés. Dans la lîg. 2 , pi. 11, où la sur- face supérieure des cellules de l'Epiderme se voit dessi- née par des lignes continues et la surface inférieure par des lignes ponctuées , on peut reconnaître en E , l'em- preinte d'un point d'appui provenant d'un petit tube du parenchyme. Toutes les lacunes qui sont produites par les arran- gemens variés du parenchyme, sont remplies unique- ment d'air , et sont placées vis-à-vis de l'endroit même où s'observent , dans l'Epiderme, certaines aréoles ovales au milieu desquelles se trouve placé un large trou tantôt fermé et tantôt ouvert. Quelquefois les aréoles sont cir- conscrites par d'autres plus grandes , lesquelles enfin ne sont autre chose que les cellules particulières de l'épi— derme destinées à la production des pores. Parmi les divers naturalistes qui ont parlé de ces organes , il existe une grande dissidence d'opinions tant par rapport à leur forme qu'à l'égard de leur emploi. Certains d'entre eux les considèrent comme de véritables fentes , et parmi ceux-ci les uns veulent qu'elles servent à l'évaporation , les autres à l'absorption de l'humidité , d'autres encore les considèrent comme des organes excréteurs. Enfin plusieurs savans mettent en doute l'existence des pores, soupçonnant qu'on ne les a vus tels que par une illu- sion d'optique , et que ce qu'on a pris pour des pores n'est en réalité qu'une espèce de poils extrêmement courts ( »>5) et larges. Au milieu de ces incertitudes j'ai quelque es- pérance que mes observations seront de nature à jeter quelque jour dans cette discussion. Les fig. 5 et i , pi. 1 1 -, la fig. i , pi. 12 et la fig. 1 , pi. 1 1 , montrent les pores de TEpiderme du Ranunculus repens, du Portulaca oleracca, du Dianthus carjrophjrl- îus , du Lilium candidum. Dans le Ranunculus repens , l'organisation consiste en une simple pochette ovale X , fig. 5 , pi. 11 , qui en manière de sphincter peut s'ou- vrir ou se fermer selon les circonstances. Lorsqu'elle est ouverte elle présente à son milieu un ample pertuis de forme ovale , mais très-allongé, et si l'on vient à l'ob- server en cet état au moyen de la lumière transmise , le pertuis apparaîtra beaucoup plus transparent que la po- chette , et les cellules circonvoisines de l'Epiderme. Si au contraire la pochette est fermée , on verra dans la direc- tion de son grand axe une ligne parfaitement opaque ou noire. Les mouvemens de la pochette semblent pouvoir être communiqués par les dilatations et les contractions des cellules contiguës , lesquelles viennent se terminer avec leurs parois serpentantes S , au fond de celle-ci , comme le démontre le pore Z dessiné par le côté intérieur de l'Epiderme. Quel que soit au reste le mécanisme qui di- late ou rétrécit les pores , il n'en est pas moins certain que les mouvemens en question s'exécutent non-seule- ment dans la plante vivante , mais encore que l'obser- vateur peut à sa volonté faire fermer les pores. En gé- néral on trouve que les pores sont très-ouverts quand la plante est frappée des rayons du soleil , et qu'ils sont fermés ou moins béans pendant la nuit , de même qu'ils sont larges lorsque la plante est à sec , et contractés , au r s<6 ) contraire , lorsqu'elle est humide. Que Ton détache TÊ- piderme au moment où ses pores sont ouverts , en le mettant au frais sous Peau , ils commenceront immédia- tement à se rétrécir , et au bout d'un temps très-court les fentes se fermeront tout-à-fait. Il n'est même pas besoin dans cette expérience de détacher l'Epidémie, le phé- nomène peut très-bien s'observer sur une feuille entière ou sur une de ses parties où Ton a laissé tomber une goutte d'eau. Dans ce cas il est nécessaire d'éclairer l'objet par réflexion , et si l'on examine de cette manière le Ruta graveolens , le phénomène se montre avec une grande netteté. En effet , quand les pores sont ouverts l'œil pénètre jusqu'au parenchyme composé de petits tubes d'une belle couleur verte, et si les pores viennent à se fermer la couleur verte disparaît et il ne reste que la teinte cendrée propre aux orifices. Véritablement je suis bien surpris que le célèbre auteur auquel on doit la découverte des ouvertures dans la membrane des tubes poreux, puisse jeter du doute sur leur existence à la surface des feuilles où ils ont une dimension incompa- rablement plus grande. Je ne trouve pas exact que dans l'Epiderme du Dra- cocephalum virgùiiamim, du Phlomis nepetifolia, etc. , le centre des aires ovales soit toujours transparent et que dans celles du Thymus virginianus , du Menlha citrata, le centre soit toujours obscur. Ce qu'il y a de vrai c'est que les pores des plantes mentionnées sont sujets aux mê- mes phases qu'on observe dans tous les organes sem- blables des autres végétaux. La structure des pores du Dianthus caiyophyllus ne diffère pas sensiblement de celle que nous avons vue dans le Ranunculus repens. La pochette qui apparaît sous ( *»7 ) la forme d'une aire ovale R , fig. i , pi. 12, est pleine de peti ts grains et se trouve toujours placée au milieu du point d'union des cellules quadrilatères , précisément vis-à-vis de cette portion du parenchyme où sont les lacunes F , fig. 4» pi. 1 9 si les lacunes manquent, les pores corres- pondaus manquent aussi , comme on le voit dans la partie de l'Épidémie qui couvre la nervure de la feuille. Si nous coupons une feuille perpendiculairement à ses faces , ce qui est facile dans celte plante, nous pouvons recon- naître la forme en profil des pores comme on le voit eu R, fig. 2, pi. 12 , entre les cellules de l'Epidémie. Les pores du Portulaca oleracea, sont plus composés que les précédens , ils sont toujours placés au centre des. trois cellules I , fig. 1 , pi. 1 1 , et celles-ci sont enfermée^ l'une dans l'autre. Parmi elles les deux intérieures ou les deux plus petites contiennent seules des grains, tandis que la grande en est prjvée. Mais parmi tous les pores que j'ai examinés, les plus grands sont ceux du Lys, donl^ la structure se reconnaît aisément soit en les obser- vant par réflexion sur la feuille entière , soit en les exami- nant par transparence , après avoir détaché l'épiderme. Deux cellules Al N allongées et unies ensemble à la manière d'un bourrelet forment l'orifice. Elles sont si- tuées au milieu des longues cellules D de l'Epiderme. Les cellules du pore ont un bord interne H capable de se gonfler et de se rétrécir, et qui par son action ouvre ou ferme le trou. On voit par conséquent en M N , le pore complètement ouvert -, en F deux pores à moindre ouverture , et en L un pore entièrement fermé. Les cel- lules des trous sont elles-mêmes remplies de grains verts (voyez M N), qu'un observateur peu attenûf pourrait regarder comme un signe de la porosité des membranes , ( ai» ) parce qu'elles restent visibles quand on presse l'Épi- derme, et après qu\>n les a fait bouillir dans l'eau ou dans l'alcool -, mais si on emploie de l'huile chaude elles se détachent, et la membrane paraît lisse et transparente comme du verre. Les pores de l'épidémie offrent des modifications très-nombreuses et peu importantes -, qui- conque entreprendrait de les décrire toutes se jetterait dans un travail pénible et sans doute inutile ; tous les appareils organiques que nous voyons autour des trous , ont pour usage , sans doute , de les ouvrir et de les fermer au besoin , et la nature y a pourvu de diverses manières plus ou moins compliquées. J'en ai dit assez sur cette particularité pour pouvoir terminer cet article par quel- ques considérations sur l'usage de ces pores. Sont-ils par hasard destinés à l'absorption de l'humidité ? Non : nous avons déjà vu qu'ils correspondent à des vides intérieurs privés de suc, que l'eau les fait fermer, que la lumière et la sécheresse les font ouvrir ; en outre ils manquent dans toutes les racines , ils manquent également dans les plantes qui vivent constamment sous l'eau , et dans celles dont les feuilles flottent sur l'eau ils se trouvent seule- ment à la surface exposée à l'air } il est donc prouvé qu'ils ne servent pas à absorber l'humidité ; on doit ajouter à ces preuves que la nature , pour faciliter l'absorption de la rosée et de la pluie, aurait probablement pourvu les feuilles d'un plus grand nombre de pores à leur sur- face supérieure qu'à l'inférieure , tandis que l'observation prouve le contraire ; servent-ils donc à l'évaporation ? Pas davantage : si nous laissons sécher une plante dé- tachée de ses racines, quoique les pores se ferment au bout de pe,u de temps, l'évaporation continue cependant tant qu'elle renferme des fluides aqueux ; en outre on a ( 2I 9 ) observé que les corolles et les fruits qui ne présentent pas de pores, produisent cependant une évapora tion abondante. Enfin les pores ne peuvent être mis au nombre des organes excrétoires des végétaux, puisqu'ils corres- pondent toujours à des cavités entièrement privées de sucs et de toute substance solide. M. Linck a pensé qu'ils servaient à l'excrétion, se fondant sur cette observation , que dans quelques plantes et particulièrement dans les Pins , les fissures sont couvertes d'une matière étrangère et obscure qui se dissout dans l'eau bouillante. Le cé- lèbre professeur de Berlin ne s'est pas trompé dans celte observation, mais la matière étrangère qu'il a vue n'est autre chose qu'une cire végétale destinée à défendre plus facilement ces organes de l'accès de l'eau. La véritable fonction des pores visibles consiste à don- ner passage à l'air. Cependant il n'est pas facile de dé- terminer avec certitude s'ils servent à l'inspiration plutôt qu'à l'expiration ou à ces deux fonctions également. Si nous considérons que pendant la nuit , lorsque les grands pores de l'épidémie sont fermés, les feuilles absorbent le gaz acide carbonique dissous dans la rosée , qui pénètre indubitablement.dansles cellules en traversant leur mem- brane , et si nous réfléchissons en outre que ces feuilles décomposent le gaz acide carbonique lorsque ces pores sont ouverts , c'est-à-dire pendant le jour , nous pouvons conjecturer qu'ils sont uniquement destinés à l'exhala- tion de l'oxigène -, cet usage devient encore plus probable si nous ajoutons que les corolles qui , d'après les obser- vations de M. De Candolle , manquent de pores , sont également privées de la propriété de dégager de l'oxi- gène. ( 2'20 ) ARTICLE CINQUIÈME. De Vunion du Tissu Végétal. Une des questions les plus intéressantes d'anatomie végétale, et qui a fixé l'attention des plus célèbres ob- servateurs, est celle qui divise leurs opinions sur les moyens d'union du tissu des végétaux -, les uns se fondant sur le raisonnement et sur l'expérience, soutiennent que les membranes qui forment les organes des plantes sont continues et inséparables , de sorte que les parois d'un vaisseau ou d'une cellule sont communes aux vases ou aux cellules voisines sans aucune distinction de tissu ; ils n'en exceptent que les trachées qui n'adhèrent aux autres organes que par leurs extrémités ; d'autres savans , s'appuyant sur quelques observations , affirment que le tissu des végétaux est , dans quelques circons- tances , détaché , et qu'il existe réellement des parois doubles , de sorte que les vaisseaux peuvent avoir , en tout ou en partie , leurs membranes propres qui les en- vironnent. Quiconque s'occupe un peu d'anatomie végétale ne peut éviter d'examiner ce point important qui forme la base de toute théorie de l'organisation , et en lisant l'ar- ticle sur l'épiderme et différens autres passages de mes écrits où je parle de vaisseaux qui se détachent de leurs voisins sans aucune dilacération des membranes , on aura pu juger vers quelle opinion mes observations me font pencher. Quoique j'eusse prouvé que les petits tubes qui en- tourent le tube central du Chara vulgaris pouvaient s'en détacher latéralement sans lésion , eependant j'ai cru pendant long-temps que le diaphragme qui sépare ( 2*1 ) tin tube de l'autre était simple , n'ayant jamais pu réussir à séparer les deux tubes dans le nœud , un d'eux se dé- chirant toujours , quelque soin que je prisse pour les dé- tacher ; je m'étais confirmé dans cette opinion en obser- vant que, quel que fût le grossissement de mon micros- cope , la membrane du diaphragme , regardée dans la direction de son épaisseur, me semblait toujours une ligne très-étroite et homogène, sans montrer aucun indice de duplicature. Cependant en faisant bouillir de gros rameaux de cette plante, je suis sorti de cette erreur $ en effet j'ai vu alors qu'en tirant doucement deux tubes , ils se détachaient fa- cilement , et il restait à chacun d'eux son propre dia- phragme. Par ce procédé on peut séparer un à un tous les tubes de la plante , sans que le fluide renfermé dans leur intérieur puisse s'échapper par aucun point de la membrane. Lorsqu'un des gros tubes est isolé il présente à ses extrémités les empreintes des diaphragmes dés autres vaisseaux, qui auparavant se trouvaient unis à lui , et on voit comment sa cavité cylindrique s'augmente vers le nœud et acquiert une forme polyédrique afin que tous les tubes secondaires puissent communiquer avec le tube principal dont ils dépendent. Ceci deviendra plus clair par la fig. 4> pi» 12, où on voit en A, les bases sur lesquelles posaient les tubes des feuilles et des rameaux ; en B on aperçoit les extrémités des petits tubes qui par- couraient toute sa longueur et formaient son écorce. En G on remarque l'empreinte du grand tube suivant dans le tronc. On ne l'a pas dessiné parce qu'il a la même structure que celui déjà décrit } la fig. 5, pi. 12 , repré- sente l'extrémité du même tube vue en perspective : il résulte par conséquent de cette expérience , que les parois ( 111 ) des vaisseaux du Chava sont tous doubles, c'est-à-dire que chaque vaisseau a sa propre membrane, et que leur union se fait par un simple contact ou par le moyen de quelque gluten ou autre sorte de lien qui échappe à la vue armée des grossissemens les plus forts. La séparation des tubes n'est pas une propriété qui n'appartienne qu'au Chara; je pourrais aussi en citer des exemples dans beaucoup de plantes terrestres ; mais comme il n'est pas nécessaire de rapporter ici toutes ces preuves , je me contenterai de citer les tubes ou cellules allongées des pétioles des feuilles du Ranunculus repens , qui se divisent même sans le secours de l'eau bouillante ; pour s'en assurer, il suffit d'enlever doucement l'épiderme du pétiole , et ensuite de soulever avec la pointe d'un canif, une ou plusieurs couches des tubes sous-jacens en les arrachant sans les couper*, on obtient ainsi des tubes isolés plus ou moins longs , dont les membranes conservent les traces du contact qu'ils avaient avec les tubes voisins qui sont également restés intacts. La fig. 6, pi. 1 2, montre un des tubes dont nous parlons, ayant ces impressions dans les points de contact ; mais comme leur forme est quelquefois étranglée près des nœuds , ils ne peuvent se toucher que dans les points les plus gonflés, d'où il résulte, entre un tube et l'autre , ( voyez fig. 7, pi. \i en M) des intervalles ou vides qu'on peut voir clairement dans le pétiole lorsqu'on l'éclairé en dessus par réflexion , après en avoir enlevé l'épiderme. On ne peut donc mettre en doute l'existence des vasa revehenlia d'Hedwig des meatus intercellulares de Tre- viranus , ou Ductus intercellulares de Link , qui ne sont autre chose que les vides que je viens de décrire dans le tissu de la Renoncule. ( 1*1 ) Mais si je me trouve entièrement d'accord avec ces naturalistes sur l'existence des intervalles qu'il y a entre un vaisseau et un autre , je m'éloigne cependant de leur opinion quant aux usages de ces canaux. Je crois qu'aucun fluide, excepté l'air , ne pénètre dans leur intérieur , et je me fonde sur les raisons suivantes : d'abord quand le tissu n'a pas étédilacéré, ces canaux paraissent vides en les éclairant par-dessus; en outre , si on fait attention à la position qu'occupent, dans la position naturelle de la plante, les grands pores de l'épiderme qui, comme nous l'avons déjà vu , ne donnent passage qu'à l'air, on trouve toujours qu'ils existent vis-à-vis d'un de ces intervalles, et toutes les fois que le tissu compacte n'offre aucun de ces vides , l'épiderme est également dépourvu de pores dans la partie qui y correspond ; ces intervalles remplis d'air , sont si évidens dans le milieu du tissu de la plu- part des végétaux herbacés , qu'il paraît étonnant que tant de célèbres observateurs aient pu nier leur existence. Quand on examine par transparence une section trans- versale ou longitudinale d'une plante à tissu mou, pourquoi tous les intervalles qui séparent les vaisseaux ou lés cel- lules les uns des autres , sont-ils tous obscurs ou plutôt parfaitement noirs ? Ne serait-ce pas autant de lames ou de prismes d'air qui par quelque loi d'optique empêchent le passage de la lumière ? Si l'opacité de ces canaux dé- pendait d'une substance peu fluide et obscure, déposée dans leur intérieur comme quelques observateurs l'ont cru , n'est-il pas évident qu'en comprimant ce tissu entre deux lames de verre , la matière obscure sortirait et se répandrait dans l'eau qui baigne la petite tranche de plante? ou du moins en atténuant par la compression les intervalles des cellules, la substance fluide ne devrait- ( "4 ) elle pas paraître plus transparente ? Cependant cela n'ar- rive jamais , et quelque mince que soit la lame qu'on examine , si on n'en a pas chassé totalement l'air , aucun rayon de lumière ne la pénètre. Je dis ne la pénètre du moins sous une certaine inclinaison des rayons , car en changeant la direction de la lumière incidente , on par- vient, dans quelques circonstances, à voir parfaitement transparentes ces mêmes parties qui auparavant étaient toutes noires. Si on jette les yeux sur la fig. i, pi. i3, qui montre une partie de la coupe transversale de la Chélidoine (Che- lidonium majus) , on verra les vides laissés par les vais- seaux, transparens en A, opaques en B , selon que l'air est ou n'est pas chassé de leur cavité , ou plutôt selon que la lumière tombe sous différentes incidences sur l'objet ; on voit ces mêmes vides dans la coupe longi- tudinale de la même plante (fig. 2, pi. i3) , opaques en M et transparens en N ; ils sont encore très-évidens dans la fig. 3 , pi. 1 1 A , qui représente une coupe transversale du Nymphéa lutea ; enfin ils sont très-grands dans la Betterave ( Beta vuïgaris), à laquelle tout le monde peut recourir pour s'en assurer. Puisqu'il est prouvé que dans beaucoup de plantes il existe des vaisseaux dont les membranes sont visiblement détachées en plusieurs points des membranes voisines , et que là où l'œil annoncerait une union parfaite du tissu, l'art nous montre le contraire en nous faisant voir des pa- rois doubles , il paraît raisonnable de penser que toutes les espèces de vaisseaux ont leurs membranes propres, quoi- que dans quelques cas on ne puisse parvenir à les sé- parer -, en effet l'adhésion peut être assez forte pour sur- monter la faible résistance qu'offrent les membranes ex- / ( **5 ) trèmement minces de ces vaisseaux plus faciles à déchirer qua séparer. Cette considération nous donne , à ce qu'il me semble, une idée plus précise sur l'origine du tissu des végétaux , nous pouvons concevoir que les nouvelles cellules * on les nouveaux vaisseaux qui se forment, ne sont autre chose que le développement du germe ou bouton adja- cent à la membrane primordiale. En attribuant à la mem- brane d'un vaisseau la faculté de donner naissance à un organe semblable à lui ,»je ne crois pas qu'on lui accorde une propriété incompatible avec son. organisation ; en effet , si nous réfléchissons avec attention au phénomène du mouvement du suc , nous conviendrons qu'il est réellement beaucoup plus compliqué que celui qui paraît à nos regards ? On ne doit pas croire non plus que l'opinion que j'a- vance sur le développement des vaisseaux , soit unique- ment le produit de mon imagination , elle est plutôt une conséquence du mode d'accroissement qu'on observe dans le Chara. Soumettons à notre examen un jeune rameau de cette plante composé, par exemple , de trois entre-nœuds A, B , C, (fig. 9, pi. 12 ); le plus voisin du tronc A nous offrira une circulation rapide de son suc , une symétrie évidente dans les grains des chapelets, un accroissement complet. Le second tube B montrera à peine quelques mouvemens interrompus dans son suc sans aucune régu- larité dans la disposition des grains fixes ; enfin , on cher- chera en vain quelques mouvemens dans le troisième tubeC , dont l'intérieur offre à travers une grosse mem- braneblanchc et transparente , seulement quelques traces d'une substance verte et immobile ; mais si on renou- velle cette observation sur le même rameau au bout de Tome II. i5 ( 226 ) quelque temps, tout est changé, tout a acquis un plus grand développement. Les tubes B, C sont dans le môme état qu'offraient primitivement les tubes A et B 5 de plus , à l'extrémité du tube C on aperçoit une nouvelle gemme et d'autres sortent du nœud N , et sont l'origine des ra- meaux latéraux 5 à l'époque de l'observation précédente on n'apercevait de trace ni des uns ni des autres. Les mêmes apparences se succèdent de la même manière , et la plante par la reproduction successive de différentes gemmes qui ne sont que de simples cellules , acquiert son accroissement total. ARTICLE SIXIEME. Des Vaisseaux aérifères. J'ai déjà démontré (Mém. soc. Ital. , vol. 18 que les trachées et les vaisseaux poreux du Symphitum offi- cinale et de différentes autres plantes' ne renfermaient aucune espèce de suc , et ne contenaient que de l'air ou du gaz. Un examen plus étendu sur une grande quan- tité de végétaux de familles différentes , m'a prouvé en outre que tous les organes , de quelque forme qu'ils soient, tubuleux ou celluleux dans la membrane des- quels on peut découvrir, avec le secours d'un fort microscope , , des ouvertures ou des fissures plus ou moins prolongées , servaient au même usage. Cette classe d'organes qu'on peut distinguer par le nom de vaisseaux aérifères ou gazéifères , comprend les vais- seaux spiraux déjà cités , les fausses trachées , les tubes ( **1 ) poreux, les vaisseaux à fausses cloisons, les vaisseaux en chapelets, les vaisseaux à fausses cellules, et beau- coup d'autres variétés qui n'ont pas été distinguées , et qu'il serait difficile et peut-être inutile de décrire, si pour le faire nous voulions seulement faire attention à leurs formes extrêmement variables et réunies par des passages presque insensibles. Toutes les fois que ces vaisseaux sont assez larges , on peut s'assurer qu'ils sont remplis de fluides aériformes ; en examinant leur section transversale faite récemment sur une plante fraîche et intacte, on les voit alors tous vides et secs, tandis que les autres vaisseaux fibreux et les cellules paraissent gonflées de leurs divers sucs : si la section est exécutée sous l'eau , on observe aux orifices de ces vaisseaux, de petites bulles d'air qui se détachent successivement et viennenTà la surface de l'eau si on presse un peu le faisceau de tubes soumis à l'ex- périence. Mais lorsque le diamètre de ces tubes est trop petit pour nous permettre de distinguer avec clarté les particularités que je viens d'indiquer , nous pouvons en- core nous convaincre , au moyen de quelques principes d'optique, que tous les vaisseaux du genre de ceux que j'ai cités sont tout-à-fait vides de liquides. On sait que la lymphe ou le suc des plantes a une force réfringente un peu supérieure à celle de l'eau; par conséquent si on plonge dans ce liquide , pour l'ob- server par transparence , un tube membraneux rempli de suc végétal ; celui-ci dans les diverses parties rapprochées ou éloignées de son axe , pjacé perpendiculairement A la direction de la lumière, devra paraître plus ou moins transparent selon la nature des substances qu'il renferme, puisque en vertu de la petite différence de force réfrin- gente, les rayons lumineux le traversent sans se réfléchir i5* ( S28 ) totalement à la surface qui sépare les deux milieux refrin- gens 5 tout cela se vérifie en effet si ou examine un tube fi- breux, une cellule ou tout autre vaisseau rempli de suc-, mais si nous soumettons à la même épreuve un tube plein d'air, son apparence sera tout-à-fait di ne rente. La lumière ne pouvant pénétrer d'un milieu dense dans un milieu rare, lorsqu'elle a acquis un certain degré d'incidence, laissera parfaitement obscurs les bords du tube et n'éclai- rera que sa partie centrale , et formera ainsi dans toute sa longueur une bande lumineuse. Or cet aspect constant, modifié toujours selon les lois de l'optique, si on l'appli- que à des tubes qui ne soient pas exactement cylindri- ques mais étranglés aux extrémités ou prismatiques , est exactement celui que nous offrent tous les vaisseaux dont la membrane présente évidemment des trous ou des fis- sures soit borizontales soit en spirale ,* on ne peut donc révoquer en doute les fonctions de cette classe d'organes qui consiste à transmettre ou simplement à conserver des fluides aériformes. L'opacité des vaisseaux aérifères regardés par trans- mission, cesse toutes les fois que par l'effet de la capilla- rité de leurs canaux ou par une pression exercée sur eux, l'eau environnante a pu pénétrer dans leur intérieur et est parvenue à les remplir après en avoir chassé l'air. L'expulsion de l'air ne s'exécute cependant ni avec promp- titude ni avec facilité , surtout si le diamètre des vais- seaux est très-petit , et il paraîtrait que la membrane qui forme les vaisseaux aérifères n'a pas autant d'affinité pour l'eau que celle des vaisseaux remplis de liquide; j'ai ob- servé , en humectant les petites tranches de bois sec, que les. fibres se remplissaient d'eau et devenaient transpa- rentes immédiatement , tandis que les vaisseaux poreux ( **9 ) le devenaient beaucoup plus lentement ; il faut encore plus de temps pour que l'eau pénètre dans les ouvertures qu'on aperçoit dans ces membranes 5 l'air qui les en- vironne se fixe autour d'eux sous forme de sphère , et en produisant l'effet dune lentille concave, en cache la véritable apparence ; ce n'est qu'après quelques heures qu'un petit nombre de ces pores se remplissent d'eau et se présentent à l'œil sous leur aspect véritable et naturel , sous lequel cependant ils s'offriraient immé- diatement, si on avait humecté la tranche de bois avant de la plonger dans l'eau •, avec de l'huile , qui pénètre facilement dans toutes les espèces de membranes , il est probable que les illusions produites par l'air qui reste adhérent aux contours des ouvertures des vaisseaux, ont induit en erreur quelques observateurs par rapport à la véritable structure de ces pores. Le plus souvent les ouvertures des vaisseaux poreux ont un état semblable à celui des grands pores de l'é- piderroe. Au milieu d'une aréole ovale un peu convexe se montre une fissure étroite placée dans le sens du grand axe, et elle se voit, tantôt transparente, tantôt obscure suivant la direction du rayon lumineux et aussi selon qu'elle est plus ou moins ouverte. De cette ressem- blance de forme entre les orifices de l'épiderme et ceux des vaisseaux poreux, il est possible de déduire qu'ils sont destinés à remplir la même fonction, et comme il est hors de doute que les premiers livrent passage à l'air seulement , on doit présumer que les seconds sont éga- lement affectés au même usage. Cet argument tiré de l'analogie serait déjà presque suffisant pour prouver la vérité de la proposition encore même que nous manque- rions du secours du microscope qui nous en offre une ( 23o ) preuve plus directe. Si l'on consulte la fig. 3 , pi. i3, qui représente la section longitudinale d'un Rotang (i), on voit en ABCD , un fragment de membrane d'un tube poreux dans lequel se découvrent les renflemens ovales avec leurs orifices respectifs dans le centre , quoique l'amplification n'arrive qu'à i35 diamètres. La forme et la position des tubes poreux auxquels appartiennent les membranes semblables à celles ABCD, se revoit en P , fig. i , pi. i4, qui représente la section horizontale de la même plante. Je n'ai trouvé aucun végétal dans lequel le diamètre des tubes poreux soit plus considérable que dans celui-ci. Leur cavité se découvre à l'œil nu et même lorsque le fragment dn tronc a un pouce de longueur, Ja lumière se voit très-bien au travers en le présentant à la flamme d'une bougie. De cette manière on s'assure qu'aucun diaphragme ne se trouve dans leur longueur. Cependant si on coupe dans le sens de la longueur et par la partie centrale un de ces tubes , et si l'on con- sidère cette section au moyen de la lumière réfléchie, on voit aisément que çà et là , par petits intervalles , le tube est un peu étranglé et divisé en autant de petits tuyaux qui , joints bout à bout, produisent par leur réunion un vaisseau du genre de ceux que Link a nommés vaisseaux à cloisons fausses. ( Recherches sur l'Anatomie des Plantes , par K. Link.) Les partisans du système qui place dans les vaisseaux poreux la propriété de conduire le suc, auraient, dans le Rotang , un moyen bien facile de se convaincre que (i) Nous avons dans le commerce des baguettes de cette plante com- munément appelées Canne a sucre. La Canne d'Inde {Cala mus scipiotutm) présente une semblable organisation intérieure. (»3i ) cette opinion est erronée , et il n'est pas nécessaire d'a- voir vivant ce végétal , qui n'existe dans aucun jardin botanique de l'Europe , afin de pouvoir observer ces amples canaux poreux pendant que les autres vaisseaux du suc seraient remplis de leur liquide en pleine circu- lation. Car on peut encore se convaincre par l'examen de la plante desséchée , que dans les larges vaisseaux po- reux il n'a jamais circulé aucun suc, et vraiment si cela eûtété,nous en découvririons le résidu sous formede con- crétion solide , ainsi que dans les vaisseaux du suc où il se dépose le plus souvent en manière de croûte à la face interne de leur membrane. Or nous n'avons pas le moin- dre indice de cela dans nos vaisseaux poreux , dont les membranes sont, à leur partie intérieure, lisses, com- pactes, uniformes et seulement marquées çà et là de cal- losités qui proviennent des pores et de leurs orifices , et quiconque voudra faire le même examen dans toute la classe des vaisseaux poreux des autres plantes sèches , sera forcé d'avouer qu'ils sont privés dans leur intérieur de ce résidu solide que devrait laisser un suc évaporé , ou de cet enduit qui se rencontre dans les seuls vaisseaux du suc, dans les vaisseaux propres, dans les cellules, et qui en vient quelquefois au point d'obstruer toute leur cavité. Un encroûtement intérieur semblable se montre dans les tubes U V, fig. i , pi. 14, et il se dissout et dispa- raît quand on fait bouillir la plante dans l'huile et dans l'alcool. Alors les vaisseaux se montrent ouverts ainsi que le sont les tubes S de même nature que les tubes U , mais dessinés avec soin, et après l'ébullition du tronçon de plante. Les tubes V , par suite de l'action indiquée , acquièrent un calibre plus considérable sans «Ju'il arrive ( ?3s ) jamais à égaler celui des tubes U, dont la nature semble différente quoiqu'ils soient destinés l'un et l'autre à con- tenir du suc. Ces derniers ont une membrane épaisse et charnue assez perméable à la lumière et d'une couleur diilérentc. Si on plonge le petit fragment dans l'eau et qu'on l'examine au moyen de la lumière transmise , les vaisseaux V paraissent transparens et blancs , tandis que les vaisseaux U se montrent obscurs ainsi que l'indique la figure déjà citée. Mais au contraire , quand on fait usage de rayons réfléchis , et dans ce cas il n'est pas né- cessaire d'humecter la petite tranche , les tubes U pré- sentent une couleur de bois clair, et les tubes V une couleur assez brune , particularité reconnaissable encore lorsqu'on n'applique à cet examen qu'une lenlille simple d'un faible pouvoir amplifiant. Les deux sortes de vaisseaux U V se voient réunis dans chaque filet ligneux de la plante , et forment dans sa coupe transversale des espaces à peu près circulaires , qui ont pour centre un des grands tubes poreux P, et sont eux - même entourés des cellules C , qui s'éten- dent çà et là horizontalement , et dont la section longi- tudinale se voit en EFG , fig. 3 pi. i3. Les tubes V oc- cupent toujours une lunule de ces espaces à peu près circulaires , et quelquefois ils se réunissent encore en d'autres petits faisceaux placés de l'autre coté , ainsi qu'on le voit en R. ; observés dans la section longitudinale, ces deux espèces de vaisseaux offrent encore, outre la différence de teinte de leurs membranes qu'on a déjà si- gnalée , une diversité de forme ; ceux qui sont notés U étant plus anguleux ou ovales et interceptés plus fréquem- ment par les diaphragmes transversaux qui ne se rencon- trent que rarement dans la longueur des vaisseaux V. ( *» ) En définitive , on voit que les caractères respectifs de ces tubes indiquent assez que les vaisseaux U appartien- nent à la classe des vaisseaux fibreux , et les vaisseaux V à celle des vaisseaux propres. Quoique mon objet ne soit point de décrire ici les difiérentes espèces de vaisseaux du suc , je me suis per- mis cependant quelques considérations anatomiques re- lativement aux vaisseaux U et V , pour mieux faire con- naître les rapports de situation qu'ont avec eux les vais- seaux aérifères , rapports qui, dans le Rotang, se con- servent avec une régularité remarquable, et qui peu- vent fournir aux physiologistes un guide plus s*ûr pour arriver à la détermination particulière et précise des fonc- tions des divers organes. Nous avons vu que dans chaque filet ligneux se trouvait, au centre , un grand tube aéri- fère P. Or celui-ci ne communique point directement avec les vases V , mais il est entouré complètement d'une ou de plusieurs couches de vaisseaux U , qui adhèrent à sa membrane propre par simple contact , de manière que celle-ci en étant détachée , ils y laissent leur empreinte, ainsi qu'on a voulu le représenter en I (fig. 3, pi. i3), au moyen des lignes qui séparent une série de pores de l'autre. On voit parle moyen des mêmes empreintes , que les pores de la membrane ABCD se trouvent placés vis-à-vis du milieu de la surface du vaisseau U , et je penche à croire que les fentes horizontales des pores sont d'autant plus grandes que le diamètre des tubes sur lesquels ils s'appnyent, est lui-mèmeplus large. C'est ce qui me parait évident pour le Ptcris aquilina, dont j'ai dessiné un tube poreux, fig. 3 , pi. 12 , avec les empreintes de diverses grandeurs ABCD, BCFF , FLMP , etc., chacune d'elles provenant d'un tube adjacent. Et mon opinion qui place la cause de la grandeur des pores dans la largeur plus ou moins grande des vaisseaux du suc qui adhèrent A la membrane des tubes poreux , devient plus probable encore lorsqu'on se rappelle que dans les plantes à tissu mou les fausses trachées sont fréquentes , et que dans celles à tissu compacte se rencontrent seulement les vaisseaux poreux , munis de pores d'autant plus petits que le bois est plus dur ou les fibres plus déliées. Les pores ne sont pas toujours entourés d'un renfle- ment visible de la membrane. Ceux, par exemple, de la fïg. 3, pi. 12, en manquent tout-à-fait. Quelquefois dans le même tube nous trouvons des pores avec un re- bord , et d'autres qui sont privés de cet ornement -, comme on l'observe dans la fig. 3, pi. i3 , ABCD. Très-sou- vent le tube se montre dans un endroit sous la forme d'un vrai tube poreux , et , dans l'autre , sous l'aspect d'une fausse trachée. Toutes ces circonstances portent à penser que les tubes poreux et les fausses trachées sont de sim- ples modiûcations d'un même type. Quelques observa- teurs célèbres pensent que les trachées sont aussi pro- duites par une modification légère des deux précédentes espèces de vaisseaux } ces trois modifications , la trachée , la fausse trachée , le tube poreux se présentant quel- quefois dans le même tube. Il ne m'est cependant jamais arrivé de rencontrer cette espèce de vaisseau mixte , bien que j'aie fait quelques milliers de sections dans plusieurs espèces de plantes. A la vérité , cette cir- constance n'exclut pas la possibilité de leur existence , mais elle montre combien il est rare de rencontrer des vaisseaux d'une semblable forme. M. Mirbel dit (Elëm* (»35) de phys. végét. , Paris , i8i5) qu'une trachée du tronc peut se terminer dans la racine sous forme de vaisseau à chapelet, devenir fausse trachée dans le nœud situé à la base du rameau , parcourir celui-ci sous l'aspect d'un tube poreux et reprendre l'état de trachée dans les ner- vures des feuilles , ou dans les veinules des pétales , ou dans les filets des étamines. Cette proposition ne peut être qu'une simple hypothèse , puisque toute personne qui s'exerce à l'anatomie dés plantes comprend aisément l'impossibilité de suivre le trajet d'un vaisseau pendant un cours aussi long. Quoi qu'il en soit , il ne me paraît pas que la trachée puisse être rangée dans la classe des vaisseaux aérifères , comme une simple modification du tube poreux. La différence entre un petit orifice ou un grand , ou entre celui-ci et une longue fente transver- sale , est si légère qu'elle doit faire croire à l'identité des tubes qui ne diffèrent entre eux que par cette gra- dation insensible. Mais entre un tube percé ou un tube formé d'un ou de plusieurs filets , qui se contournent en spirale , j'observe une différence si grande , que je n'o- serai pas les confondre ensemble , et d'autant moins que les trachées occupent toujours dans le végétai un em- placement particulier, distinct de celui des tubes po- reux , avec lesquels elles n'ont aucun rapport même pour la largeur. Et, en effet, si on jette les yeux sur la fig. i , pi. 14, on découvre en T des orifices bien moindres que ceux indiqués en P. Or, les premiers sont les ouvertures des trachées de notre Rotang cons- i animent placées au milieu des vaisseaux de l'espèce U vis-à-vis de la face concave de la lunule formée par les vaisseaux V. Cette symétrie se maintient dans chaque filet ligneux qui a pour centre P, le nombre des trachées ( 236 ) qui y sont contenues étant seul sujet à varier. Outre les trachées, il existe dans chaque filet ligneux deux groupes de vaisseaux L placés, à leur égard, comme aux deux sommets d'un triangle , et% peu près de môme diamè- tre. Leurs membranes sont très-minces et ne m'ont pré- senté aucun indice de porosité , et je ne saurais mainte- nant à quelle classe d'organes les rapporter, ne m'étant pas suffisamment occupé d'étudier leur structure. Il me suffit d'avoir fait remarquer dans cette plante la position régulière de ses trachées , et la disproportion considé- rable qui existe entre leur diamètre et celui des tubes poreux P $ disproportion que Link n'a pas admise ( Ann. du Muséum , X , ann. IV, p. 328 ) , puisqu'il tire de la supposition contraire un argument pour prouver que ces vaisseaux appartiennent à la même classe d'organes et ont la même fonction ; et il s'appuie encore de ce que , en l'absence des vaisseaux spiraux, tous les autres vaisseaux poreux ou à chapelets , ou fausses trachées , etc. , man- quent également. Mais les faits parlent contre cette opi- nion ; et le Rotang n'offre pas seul l'exemple d'une dif- férence de diamètre entre les vaisseaux spiraux et les tubes poreux -, je pourrais en citer d'autres encore , comme aussi je pourrais indiquer des plantes dans les- quelles existent des trachées sans tubes poreux. Dans un rameau de Citrouille ( Cucumis saliva) , j'ai trouvé des tubes poreux ayant une membrane très-forte et peu dia- phane , trois fois plus gros que les trachées formées d'une spire délicate et transparente. Au centre de la racine de Y Agapanthus umbellatus , j'ai vu un faisceau de gros tubes poreux , avec quelques trachées égales à peu près en diamètre au sixième de leur propre ouver- ture. Les racines du Crinum erubescens m'ont montré ( »3 7 ) ' des trachées sans aucune fausse trachée ou tnhe poreux , et elles y étaient contenues en tel nombre et de telle grosseur, qu'en les déchirant, j'ai pu voir encore leurs filets à l'œil nu. Enfin , quoiqu'il me semble inutile de m'étendre davantage dans cette énumération , le Nym- phœa lut eu m'a montré de très-petites trachées T ( fig. 'S, pi. ii), situées au milieu de faisceaux de tubes fibreux. Les tubes poreux sont remplacés par de larges lacunes dans lesquelles prennent naissance des organes d'une structure particulière, qu'aucun naturaliste, à ma con- naissance , n'a encore décrits. Ceux-ci se composent de cellules polyèdres C , lesquelles sont implantées dans le tissu M formé de vaisseaux du suc , et chacune d'elles sert de base à quatre ou cinq petits tubes coniques S., qui divergent de là dans l'espace vide des lacunes. La mem- brane charnue , soit des petits tubes , soit de la cellule qui leur sert de base , est recouverte de callosités au centre desquels il me semble avoir vu une ouverture à la manière des tubes poreux. La présence de ces organes se manifeste même à l'œil nu en donnant un aspect velu à la paroi intérieure des lacunes, lorsqu'on la regarde dans le sens de la longueur , en se dirigeant du côté de la lumière qui peut pénétrer d'un bout à l'autre , puis- que dans toute la longueur du pétiole il n'existe aucun diaphragme. Les nouveaux organes que j'ai trouvés dans le Nym- phœa lutea, sont sans doute analogues à ceux que M. Mir- bel a rencontrés dans les lacunes du Myriopkillum (Journ. de Phys., messidor an IX, pi. i, fig. 2), et servent peut-être au même usage. Ayant été curieux de répéter l'observation de ce célèbre naturaliste , j'ai vérifié sa description, et les parties saillantes au-dehors du tissu ( a38 ; sont aussi de petits corps de forme globuleuse hérissés de pointes comme l'enveloppe des fruits du Maronnier d'Inde. Seulement leur couleur qui lui a semblé verte m'a paru blanclie de môme que les autres membranes , en regardant l'objet par réflexion. Mais au moyen de la lu- mière transmise et les petits corps étant immergés dans l'eau ou dans un autre fluide , ils ne présentaient aucune couleur et paraissaient complètement opaques. Ce qui donne lieu de penser que dans leur intérieur se trouvent des vides qui empêchent le passage de la lumière , qui devrait les traverser à cause de leur extrême ténuité, s'ils contenaient quelque matière liquide , même la moins diaphane possible. Si M. Mirbel eût accordé un peu plus d'attention aux organes qu'il avait découverts , et qu'il eût mis de l'intérêt à rechercher l'existence d'organes analogues dans d'autres plantes, il est probable qu'encore qu'il fût préoccupé de l'idée fausse qui ne lui permettait pas d'admettre l'existence des méats intercellulaires , il n'aurait peut-être pas assuré que les lacunes proviennent . du déchirement de certaines parties plus faibles du tissu cellulaire. Et en vérité si la disposition régulière et symé- trique des lacunes dans le tronc des végétaux , si l'ar- rangement bien coordonné des cellules et des tubes qui circonscrivent ces vides, si enfin l'élégante union des cellules qui constituent leurs diaphragmes transversaux , sont autant de circonstances propres à fortifier l'opinon que leur origine ne dépend J)as de cette lacération ac- cidentelle , la découverte de nouveaux organes tout-à- fait difTérens du tissu cellulaire adjacent , ne laisse plus aucun doute là-dessus. Je crois pourtant avec d'autres observateurs , et spécialement avec M. Rudolphi , que les lacunes sont des réservoirs d'air nécessaires ( *3 9 ) À la végétation. Mais est-ce simplement de l'air atmos- phérique introduit au moyen des canaux et des pores placés à la superficie des plantes? Ou plutôt est-ce un air particulier produit par l'acte de la végétation et mis en dépôt pour être , suivant le cas , absorbé par les autres organes, et peut-être par ceux-là môme qui l'avaient d'abord sécrété ? Les faits que j'ai rassemblés à ce sujet , montrent que l'une ou l'autre de ces causes peut agir suivant la nature de la plante. Les grandes la- cunes du Caulinia fragilis , sont évidemment remplies d'un air qu'elles ne peuvent recevoir directement de l'atmosphère, puisque cette plante manque de pores corticaux et se trouve constamment placée sous l'eau. Il est donc manifeste que cet air ou gaz est le résultat d'une fonction de la plante vivante par laquelle peut-être l'eau est décomposée en gaz hydrogène et oxigène (i). Or , si cette propriété appartient au Caulinia , il est raisonnable d'admettre que les autres végétaux jouissent aussi de cette même faculté , et déposent dans les cavités corres- pondantes le gaz particulier qu'ils produisent. Une telle supposition est appuyée par le fait que les lacunes des autres plantes qui croissent hors de l'eau n'ont aucune communication visible avec les pores corticaux exposés à l'atmosphère. Les feuilles du Nymphœa , par exemple , sont garnies à leur face supérieure d'une multitude de pores *, mais l'air qui passe par ceux-ci ne peut arriver (i) Si les chapelets de'couverts dans l'intérieur des vaisseaux du suc , et qui produisent, ce mouvement giratoire du fluide , sont autant de piles voltaïques , cette décomposition de l'eau pourrait être un effet bien naturel de leur action. II serait bien inte'ressant pour cela d'a- nalyser Pair inclus dans ces lacunes , mais je n'ai pas encore cherche' à le récolter. ( =>4° ) aux cellules L , iig. ao , parce que le tissu membraneux qui les entoure est partout continu, et n'offre à l'œil aucun trou. Les seuls méats ou canaux intercellu- laires A, communiquent immédiatement avec les grands pores externes} et l'air atmosphérique ou tout autre air, selon que l'exige l'économie vitale, peut circuler libre- ment dans ces intervalles, et passer de la partie externe à la partie interne de la plante et vice versa; j'ai dit que les lacunes de diverses plantes ne présentent pas un che- min direct de communication avec l'atmosphère, mais on en voit un grand nombre dans lesquelles le passage libre de l'air existe manifestement. U'AUsma plantago contient une quantité considérable de lacunes ( L fig. 35) , séparées latéralement l'une de l'autre par une seule couche T de cellules ou petits vaisseaux du suc , et cou- pées en travers par des diaphragmes élégamment perforés. Or cette couche unique , cette lame de tissu qui les cir- conscrit à l'intérieur, étant formée de petits tubes étran- glés aux extrémités , présente dans les nœuds de ceux- ci des vides qui non-seulement permettent à l'air de cir- culer sans obstacle d'une lacune à l'autre dans l'intérieur de la plante , mais qui lui donnent encore un libre pas- sage pour communiquer directement avec l'atmosphère j en effet les grands pores corticaux sont situés précisé- ment vis-à-vis les vides que nous venons de décrire. Ce fait est tellement clair dans \Alisma , que je ne doute pas qu'il ne convainque tous ceux qui douteraient encore de l'existence des méats intercellulaires , ou qui , tout en les admettant , supposent qu'ils servent à conduire des sucs (i). (i) La figure 36 représente, dans le sens de ia longueur, le petit ( Ut ) Quoi qu'il eu soit , l'anatoraie nous apprend qu'il existe deux espèces de lacunes remplies d'air, les unes ayant pour orifice ou bouche les pores corticaux, et les autres ne montrant aucune communication avec l'extérieur de la plante. En faisant attention aux circonstances de cette diversité dans les exemples que j'ai cités, on découvre que la dernière espèce de lacune existe daus les plantes qui manquent de tubes, poreux ; serait-il donc vrai que les fonctions se suppléassent les unes par les autres , et que les tubes poreux eux-mêmes conservassent un air qui ne serait pas arrivé directement du fluide ambiant , mais qui aurait été déposé par des organes capables de le sé- parer dans l'intérieur du végétal? Sans m'étendre sur cette question , je dirai qu'il y a quelques raisorjs d'ad- mettre comme probable cet usage des tubes poreux. Et d'abord ils sont toujours situés au milieu des faisceaux de tubes fibreux entre lesquels ou ne peut découvrir aucun interstice. En second lieu, ils n'arrivent jamais à la surface de la plante , mais ils se terminent en se liant à un tissu très-fin qui les entoure de toutes parts. Enfin , leurs pores sont appliqués contre les membranes des vaisseaux environnans , ainsi que je l'ai déjà dit en parlant du Rotang, et ils sont joints de telle sorte qu'il ne ma pas été possible de voir aucun intervalle séparant les deux membranes ( Voy. S P , fig. i , pi'. i/}). La situation des tubes poreux , au milieu d'un tissu plus tube T, de VAlisma avec les interstices m , lesquels établissent la com- munication de l'air daus les lacunes, et sont d'autant plus nombreuses qu'ils sont plus rapprochés des diaphragmes horizontaux. A B. Dans *a Gg. a, pi. 14, les filets F, d'un tissu très-fin contenant des fausses tracheo . m irMtJMNrf IMréu* À jetft*ftjAe encore des vaisseaux propres. Tome IL iG ( *4* ) serré, est sensible dans les petites côtes ou nervure» des feuilles , et dans toutes les plantes qui contiennent des filets ligneux. On en voit encore un exemple dans la section transversale de la Chèlldoine , fig. i , pi. 4i , où les embouchures des tubes dont il s'agit, se voient en P , et sont mêlées avec les embouchures des trachées TE qui, de même que les tubes poreux, ne semblent, pas pouvoir se mettre en contact avec l'air des méats inter- cellulaires AB , lesquels établissent une communication entre la grande lacune centrale de la tige C et l'atmos- phère au moyen des pores de l'épiderme XY. Les méats se prolongent d'une manière visible seulement jusqu'à une couche de tissu cellulaire Q , remplie de grains verts , qui entoure le filet ligneux. Toute la partie circonscrite par cette couche cellulaire n'offre qu'un assemblage de tubes membraneux étroitement unis , et dont la nature assez différente mérite d'être connue. Les vaisseaux aériens sont donc accompagnés , dans cha- que filet, par deux sortes de vaisseaux du suc, distincts, non-seulement par la qualité des liquides qu'ils renfer- ment , mais encore par leur forme et par la place qu'ils occupent dans le filet lui-même. Les vaisseaux F de la première espèce entourent tous les vaisseaux aériens, contiennent un suc aqueux pres- que blanc, et sont de la nature des tubes désignés sous le nom de fibreux. Les vaisseaux de la seconde sorte , qui ne se trouvent jamais en contact avec les vaisseaux aériens, forment une grande parlic du filet; ils sont séparés en H et pleins d'un suc fortement coloré en jaune. Ce sont les vaisseaux appelés propres ; on en re- trouve encore quelques petits faisceaux de l'autre côté des tubes fibreux en R. Lorsque ces deux espèces de ( '43 ) vaisseaux ne contiennent plus leurs sucs respectifs , il devient difficile de les distinguer les uns des autres dans une coupe longitudinale; mais dans une section trans- versale , les membranes des tubes propres paraissent charnues et de couleur jaune clair, tandis que celles des tubes fibreux sont d'un blanc cendré et minces. Cette différence devient plus sensible si on coupe la tige près de la racine, lorsque la plante est dans son plus grand développement. La fig. 2, pi. i3 , fait voir une section longitudinale de la lige de la Chélidoino , dans laquelle on a désigné, par les mômes lettres, les vais- seaux que nous avons indiqués dans la section transver- sale. Si on fait attention a la structure du filet ligneux de la Chélidoine , on reconnaîtra que celui-ci est com- posé des mêmes parties que nous avons distinguées dans le filet du Rotang , fig. 1 , pi. i/j* Les vaisseaux F cor- respondent aux vaisseaux U \ les vaisseaux H aux vais- seaux V. Quant aux vaisseaux aériens de la Chélidoine , ils n'offrent pas cette distribution régulière que l'on rencontre dans les vaisseaux aériens du Rotang , et que Von trouve dans beaucoup d'autres plantes, chez les- quelles on découvre cette loi constante que les vaisseaux fibreux entourent les vaisseaux aériens , et qu'auprès des premiers se placent les vaisseaux des sucs propres. Il résulte de ces dernières considérations sur l'usage des vaisseaux poreux, qu'il est très-probable que l'air qu'ils contiennent n'a pas une communication directe avec l'atmosphère , et qu'il est plutôt le résultat d'une séparation interne opérée par des organes propres.. On doit , avec d'autant plus de raison , admettre cette pro- priété, que la structure de la Chélidoine, que j'ai donnée comme exemple, présente d'autres canaux x c'est-à-dire 16^ ( *44 ) les canaux intercellulaires , au moyen desquels l'air at- mosphérique peut circuler librement dans toutes les parties internes de la plante , en passant par les fissures des pores corticaux. Mais dans les plantes ligneuses , et précisément dans le bois qui n'offre pas d'interstices visibles entre les cellules, on pourrait opposer, en se fondant sur la non communication des tubes poreux avec l'extérieur, que l'air atmosphérique d'une si grande importance pour la végétation , serait alors privé d'une route pour s'introduire facilement dans le corps du vé- gétal. On ne manquerait pas de réponse satisfaisante à cette objection , si l'anatomie ne nous en fournissait pas une qui lève toute difficulté. Je veux dire que dans les plantes ligneuses la nature a substitué d'autres canaux pour remplir les mêmes fonctions que les canaux inter- cellulaires existant dans les plantes herbacées. Ce sont les rayons médullaires. En voici un exemple dans la partie ligneuse du chanvre ( Cannabis saliva ). Que l'on fasse les trois sections transversale, longitu- dinale par l'axe , et longitudinale excentrique , on verra dans cette dernière les grands vaisseaux poreux , et en outre d'autres membranes poreuses placées à la suite les unes des autres , formant dans le sens vertical des veines de cellules perforées qui alternent avec des séries de simples couches de vaisseaux fibreux. Dans la sec- tion longitudinale par l'axe , on aperçoit les grands vais- seaux poreux et les tubes fibreux sans pores ; les veines de cellules perforées ne se distinguent plus , mais on voit un tissu réticulaire en rectangle qui recouvre le tissu fibreux et les grands vaisseaux poreux. Les lignes qui constituent le tissu réticulaire paraissent ondulées et chagrinées , de sorte que s'en tenant à l'apparence , on («45 ) les croirait composées d'une série de corpuscules accolés les uns à la suite des autres. L'aspect chagriné est plus sensible dans les lignes verticales que dans les lignes horizontales. Enfin , dans la section transversale , on distingue les ouvertures des grands tubes poreux et celle» des tubes fibreux , et Ton découvre des séries de mem- branes poreuses qui s'étendent du centre à la circonfé- rence en se présentant sous la forme de petits tubes articulés. Comparant maintenant entre elles ces obser- vations , et considérant, i° que la distance d'un dia- phragme à l'autre dans les veines des cellules poreuses de la section longitudinale excentrique est égale à la dis- tance des lignes horizontales du tissu réticulaire dans la section longitudinale sur Taxe -, 2° que la distance des lignes verticales du réseau , dans cette dernière coupe , est égale à la distance qui s'observe entre les deux dia- phragames d'un des tubes articulés qui se voient dans la section transversale ; 3° qu'enfin , la largeur ou le dia- mètre des petits tubes articulés est égal dans les deux sections transversale et longitudinale excentrique , on dé- duit de tout cela que l'apparence du tissu réticulaire décrit plus haut , résulte de ce qu'on voit de profil les membranes poreuses qui paraissent seulement dans les deuxautres sections ; et que l'aspect des lignes ondulées du tissu réticulaire est dû à la prééminence des bourrelets entourant les trous de ces mêmes membranes. II existe done dans le chanvre des séries de petits tubes de la forme à peu près d'un parallélipipède , allant du centre à la circonférence et à parois horizontales percées. Les deux autres parois perpendiculaires , à la direction du rayon du tronc , sont aussi percées -, et les deux seules parois latérales sont en contact avec les tubes fibreux , ne ( *46) laissant apercevoir aucun pore. Maintenant que nous avons prouvé que les membranes à pores visibles donnent pas- sage à l'air seulement, nous sommes en droit de con- clure que les petits tubes parallélipipèdes, ou, en d'au- tres termes , ces rayons médullaires établissent la com- munication de certaines parties intérieures du bois avec l'atmosphère. Une structure semblable à celle du ligneux de chan- vre se retrouve dans Y Asclepias sfriaca ; et comme il contient une grande quantité des rayons médullaires de l'espèce qne j'ai décrite , cela a donné lieu à un célèbre naturaliste de penser que le tissu ligneux tout entier était perforé. Mais il est de fait qu'on ne découvre au- cun indice de porosité dans les membranes des vais-* seaux du suc , lors même qu'on emploie le plus fort grossissement de mon microscope. M'appuyant sur plu- sieurs observations qui me sont propres, je pense que dans tous les végétaux l'eau et les sucs pénètrent dans leurs vaisseaux en traversant des trous invisibles des membranes. Divers faits portent encore à le croire, et principalement les tubes du Chara, dans lesquels il m'a été impossible de découvrir aucune espèce de trou, bien qu'ils soient les plus grands vaisseaux que j'aie trouvés, et peut-être les plus développés parmi toutes les plan-^ tes (i). On ne peut cependant nier, quoiqu'ils soient privés de pores visibles, que le fluide ne pénètre leurs membranes, et cela en très-peu de temps. On voit en un instant l'eau salée , l'eau chargée de sucre , filtrer dans l'intérieur du végétal, détruire le mouvement du suc et désorganiser les chapelets , tandis que la raem* i) J'ai trouve dos tubes de Chara vulgaris longs de quatre pouces et ayant un diamètre interne d'un tiers de ligne du pied de Paris. CW.) brane ri est , en aucune manière, attaquée, et pré- sente toujours le même aspect. Tous les observateurs ne conviennent-ils pas en outre que les vaisseaux pro- pres manquent toujours de pores ? Et qui ignore qu'à l'intérieur de leur membrane ebarnue il existe un suc plus élaboré et plus dense ? Si donc il arrive que ce suc passe d'un vaisseau à l'autre , s'il circule librement dans les canaux sans le secours de pores visibles , pour- quoi trouverions-nous indispensables les grandes ouver- tures dans les membranes des autres vaisseaux pour fa- ciliter le passage et la circulation d'un suc moins éla- boré et moins dense. La nature , autant que mes recher- ches me l'indiquent , n'a pas voulu probablement pré- senter à nos regards ces orifices dont l'existence est seu- lement démontrée par le raisonnement. Quand j'ai dit que les rayons médullaires étaient des vaisseaux aériens , et que je m'en suis assuré dans le chanvre et dans Yjésclepias syriaca, je n'ai pas prétendu toutefois affirmer que les vaisseaux dirigés du centre à la circonférence soient dans toutes les plantes de sim- ples conduits d'air. Il peut se faire que dans certains végétaux ils apportent encore des sucs , et qu'ils soient d'un genre différent de ceux que j'ai décrits; et cela ne me surprendrait en aucune manière, car je vois les nom- breuses variations qui se présentent dans la structure des diverses plantes , lesquelles , malgré plusieurs caractères communs et constans qu'on leur observe , diffèrent sous tant d'autres rapports, qu'à proprement parler, il n'y a pas de végétal dont l'organisation interne puisse être regardée comme parfaitement semblable à celle d'un autre , fût - ce dans la même espèce. Mais pour ce qui regarde ces rayons médullaires , je me propose d'en parler plus au long dans une autre circonstance. ( »4« ) Le sujet du présent article nous porterait encore à discuter ici la prétendue transformation réciproque des tubes poreux et des trachées ; mais si , aux tfès-bonnes raisons qui ont déjà été données , on ajoute les réflexions exposées plus haut sur la diversité de situation , la dif- férence de grandeur, la dissemblance de forme, et l'ab- sence dans quelques plantes des uns ou des autres de ces organes , il me semble que la question est suffisam- ment décidée par tout cela. Et je crois , sans aucun doute, que les vaisseaux de ce genre ne changent pas de nature depuis leur naissance jusqu'à leur dernière vieil- lesse , c'est-à-dire, que je pense qu'un tube poreux, par exemple, reste toujours tube poreux, et ne se trans- forme pas avec le temps en trachée et vice versa» Quant à l'autre discussion, si la spire de la trachée est creuse t>u non à l'intérieur , et si elle forme un canal pour le suc , je me bornerai à répondre que cette question restera in- décise tant qu'on n'aura pas de moyens optiques , que peut-être nous ne posséderons jamais , capables de faire voir la structure de la membrane des végétaux, car la dimension de la spire de la trachée ne surpasse pas la grosseur de la membrane des autres tubes , dans laquelle aucun observateur n'a jamais cru pouvoir découvrir les canaux pour le transport des fluides. Indication abrégée des plantes de la Flore du Brésil méridional , qui appartiennent au groupe des Droséra- cées , des Violacées , des Cistées et des Frankeniées (i). Par M. Adgdste de Saint-Hilaire. . t i. Drosera sessilifolia\ foliis radicalibus , sessilibus , i . , (i) Les espèces désignées par de plus petits caractères , sont les seules «jui fussent déjà connues. ( «4» ) «umatis, apice oblusissimo lacinialo- ciliatis, usque ad médium ciliato-glanduliferis , basi subtùsque nudiuscu- lis ; stipulis ciliato-mullipartitis ; scapo complanato gla- bro \ calycibus glanduloso-pubcscentibns : stylo 5-partito. a J>. montana ; foliis radicalibus , brevibus, oblongis, obtusissimis, in pctiolum brevissimum attenuatis , suprà marginibusque ciliato-glanduliferis, utrinquè pilosis -, stipulis lincaribus usque ad médium laciniatis ; scapis < omplanatis , glanduloso-puberulis; rachi pedicellis ca- lyci busqué glanduloso-pubesccntibus. 3. D. tomentosa; foliis radicalibus, oblongo-ellipticis, obtusissimis , margine ciliato-glanduliferis , suprà sub- dliaiis, subtùs villosis j petiolo lamina 5-piô breviore -, stipulis usque ad médium ciliato-multifidis ; scapis rectis , lomeniosis , apice glanduloso-puberulis*, calycibus dense glanduloso-hirtellis. j. D. lùrlella; foliis radicalibus, spathulatis , lamina obovato-rotundà, utrinquè et praecipue suprà margineque < ili.ito-glanduliferà \ petiolo lamina duplô breviore \ sti- pulis 3-partitis, lacinialo - ciliatis -, scapo basi ascen- dente, molliter hirsuto, apice pubescente:, calyce glan- duloso-hirtello. . r ). D. parvifoliaî foliis radicalibus , parvis, subspa- thulatis; larainà subrotundà , basi attenuatà vel obo- vatà, obtusissimà suprà margineque ciliato-glanduii- l( i i .snblùs glabriusculà; petiolo utrinquè villoso ; scapo 1mm ascendente , glabriusculo , 2-3 floro ; laciniis caly- < mis glanduloso-puberulis , linearibusi> *a cutis* 6. D. maritima \ foliis radicalibus, spathulatis, subcx- s'ipulalis -, lamina cuneato-rotundà , suprà ( ilialo-glan dulifeià . marginibus ciliato - lacinialà , snluùs nfloiitHi culà ; petiolo lamina» sub.nquali -, scapn brevi filifonni . ( *5o ) basi leretiusculo , supcriùs complanato , glanduloso- pubemlo., supernè calycibusque glanduloso-pubesccn- tibus. 7. D. internieJia Drev. u. Hayne D. longifoliaL. 8. D. commuais, foliis radicalibus , spathulatis j la- mina obovatâ obtusissimâ , suprà marginibusque ciliato- glanduliferà, subtùs nudiusculâ -, stipulis capillaceo-multi- partitis ; scapis subascendentibus , rachi foliisque mul- toties longioribus , glabris vel basi subvillosis -, calycibus 5-partitis , glanduloso-puberulis. 9. D. villosa -, foliis radicalibus , lineari-lanceolatis , in petiolum attenuatis, larninâ suprà marginibusque ci- liato-glanduliferâ , subtùs villosa 5 petiolo utrinquè vil- loso *, slipulis a-partitis, laciniato-ciliatis^ scapis erectis , foliis 4-pl° longioribus } serainibus oblongis, striatis transversè reticulatis. 10. D. ascendens-, foliis radicalibus, linearibus, basi subattenuatis , subtùs villosis, suprà marginibusque ab apice usquc ultra médium ciliato-glanduliferis ; scapis ascendentibus 5 pedicellis omnibus ebracteatis ; calycibus glanduloso-puberulis. 11. D. graminifolia 5 foliis radicalibus , sessilibus , li - nearibus, longis, erectis , marginibus supràque glandu- loso-ciliatis , subtùs villosis ; stipulis ovalis apice laci- niato-ciliatis , scapo 3-angulaii , villoso , simplici. \i. D.spiralis-, foliis radicalibus , sessilibus, lineari- bus, longis, demum spiraliter contortis \ stipulis lanceo- latis , apice vix ciliatis 5 scapo complanato , glanduloso- pubescente , bifido. 1. Viola gracillima, caulescens , glaberrima , eau le filiformi , foliis parvis , latè cordatis obsolète remotèque dentatis ; slipulis lanceolato-subulatis , vix dentatis; pc- (*5. ) dunenlis folio muhoties longioribus ; calycinis divisiui* acuminatis ; stylo subulato. i. V» subdimidiata ; caulescens , glaberrima 5 foliis cordato-ovatis , acutis , inequilateris , dentatis ; stipulis oblongolanceolatis, inciso-ciliatis ; pedunculis folio bre- vioribus , laciniis calycinis ovato-oblongis , acuminatis \ stylo subulato. 3. V* cerasifolia, caulescens, glaberrima -, foliis ap- proximatis, lanceolatis, acutis, dentatis-, stipulis oblongo- lanceoîatis acutis , basi auriculatis , inciso ciliatis \ pe- dunculis folio saepiùs brevioribus ; laciniis calycinis acu- minatis ; stylo subulato. 4. V* conforta, caulescens, glaberrima; foliis con- fertis , ovato-lanceolatis , acutis , tenuiter dentatis -, sti- pulis latè linearibus , oblusissimis , inciso-ciliatis *, pe- dunculo folio subaequali ; laciniis calycinis lanceolato-li- nearibus , acutis -, stylo subulato. 5. y. odorata L . 1. Glossarrhen .<..'.. (1) caule ramosissimo; foliis obovatis lanceolatis , basi cuneatis , supernè dentatis ; pedunculis pubescentibus ; petalo inferiore calyce ferè 3-plo longiore. 1. Noiiettia longifolia Kunth. — fiota Longifolia Poir. 2. N. galeopsifolia , glaberrima, caule subberbaceo , simplici, 3-angulari, subalato : foliis lanceolatis, subacu- (i) L'auteur avait indique cette plante dans ses manuscrits, sous le nom de ramnsissimus , la croyant , d'après la description de M. Gin- gins, différente des G. parviflorus et Jloribundus Mart. ; mais une note manuscrite insérée dans le dernier volume des Actes des curieux de la Nature, lui ayant donné quelques doutes, il a envoyé la plante» M. IMartius, qui seul peut résoudre ces doutes j suivant la réponse de ce savant, la plante portera le nom de ramosissimus , ou celui de par- yiflorus. ( *» ) minatis , acutis , serratis; floribus subracemosis-fascicu- latis j pedunculis ebracteatis 5 ovario saepiùs i5-spernio. 3. Noisetda roque feuillana; glabra, caule fruticoso , scandcnte , ràmoso *, foliis oblongo-lanceolatis , acumi- natis , basi subacutis, serratis , acumine integro , acu- tissimo saepiùs falcato -, pedunculis bracteatis 5 floribus saepiùs racemosis. AJVCHIETEA (gen. nov.); calyx 5-partitus, infcriùs nulle modo productus , persistens ; divisuris inaujualibus. Petala 5 valdè inaequalia , decidua ; superiora 2 , minora j intermedia 2 longiora 5 infîmum om- nium maximum, basi gibboso-calcàratum , uhguiculatnm. Stamina 5 : tilamenta ferè usque ad apicem coalita : antherae in appendieem mem- bran&ceain apice produclae, immobiles, anticœ , a-loculares , longitror- sum déhiscentes. Ovarium superum. Stylus i.Stigma obtusissimum. Capsula maxiraa , vesiculosa , inflata , obtusa , 1 loc. , 3-valvis , polys- permaj valvulis membranaceis, medio seminiferis. Semina biseriata , magna , valdè complanata , membranâ cincta , ad umbilicura cmargi- natâ. Umbilicus marginalis. Integumentum duplex 5 utrumque mem- branaceum. Perispermum magnum, carnosum. Embryo rectus in basi perispermi : cotyledones planae orbiculares, magna; : radicula umbili- cum ferè attingens. 1 . Anchietea salutaris. 1. Ionidium commune ; caule herbaceo aut saepiùs suf- fruticoso pubescente -, foliis alternis, intermediis lanceo- latis, acuminatis, dentatis, basi integerrimis, vix pube- rulis ; stipulis parvis, linearibus, integerrimis 5 staminibus glaberrimis ; filamentis lobis antherae 3-plô brevioribus. 2. /. setigerum; caule suflfruticoso, pubescenle; foliis alternis, oblongo-lanceolatis , acuminatis, acutissimis , dentatis , puberulis 5 stipulis pedunculorumque bracteis multipartito-ciliatis -, calycinis laciniis pinnatifidis, ci- liatis. 3. /. sylvaiieum -, caule suflTruticoso pubescente ; foliis alternis , intermediis ovatis , acuminatis , acuto dentatis , basi puberulis \ stipulis parvis , linearibus , integerrimis ; calycinis laciniis lincari-lanceolatis , acuminatis, acutis (»53; integerrîmis ; filamentis lobis antbera subaequalibus , antherarum superiorum conneclivo pubescente. 4- /• Guaraniticum ; caule suffruticoso glabro ; foliis alternîs lanceolatis , glabris; stipulis parvis, linearibus, membranaceis , glabris ; laciniis calycinis oblon go-la nceo- latis , acuminatis , acutis , integerrîmis. 5. /. bicolor % villosum ; caule suffruticoso, subsimplici ; foliis alternis , lanceolatis, acutis, insequaliter dentaiis, basicuneatâ integerrîmis; stipulis linearibus , integerri mis ; racemis terminalibus simutque saepè axillaribus ; pe- dicellis ebracteatis ; calycinis laciniis integris , valdè inae- qualibus. 6. /. album ; caule suffruticoso, dilluso , pubescente; foliis alternis, lanceolatis, utrinquè acutis , tenuiter ser- ratis; stipulis scariosis ; pedunculis ebracteatis ; laciniis calycinis lanceoîato-oblongis , acuminatis , integerrîmis, hirtellis, ciliatis. 7. /. squarrosum ; caule suffruticoso ; ramis birsutis ; foliis alternis, lanceolatis , acuminatis , acutissimis , ser- ratis , basi integerrîmis , villosis ; stipulis lineari-lanceo- latis, valdè scariosis; laciniis calycinis oblongo - lineari- bus , obtusis , pinnatifidis , apice integerrîmis, bispidis. 8 /. villosisùmum ; caule suffruticoso , villosissimo ; foliis alternis lanceolatis, utrinquè acutis, serra lis , vil- losis, integerrîmis , scariosis ; calycinis laciniis pinnati- fidis hirsutissimis , pelalo inferiore maximo subsemi-or- biculari , cuspidato , basi obliqué truncato. 9. /. Ipecacuanha Aug. de S. H. Mena. Mus. vol. IX. — Ipecacuanha bruanca Pis. Mat. Bras. 101. — Calceolaria caule sim- plici hirsuto , floribus axillaribus Lœfl. it. i84- — Viola Calceolaria ' Ipecacuanha Lin. sp. pi. i3*7 et Mat. 484-— Piola itoubou Aub. Guy. a. p. 808. ttb. 3i8 — inodium Ipecacuanha et Calceolaria Venf. Malni. p. a8 et 27. — Pombalia Ipecacuanha Vaudcll. Fasc 7 , t. 1 . — lonùf. ( M) Jtubu Runth. Nov. geu., vol. Y, tab. 4g6. — Pombalia Itubu Gins in Dec. Prod. i. p. 3o7« 10. /. poaya hirsutissimum 5 caule suffruticoso, saepiùs simplici *, foliis alternis , subsessilibus , ovatîs , basi sub- cordatis, acutiusculis, obsolotè dentatis ; stipulis lineari- bus scariosis , integerrimis, vix manifestis 5 petalo infe- riore maximo latè obcordato -, filamentis extùs apice barbatis -, antherarum processu membranaceo, minimo. 11./. lanatum] caule simplici j foliis alternis j inter- mediis ellipticis , obtusis , breviter cuspidatis, integerri- mis ; stipulis lineari-subulatis , integerrimis , scariosis, petalo inferiore maximo, latè cordaîo; filamentis antherae lobis longioribus. 12. /. nanum j caule nano } foliis alternis ; supçrioribus quandoquè suboppositis lanceolatis, acutiusculis, dentatis, basi integerrimis, pubescentibus vel pilosis, petiolo bir- suto 5 stipulis parvis , linearibus, acutis -, laciniis calycinis lanceolatis , acuminatis , integerrimis , birtellis. i3. /. parviflorum Vent. — Viola parviflora Lin. sup. 14. /• glutinosum Vent. , Viola pavvijlora Poir. i5. /. oppositifolium R. et Schult. — Viola oppositifolia L. 16. /. bigibbosum -, caule suffruticoso -, foliis opposi- tis, oblongo-lanceolatis, acuminatis, obsolète dentatis, glabris } nervo medio pubescente ; floribus omnibus axillaribus ; calycinis laciniis integerrimis , tenuiter ci- liatis ; petalo inferiore basi bigibboso. 17. /. atropurpureum ; caule suffruticoso 5 foliis în- ferioribus ovatis ; superioribus lanceolatis ; omnibus acu- minatis, acutis, obsolète serratis, glabris ; stipulis caducis ; floribus omnibus racemosis , parvulis ; calycinis laciniis integerrimis , tenuiter serratis ; petalo inferiore lalera- libus vix majore. 1. SPATHULARIA LONGÏFOUA. (V. Mem. Mus., vol- ( *55 ) X , foins alternis et oppositis aut suboppositis , oblongo-laoceolatis , basi acutis, apice acuminatis, reraoté obsoletèque serratis. i. Conohoria lobolobo A. S.-H. , Mem. Mus. , vol. X. 2. C. castanefolia \ foliis alternis et suboppositis , oblongo-lanceolatis, argutè serratis, mucronatis; racemis simplicibus ; pedicellis pubescentibus ; nectario nullo ; ovulis ex apice placentarum pendulis. 3. C. rinorea. — Rinorea Guyanensis Aub. i. Helianthcmum Bras'diense Pers. — Cistus Brasilicnsis Lam. i. Luxemburgia speciosa; foliis subsessilibus, ob- longis , obtusis , basi attenuatis ; floribus racemosis magnis; staminibus numerosis. a. L. corymbosa \ foliis breviter petiolatis , oblongis , angustis, acutiusculis , basi atténua to-cuneatis \ floribus paucis , corymbosis, magnis -, staminibus numerosis. 3. L. polyandra A. S.-H., Mem. Mus., vol. IX, p. 35i. — Dec. Prod. i , p. 35o j foliis petiolatis , oblongo-ellipticis , basi subcuneatis , flo- ribus racemosis , mediocribus ; staminibus numerosis. 4. L. octandra A. S.-H. , Mem. Mus., vol. IX , p. 35i. — Dec. Prod., 1, p. 35o ; foliis subsessilibus , oblongo-linearibus , angustis, basi at- tenuato-subcuneatis ; floribus racemosis , parvis ; foliolis calycinis ci- liatii - y staminibus definitis ( 7-1 a ). Lettre de M. Geoffroy de Saint-Hilaire aux rédacteurs des Annales des Sciences Naturelles. Je m'occupe depuis quelque temps d'embrasser sous de nouveaux rapports les faits ostéologiquès de la tète et des premières vertèbres de la carpe. Comme je terminais la rédaction de ce travail , je me suis vu ré- compensé de mes efforts par une découverte que je ne craindrai point de dire très-importante : je veux parler des facultés d'audition des Poissons. Je conçois en effet présentement et d'une manière nette et lucide quelle est la perception de leur organe auditif, quels en sont les moyens. Je n'en donnerai pour le moment que cet aperçu, à titre d'annonce. ( *56 ) Tous les animaux vertébrés se partagent en deux séries, eu égard au milieu dans lequel ils se trouvent plongés , savoir : i 8 les mammifères, les oiseaux et les reptiles, qui respirent dans l'air }et i° les poissons qui respirent dans l'eau. Les moyens des deux respirations existent à la fois dans les deux séries , mais avec un partage très -inégal^ quant au développement des or- ganes et à l'intensité de leurs fonctions. Les premiers ont en grand les moyens de la respiration aérienne, et en vestiges , ceux de la respiration aquatique : c'est l'in- verse chez les poissons. L'organisation qui est en ves- tiges chez les uns et chez les autres , s'y subdivise en parties plus ou moins petites, pour fournir les moyens se- condaires qui aident à conduire les vibrations sonores sur le nerf de la septième paire ou le nerf auditif. Ainsi , les mammifères et tous leurs analogues entendent par l'in- tervention des parties éminemment respira toit es chez les poissons , les osselets de l'opercule , qui sont leurs osselets de l'ouie ; et, au contraire , les poissons enten- dent par l'emploi de quelques vestiges de la respiration aérienne des oiseaux et des reptiles , savoir : certains osselets provenant du coffre thoracique , et la vessie na- tatoire. Celle-ci est un démembrement du sac pulmo- naire , et les os avec lesquels tous ses mouvemens sont eoncertés , et qui deviennent une chaîne d'osselets con- duisant sur les chambres auditives , sont de véritables côtes devenues fort petites et détachées de leurs appa- reils vertébraux. Tous ces faits ne modifient en rien ce que j'ai fait connaître touchant l'organisation des pois- sons : au contraire , ils rallient , étendent et fortifient , en le complétant, mon système d'idées, auquel ils don- nent un ensemble qui lui manquait. ( « 7 ) Mémoire sur une espèce d!insectes des environs de Paris , dont le mâle et la femelle ont servi de types à deux genres differens. Par M. Desmaresî. (Lu à la Société Plùlonmtique, le 5 juin 1824.) Environ quarante mille Insectes sont maintenant ins- crits dans nos catalogues ou placés dans nos collections -, et, tout au plus , cent d'entre eux sont-ils entièrement con- nus dans tous les détails de leurs formes , dans toutes les circonstances de leurs habitudes , dans toutes les va- riations de leurs métamorphoses. Il semble que le nombre des entomologistes observa- teurs diminue chaque jour, et que celui des nomencla- teurs augmente dans le même rapport. Nous voyons proposer des théories générales qui embrassent toute l'organisation des Insectes, sauf toutefois ce qu'elles laissent échapper ; et si nous ne voyons pas se grossir le nombre des recherches sur les mœurs de ces intéressant animaux , nous remarquons , du moins , que celui des noms tirés du grec , qu'on leur donne , s'accroît dans une proportion effrayante pour la mémoire des natura- listes à venir (1). Réaumur , Degéer , Bonnet , savaient sans doute le (,i) Le seul genre Curculio de Linné vient d'être partagé, par un auteur allemand , en cent cinquante-neuf genres, dont plus de la moitié ont déjà reçu deux noms. Le genre des Elater , insectes vulgairement ipjM 1». ni;m : , li;in\ \ s.mtrints, etc., l'un des plus naturels qni existent, a été divisé, il y a quelques années , en quatre-vingt-quatre genres Tome II. 17 ( a58 ) grec -, mais ils se sont contentés de nous prouver qu'il* savaient bien observer la nature. Depuis eux , un au- teur que je ne nommerai pas , parce qu'il sera facile- ment reconnu comme le fondateur de notre école . comme le chef actuel de l'entomologie , a aussi étudié les habitudes des Insectes , en même temps qu'il a su coordonner dans les liens d'une méthode sage , les ob- servations antérieurement recueillies après toutefois les avoir soigneusement vérifiées ; et cet auteur est presque le seul que je puisse citer. L'annonce de quelques faits nouveaux dépendans de cette branche de la zoologie , est donc maintenant une sorte de phénomène assez rare , qui mérite quelque attention. Aussi la découverte faite à Genève assez récemment par M. Mielzinsky , d'un Insecte d'assez grande taille , vivant à l'état de larve de la chair du Limaçon appelé Hélix nemoralis, et subissant toutes ses métamorphoses dans la coquille de ce mollusque , a-t-elle vivement piqué la curiosité des entomologistes parisiens. Désirant , comme les autres , étudier ce singulier In- secte et le voir en nature , je pensais que , puisqu'il n'é- tait pas rare aux environs de Genève, il serait possible de le trouver autour de Paris. Ayant vu beaucoup à" Hélix nemoralis dans la partie du parc de l'Ecole vétérinaire d'Alfort , qui est plantée en lilas , c'est là que je tentai mes premières recherches vers le 20 du mois de février dernier. Aidé par quel- ques élèves de cet établissement , je ne tardai pas à ap- prendre que l'Insecte décrit par M. Mielzinsky , sous le nom de Cochleoctonus vorax , était fort commun dans le lieu où je le cherchais. Les coquilles vides, légères, Ç 1*9.1 demi-transparentes partout si ce n'était au centre , lors^ que je les mirais à la lumière, renfermaient ordinain - ment l'Insecte cherché. Cet Insecte était bien semblable à celui que M. Miel- zinsky avait décrit comme étant la nymphe de son Cochléoctone ; mais on pouvait facilement reconnaître qu'il n'était pas encore arrivé à cet état, et que ce n'é- tait qu'une larve après sa dernière mue , dont la dé- pouille, hérissée de tubercules très-poilus , était disposée derrière elle en forme d'opercule , comme pour s'op- poser au passage de tout ennemi qui viendrait la trou- bler dans sa retraite (1). Le corps de cette larve était assez déprimé , un peu rétréci en avant , avec la tète fort petite. Les deux côtés de ses segmens portaient chacun un tubercule allongé, et dirigé en arrière et en haut, comme ceux de la larve décrite et figurée par M. Mielzinsky dans les Annales des Sciences naturelles (tome I, p. 67 , pi. 7 , fig* 1 , 2, 3)} mais ces tubercules n'avaient que très-peu de poils à leur sommet , les stigmates se trouvaient en dedans de ces saillies 5 et de semblables tubercules formaient sur le dos, de chaque côté et en dedans de la ligne des stig- mates, une série pareille. Les pâtes, excessivement cour- tes et coniques , n'avaient que trois articles , représen- tant la cuisse, la jambe et le tarse } les antennes, di- rigées en avant , ainsi que les palpes , étaient excessi- vement courtes , et ne montraient que deux ou trois divisions à peine distinctes *, enfin les yeux n'étaient pas apparens. _ , (1) Cette disposition de la peau de la larve du Cochléoctone, a été obsrrvéc d'abord par M. Audouin sur deux individus de cette espèce d'insectes qui lui avaient été envoyés de Genôvc. '7* ( *6o ) Kilo était placée dans le second tour de la coquille , Je dos tourné du côté de la columelle ; le ventre à la partie extérieure , et la tête dirigée vers le fond de la spire. Retirée de sa demeure , elle était mobile lorsqu'on la réchauffait , et marchait en se servant, comme de point d'appui , d'un gros tubercule qu'elle avait près de l'anus. Cette mobilité ajoutait aux caractères qui m'avaient fait reconnaître que cet Insecte n'était pas encore parvenu à l'état de nymphe , puisque les nymphes de Coléoptères sont parfaitement immobiles. Ayant placé environ cent cinquante coquilles . conte- nant de ces Bernards-l'Hermites terrestres , dans des pots de terre recouverts exactement par une vitre maintenue par un poids , afin d'empêcher tout Insecte de sortir de ces vases , ou d'y entrer, j'examinais cha- que jour toutes mes larves que j'avais mises un peu à découvert en détruisant, avec un instrument tran- chant , le sommet de la spire , et en faisant un jour à cette spire , assez grand pour pouvoir observer les chan- gemens qui s'opéreraient. . J'avais de grands doutes sur la nature de l'Insecte parfait , que M. Mielzinsky a fait représenter , car ses figures montraient quelques inexactitudes sensibles dans la position des palpes et dans le nombre des articles des antennes, qui ne s'accordait pas avec celui qu'indiquait la description. M. Mielzinsky avait proposé, pour le classement de cet Insecte dans la série des espèces , alternativement l'ordre des Thysanoures et celui des Coléoptères. Mais déter- miné par quelques avis de M. Latreille , qui lui étaient parvenus , il avait paru s'arrêter plutôt à ce dernier ; et il indiquait la place de son Cochléoctone dans la ( »6' ) famille des Serricornes, fondée par cet illustre entomo- logiste. M. Lalreille , dans une note insérée à la suite du Mémoire de M. Mielaiusky , dans le premier cahier des Annales des Sciences naturelles, a confirmé depuis cette décision , mais en Taisant sentir la nécessité de re- courir à de nouvelles observations. En totalité, la figure publiée faisait voir que cet In- secte avait de la ressemblance avec la femelle des Lam- pyres , à cela près que le corselet était médiocre- ment grand , transverse, et non en forme de bouclier recouvrant la le le -, et que les tarses étaient faiblement bilobés dans leur avant-dernier article. De plus, M. Miel- zinsky ne parlait pas d'organes phosphoriques qui , chez les Lampyres , au moins ceux de notre pays , existent non-seulement à l'état parfait; mais encore, selon lies observations de Degéer, à ceux de larve et de nymphe. J'avais l'intime conviction* que puisque cet Insecte était si. abondant dans un espace très-ci rconscrit (un arpent), il devait se trouver aussi dans beaucoup d'au- tres lieux , aux environs de Paris ; que le mâle devait être assez commun , et que je finirais par le découvrir. J'ajouterai que pendant long-temps j'ai cru que l'in- dividu douné pour être à l'état parfait n'était peut-être que la larve d'un insecte du genre Téléphore , mais j'ai été complètement détrompé depuis. Toutefois , j'examinais mes Cochléoctones avec la même attention, lorsque, averti qu'un insecte de cette « '.'.pèee , envoyé de Genève à Paris, était arrivé à l'état de nymphe; je redoublai d'attention , et , le 'i!\ avril } je commentai à avoir des Cochléoctones dans cet étal. Cette nymphe n'ayant pas été figurée ni décrite , je l'ai fait dessiner par M. Prêtre (pi. i5, fig. i et 2 ) , et jfén ( 2&* ) donne les caractères de la manière suivante. Elle est longue de huit à neuf lignes , et large de trois lignes à trois lignes et demie. Son corps est mou * paraît très- gras , et est arqué en dessous. Outre la tète il est formé de douze segmens , dont les septième, huitième et neuvième sont les plus volumineux. Sa couleur est le blanc jaunâtre , et sa peau lisse , assez luisante sur le dos , est totalement dépourvue de poils et de soies. Sa tète est assez petite , infléchie ; marquée de deux légères impressions longitudinales sur le front -, terminée en avant par un chaperon arrondi , au-delà duquel on voit un petit corps arrondi qui peut'être la lèvre supérieure. Deux autres corps saillans placés en avant de ce cha- peron , un de chaque côté y paraissent être les mandi- bules, et au-dessous de ceux-ci on aperçoit les palpes qui sont dans la direction de la tète , gros , coniques , évidemment enveloppés d'une peau générale qui laisse voir néanmoins la division de chacun , en trois articles pour les labiaux qui sont les plus petits , et en quatre pour les maxillaires. Les antennes , qui ont à peu près une longueur double de celle de la tête , prennent leur origine à chaque côté du chaperon ; leur direction est latérale et oblique en arrière , leur forme générale est presque cylindrique, car elles décroissent très-peu de-* puis leur base jusqu'à leur sommet, et elles sont com- posées de huit articles , dont le premier est le plus grand. Les yeux sont indiqués par deux petites taches d'un gris-^brun , placées chacune derrière la base d'une antenne, et leur forme est ovale transverso. Le premier anneau, indice du corselet, est après le dernier le plus pe.il «le ceux qui composent le corps ; il est transverse; un peu plus large en arrière qu'en avant , non rebordé \ (>63) ses angles sont arrondis \ son bord antérieur , échaucré pour recevoir la tète , est légèrement sinueux , et le pos- térieur est droit. Le second segment, un peu plus grand que le premier, est très- légèrement bombé latérale- ment ; et le troisième , qui est un peu plus grand , est de même forme. Ces trois scgmens, dont le second seulement a un stigmate bien distinct de chaque côté , supportent les pâtes. Celles-ci , plus longues que dans la larve , sont visiblement formées d'une cuisse , d'une jambe et d'un tarse, enveloppés dans une sorte de four- reau membraneux qui les rend à peu près cylindriques ; et leur tarse est divisé en cinq articles presque égaux , semblables entre eux , et dont le dernier ne montre pas d'ongles. Les anneaux suivans vont successivement en augmentant de largeur et de longueur jusques et y com- pris le neuvième ; chacun d'eux a un tubercule latéral , lisse, fort saillant, et dans les postérieurs ce tuber- cule se dirige en arrière. Au-dessus des tubercules qui appartiennent aux segmens , depuis et y compris le qua- trième jusques et y compris le onzième , on voit les stigmates qui sont comme des points grisâtres , relevés et un peu tubuleux*, enfin , dans les mêmes anneaux , de chaque côté , entre les stigmates et la ligne moyenne , on aperçoit un léger renflement, qui est le vestige d'un des tubercules poilus des séries intérieures, qu'on voit sur le dos de la larve dans son premier état. Le onzième segment est plus petit que le dixième , à peu près de même forme, avec ses tubercules latéraux moins sail- lans, et il n'a pas de stigmates, ainsi que le douzième, ou le plus petit de tous , qui porte en dessous l'anus et un tubercule médian assez saillant, bilobé au bout, ou plutôt terminé par deux pointes mousses ; toute la face ( M ) inférieure du corps est large et lisse , et Ton y voit seu- lement quelques plis ou rides à, droite et à gauche , vers la base des tubercules latéraux. Celle Pupe était dans un état parfait d'immobilité ; lorsqu'on la touchant , elle laissait couler par sa bouche une gouttelette d'un liquide jaunâtre assez épais et trans- parent. Un fait remarquable , c'est qu'elle avait une position inverse de celle de la larve. Dans sa métamorphose elle s'était retournée , le ventre contre la columelle de la co- quille , le dos du côté extérieur , et la tête vers l'ou- verture , prête à pousser la porte ou l'opercule , que la vieille peau hérissée de la larve formait pour sa sûreté} néanmoins quelques individus faibles , ou que j'avais blessés en ouvrant la coquille , ne se retournaient pas } mais se desséchaient et mouraient sans parvenir à l'état parfait. L'état de nymphe se prolongea jusque vers le i5 mai. Je voyais mes Insectes successivement changer de cou- leur et prendre les teintes orangées et noires , que M. Mielzinsky avait signalées dans son Cochléoctone parfait^ je voyais la peau de nymphe se soulever comme par ampoules , et l'Insecte parfait engourdi , encore en- veloppé par elle. Ce ne fut que le 24 mai que je commençai à avoir des Cochléoctones agiles. {V. pi. i5 , fig> 4') f ^ nsu ^ e ^ s éclosaient journellement, au nombre de 6, 8, 10, et jusqu'à 12. Ils présentaient généralement les caractères que M. Miel- zinsky leur avait reconnus , à l'exception toutefois qu'on trouvait deux articles de plus aux antennes, notamment nu dixième très-petit et terminal. (Planche i5 , figure ( m ) 4 ) (i). Les tarses m'ont aussi paru formés d'articles plus courts qu'il ne les avait figurés': les trois premiers sont r-an\ entre eux, tam pour la longueur que pour la largeur, et faiblement bilobés v le quatrième est plus large , plus grand et plus bilobé ; enfin , le cinquième est cylindroïde , et plus long et plus étroit que tous les autres. (PI. i5 , fig. 6; patte postérieure. ) .Tous les individus placés ensemble dans une seule boite , avaient la plus grande indifférence les uns pour les autres , ce qui prouvait qu'ils étaient de même sexe. D'ailleurs, toutes leurs formes étaient exactement les mêmes, surtout celles des antennes, des yeux et du dernier anneau du corps qui, chez les Insectes ordinal res, présentent des différences selon les sexes. Tous ces individus étaient des femelles , $ car ceux d'entre eux que je disséquai en prenant les plus gros et les plus petits (les mâles ayant dans les Insectes souvent des proportions différentes des femelles), me présen- tèrent des ovaires garnis d'environ trois cents œufs , jaunes , assez mous , et de forme un peu allongée. J'attendais avec impatience la naissance d'un mâle , si ce mâle devait être différent des femelles qui naissaient si abondamment chaque jour ; et si , dans la récolte de larves que j'avais faite , il s'en trouvait qui appartins- sent à des individus de ce sexe. Je commençais à désespérer du succès de mes recher- chées à cet égard , voyant plusieurs de mes nymphes se dessécher , surtout celles qui avaient été blessées lors de l'ouverture de la coquille, et les autres, presque en totalité , transformées en femelles; lorsque, le 1" juin. " ^ (\) La (igoru donnée par M. Miclïinskj, a dix articles , mais leur» formes ne sont pas exactement rendues. ( a66 ) j'éprouvai la satisfaction de voir récompensées les peine» que j'avais prises. Je trouvai un Cochléoctone accouplé avec un Insecte d'un volume quinze fois moindre que le sien , devant être classé dans Tordre des Coléoptères, et dans la sec- tion qui comprend les espèces à cinq articles aux tar- • ses. Cet Insecte appartenait à la tribu des Mélyrides , dans la famille des Serricornes ; son corps était de forme allongée , linéaire , son corselet transverse ne recouvrait pas sa tète : ses palpes minces à la base étaient renflés au milieu, puis amincis de nouveau vers l'extrémité (et, en cela , ils étaient très-différens de ceux du Cochléoc- tone qui sont coniques)*, ses jolies antennes, beaucoup plus longues que celles du Cochléoctone , étaient for- mées de onze articles et fortement pectinées. Tout son corps était légèrement velu, noir, à l'exception des élytres qui étaient fauves , assez flexibles , et qui recou- vraient deux ailes membraneuses. En un mot, ce n'était pas un Lampyre , ce n'était pas un Téléphore :, c'était l'Insecte que Geoffroy a nommé la Panache jaune , Pti- linus flavescens Fourcroy , Hispa flavescens Rossi , dont Olivier a formé dans son Entomologie un genre par- ticulier, sous le nom de Drilus. ( V- pi. i5. ) Assuré que cet Insecte n'avait pu venir du dehors , puisque le vase où je l'avais trouvé étaitbien clos , je pensai que je retrouverais sa dépouille dans ce vase. À cet effet , j'examinai avec attention toutes les enveloppes des nym- phes qui s'y étaient transformées , et je finis par en décou- vrir une beaucoup plus petite que les autres, qui était pourvue vers sa partie antérieure de deux larges fourreaux aplatis , eL marqués de stries ou de divisions , obliques iransverses, un peu arquées, qui étaient évidemment les traces des dentelures des antennes. {V. pi. i5', fig. 3. ) 06; ) Ce fait m'avait appris, à n'en pas douter, que le Drilus vit à l'état de larve comme le Cochléoctone aux dépens des Limaçons, et que ses métamorphoses ont lieu de la même manière, sauf toutefois les différences que leurs larves peuvent présenter dans leurs formes. Le fait de l'accouplement m'indiquait aussi claire- ment que j'étais enfin parvenu à la connaissance du mâle du Cochléoctone ; cependant, je crus devoir assurer ce point capital par de nouvelles recherches. Le Drilus ayant quitté la femelle à laquelle il était uni , après un accouplement qui , à ma connaissance, a duré au moins trois heures , je le plaçai le 2. juin , lendemain de sa naissance et de son accouplement , dans une boîte renfermant un grand nombre de femelles , et un quart d'heure après je le trouvai réuni de nouveau avec une de celles-ci. Enfin, voulant me procurer une preuve décisive^t que je pusse montrer aux personnes qui douteraient de l'identité d'espèce de ces Coléoptères , je me suis rendu à Alfort et j'ai cherché des mâles , au moyen du filet à in- sectes, autour du lieu où j'avais recueilli les larves de Cochléoctones. En cinq minutes , je m'en procurai dix bien vivans et bien actifs, qu'au retour je réunis à des Cochléoctones. Ils s'accouplèrent immédiatement et avec un empressement tel, que plusieurs d'entre eux re- cherchaient en même temps la même femelle. Une fois réunis , j'en saisis quelques paires que je plongeai dans l'alcool. Plusieurs, en se débattant, se détachèrent, mais j'en conservai deux couples dans cet état ; et j'ai l'hon- neur de les faire passer sous les yeux de la Société (1). — — — — — __ — — — — — — — — — — — — — ^— — ^— — ^— — — » — — (1) N'ayant eu qu'un mâle né des larves que j'avais rasemblccs , on pourrait en conclure que les individus de ce sexe sont en très-petit nombre, relativement aux femelles \ mais ce serait une erreur. Si je ( *68 ) Tel est le point où je suis arrivé. Je viens d'isoler les femelles qui ont été en rapport avec des mâles. Je veil- lerai sur les œufs qu'elles pondront, je suivrai les larves qui en sortiront. Alors je rentrerai dans la route déjà, parcourue avec succès par M. Mielzinsky , qui a fort bien décrit les larves , aussi remarquables par leurs for- mes que par leurs habitudes extrêmement cruelles , à l'égard des Limaçons , dont elles dévorent beaucoup d'in- dividus. Je crois devoir faire remarquer que la connaissance des mœurs de ces Insectes peut n'être pas dépourvue de toute utilité pour la culture des jardins fruitiers, en ce qu'elle démontre que les coquilles de Limaçons, en apparence vides , qu'on retire , pour plus de propreté , peuvent renfermer souvent un ennemi acharné des Li- maçons , dont il serait avantageux de se faire un auxi- liaire pour la destruction de ces mollusques dépréda- teurs. L'un des deux genres Drilus ou Cochleoctonus doit nécessairement être supprimé , car les deux sexes d'une même espèce ne peuvent appartenir à deux genres diffé- rons. Le genre Drilus d'Olivier , ayant en sa faveur l'an- tériorité , doit être conservé , et le genre* Cochleoctonus supprimé. Néanmoins il est juste de dire que tant que le mâle de l'Insecte découvert et décrit par M. Mielzinsky n'a pas été connu , ce genre était établi sur de bonnes bases, et qu'il était d'une toute autre valeur, que ceux dont — — — . . M ,. n'ai obtenu qu'un mâle, c'est que l'élève de l'École Vétérinaire, qui s'occupait de me rassembler ces insectes, avait toujours négligé de prendre les très-petites larves qui étaient vraisemblablement celles des mâles. Néanmoins il est bien certain que les femelles sont plus com- munes. ( 2^9 ; nous aurons bientôt une myriade , et dont j'ai 'parlé en commençant ce Mémoire. L'histoire naturelle des Drilus se trouve maintenant assez avancée ', mais elle est loin encore d'être complète. L'anatomie de ces animaux reste à faire , et l'exposition de leurs habitudes naturelles n'est pas terminée. Ainsi, par exemple , je n'ai rien appris sur leur genre de nour- riture , quoique je leur aie présenté des végétaux va- riés, diflférens insectes, et môme des Limaçons. A l'é- gard de ceux-ci, je pourrais même affirmer que les Drilus , dans leur dernier état, n'ont aucun penchant à les attaquer, comme le font leurs larves. Outre les différences extrêmes qui existent dans les for- mes extérieures et les dimensions des deux sexes , de l'es- pèce dont je viens d'occuper la société j différences qui sont telles, que jamais l'œil le plus exercé n'aurait pu saisir le rapport de ces sexes , il en existe encore dans le lieu d'habitation du mâle et de la femelle. Celui-ci se trouve le plus ordinairement sur les fleurs , et , dit-on , de pré- férence sur les sommités de celles du chêne , où il vit peut-être de la substance miellée qui s'y rassemble. Celle - là , au contraire , reste à terre cachée sous les feuilles tombées et dans l'épaisseur des herbes. Lors- que le mâle se rapproche des lieux qu'elle habite , sans doute pour la rechercher , on le voit presque toujours grimpant sur les tiges des graminées , comme pour l'a- percevoir de plus loin. Du moins c'est dans cette position que j'ai pris la plupart des Drilus à panaches , que j'ai recherchés dernièrement. Quoique je ne sache rien de positif à cet égard, il y a lieu de croire que la femelle est carnassière , si Ton en juge par la brièveté de son intestin , qui se rend directement , d'un estomac allongé et presque cylindrique , à l'anus. ( *5° ) L'accouplement n'a pas lieu avec une grande téna- cité, et Ton en conçoit la raison, si l'on réfléchit que l'abdomen tout entier du mâle pourrait entrer dans l'ouverture extérieure de l'organe de la femelle. Les anomalies que je viens de signaler dans deux In- sectes qui ne font qu'une espèce , ne conduisent-elles pas à faire penser que si l'analogie est très -souvent un guide sûr , dont il est indispensable de faire usage dans les recherches d'histoire naturelle , l'analogie dans quel- ques cas i bien rares à la vérité , peut aussi n'être d'aucun secours. Revue des genres et des espèces de la famille des Ternstroemiacées , d'après les ouvrages les plus récens (i). Par M. Ad. de Jussieu. Linné fils fit connaître (en 1781 ) la première espèce du genre Ternstrœmia > consacré à la mémoire d'un botaniste suédois. Enrichi de plusieurs espèces décou- vertes dans le Pérou par Ruiz et Pavon , et dans la Guiane par Aublet , qui en avait fait un genre distinct sous le nom de Taonabo , le Ternstrœmia fut considéré (1) i°. Mémoire sur la famille des Ternstrœmiace'es , et en particulier 6ur le genre Saurauja, par M. De Candolle , présenté, en 1820 , à la Société de Physique et d'Histoire Naturelle de Genève, et extrait des Mémoires de cette Société. Genève, Paschoud , i8a3 j 38 pages in-4° et 7 planches. a tt . Ternstrœmiaceœ. (In Protlromo systematis regni vegetabilis, auc- tore De Candolle, tom. I , pag. 5i3-5a8.) 1824. 3 Q Ternstrœmiaceœ. (In Synopsi Plantarum icquinoctialium orbis ovi , auctore Kunth, tom. III, pag. 209-215. ) 1824- ( a 7 ! ) par M. Mirbel (en i8i3) comme le type d'une nouvelle famille , qui ne comprenait encore avec lui que le Fre- ziera de Swartz. M. Robert Brown (en 1818), dans un Mémoire sur trois nouvelles plantes de la Chine, prouva que XEurya de Thuuberg devait se placer à côté d'eux dans cette famille. Elle fut le sujet d'un mémoire spécial que M. De Candolle présenta à la Société de physique de Genève , en 1820 , mais dont nous n'avons eu con- naissance que récemment. L'auteur y expose les détails historiques offerts ici plus brièvement. Aux genres in- diqués plus haut, il ajoute le Lettsomia de la Flore péruvienne , le Palava du même ouvrage , qu'il appelle Apatelia parce qu'il est différent du genre déjà établi sous ce nom par Cavanilles , et le Saurauja de Will- denow, sur l'histoire duquel il s'étend davantage, en en faisant connaître plusieurs espèces nouvelles. Il donne les caractères détaillés de la famille ainsi augmentée, qu'il divise en trois sections, et finit par discuter ses rap- ports naturels , sans toutefois déterminer sa place avec certitude. La description latine de la famille, des sections, des genres et des espèces, termine ce Mémoire. M. Kunth , en traitant des Ternstrœmiacées dans ses Nova Gênera et species Plant, œquinoct. , les enrichit d'un genre nouveau qu'il nomme Laplacea ; et celte f^ème famille fut, dans un mémoire sur les Malvacées qu'il publia la même année ( 1822) , l'objet de plusieurs notes intéressantes. Il en rapprochait le Bombax gossypium de Linné, qu'il indiquait comme type d'un genre nou- veau nommé par lui Cochlospermum , le Ventenatia de Beauvois, le Stewartia de Linné , YOncobade Forskaël, et même les genres Gordonia de Linné et Malacodcn- dron de Cavanilles. En effet il réunissait ces derniers ( 2 7* ) aux Tliéacées ou Gamclliécs. qu'il regardait comme for- mant au plus une section de la même famille. M. DeCandolle parait partager ces opinions; car tous ces genres , à l'exception de VOncoba, sont compris parmi les Ternstrœmiacées dans le premier volume de son Pro- dromus qui vient de paraître ( i8^4- ) Il on décrit treize dans lesquels sont réparties cinquante-quatre espèces. Si nous en ajoutons plusieurs nouvelles que M. Kunth a publiées vers la même époque dans le troisième vo- lume de son Synopsis , en donnant plus de perfection à plusieurs caractères génériques , nous aurons donc , sur la famille des Ternstrœmiacées , des matériaux aussi complets qu'on peut les trouver en ce moment dans les ouvrages de botanique. C'est d'après ces matériaux que nous allons donner un aperçu rapide des caractères de la famille des Ternstrœmiacées , de ses genres et de leurs espèces. Nous suivrons M. DeCandolle, qui , par la na- ture de son ouvrage , a dû les passer presque toutes en revue } nous indiquerons à mesure le petit nombre d'ad- ditions qu'elles peuvent recevoir -, nous ferons connaître les points sur lesquels MM. De Candolle et Kunth pa- raissent différer d'opinion , mais sans prononcer entre ces deux savans auteurs. Notre unique but est d'offrir ici le reRiltat de leurs travaux , et de présenter au lecteur les élémens de la discussion , sans y prendre part nous- mêmes. Le calice des Ternstrœmiacées est composé de trois à six sépales , dont le nombre le plus fréquent est cinq ; dans quelques genres il est accompagné de deux brac- tées opposées ; dans quelques-uns , les sépales , ordinai- rement distincts , sont soudés à leur base. Les pétales , en nombre tantôt égal , tantôt supérieur, libres ou sou- ( «3 ) dés inférieurement , s'attachent sous l'ovaire. Les éta- mines, en nombre indéterminé, s'insèrent au récep- tacle, soit immédiatement, soit plus ordinairement par rintermèdede la corolle qui semble alors d'une seule pièce. Les styles , au nombie de deux à cinq , sont tantôt en- tièrement libres , tantôt soudés entre eux en partie ou en totalité. Le fruit qui est, soit une baie sèche, soit une capsule, se divise en autant de loges polyspermes. Les graines attachées à un placenta central présentent diverses formes et diverses structures, dont nous parle- rons plus tard. Les plantes de cette famille sont des arbres ou des arbrisseaux , à feuilles alternes , simples , dépourvues de stipules j leurs fleurs , souvent grandes et élégantes , sont portées sur des pédoncules axillaires et terminaux. La présence ou 1 absence de bractées calicinales , le nombre et la position relative des sépales et des pétales , la séparation ou la réunion de ceux-ci, l'insertion médiate ou immédiate des étainines et celle des anthères sur les filets, la distinction et la soudure des styles , et le degré de cetttî dernière : tels sont les caractères que M. De Candolle a jugés propres à fonder quatre sections, qu'il nomme l'ernslrœmiées , Freziérées , Sauraujées et La- placées , auxquelles il en associe avec doute une der- nière , les Gordoniées. Dans les trois premières , les pétales sont en même nombre que les sépales -, ils leur sont opposés dans les Ternstrœmiacées ( caractère dont M. Kunth ne fait pas mention ) , et soudés à leur base , alternes et libres dans les Freziérées. Du reste , ces deux sections présentent de même des bractées calicinales , des styles soudés presqu'en totalité , des anthères adnées aux filets ; tandis Tome IL 18 ( *74 ) que dans les Sauraujées on trouve absence de bractées , pétales soudés a leur base, styles libres , anthères fixées par le dos. Dans les Laplacêes , le nombre des pétales , qui sont libres , surpasse plusieurs fois celui des sépales ; les bractées manquent , les anthères s'attachent par leur base , les styles se soudent en un seul. Quant aux Gor- doniées , leurs caractères, différens en plusieurs points, ayant été modelés sur ceux du genre auquel elles doi- vent ce nom , se trouveront naturellement décrits en même temps que lui. M. De Caudolle a fait de plus en- trer dans les caractères différentiels des sections, ceux qu'il tire de la différente structure des graines. Mais, en exceptant les sections formées d'un genre unique , cette structure qui n'a pu être observée dans tous , et qui , dans ceux où elle l'a été , varie de l'un à l'autre , doit-elle être caractéristique? Les Ternstroemiées comprennent jusqu'ici le seul genre Ternstrœmia qui renferme douze espèces. Elles sont originaires de l'Amérique , si l'on en excepte deux qui viennent de l'Asie, et dont .on ne peut d'ailleurs assi- gner ici la place avec certitude, puisqu'elles ofïrent un fruit à trois loges , et qu'il n'y en a que deux dans les vrais Ternstrœmia. M. Kunth demande si le T. punctata, Tao- nabo punctata d'-Aublet , dans lequel on en observe cinq, ne doit pas former un genre distinct. M. De Candolle adresse la même question relativement au T. quinque- partita et T. globiflora de la Flore péruvienne. Les Freziêrées renferment quatre genres: i°. Cleycra, caractérisé par ses anthères hérissées latéralement de poils dirigés en arrière , son style filiforme terminé par deux ou trois stigmates , et sa baie à deux ou trois loges. On en connaît deux espèces ; la première japonaise , la ( i,» ) seconde , dont deux variétés se trouvent l'une également au Japon , l'autre dans le Napaul. n°. Freziera , dont les anthères sont glabres et cordiformes , le style court et partagé en trois, ou plus rarement quatre ou cinq lobes à son sommet, et le fruit une baie sèche, divisée intérieu- rement en autant de loges. On en compte sept espèces originaires d'Amérique. 3*. Eurya, dont les ileurs sont polygames , les pétales légèrement soudés à leur hase , les anthères glabres , et de forme tétragone , les stig- mates et les loges du fruit, qui est une baie sèche, au nombre de trois à cinq , et dont on connaît quatre es- pèces, une de la Chine , une du Japon , deux du Napaul. 4°. Leltsomia , genre de Ruiz et Pavon , très-imparfai- tement connu, qui ofîre cinq pétales équitant les uns sur les autres à leur base , et les intérieurs plus étroits que les extérieurs, un style très-court, de trois à cinq stigmates et une baie à autant de loges. 11 renferme deux arbrisseaux du Pérou. Les Sàuràujées se composent de deux genres : le Sau- rauja où les pétales se soudent jusqu'au milieu , et où le nombre des styles et des loges de la capsule varie de trois à cinq, et M Apatella qui présente des pétales à peine soudés, cinq styles et cinq loges. M De Candolle décrit du premier douze espères, dont il avait, lui-même, fait connaître la plupart dans le Mémoire cité plus haut , et dont trois croissent en Amérique, les autres en Asie, et surtout à Java. Il pense que l'une de ces dernières, le S. cauliflora.) distincte par la structure de son fruit qui est une baie , pourrait , mieux connue d'ailleurs , former un genre à part. Trois espèces iï Àpalelia se rencon- trent au Pérou, M. Kunth, dan6 son Synopsis, a consi- le Palava de Ruiz et Pavon , synonyme SApaiclia , 18* (4,6) comme congénère du Sauramia de Willdenow , syno- nyme de Sauvauja. En étendant la description du genre , dont les caractères sont nécessairement modifiés par cette réunion , il en a publié deux espèces nouvelles de l'A- mérique méridionale , qu'il nomme Palava scabra et P. tomenlosa- Les Laplacées renferment trois genres : i°. Cochlos- permum , qui a pour caractères , cinq sépales persis- tans inégaux, autant de pétales égaux entre eux; de nombreuses étamines à filets capillaires , à anthères al- longées, arquées, s'ouvrant par des pores terminaux; un style et un stigmate simples ; une capsule pyriforme à cinq loges polyspermes et des graines remarquables par leur forme recourbée qu'indique le nom du genre , et par la laine épaisse dont elles sont couvertes. Au Cochlospermum gossypium , connu autrefois sous le nom de Bombax , et qui est de l'Inde - Orientale , M. De Candolle en ajoute une qu'il annonce comme croissant dans le Mexique et peut-être aussi dans le Brésil , M. Kunth une troisième de l'Amérique méri- dionale. L'Herbier du Muséum en contient une qua- trième brésilienne qui paraît nouvelle ; ses fleurs sont deux ou trois^fois moins grandes que celles du C. gos- sypium\ ses feuilles , portées sur des pétioles plus longs qu'elles , sont découpées à une profondeur qui dépasse leur moitié, en sept lobes , les deux extérieurs très-pe- tits , les cinq autres plus grands et légèrement dentés vers leur sommet qui est aigu. Chacun de ces lobes est parcouru dans sa longueur par une nervure saillante sous la face inférieure qui est couverte d'un duvet co- tonneux, court, roussâtre , s'enlevant facilement avec le doigt , tandis que la supérieure est presque enliore- ( *77 ) ment glabre. La forme de ce3 feuilles rappelle exacte- ment celle de quelques médiciniers , et le nom de Ja- trophœfolium conviendrait bien à cette espèce, i 9 . La- placea qui présente quatre sépales persistans , neuf pétales à peu près égaux, des étamines nombreuses in- sérées à la base des pétales sur trois rangs à filets libres, à anthères réniformes*, cinq styles soudés; une capsule à cinq loges trispermes , dont la déhiscence est locu- licide. On en connaît une seule espèce de l'Amérique méridionale. 3*. Ventenatia, dont les caractères , établis d'après un arbuste du Congo et trop peu complets pour que sa .place soit bien fixée, sont : un calice caduc à trois lobes 5 onze ou douze pétales allongés \ des étami- nes nombreuses insérées à leur base, à anthères oblon- gues -, un style simple \ une baie à cinq loges poly- spermes. Les Gordoniées se composent de trois genres: i*. Ma- lacodendron, caractérisé par la bractée unique , située à la base de son calice , par ses pétales crénelés sur leur contour , ses cinq styles libres et son fruit qui semble résulter de la soudure de cinq capsules distinctes et monospermes. L'espèce unique de ce genre croît en Virginie. 2*. Stewartia , qui renferme également une seule espèce et du même pays , et dans lequel le calice est monosépale , les cinq pétales sont libres , le style filiforme terminé par un stigmate en tête bordé de cinq crénelures , la capsule ligneuse à cinq loges mono ou dispermes , s'ouvrant par autant de valves. 3°. Gor- donia. Ses cinq sépales , ses pétales en même nombre , ses filets nombreux chargés d'anthères oscillantes , ses cinq styles et les loges auxquelles ils répondent : tous res divers organes, tantôt présentent, tantôt ne présen- ( »7« ) tent pas de soudure entre les parties dont ils se compo- sent ; et c'est d'après cette considération , que M. De Candolle a partagé en trois sections les quatre espèces de Gordonia qu'il décrit. La première , sous le nom de Lasianthus , en comprend deux, originaires, l'une de Virginie, l'antre du Napaul , et dans lesquelles les pé- tales sont légèrement soudés à leur base , les étamines en cinq faisceaux , les styles en un seul. La seconde , qui est Y Hœmocharis de Salisbury , offre une espèce de la Jamaïque , à pétales et à styles libres ; la troisième , le Lacathea du même auteur, une espèce de la Caroline, qui présente deux variétés, et dans laquelle les. pétales sont réunis à leur base , les filets libres , le style unique. Telles sont les plantes qui, dans l'état actuel de la science , et selon les auteurs que nous avons suivis , composent la famille des Ternslrœmiacées. Elle ren- ferme donc cinquante-huit espèces , trente-six originai- res de l'Amérique , vingt-une de l'Asie et une seule de l'Afrique, toutes exotiques par conséquent , et crois- sant, la plupart , dans les contrées équatoriales. Il est clair que dans l'exposé précédent les caractères sont à peine effleurés, et que ceux qui veulent les étudier com- plètement , au lieu de se borner à cette indication sys- tématique des différences , doivent recourir aux livres originaux. C'est surtout dans les ouvrages de M. Kunlh qu'ils les trouveront développés , ainsi que dans le Mé- moire de M. De Candolle : car cet habile auteur a dû nécessairement les resserrer dans un Prodromus. Les sections de M. De Candolle ne paraissent pas s'accorder avec les idées de M. Kunth, si l'on en juge par l'ordre dans lequel il présente ses genres , et puis- qu'il indique son Laplacca comme extrêmement voi- ( *79 ) sin (i) du Gordonia , le Gordonia connue une Théa- cée, les Théacées comme formant à peine une section distincte des Ternstrœmiées. M. De Candolle ne parait nullement opposé à celte dernière réunion. M. de Jussieu avait jeté les fondemens de cette fa- mi lie ainsi envisagée, dans son Gênera Plantarum(ij&g), où la troisième section des Orangers, qu'il annonçait comme pouvant devenir le noyau d'un ordre distinct , se composait des genres Temstrœmia , Taonabo d'Au- blet. qu'il nommait Tonabea, Thea et Camellia. Plus tard , il est vrai ( Mém. du Mus. 2 , pag. 44 2 ) * en adop- tant les familles des Théacées et des Ternstrœmiacées qui venaient d'être établies par M. Mirbel, il pensa que cette dernière se rapprochait plutôt des Symplocées et des Ebénacées. Mais en rappelant cette opinion , il n'est peut-être pas sans importance de rappeler aussi qu'elle ne s'appliquait qu'à cette famille , composée alors des deux seuls genres Ternstrœmia et Freziera. M. Kunth qui la considère augmentée d'un grand nombre de genres, et peut-être même de ceux des Théacées, suivant lui, la classe naturellement près des Auran- tiées. C'est , à peu de chose près , la place que lui assigne M. De Candolle ; mais , en même temps , il note leurs poinls d'affinité avec quelques groupes de ses Co- rolliilores ; et, se fondant sur la diversité des graines , il met en question non-seulement la place, mais l'exis- tence même de la famille qui nous occupe. C'est ici le lieu de parler de ces variétés , et dans la forme extérieure et dans la structure interne des graines , (1) An Laplacea a Gordom.1 satis distinct nm geous ? Kunth , page 310. t -280 ; sur lesquelles le Synopsis de M. Kunth donne des ren- seigncmens nouveaux , en faisant connaître leur organi- sation dans les genres Cochlospermum et Palava. Déjà il avait décrit celles du Laplacea , du Frezieva, ainsi que celle du Ternslrœmia , confirmée par les observations d'autres botanistes. Dans ce dernier, la graine repliée sur elle-même contient un embryon de même forme enveloppé d'un périsperme mince. Dans le Cochlosper- muni l'embryon et le périsperme cliarnu qui l'entoure, décrivent une grande portion de cercle en se moulant sur la graine dont nous avons précédemment indiqué la forme. Un périsperme charnu enveloppe l'embryon lé- gèrement arqué dans le Freziera , droit dans le Palava ( Apalelia D. C. ) , plane dans le Stewarlia et YOncoba ( Jussieu. Gen. 292), que M. Kunth rapporte à cette famille. Le Laplacea, dont l'embryon est droit dans l'axe d'un périsperme légèrement corné , a sa graine sur- montée d'une expansion ailée , qu'on retrouve dans celle du Gordonia. Mais celui-ci offre un embryon dépourvu de périsperme , à radicule allongée et à cotylédons fo- liacés , plissés dans leur longueur. Enfin , dans les Théacées , nous le trouvons également sans périsperme , mais^vec une radicule courte et retirée entre les co- tylédons, qui sont épais et extérieurement convexes. Que conclure de toutes ces différences qu'on observe non-seulement de section à section , mais souvent de genre à genre ? Doit-on regarder comme artificielles et les sections et la famille , en attachant à la structure de la graine autant d'importance que l'onl voulu jusqu'alors les sectateurs des ordres naturels? Doit-on , au contraire, faire ici un moindre cas de ce caractère , comme on en ( 28, ) a déjà quelques exemples , notamment dans nue famille peu éloignée , celle des Méliacées , et conserver les Ternstrœmiacées telles que nous venons de les exposer? Pour répondre à ces questions , il faudrait examiner quelle importance ont la présence on l'absence du péri- sperme , la forme et la nature de l'embryon , si elle est la même dans tous les groupes , et quelle est la valeur de ce caractère , comparativement à ceux qu'on tire des autres parties de la plante : examen qui serait celui des bases môme de la classification, et dont nous devons nous abstenir. Lettre sur la Génération des insectes , adressée à M. Auàgo , Président de ï Académie royale des Sciences ; ' Par M. Victor Addodin. Monsieur le Président , Devant présenter incessamment, au jugement de l'A- cadémie des Sciences , des recherches assez étendues sur la génération des Animaux articulés , je me serais abs- tenu d'anticiper sur cette époque , si parmi les faits que mon travail contient , il n'en était un assez important en lui-même, pour qu'il me semble convenable de le com- muniquer sans délai. L'observation dont il s'agit a pour objet l'usage d'une vésicule accompagnant les organes générateurs femelles des insectes, et s'ouvrant vers l'extrémité de l'oviduclc sur le trajet des œufs et tout près de leur sortie. La place que celte vésicule occupe , sa présence constante chez les ( 282 ) femelles , son volume souvent considérable , les vaisseaux absorbans et déliés qui aboutissent quelquefois à ses pa- rois , avaient depuis fort long-temps fixé l'attention des anatomistes qui s'étaient épuisés en conjectures sur ses usages. Les uns l'ont considérée comme un réservoir ou même comme une glande sécrétant un fluide sébacé qui rendait la ponte facile, en lubréfiant les œufs et l'intérieur de l'oviducte; les autres ont cru qu'elle fournissait à ces mêmes œufs un enduit , une sorte de vernis qui préservait le germede l'influence de l'air numide} plusieurs ontpensé qu'elle leur donnait cette enveloppe muqueuse au moyen de laquelle ils sont fortement fixés par la femelle à di- vers corps. Enfin, un anatomiste plus hardi et riioins heureux sans doute dans ses conjectures , a dernièrement avancé qu'elle produisait le blanc de l'œuf. A l'excep- tion de cette dernière hypothèse , je suis loin de nier que, dans certains cas, la vésicule ne remplisse les fonc- tions qu'on lui a attribuées. Mais tous ces usages sont fort secondaires ; il en est un d'une bien plus haute impor- tance et qu'on a jusqu'ici méconnu 5 je veux parler du rôle très-remarquable qu'elle joue dans l'accouplement , et par suite dans l'acte même de la fécondation. On admet généralement que dans l'accouplement des insectes , le mâle , saisissant la vulve de la femelle avec des pièces copulatiices , destinées à cet usage , introduit ensuite profondément sa verge dans l'oviducte, et que la liqueur spermatique qu'il émet , arrive di- rectement aux ovaires et y féconde les œufs. Per- sonne , que je sache , n'a jamais élevé le moindre doute sur ces faits 5 cependant je crois pouvoir démon- trer l'inexactitude des derniers \ et d'abord ce n'est pas l'oviducte qui contient l'organe mâle , cet organe est ( *»:< ) reçu dans celte vésicule que Ton a regardée jusqu'à ce jour comme si peu importante : le pénis s'introduit dans son col, arrive jusque dans sa cavité, s'y renfle même quel- quefois, et lorsque l'accouplement est achevé, le mâle re- tire presque toujours ses organes cornés -, mais il ne dégage pas son pénis , il perd à jamais celte partie molle qui se rompt et demeure dans la vésicule de la femelle. J'a- vais , depuis plusieurs années, entrevu cette particularité singulière dans quelques hyménoptères -, mais elle me parut alors tellement étrange et si opposée aux idées re- çues , que je crus prudent de ne pas la publier. Aujour- d'hui j'ai acquis la preuve incontestable de la justesse de mon observation dans un insecte commun , maintenant illustre dans la science , et auquel il ne manquait sans doute que ce fait pour compléter l'histoire admirable de son organisation, j'entends parler du Hanneton (i). C'est, en effet , dans cette espèce qu'on pourra vérifier l'obser- vation que je viens d'annoncer. Je craindrais de dépasser les limites de la lettre que j'ai l'honneur d'adresser à l'Académie , si j'entrais ici dans de plus grands détails ; il me suffira de dire que , pour vérifier le fait que je si- gnale , il faut prendre le Hanneton ou tout autre insecte dans l'acte de l'accouplement, fixer ensuite et en même temps les organes copulateurs mâles et femelles à l'aide d'une épingle qui les traverse de part en part, et com- mencer sur-le-champ la dissection. Je joins ici les figures des organes femelles de quel- ques insectes, entre autres du Hanneton , delà Cantharide (i) M. Straus vient de présenter à l'Académie, un travail sur le Hanneton , aussi détaillé que l'anatomic de la Chenille par Lyonnet. ( *84 ) et d'un genre nouveau et très-curieux, le Cochlcoctone(i). On verra dans ces divers dessins combien est développée la poche copulatrice (2). Cette observation anatomique qui ne serait en elle- même qu'un fait nouveau et simplement curieux , ac- quiert un très-haut degré d'intérêt quand on examine les conséquences qui en découlent naturellement. Il me parait eu résulter, par exemple , que la fécondation n'a pas lieu dans l'ovaire , du moins au moment de l accou- plement , et comme il est démontré , par l'expérience, que des femelles privées de maies ont pondu des œufs inféconds, mais du reste parfaitement conformés , on est porté à croire que c'est au passage des œufs devant le coi de la vésicule, c'est-à-dire tout près de leur sortie, qu'ils sont fécondés. Cette supposition devient tout-à-fait pro- bable lorsqu'on se rappelle qu'en général les oeufs sont placés dans l'ovaire à la suite les uns des autres , dans un certain nombre de tubes, dont la paroi interne, appli- quée exactement contre chacun d'eux, ne paraît pas devoir permettre à la liqueur fécondante d'arriver successive- ment à tous. Enfin, si on cherche à se rendre compte de ce fait curieux, observé par Huber, qu'une Abeille peut être fécondée pour plusieurs années , on en trouvera fa- cilement l'explication, en admettant avec nous que la poche copulatrice peut conserver intact le fluide fécon- dant. Mais je m'aperçois que j'anticipe sur le travail que je dois soumettre incessamment au jugement de l'Acadé- (1) M. Dcsmarcst vient de de'montrer que cet insecte n'e'tait autre chose que la femelle du Dritus jlavescens. Voye2p. t i^ r j. (a) Les figures qui accompagnent cette lettre paraîtront dans les Annales , avec le travail entier de fauteur. (993 0,984 1,000 1,000 0,982 (1) Calcaire secondaire du département des Ardennes: il est compacte et d'un gris foncé. M. Gendarme l'em- ploie comme castine dans ses hauts-fourneaux. (2) Calcaire d'eau douce de Quincy, près Méhun , département du Cher. Ce calcaire fait partie d'une for- mation d'eau douce très-étendue : il renferme des silex qui passent à la pierre meulière. En général il est blanc, grenu et presque terreux comme de la craie ; mais çà et ( 9.88 ) là il est pénétré d'une substance d'un beau rose de car- min , qui y est disséminée irrégulièrement par taches et veinules : cette substance n'est pas attaquable par les acides affaiblis; elle est désignée, dans le tableau, sous le nom d'argile; il parait qu'elle doit sa belle couleur à une substance combustible. (3) Calcaire secondaire des environs d'Epinac, dépar- tement de Saône-et-Loire ; compacte et d'un gris jau- nâtre : il produit un sable que l'on recueille dans les ruisseaux pour le faire entrer dans la composition du verre à bouteilles ; il renferme presque exactement trois atomes de Carbonate de Chaux, pour deux atomes de Carbonate de Magnésie. (4) Dolomie d'une localité inconnue; saccliaroïde , friable , très-blanche , mêlée de paillettes de mica et de quelques pyrites : elle contient un atome de carbonate de Chaux et un atome de Carbonate de Magnésie. (5) Dolomie des Alpes ; saccliaroïde , d'un beau blanc, mêlée de quartz et d'un peu de talc : dans ce minéral , la chaux et l'oxide de fer renferment autant d'oxigéne que la Magnésie. (6) Calcaire rose qui accompagne l'oxide de titane à Mouliers , Savoie : d'un rose de chair, opaque ou très- faiblement translucide , divisible très - nettement en rhomboïdes sous-divisibles sur les diagonales ; pesanteur spécifique 2,71 : groupé confusément avec du quartz, du fer oligiste , de l'oxide de titane jaune d'or, et le cal- caire brun , n° 10. (7) Calcaire secondaire , dans lequel gît la mine de fer de Rancié , département de l'Arriége : compacte et gris. (8) Calcaire secondaire, qui forme le mur de la couche de fer oxidé de la Voulte, département de l'Ardèehe : ( a8g ) compacte, gris. Sa pesanteur ppéciiiquc <->i de ?.,G8. Dmi.-s ce calcaire la chaux contient deux fois autant d'oxigène que les oxides de fer et de MftUganè CALCAIRES A QUATRE BASES. Timor. (9) Moutii M| (Savoie.) (10) Dcvon-liirr. (") Notre-Dame- .lu-l'rc-. (Savoie.) "(ia) Petey (Suiase.) (i3) Framont. 04) Carb. de chaux — de magnésie. — de fer — do mangan. . Argile et tau. . 0,668 o,oao .0,081 0,081 0,146 o,63a 0, . 1 j o,oo5 0,014 0,610 0,41 0,093 0,147 o,56o o,i49 o,a3o o,oa3 o,oa3 o,532 o,a5o 0,140 o,o58 0,004 o,5o8 o,;.r, 0,080 o,o34 0,048 Totadx. . . o,99 6 1,000 °>99 6 0,985 <>,984 1,004 (9) Calcaire compacte de l'île de Timor, recueilli par MM. Depuch et Bailly dans l'expédition du capitaine Baudin. Il est compacte, à cassure mate et presque ter- reuse; composé de deux parties distinctes, dont l'une paraît provenir de la décomposition de l'autre. La partie non décomposée est grise , et ressemble à une chaux carbonatée argileuse ordinaire ; sa planteur spécifique est de sî,6o ; par la calcinalion , elle devient brune comme la partie décomposée : c'est cette partie grise qui a été analysée. Dans ce calcaire, la chaux contient quatre fois autant d'oxigène que les trois autres bases réunies. (10) Chaux carbonatée brune qui accompagne l'oxide de titane , à Moutiers , Savoie : d'un brun jaunâtre , opaque , divisible en lames rhomboïdales qui s'entre- croisent. Sa pesanteur spériiiquc est de a/64 : sa eolo- ration résulte d'un commencement de décomposition des- TOME II. 19 ( *9° ) carbonates de fer et de manganèse ; les quatre bases y sont en proportions telles qu'il peut être considéré comme formé d'à peu près 10 atomes de Carbonate de chaux, 2 atomes de Carbonate de magnésie , 2 atomes de Car- bonate de fer, et 1 atome de Carbonate de manganèse. (11) Calcaire du Devonshire : texture oolitique ou concrétionnée ; cassure grenue , mate et terreuse , cou- leur café au lait. Quelques minéralogistes l'ont pris pour du silicate de manganèse ; sa composition ne peut pas être exprimée d'une manière simple. (12) Chaux carbonatée de Notre-Dame-du-Pré , près Moutiers , Savoie. En masses laminaires, à facettes rhom- boïdales, de couleur violacée. Sa pesanteur spécifique a été trouvée de 2,9 ; elle est souvent mélangée de quartz et de pyrites. La quantité d'acide carbonique trouvée par l'analyse , n'est pas assez grande pour saturer toutes le^ bases -, ce qui prouve qu'il y a une certaine quantité d'oxide de fer libre. Cet oxide libre est compris dans les o,23 de Carbonate de fer. (i3) Chaux carbonatée cristallisée, de la mine de Pezey , Savoie. Cristallisée en rhomboïdes primitifs , ayant presque toujours des facettes additionnelles sur les arêtes , incolore , transparente et d'un éclat un peu nacré. Sa pesanteur spécifique est de 2,94 ; elle se trouve groupée avec du quartz, de la galène, de la baryte sulfatée et du gypse. Dans les lieux humides , elle brunit promp- tement à la surface. J'ai publié , il y a long-temps , une analyse de cette substance , nrais les connaissances ac- quises depuis cette époque m'ont obligé à la refaire. Le résultat indiqué dans le tableau, et qui est exact , prouve que , dans ce minéral , les quatre bases ne sont entre elles dans aucun rapport simple. ( *9' ) (i4) Calcaire nacré qui accompagne le^fer hydraté de Framont, département des Vosges. Sa texture est saccharoïde : il est d'un blanc jaunâtre ou grisâtre , et il a l'éclat nacré. La magnésie, l'oxide de fer et l'oxide de manganèse contiennent ensemble, autant d'oxigène que la chaux. M. de Beaumont qui a fait celte analyse , l'a déjà publiée dans le tome VII des annales des Mines. Carbonates dans lesquels le Fer domine. FER SPATH IQUE. Allé, vard. (0 Carbonate de fer. . . . — de manganèse. . . . — de chaux — de magnésie. . . . Quartz , argile, etc 0,695 o,3i6 A H tll II. W Alle- vard. (3) 0,^35 0,710 0,010 o,i83 FER CARBONATE ARGILEUX Saint- George. (4) La Voulte. (5) Totaux 1,01 o,a5a ■w: 0,810 0,1 3o o,o35 o,o5o| 0,01 5 °>°57| 0,010 1,0001 1,000 o, 55o 0,057 0,19a 0,020 0,170 Mâr- tigues. (6) o,99 5 0,004 0,088 0,042 0,091 Chail- land. (:) 0,827 0,070 0,016 0,087 i,oi5 (1) Fer spathique d'Allevard , département de l'Isère. Maillât à grandes lames , parfaitement homogène , de couleur blonde *, il ne renferme pas la moindre trace d'oxide de manganèse ; il contient un peu plus de deux atomes de Carbonate de fer pour un atome de Carbonate de magnésie. Il a donné, à l'essai, o,343 de fonte. (2) Fer spathique des environs d'Autun , département de Saône-el-Loire. A grandis lames , de couleur blonde, sans aucun mélange de gangue. J'ignore s'il se trouve '9* C *9 2 ) avec abondance : il serait important pour les proprié- taires de l'usine duCreusot d'en faire la recherche. Dans ce minéral l'oxide de fer contient précisément deux fois autant d'oxigène que la magnésie et Poxide de manganèse réunis. (3) Fer spathique d'Allevard , département de l'Isère. Cristallin , de couleur blonde , mélangé de quartz blanc ; il contient un atome de Carbonate de manganèse pour quatre atomes de Carbonate de fer. (4) Fer spathique de Saint-George de Huntières , Sa- voie. Filon de la grande fosse ; à petites facettes , de couleur blonde très-claire. La proportion de l'acide car- bonique a été déterminée par le calcul. (5) Fer carbonate argileux en rognons , de la Voulte , département de l'Ardèche. Ce minéral se trouve dissé- miné en masses lenticulaires dans le calcaire qui forme le toit de la couche de fer oxidé. Il est compacte , gris à l'intérieur, et rougeàtre à sa surface -, sa pesanteur spécifique est de 3,o8. L'analyse en a été faite par ]\1. l'in- génieur Lamé ; il a donné 0,268 de fonte à l'essai. (6) Fer carbonate argileux des Martigues , département des Bouches-du-Rhône. Il est compacte , à cassure ter- reuse , rubané de gris et de jaune, ou plutôt formé de couches arrondies, parallèles, jaunâtres et grisâtres. D'après les observations de feu M. Blavier, qui l'a re- cueilli , il se trouve en rognons dans un calcaire peu éloigné d'un gît de houille exploité. (7) Fer carbonate argileux magnétique de Chailland , département de la Mayenne. Il provient des minières que M. Holtermann fait exploiter dans les environs de Chailland pour le service de ses hauts-fourneaux. Il y a lieu de présumer que ces minières font partie d'un . ( «93 ) terrain» qui se trouve placé entre le calcaire oolitique et la craie : elles fournissent principalement du fer hy- draté en morceaux amorphes disséminés dans des argiles sablonneuses : le fer carbonate y est moins abondant; il s'y trouve en rognons de la grosseur de la tète -, 1rs ou- vriers désignent ces rognons sous le nom de coulliards , et ils les rejettent en affirmant qu'ils ne contiennent pas de fer. Cette substance est compacte , rougeatre à l'ex- térieur , mais d'un gris très-foncé et presque noir à l'in- térieur •, sa cassure est unie , presque concoïde et à grains très-fins. Sa pesanteur spécifique est de 3,58 ; elle exerce une action très-sensible sur le barreau aimanté ; cette propriété n'a encore été observée dans aucun mi- néral de ce genre. Lorsqu'on la traite par l'acide mu- riatique ou par l'eau régale , elle est attaquée avec ef- fervescence *, elle laisse un résidu , qui , après avoir été bien lavé et desséché , est noir , mais qui devient par- faitement blanc par la calcination , ce qui prouve que la coloration du minéral est due à une matière bitumi- neuse. En examinant les résultats d'une analyse faite avec un très-grand soin , on a vu que la proportion d'a- cide carbonique n'était pas assez grande pour que cet acide pût saturer toutes les bases, et on en a conclu qu'il devait y avoir environ 0,0^5 d'oxide de fer libre. ( Dans le tableau cette petite quantité d'oxide de fer a été con- fondue avec l'argile. ) Il est probable que cet oxide est l'oxide magnétique , et que c'est à sa présence que le mi néral doit sa propriété d'agir sur le barreau ai- manté. Le fer carbonate de Chailland contient donc un mé- lange de carbonate de chaux et de carbonate de mag- nésie , de l'argile bitumineuse et de l'oxide de fer mag- f *94 ) . néliquc 5 il donne o,43 de fonte à l'essai : c'est par con- séquent un minerai très-riche. Carbonates dans lesquels la magnésie ou le manganèse dominent. Ces minéraux sont rares , on n'en connaît qu'un très- petit nombre de variétés. J'en citerai trois seulement , dont les analyses ont déjà été insérées dans les annales des Mines. Carbonate de magnésie. — de chaux — de manganèse — de fer Totaux. Carbonates de magoe'sie. Jle d'Elbe. Carbonates de manganèse. 0,65? o,3/p Nagiac. 0,095 0,905 Freyberg. 0,016 0,089 0,8i2 o,o^3 (1) Magnésie carbonatée de l'île d'Elbe. Compacte , à cassure terreuse , gris jaunâtre j la silice dont elle est mélangée se dissout dans les alcalis, (annales des Mines, tome VII , p. 3 16. ) (2) Manganèse carbonate de Nagiac. Laminaire , d'un rose de chair, translucide sur ses bords, (annales des Mines , tome VI , p. 593. ) (3) Manganèse carbonate de Freyberg. Semblable au précédent. {Annales des Mines , tome VI, p. 594.) (Extrait des Annales des Mines, tome V M, p. 887.) I ( »9* ) Considérations philosophiques sur la détermination du système solide et du système nerveux des animaux ARTICULÉS. Le point de vue sous lequel doivent être envisagés les divers organes des insectes , est devenu depuis quelque temps le sujet des méditations de plusieurs anatomistes fort habiles , et ils ont imaginé quelques combinaisons propres à expliquer les anomalies apparentes de leur organisation. La plus remarquable et la plus hardie à la fois , est celle qui fut présentée , il y a peu de temps , à l'Aca- démie des Sciences , par M. Geoffroy de Saint-Hilaire. D'après cet illustre naturaliste, les insectes (c'est-à-dire les Arachnides, les Insectes proprement dits et plus par- ticulièrement les Crustacés) vivent au-dedans de leur colonne vertébrale, comme les Mollusques au sein de leur coquille ; véritable squelette pour ces derniers, sorte de squelette contracté. Cette proposition, toute nouvelle et directement op- posée aux idées reçues , ne pouvant être admise ou même contestée que lorsque son auteur aurait fait part des motifs sur lesquels était basée sa conviction person- nelle -, que lorsqu'il aurait fourni les diverses preuves à l'appui de son opinion : adopter plus tôt ses idées ou entrer à leur égard dans une discussion , eût été en même temps prématuré et peu convenable. M. le professeur Geoffroy Saint-Hilaire, dont le nom se rattache à un si grand nombre de travaux importans , ne pouvait inter- préter autrement cette espèce de réserve que les savans ( %6 ) ont eue à son égard , et il parait en avoir saisi le véritable motif, puisque c'est par de nouvelles observations qu'il a interrogé leur silence. Il a compris que pour faire admettre la présence d'une vertèbre dans les Insectes , il fallait «, avant tout, l'étudier là où elle existe pour tout le monde *, aussi a-t-il entrepris , sur sa composition , un travail fort curieux qu'il est d'abord indispensable de faire connaître. Le Carrelet, Pleuronectes rhombeus , dont la ver- tèbre est composée de matériaux distincts , a présenté à l'auteur des conditions très-favorables, et une manière d'être qui , d'une part , lie ce Poisson aux Animaux des classes élevées , et le fait tenir de l'autre à ceux des séries inférieures. C'est principalement de cette espèce de Pois- son qu'il sera ici question. M. Geoffroy distingue dans une vertèbre deux parties essentielles , le noyau et les branches latérales. Le noyau vertébral, que les anatomistes appellent corps de la ver- tèbre , et que l'auteur nomme* cycléal, n'est pas toujours plein , comme on le remarque dès le jeune âge chez l'Homme et les autres Mammifères ; dans son principe il est tubulaire , c'est-à-dire qu'il constitue une sorte d'an- neau qui , se remplissant à l'intérieur par une suite de couches concentriques , s'oblitère de jour en jour et ne laisse plus enfin , dans certains Poissons seulement , qu'un trou qui le perfore au centre. — Les branches la- térales sont supérieurement les lames vertébrales qui, par leur réunion , constituent le canal vertébral , et in- férieurement les côtes, qui tantôt réunies forment un véritable canal, et tantôt libres deviennent flottantes par une de leurs extrémités. Le système médullaire, situé au-dessus et le long des corps vertébraux, et le vaisseau ( '97 ) aortique placé au-dessous , et dirige* dana le même sens, avaient besoin de protecteurs , et ce sont les bran< latérales qui , en haut et en bas , les leur fournissent* Ici M. Geoffroy Saint- 11 ilaire y cru devoir établir des dis- tinctions qui n'avaient pas encore été faites, et créer de nouveaux noms pour des parties dont l'étude avait été en général fort négligée. Supérieurement le système médul- laire est recouvert par deux tiges osseuses qu'il nomme individuellement périal. Chez les Mammifères où la moelle épinière est d'un certain volume, les périaux qui cor- respondent aux lames vertébrales s'étendent dans toute leur longueur autour de la tige médullaire , et constituent par leur réunion le canal propre de la vertèbre. Il en est tout autrement si on examine les vertèbres de la région post-abdominale des Poissons. La moelle épinière, étant en ce lieu réduite à l'état d'un filet grêle , ce ne sont plus les périaux dans toute leur longueur , mais seulement une partie d'eux-mêmes qui la cloisonnent ; cependant une dimension ne se perd point qu'elle ne donne lieu à l'augmentation dans un sens opposé , et en vertu de cette loi invariable , les périaux des Poissons, au lieu d'être épais et courts, comme dans les Mam- mifères, sont grêles, prodigieusement longs, et soudés entre eux dans la plus grande portion de leur étendue. Les périaux ne sont pas les seules pièces qui se mon- trent à la partie supérieure du cycléal. Lorsqu'il arrive que la moelle épinière occupe un grand espace , les pé- riaux ne suffisent plus pour l'entourer -, alors ils s'écar- tent , ri on distingue de nouvelles pièces au nombre de deux de ebaojue côté* , el portant individuellement le nom à' épiai. Les épiaifx sont, s'il est permis de s'exprimer linsî , dea protecteurs auxiliaires pour la moellc'épinièrc ( *9» ) toutes les fois que celle-ci est très-développée } ils ont pour usage de la recouvrir et de lui constituer une en- veloppe ; c'est ce qui a lieu constamment dans le crâne. Si , au contraire, la tige médullaire , très-peu développée, ne réclame pas leur secours , ils sont employés à des usages secondaires assez variés. On les voit , dans ce cas , servir de baguette aux nageoires dorsales , se désunir et se superposer de manière que l'un , après avoir monté sur l'autre, devient quelquefois extérieur, tandis que le second se maintient au-dedans. Ce changement de place n'a cependant rien de réel , et chacune des pièces con- serve l'une à l'égard de l'autre des relations invariables. Voulant exprimer à la fois , d'une part, l'origine et la destination commune de ces pièces , lorsqu'elles appar- tiennent à un appareil au-dedans duquel s'exécutent les plus importans phénomènes de la vie , et d'autre part , leur variation et leur isolement pour le cas où l'une de ces pièces se sépare et se distingue de sa congénère , M. Geoffroy ne s'est pas borné aux dénominations simples qui précèdent , il ïeur a joint une préposition significa- tive qu'on devra ajouter au nom principal , lorsque les pièces seront disposées en série unique. On remarquera donc alors au-dessus du cycléal , non pas le périal et l'épiai qui , étant doubles et en regard, constituent quatre pièces , mais bien le méta-périal et le cyclo-périal , aux- quels feront suite le pro-épial et Yen-épial. Telles sont les parties que M. Geoffroy Saint-Hilaire a distinguées au-dessus du corps de la vertèbre, et que les anatomistes avaient confondues sous le nom de lames vertébrales . très-visibles dans certains Poissons , elles ne sont pas moins distinctes^ dans les Mammifères j scu- ement il faut les étudier dans l'état de fœtus, et avant. ( *99 ) qu'elles ne se soient confondues en se souciant. Ceci conçu , il devient très-aisé d'acquérir la connaissance des pièces situées au-dessous du cycléal$ elles sont en même nombre, et se composent dans bien des cas de la même manière que les précédentes. Supérieurement, c'était la moelle épinière qui devait être protégée par les ap- pendices de la vertèbre ; ici , c'est le système sanguin auquel viennent s'ajouter quelquefois les organes de la digestion et ceux de la respiration , qui réclament la même assistpnee. Les deux pièces qui s'observent d'a- bord et qui s'appuient sur le cycléal, portent chacune le nom de paraal ; les paraaux se conduisent exactement comme les périaux. Bans les vertèbres post-abdominales des Poissons , et en particulier du Carrelet , le paraai de droite est soudé au paraai de gauche et constitue un anneau pour le vaisseau sanguin. A la partie antérieure du corps, au contraire , où il existe un système sanguin très-développé , un canal intestinal , etc. s ils s'écartent et forment ce qu'on avait désigné sous le nom de côtes, et particulièrement sous celui de côtes vertébrales ; c'est alors que, ne pouvant se réunir par leur sommet, les paraaux sont suivis et aidés par deux pièces désignées par les anatomistes sous le nom de côtes sternales, et que M. Geoffroy nomme individuellement cataal. Les cataaux sont aux paraaux,, ce que les épiaux étaient supérieu- rement aux périaux } ils sont des auxiliaires protecteurs du système sanguin , respiratoire et digestif; ils ont , en outre , cet autre point de ressemblance, que , devenant dans plusieurs circonstances inutiles pour cet usage, ils passent à des fonctions secondaires, font partie des na- geoires anales, constituent des aiguillons extérieurs, etc. Dans ce cas M. ( icoili oy ajoute les mêmes prépositions cm* ( 3oo ) ployécs pour la partie supérieure \ ainsi , lorsque les pièces seront rangées en séries , on trouvera au-dessous du cycléal le cyclo-paraalvl le méta-paraal, puis Ven-cataal et le pro-nalaah Tels sont les rapprochemens curieux et bien dignes d'intérêt, que M. Geoffroy Saint-Hilaire a d'abord eu pour but d'établir (i). Il nous était indispensable de le suivre dans tous ces détails , afin qu'abordant avec lui l'étude de la vertèbre chez les Crustacés , nous nous trouvions avec un égal avantage sur son terrain et plus à portée de saisir sa ma- nière de voir. Quiconque , n'adoptant pas cette route , entreprendrait la comparaison immédiate des Animaux vertébrés et des Crustacés , sous le rapport de leur sys- tème solide , ne devrait point se flatter d'avoir saisi les idées fondamentales de l'auteur , et encore moins se per- mettre de porter à leur égard le moindre jugement. Les Crustacés vivent au-dedans de leur colonne ver- tébrale , c'est-à-dire que leur cycléal n'étant pas entiè- rement plein comme dans les hauts Animaux vertébrés , ou n'étant pas rempli de couches concentriques qui ne laissent au plus qu'un troua peine perceptible, comme dans les Poissons , se trouve contenir chez eux le cordon nerveux, le vaisseau sanguin , les viscères, les mus- cles , etc. , et constitue par cela même un anneau très- ample , dont le diamètre égale la largeur tout entière de l'Animal. Ceci admis , les résultats suivans en découleront na- (i) M. Geoffroy a présenté quelques considérations nouvelles d'upe haute importance, sur l'emploi de ces diverses pièces chez la Tortue , où elles constituent une cage crânienne et une cage pectorale. P. An- nales de la Médecine phys. , par M. Broussais, tome III . p. 247 et 248. ( Soi ) turellemcnt : i° l'épaisseur de cet anneau ou la solidité du tube vertébral sera toujours en raison inverse de l'étendue de sa circonférence *, 2° le tube vertébral se trouvant rejeté au-dehors sur la limite du derme , en sera immédiatement revêtu ; 3° les muscles ne s'opposant pas au contact immédiat t puisqu'ils sont renfermés dans le cycléal , ce tube osseux s'unira et se confondra avec le tube épidermique ; 4° les volumes respectifs des deux tubes osseux et épidermiques pourront varier graduelle- ment en raison directe ou en raison inverse l'un de l'au- tre : ainsi que le tissu dermoïque soit plus abondamment nourri que le tissu osseux^ et acquière en proportion plus d'épaisseur, on aura les enveloppes solides et de consistance cornée des Coléoptères -, qu'au contraire , le tissu osseux prédomine sur l'épidermique, il en résultera le test résistant des Crabes , des Homards , etc. *, 5° enfin tous les organes restant concentrés dans le tube vertébral, aucun autre tube ne sera nécessaire au-dehors , et il ne devra plus exister de doubles pièces qui fassent la fourche en dessus et en dessous du cycléal , ou qui , en se réu- nissant, constituent des cloisons pour enfermer le sys- tème médullaire et le système sanguin. — Si donc les autres parties de la vertèbre, qu'on se rappellera avoir été distinguées dans les Poissons en périaux et épiaux situés en haut , et en paraaux et cataaux placés en bas , se retrouvent chez les Crustacés , elles ne seront plus que des dépendances fort peu importantes du cycléal , ne pouvant être appropriées qu'au mouvement progressif. Or, l'observation fait apercevoir dans la classe des Ani- maux articulés , sur le dehors de chaque tube vertébral , ou de chaque anneau , une double série de pièces que tout le monde sait être des appendices locomoteurs , et ( 30» ) que M. Geoffroy considère comme les analogues de celles qui viennent d'être nommées. La manière de voir de l'illustre auteur de l'Anatomie philosophique , se réduit donc à considérer chaque anneau d'un Animal articulé comme un corps de vertèbre creux , et chaque paire de pâtes qu'il supporte comme les appendices de ce corps vertébral , qui , ici , passent aux usages secondaires do la locomotion , tandis que, dans les Animaux élevés, ils se réunissent le plus souvent pour former des anneaux pro- tecteurs du cordon nerveux , du système sanguin , etc. On pouvait cependant opposer à ces résultats un fait plausible : les appendices vertébraux des Poissons et leurs nageoires dorsales ou anales s'élèvent verticalement- au contraire, les pâtes des Insectes qu'on leur compare, sont étendues horizontalement. Est-ce bien là ce qu'indi- que le principe des connexions? M. Geoffroy Saint-Hilaire a prévu cette objection ; pour y répondre , il établit qu'il n'est pas inhérent aux Animaux que leur thorax soit transporté en présentant toujours la même surface au sol. Personne n'ignore que les Pleuronectes nagent étant posés sur leurs flancs , d'où il arrive que quelques-unes de leurs nageoires qui , dans d'autres Poissons, sont dirigées ver- ticalement, se trouvent chez eux étendues horizonta- lement. Il se demande alors si ces Insectes ne sont pas , sous le rapport de la station, des Animaux semblables aux Pleuronectes, c'est-a-dire s'ils n'étendent pas de la même manière à droite et à gauche les moyens dont ils disposent pour leur transport} M. Geoffroy pense donc que les Crustacés (car c'est toujours cette classe qu'il entend donner pour exemple), dans la position où nous les voyons, ne marchent pas, comme il nous semble , sur le ventre, mais sur le coté, convertissant ainsi l'un de ( 3oH ) . leurs flancs en face ventrale, et l'autre en face dorsale (i) \ dès-lors on conçoit comment ils rendent horizontales ( les portant à droite et à gauche) les parties qui dans les Poissons sont généralement verticales. La queue ne fait pas exception, et il est aisé de voir qu'elle est elle- même horizontale. Observons d'ailleurs que la position du corps, relativement au sol , est très-variable chez les Animaux articulés -, la plupart marchent à la manière des Crabes , des Araignées et des Scarabées , et conver- tissent , suivant l'expression de M. Geoffroy, l'un de leurs flancs en face ventrale ; mais on en trouve un assez grand nombre qui affectent des positions toutes différentes. Nous nous bornerons à fournir quelques exemples bien connus, sans avoir la prétention de précéder M. Geoffroy dans l'usage qu'il pourrait en faire à l'appui de sa ma- nière de voir. Les Amphipodes, qui constituent un ordre dans la classe des Crustacés , sont toujours placés sur le côté ; leurs appendices ont par cela môme une direction ver- ticale, et si nous avons bien conçu l'opinion de l'auteur, ces Animaux présenteraient l'état normal , puisque le côté sur lequel ils sont couchés , et qui pour lui n'est (i) Ceci doit s'entendre seulement du squelette; pour ce qui con- cerne les parties molles, il s'est opéré une conversion complète dans leur déplacement , c'est - à - dire que le système nerveux , toute la masse viscérale et le système sanguin, au lieu d'être rangés sur le côté, comme dans le Pleuronecte , ont fait un quart de conversion de plus et sont venus se placer sur la ligne moyenne du corps. Dans ce sens, les Ecrevisses convertissent exactement leur face ventrale en face dorsale, et leurs parties molles ont, relativement au sol, les mêmes rapports qu'on observe dans les Apus et les Branchipes, tandis que leur squelette est resté dans une position moitié retournée comme chez le Pleuronecte. * ( M ) autre chose que la face ventrale dans le Pleurouecte , repose immédiatement sur le sol. Les Phronimes , les Chevrettes (Gommants), les Talitres , les Corophies sont dans ce cas. L'Achlysie du Dytique, espèce d'un genre nouveau dans la classe des Arachnides (Mém. de la Soc. d* Hist. natttr. , tome i ) , est , à cause de son organisation singulière , placée sur le flanc, du moins à l'époque où M. Audouin l'a observée. D'autres Animaux articulés sont tout-à-fait renversés , et convertissent réellement leur dos en face ventrale. M. Geoffroy Saint-Hilaire ne négligera sans doute pas ces observations , lorsque , dans un Mémoire suivant qu'il annonce , il étudiera la position relative des organes à l'intérieur du corps .^Plusieurs Crustacés de l'ordre des Branchiopodes présentent cet entier renversement; les Apus, les Branchipes, etc. , nagent presque constamment sur le dos. Tout le monde sait que plusieurs Insectes hexapodes , le Notonecte en particulier , se trouvent dans le même cas. Tel est le point de vue adopté par M. Geoffroy, tel est aussi l'état dans lequel la question a été laissée depuis. M. N nous a communiqué toutefois des vues d'un ordre différent qui tendraient à introduire dans cette détermination des considérations remarquables et qui conduiraient à des conséquences dignes d'un examen attentif. « Les naturalistes, dit-il, ont reconnu dans les ani- maux vertébrés des mouvemens instinctifs et d'autres où l'animal paraît profiter des leçons de l'expérience , tandis que dans les classes inférieures on n'observe que des mouvemens instinctifs. ]N'y aurait-il pas dans les pre- miers deux systèmes nerveux , l'un recevant les impres- ( 3o5 ) sions qui déterminent les mouvemens instinctifs et pro-^ duisant dans les muscles les contractions dont ils dépen* dent ; l'autre remplissant les mêmes fonctions à l'égard des sensations et des mouvemens qui , n'appartenant plus à l'instinct proprement dit , paraissent propres aux seuls animaux vertébrés. Le premier de ces systèmes, celui qui se rapporte uniquement aux. phénomènes subor- donnés à l'instinct, se trouverait-il seul dans les ani maux invertébrés , l'autre ayant complètement disparu? » Je n'avais , sur ce point dont je m'étais cependant beaucoup occupé, que des idées encore assez vagues, lors- que le travail de M. Geoffroy de Saint-Hilaire est venu donner plus de précision à ma pensée et m'a conduit aux résultats que je vais exposer. » D'après ce célèbre anatomiste , le squelette des ani- maux vertébrés présente deux sortes d'anneaux formant en avant et en arrière de la colonne cycléale, deux ca- vités distinctes. L'une d'elles ne renferme que l'encé- phale et la moelle épinière ; l'autre 3 outre le tube di- gestif et les viscères , contient un autre système ner- veux , le système ganglionaire : celui-ci est formé de deux cordons , portant , de distance en distance , des renflemcns appelés ganglions , d'où partent des filets nerveux qui vbnt se réunir aux filets partis des renfle- mens correspondans de la moelle épinière , auxquels on a donné , à si juste titre , le nom de ganglions spinaux. L'anastomose de ces deux sortes de filets a lieu après que les derniers sont sortis du canal vertébral , avant que les nerfs qui résultent de cette réunion , se distribuent aux difTérens organes dont ils doivent contracter les mus- cles ou recevoir les impressions qu'y produisent les cau- ses des sensations. » Tome II. 10 ( 3oG ) « Je dois avertir que le système ganglionaire qui lbur- nit ainsi dVs filets à tous les nerfs contenant d'autres filets venus du système encéphalique, est tout-à-fait distinct d'un troisième système nerveux , celui du ganglion semi- lunaire , dont la destination paraît toute différente. Ce dernier n'a , suivant moi , rien de commun avec le système ganglionaire proprement dit, que d'être renfermé comme lui dans la cavité splanchnique. » « Les mouvemens instinctifs sont exécutés par les mêmes organes de locomotion , que ceux qui ne le sont pas, les impressions qui les déterminent ont lieu aussi sur les mêmes organes des sens ; mais les nerfs qui se rendent aux uns et aux autres sont composés de filets venus, les uns du système ganglionaire , les autres de l'encé- phale et de la moelle épinière ; les mouvemens et les impressions relatifs à l'instinct ne pourraient -ils pas dépendre de la première de ces deux sortes de filets nerveux, les autres de la seconde ? » « S'il en était ainsi et qu'on pût dans un animal ver- tébré , sans le priver de la vie , ouvrir le crâne et le canal vertébral , détruire l'encéphale et la moelle épi- nière , et supprimer dans tous les nerfs les filets qui en proviennent, et qu'on pût augmenter, autant que cela deviendrait nécessaire, l'action des filets nerveux dépen- dans du système ganglionaire , l'animal continuerait de contracter ses muscles et de recevoir des impressions à l'aide de ces filets; seulement il n'y aurait plus que des mouvemens instinctifs et des impressions relatives à cette sorte de mouvemens, puisque le système ganglionaire est supposé destiné exclusivement à les produire. » « C'est cette suppression qu'aurait faite l'auteur de la nature dans la création des animaux qu'on appelle arti- ( 3«7 ) cuirs; les branches vertébrales ne se réunissant plus pour former des vertèbres devenues inutiles , recevraient une nouvelle destination; leurs difjérens points osseux ne |e souderaient plus, et formeraient des articulations dis- tinctes; leurs extrémités opposées à celles par lesquelles ils s'articuleraient au cycléal qui les supporte , ne se réuniraient plus , et ces branches deviendraient les pales de l'animal articulé, marchant renversé sur le dos, conformément à ce qu'a établi en dernier lieu M. Geof- froy Saint-Ililaire, d'après des motifs qui me paraissent suffisans, et auxquels on en pourrait peut-être ajouter plusieurs autres ; maïs ce n'est pas ici le lieu de nous en occuper; je ne saurais cependant passer sous silence relui qui résulte d'une observation de MM. Dumas etPrévcst. Je veux parler de l'existence du système ganglionaire dans l'embryon, bien avant qu'il s'y développe aucun autre organe. » Dans cette manière de voir , les branches périsptan- chniques , c'est-à-dire l'assemblage des paraaux et des Catnaux de M. GeotTroy continuent de remplir les mêmes fonctions; elles forment encore les anneaux dont la réunion renferme, avec le tube digestif et les autres viscères, un système ganglionaire assimilé mal à pro- pos au cerveau et à la moelle épinière des nui maux ver- tébrés , puisqu'il doit l'être à leur système ganglio- naire , placé de même entre le tube digestif et la co- lonne cycléale : cette colonne doit s'articuler avec les pâtes qui correspondent dans les animaux privés de ver- tèbres aux branches vertébrales des animaux qui en sont pr»ui vus ; c'est , en effet , ce qui a lieu quand on c dère comme formée parla réunion des eyeléaux la panier des anneaux des animaux articulés à laquelle on a jdonné ( 3o8 ) le nom do sternum , faute d'avoir reconnu le renverse- ment sur le dos qui est devenu la situation ordinaire de ces animaux, tandis que leur véritable sternum est formé par la réunion des pièces de chaque anneau , que M. Audouin a désignée sous le nom de Tergum dans le Mémoire où il a donné une si parfaite analyse du sque- lette des insectes. » « On sait que deux des anneaux périsplanchniques des animaux vertébrés , l'un formé par les os du bassin , l'autre par les omoplates et les clavicules , sont seuls susceptibles de porter des membres qui , dans ces ani- maux , ne sont , par conséquent , jamais au nombre de plus de quatre. Deux des anneaux périsplanchniques dans les insectes , sont aussi seuls susceptibles de porter des ailes dont le nombre n'est aussi jamais supérieur à quatre ; lorsqu'on fait attention à la position renversée de l'animal, on voit que ces ailes correspondent aux membres des animaux vertébrés ; les deux anneaux aux- quels elles appartiennent paraissent , à la vérité , plus rapprochés que ceux qui portent ces membres dans le plus l grand nombre des espèces des animaux vertébrés. Mais le même rapprochement s'observe dans plusieurs Pois- sons ; et la différence devient moins sensible lorsqu'ainsi qu'on doit toujours le faire , on compare les animaux invertébrés à des embryons de vertébrés, dont les par- lies osseuses n'ont point pris tout leur développement. Les Insectes à quatre ailes se trouvent alors dans le cas des animaux vertébrés à quatre membres ; les Dip- tères dans celui des reptiles qui n'en ont que deux , et des Poissons apodes ; les Insectes aptères , et tous les autres animaux articulés dans le cas des Ophidiens. » « C'est dans les branches périsplanchniques du sque- ( 3o9 ; Jette des animaux vertébré», qui entourent les orifices su- périeurs du canal digestif se ramifiant dans le nez, les trompes d'Eustache , les canaux lacrymaux , qu'il faut chercher les analogues de toutes les parties supérieures de la tête des Insectes et des Crustacés , les antennes , les pé- dicules des yeux , etc. Mais si Ton fait attention que l'ou- verture unique de leur tube digestif à cette extrémité, doit être assimilée au dernier orifice du tube intestinal des vertébrés , celui qui se termine aux narines, on con- cevra que leur mâchoire inférieure et leurs mandibules correspondent aux os du crâne ouvert , puisqu'il n'y a plus de cerveau -, et présentent, avec les pâtes formées des autres branches vertébrales, l'analogie établie par M. Savigny. » « Le pharynx des vertébrés est une ouverture latérale du même tube digestif., devenue nécessaire pour que les alimens puissent être Jorovés entre les dents dont sont garnis les deux anneaux périsplanchniques qui constituent les mâchoires. » « D'après ces considérations , il me semble qu'on de- vrait admettre : » « i°. Qu'il n'existe dans les animaux articulés qu'un seul des deux systèmes nerveux destinés dans les ani- maux vertébrés , aux fonctions relatives à la sensibilité et à la locomotion, savoir : le système instinctif analogue au système ganglionaire situé en avant de la colonne cycléale de ces derniers animaux. » « 2°. Que l'absence du système nerveux encéphalique et spinal ayant rendu inutile l'existence du canal qui le * renferme dans les animaux supérieurs , les anneaux de ce tube ont pu changer de destination , et former les pâtes des animaux articulés. D'où il suit que ces ani- maux marchent réellement sur le dos , ainsi que l'a ( 3.o ) établi le premier, M. Geoffroy Saint-Hilaire , à l'excep- tion toutefois des Apus , des Branchipes et des Noto- nectes , qui présenteraient, parmi les animaux articulés, la position des vertébrés. » « 3°. Que ce qu'on nomme sternum des Insectes, est le noyau de la vertèbre, ou le cycléal de M. Geoffroy. Les arceaux qui en partent, pour former l'enveloppe gé- nérale de leur corps, sont produits par le développement des côtes. Le tergum des Insectes devient ainsi l'analogue du sternum des animaux vertébrés. Enfin , de cet arran- gement , il résulte que les quatre membres des animaux vertébrés sont représentés par les quatre ai!es des In- sectes. » « 4°- Toutes ces déterminations se trouvent démon- trées par les rapports de position du système nerveux et du tube intestinal placés dansJa cavité formée par les ar- ceaux périsplancbniques. Le système nerveux des inver- tébrés et ie système ganglionaire des vertébrés sont éga- lement placés entre la série des cycléaux et le tube intes- tinal. Elles semblent encore confirmées par la position que présente dans les poissons et dans les crustacés le vaisseau faisant fonction de ventricule , qui distribue dans tout le corps le sang qui a respiré. En eiTet, ce tronc artériel est situé dans les poissons sous l'épine du dos, entre le système digestif et le système ganglionaire ; et les mêmes fonctions sont remplies dans les crustacés par un grand vaisseau appelé ventral , placé de même entre le tube intestinal et leur système nerveux. » Paris, 16 février 1 Hj» j • (3». ) Rapport sur le Mémoire de M. le docteur Baillj , in- titulé Description des filets pêcheurs de la Baudroie. (Fait à £ Académie des Sciences, séance du 17 mai j8a4-) Par M. Geoffroy »e St.-Hilaire. JNous avons l'honneur , MM. le comte de Lacépède , le baron Cuvier et moi, de vous reproduire dans le rapport suivant les principaux faits d'un Mémoire de M. le doc- teur Bailly, que vous nous avez chargés d'examiner, Mémoire ayant pour titre : Description des filets pécheurs de la Baudroie. La Baudroie , poisson qui abonde dans les mers de l'Europe, et parce qu'il se plaît principalement sur les côtes si multipliées de l'archipel Grec , fut connu de la plus haute antiquité. Ses habitudes parurent aux pê- cheurs de la mer Egée , une si exacte répétition de leurs propres habitudes à eux-mêmes, qu'ils le désignèrent par le nom même de leur profession , l'appelant le poisson pêcheur , ou même simplement le Pécheur. Aristote nous met sur la voie de cette ellipse de langage , en employant la périph rase suivante : C'est une sorte de Grenouille , dit-il, qu'on appelle le pêcheur, » et s'étendant sur ses habitudes, il ajoute : « elle doit ce nom à l'industrie merveilleuse qu'elle déploie pour se procurer sa nour- riture. Car elle a, au-devant des yeux, des appendices qui s'allongent à la manière des poils, et qui, évasés a l'extrémité , forment comme de doubles appâts qu'elle porte avec elle. Après avoir troublé soit la vase, soit le sable , elle s'y cache, et élève ces appendices. Les petits poissons venant à les saisir, elle les retire et les approche de sa bouche » ( Arist. , flist. des Animaux , livre 9 , chap. Sfl ) ( 3" ) Un pareil trait d'industrie n'a pas manqué d'être re- cueilli et célébré chez les anciens , même en vers et plusieurs fois. Cicéron le reproduit dans son livre , De Naturâ deorum, livre 2, n° 125 ; Pline , dans ses Ani- malia aquatilia, livre 9, chap. - ^1 ; Plutarque, dans ses OEuvres Morales et Philosophiques, quand il traite des animaux les plus avisés -, Elien , dans ses récits sur les habitudes des Animaux, livre 9, chap. il\\ Oppien dans ses Halieutiques, livre 2. Les modernes , plus occupés du rapport et de la clas- sification des êtres que de leurs habitudes , ont peu ajouté aux récits des anciens. Cette observation n'est ce- pendant point applicable à Belon qui a , pour ainsi dire , continué parmi nous l'école des Grecs, et qui, en sa qualité de voyageur fréquemment en communication avec les pêcheurs , parle de la Baudroie comme d'un animal dont il a eu souvent occasion d'étudier les allures. Il Ta vue à llaguse , où les Esclavons la nomment Diable de mer; à Marseille, où elle a pris son nom français à cause d'une fraise qui garnit tout le dessous de la mâ- choire inférieure , et d v où semblent pendre , comme au bout d'un baudrier, les nageoires pectorales \ moyens of- fensifs à l'égard des poissons qui s'engagent et vont se faire prendre dans le sac branchial. Belon l'a vue encore à Bordeaux où elle était nommée Pescheteau ; « Car, dit Belon , c'est un poisson moult laid à voir , duquel l'on ne tient grand compte pour manger , mais seulement pour l'éventrer et lui tirer les poissons qu'il a encore tout en vie dedans le corps ; car c'est bien le plus gour-r mand de tous les poissons de rivage \ aussi a-t-il une gueule si grande qu'il pourrait aisément dévorer un grand chien d'une goulée. Il poite deux ailes sur le dos, l'une ( 3i3 ) quasi entre les deux yeux, composée de plusieurs pelitcs lignes (lesquelles il y en a deux de la longueur d'un pied et demi chacune ; et au bout d'icelles il y a comme une manière de chair blanche semblable à un appât ou amorce qu'on a en coutume de mettre aux hameçons , duquel appât ce Diable déçoit les poissons , après qu'il a troublé l'eau fangeuse. Puis s'étant attapy contre terre , il ne montre sans plus que ses deux lignes par-dessus l'eau. » (Belon , Nature et Diversité des Poissons , page 76.) Le mot ligne est ainsi articulé par Belon. Plutarque avait dit également que la Baudroie péchait à la ligne, u On lui a donné son surnom de pêcheuse, dit Plutarque , pour sa façon de faire. Car elle jette de son col un boyau en manière de ligne qu'elle étend au loin , le lâchant et le retirant à soi tout entièrement, quand elle veut. Quand donc elle aperçoit auprès d'elle quelques petits poissons , elle leur laisse mordre le bout de ce petit boyau, étant, elle, cachée derrière le sable ou dedans la vase , puis petit à petit elle le retire jusqu'à ce que le Poisson soit si près d'elle , qu'en sautant elle le puisse engloutir. » (Plutarque , traduction d'Amiot , œuv. etc. , vol. 1 , pag. 5ig. B. ) Cependant les naturalistes modernes n'admirent point un tel appareil de pèche , du moine avec une affectation aussi déterminée. On se refusa assez généralement à croire à une aussi exacte parité des mômes moyens chez les Pécheurs et chez la Baudroie. Le nouveau nom de ce Poisson , Lophius , exprimant une autre idée , n'attribuait seulement à ses prétendues lignes, que l'office de fila- mens apparaissant et disparaissant tour à tour, en quel- que sorte , à titre de jouets. On voyait ces li la mens s'a- giter en tous sens au-tîessus de la tête de 1 animal , don- (3.4) naitt lieu à toutes sortes de fluctuations, et pouvaut tout au plus faire uaitre dans les poissons à allécher , l'idée que c'étaient des vers allant çà et là et revenant sur les mêmes traces : ces (îlamens se réduisaient dans ce sys- tème en une sorte d'appât pour attirer et faire tomber dans des embuscades. C'est dans ces circonstances que, sans rappeler tous ces préliminaires , tous ces faits de l'histoire de la Bau- droie , M. Bailly vient dire comme une chose abso- lument positive , que la Baudroie pêche véritablement à la ligne; « mais, ajoute l'auteur, cette singulière manière de pourvoir à sa subsistance , de la part d'un poisson , passerait voloutiers pour une plaisanterie imaginée par des esprits exercés à trouver entre les choses les rapports les plus bizarres , si elle n'était pas prouvée par l'ana- tomie , dont les résultats sont les plus éloignés possibles des créations de l'imagination. » Puis aussi et sans autre début , notre jeune auteur passe à la description des filets pêcheurs de la Baudroie ; c'est le nom qu'il leur donne. L'histoire de la science nous fait connaître quelle hé- sitation existait dans les esprits au sujet de ces filets de pêche. Leurs noms ont varié comme les opinions qu'on s'est faites de leur usage. Ainsi ce sont des filets soyeux ou pendans , fdapendentia pour Aristote ; des cornes grêles et saillantes, eminentiœ çorniculalœ suivant Pline. Ils paraissent de petits boyaux à Plutarque ; de petites verrues , paivœ carunculatœ à Oppien -, des appendices déliées , duœ appendices tenue* , à Jonston. Le père Kiç- cher les voit, et celte détermination mérite qu'on la remarque , comme des rayons de nageoires , pinnœ oblon- gœ et versatiles. (3.5 ) Bloc: h les désigne sous le nom de houppes de malien- «"l'iiir , et enfin dans ces derniers temps, on les a cm- ployécs dusjj indilleremment sous les noms de filamens, barbillons et filets , mais rarement sous celui de petites lignes, comme l'avait fait Belon. La description de M. Bailly en fixe la nature d'une manière qu'on peut dire aujourd'hui certaine. Ces ba- guettes sont osseuses et trouvent de plus leurs analogues, félon M. Bailly , dans les prolongemens employés sous le nom d'apophyses épineuses et montantes des vertèbres. S'il avait adopté entièrement l'opinion de Kircher, il eût peut-être aperçu les trois filets pécheurs de !a Bau- droie, comme une annexe détachée et rejetée loin des trois premières vertèbres, comme étant les rayons de ces \erîîbres déplacés (eux et leurs apophyses tutrices ) et entraînés sur la tète par une traction du périoste, comme présentant enfin des rayons pareils à ceux de la pre- mière nageoire dorsale aussi au nombre trois, et qui forment les vertèbres 4» 5 et 6 de la série. Belon aurait-il embrassé , dès i555, ces considéra- tions , quand il vient à décrire deux ailes sur le dos , l'une des deux étant quasi entre les yeux ? Et ces deux ailes ou nageoires ne seraient-elles qu'une disjonction conservant toutefois ses rapports en série longitudinale , qu'une dissémination des rayons qui sont réunis en une seule nageoire dans l'espèce de Silure, pimelodus catus. Il est du moins certain que les filets et les rapports que présente la première nageoire de la Baudroie sont une exacte i ( jxiition des rayons dorsaux du pimelodus catus, à commencer par le premier rayon à articulation annu- laire. Quoi qu'il en soit de tes déterminations , celle même ( $tf ) adoptée par M. Bailly n'a pas tellemcni tracé dans sou esprit , et n'est pas regardée par lui comme une chose si évidente , qu'il n'ait jugé ne devoir traiter des filets pê- cheurs seulement sous le rapport des formes qu'ils présen- tent chez la Baudroie. La position toute extraordinaire de ces filets , leurs attaches et leurs usages , en forment un appareil unique et vraiment très-singulier. Revêtus de leur épiderme , et de plus terminés par un épanouisse- ment membraneux, on croit voir de véritables rayons. Le père Kircher l'a judicieusement observé , et Bloch ne se serait éloigné de cette manière de voir , que pour n'avoir donné d'attention qu'à la couche extérieure, membrane ambiante tout entière , de nature épider- mique ou cornée. C'est en cet état de choses que M. Bailly décrit un support général pour les filets, mais ne s'appliquant qu'aux deux premiers , et qu'il nomme porte-filet. Il dit le troisième filet directement articulé avec l'occipital , ce qui n'est pas exact. Ce troisième filet a sa pièce tu- trice à part; mais celle-ci est plus ou moins engagée et retenue entre les occipitaux supérieurs et sur leur ligne de suture (i). Qu'on veuille y donner attention, car de cette observation dépend la détermination de ce sin- gulier appareil , qu'on veuille y donner attention : cette lame ou pièce tutrice qui porte le troisième filet , est de même forme, et l'exacte répétition des lames ou pièces tu- (i) M. Bailly a fait ajouter à sa planche (frayez pi. 16, iig. 5) , la pièce tutrice dont il est fait ici mention. C'est une lame a , ëtroite , peu élevée, posée verticalement sur le haut du crâne, et engagée dans la ligne de suture des occipitaux supérieurs : le filet b , ayant son extrémité articulaire terminée par deux branches, embrasse la pièce de support au point c, c'est-à-dire à son bout postérieur. {N. du R. ) (3« 7 ) triées qui portent les rayons de la première nageoire. Le grand support général ou le porte-filet de M. Bailly , se compose , analogiquement parlant , des lames ou pièces tutrices des deux premiers filets, lesquelles lames seraient soudées Tune à l'autre , et n'apporteraient à la Baudroie , pour toute innovation , qu'un cas de soudure de deux os d'origine distincte. Le porte-filet qui donne attache au premier et au se- cond filet pêcheur, a glissé sur la tète au point d'être posé sur les frontaux, déprimés en cet endroit, et ayant ainsi ménagé au porte-filet une large gouttière où cette pièce osseuse et ses muscles trouvent un emplacement suffisant, u Le porte-filet s'engage en arrière dans un amas de substance mucoso-gélatineuse, et se termine en avant par un anneau vertical qui reçoit un autre anneau appartenant au premier filet , absolument comme font les anneaux d'une chaîne qui s'engrennent réciproque- ment. » Bailly. L'un de nous , M. Cuvier , a décrit , chez le Silure , une semblable enchevêtrure annulaire des parties os- seuses, et ce qu'il y a de remarquable à cet égard , c'est que chez le Silure , c'est de même un premier rayon de nageoire dorsale qui présente cette curieuse confor- mation. Au surplus , quant à ce qui concerne la Baudroie , on ne peut concevoir d'articulation plus appropriée à la va- riété des mouvemens dans tous les sens , et l'on conçoit combien cette circonstance ajoute de prix à l'instrument de pèche qui en est favorisé, combien en effet elle fa- cilite son évolution. Les mouvemens des trois filets pêcheurs sont réglés par un appareil musculaire très-compliqué. M. Bailly y ( 3i8 ) ,\ reconnu jusqu'à 11 muscles tous très-distincts, et tous exclusivement employés aux mouvcmens des filets, be nerf sous-occipital qui est très*volumineuxs'y distribue, et ces muscles sont disposés de façon qu'il y en a pour relever et étendre les filets , d'autres pour les ramener et les coucher, et d'autres enfin , pour les renverser soit à droite soit à gauche. La description très-étendue et très-satisfaisante qnc M. Bailly donne des trois filets pêcheurs et des muscles qui en opèrent les divers mouvemens , est de plus ac- compagnée d'un dessin où tout ce riche appareil est rendu nettement visuel. Ce travail intéressant , et qui avait jusqu'à ce jour manqué à la science , confirme les usages et consacre même la destination des filets pêcheurs dans le sens qu'on l'avait entendu dans l'antiquité; car bien qu'on soit fonde à voir là le déploiement d'une industrie réellement très-admirable, ces habitudes sont cependant resserrées dans les limites des facultés ins- tinctives départies aux animaux, et elles ne prennent pas plus le caractère d'une destination déterminée, qu'on l'observe chez d'autres animaux encore plus descendus dans l'échelle des êtres. Une ligne amorcée et devenant décevante, comme l'a dit Belon , pour les petits poissons qui s'y laissent prendre , n'offie rien de plus extraor- dinaire qu'un toile filée et tendue par l'araignée, que ces réseaux également dccevans , au moyen desquels l'in- génieuse industrie d'un insecte enlace et retient d'autres insectes pour s'en repaître. Cependant on conçoit difficilement qu'une pêche à la ligne soit continuellement assez productive pour suffire aux besoins d'un poisson aussi vorace que l'est la Bau- droie ,' et c'est s:\ns doute la réflexion qu'aura faite (3. 9 ) M. Bailly , lorsque considérant tout le parti que les Bau- droies peuvent retirer de leurs lignes repliées en arrière : « il est porté à croire que ces animaux se rendent de plus le service réciproque de pécher les uns pour les autres, soit entre parens et enfans , soit entre amis. Une fois l'instrument imaginé et organisé, ses applications , ajoute-t-il, ne coûtent plus rien. » Cette conjecture est formellement contredite par les observations de nos anciens auteurs , Rondelet et Sal- viani, lesquelles sont en ces termes reproduites parAl- drovande : Ranci marina solitaria est, non gregalis. Aid. de piscibus, lib. 3, page 468. La voracité des Baudroies est ce qui leur a valu , de la part des Siciliens, le nom de Lamia, traduisible par Loup-Garou , ou monstre mangeur d'enfans \ des ani- maux dans ces dispositions et avec de pareils besoins , ne souffrent point de rivaux dans leur voisinage. Ils vivent seuls au centre d'un cantonnement dont toutes les proies qui s'y trouvent leur restent alors dévolues. Mais cependant n'oublions pas la difficulté qui aurait suggéré à M. Bailly sa conjecture. Une aussi grande vo- racité n'est nullement en harmonie et ne saurait être satisfaite avec et par d'aussi faibles moyens , que les lignes et les filets pécheurs de la Baudroie ; mais ce qui répond à cette difficulté, c'est qu'ils ne sont pas non plus les seuls moyens mis en jeu par ce poisson pour se pro- curer la subsistance qui lui est nécessaire. Ce n'est point sur un examen superficiel qu'on peut se flatter de connaître la Baudroie. Il faut la voir dans son essence, et c'est alors qu'on eu vient à comprendre qu'elle est faite et comme prise à rebours de tous les animaux qui vivent de proie. Il faut à ceux-ci autant d'à- ( 3,o ) gilité que de forée pour arriver à l'improviste sur leur proie et pour la saisir et la dépecer en un clin-d'œil , sans combat ni autre soin que de voir et de mettre pres- tement à mort. Combien la Baudroie est éloignée au contraire de cette toute-puissance qui forme les brillantes qualités du Lion et du Brocbet! C'est un lourd animal qui nage difficilement : « il n'a , dit son bistorien de l'é- poque actuelle, ni force dans les membres, ni armes défensives. Sa queue est sans souplesse , sa^peau molle et flasque : sa démarebe est lente et pénible (Lac His- toire générale des Poissons ) ; et c'est cependant un être aussi misérable qui est dominé par un instinct de glou- tonnerie ! Quand pour assouvir sa faim , il lui faudrait courir sur sa proie , il est tenu de l'attendre dans une embuscade. Cependant cette existence lui serait-elle à charge ? Est- il exact de dire qu'attendre dans une embuscade une proie qui pourrait s'y laisser attendre un temps indéfini , soit la position désespérée, l'unique et triste industrie de la Baudroie ? Non sans doute. On n'aurait encore cé- lébré que ses ruses comme pêcheur à la ligne ; mais elle déploie bien d'autres ressources. Il faut en effet la con- sidérer elle-même , elle tout entière , comme offrant un appât, comme se présentant soi-même pour curée aux petits poissons qui se nourrissent de vase ou des dé- bris animaux qui y sont mêlés. À la mucosité dont sa peau et sa chair mollasse sont abondamment recouvertes et dont tous les petits poissons se montrent extrêmement friands, elle ajoute une vase fangeuse dont elle enduit son corps et l'intérieur de sa gueule immense ; elle s'ha- bille, en quelque sorte , d'un limon d'une odeur fétide , d'une odeur qui par conséquent avertit au loin et fait ac- lai ) courir près d'elle. Qu'elle réussisse :*i bien cacher la plus grande partie d'elle-même ; qu'elle ne produise et ne rende visuelle qu'une chair gissante sur le sol , que des lambeaux, en apparence, qui invilent à s'en repaître; qu'elle reste immobile, patiente,* qu'enfin elle demeure long-temps dans cette position , et elle est bientôt en- tourée d'êtres sur lesquels elle s'apprête à exercer ( . qualités décevantes. Car il ne faudrait pas croire que celles-ci se bornent à une seule , que les combinaisons de son embuscade ne doivent avoir d'autre résultat que de pêcher à la ligne ; tout au plus ce seront ses préludes à l'égard des pois- sons les premiers rendus sur son appel. Elle a fait des apprêts pour pêcher en eau trouble , et comme si de n'é- tait assez de cette disposition des lieux, c'est avec les diverses portions d'elle- même qu'elle va opérer. Elle transforme tout et chaque partie d'elle-même en m de pêche, en instrumens actifs qui la rendent sur les points également redoutable. Sa gueule immense déguisée sous un lit de sable fangeux et sous de petites parties d'algues et de varecs , ouverte et menaçante comme l'embpachure d'un épervier , attend, pour s'é- branler , une heure opportune , et alors elle s'en vient, comme l'épervier, se fermer au-devant d'une proie abon- dante ainsi surprise à l'improviste. La Baudroie est également aux aguets sur ses flancs et à l'arrière du corps, également menaçante, sur ces points, au moyen de deux autres instrumens de pêche. Elle possède en ce lieu deux vastes poches, avec cercles pour en soutenir la toile ambiante. On dirait, on croit voir ces instrumens de pêcherie connus sous le nom fie bours» is »« poisson, ou de nasses. La Baudroie . et les autres Lo- TOME II. . , ( ?•* ) plues ses congénères, jouissent seules de cette singu lière organisation ; c'est une amplification du sac bran- chial. Après que celui-ci a fourni , comme à l'ordinaire , une enveloppe aux organes respiratoires, il ne se ter- mine point , comme de coutume , tout-à-coup par la fente des ouïes , mais il se prolonge tout le long de l'ab- domen , comme aussi tout le long du bras; car la Bau- droie a sa nageoire pectorale dégagée de l'épaule et portée par un pédicule. Les rayons branchiostèges, agran- dis dans la même raison que le sac branchial, remplissent l'office de cerceaux qui soutiennent le filet des nasses. Les ouvertures des ouïes sont donc fort reculées en ar- rière , et ce sont elles qui constituent les entrées des deux nouveaux instrumens de pêche. Les muscles des osselets branchiostèges et ceux du bras , principal régu- lateur de ce nouveau moyen pour pêcher, ouvrent ou ferment l'appareil au gré de l'animal. Ce n'est point théoriquement que les usages de ces bour- ses, comme instrumens dépêche, sont assignés ici. L'un de nous a trouvé, dans leur intérieur, des poissons qui s'y étaient engagés , et il a depuis provoqué des recherches sur nos côtes , qui lui ont donné l'assurance que cette habitude est généralement connue des pêcheurs. On peut consulter sur tous ces faits les tomes IX, page 4*7 ? et X, page 48°? des Annales du Muséum d'Histoire Na- turelle. Telle est sans doute la connaissance à laquelle Belon fait allusion quand il dit que les pêcheurs qui rejettent la Baudroie , ne manquent pas , cependant , de l'éventrer auparavant , pour en tirer des poissons qu'elle a tout vi- vans dedans le corps. Pour nous résumer sur le Mémoire de M. Baillv : nous ( :*»3 ) ferons remarquer qu'il a pris pour sujet de ses études une espèce que l'antiquité, que les naturalistes à toutes les époques ont observée attentivement , ont eu à cœur de connaître dans le plus grand détail. Il est parvenu a ajouter de nouvelles et d'intéressantes particularités à ce qui était su déjà. Il a ainsi complété l'histoire d'un ani- mal extrêmement curieux. Nous croyons le travail de ce jeune médecin digne des éloges de l'Académie , et nous proposons do l'insérer dans le recueil des savans étrangers. Signé le comte De Lacépède , le baron Cuvier , le rh. Geoffroy Saint-Hilaire , rapporteur. * i - Desciuftion des filets pécheurs de la Baudroie. Par M. Baillv , D. M. P. Quelqu'ingénieux que soient Icb différens appareils dont la nature ait doué les animaux, pour leur faciliter les moyens de remplir toutes les conditions de leur exis- tence-, quelqu'habitué que l'on soit à la variété immense de ces machines organisées , plus ou moins compliquées , que l'anatomie nous a fait connaître , et qui semblent indiquer que, pour propager la vie sous toutes les formes, cette même nature a mis à contribution toutes les com- binaisons possibles d'instrumens et de procédés , on ne peut s'empêcher d'être frappé à la fois d'étonnement et d'admiration , quand ou examine la singulière disposi- tion que nous offre sous ce rapport la tête de la grande Baudroie. (Lophîus piscatorius L.) La moitié des ani- maux étant destinée à manger l'autre , remplit ce devoir presque toujours à force ouverte : rechercher sa proie , la poursuivre, se précipiter dessus, la déchirer au ( 324 "> màjoh darmcs appropriées à cet usage, enfin la dé- vorer, tels sont les actes dont les animaux carnivores s'acquittent chaque jour, sans offrir entre eux d'autres différences que celles qui sont produites par la conforma- tion particulière à chaque espèce *, mais l'essentiel est commun à tous. Chez le lion comme chez le vautour, chez le serpent comme chez le requin, qui attaquent ouvertement et de la même manière , des armes puissantes , secondées par de puissans moyens de locomotion , leur assurent tou- jours une victoire rarement incertaine , et partout nous voyons les mêmes actions et les mêmes moyens de les exécuter à quelques variétés près , qui n'ôtent rien au caractère principal de ressemblance. Mais la Baudroie dont le corps lourd et pesant aurait pu difficilement remplir les intentions d'un appétit vo- race , serait bientôt morte de faim si elle n'avait dû vivre que de ce qu'elle aurait pu attraper à l'aide de ses moyens de transport. Aussi au lieu de se donne* la peine, comme le font tous les carnassiers , de poursuivre des animaux dont les moins agiles se seraient encore fait un jeu d'é- viter ses attaques , que fait-elle? elle se cache dans les herbes, y reste tranquille, et pêche à la ligne tous les petits poissons qui viennent dans son voisinage. Cette singulière manière de pourvoir à sa subsistance de la part d'un poisson , passerait volontiers pour une plai- santerie imaginée par ces esprits exercés à trouver entre les choses les rapports Tes plus bizarres, si elle n'était pas prouvée par l'anatomie , dont les résultats sont les plus éloignés possibles des créations dé l'imagination. L'espèce dont j'ai eu occasion d'examiner plusieurs individus à Montpellier, est Ja grande Baudroie, Lophius ( 3a5 ) piscatorius des auteurs. Les détails que je vais donner , s'appliqueront donc exclusivement à elle ; les autres es- pèces offrant des variétés sous le rapport du nombre et de la position des filets pécheurs. La tète de la grande Baudroie présente à sa partie su- périeure une gouttière longitudinale dirigée d'avant en arrière, et qui règne depuis l'extrémité des os maxil- laires jusqu'à l'occipital. Cette gouttière est bornée laté- ralement par deux crêtes formées par les bords du co- ronal et par des lignes saillantes qui existent sur les pariétaux. La figure jointe à ce Mémoire et les pièces elles-mêmes me dispensent d'une description plus minu- tieuse que la vue des objets rend inutile. C'est dans cette gouttière qu'est placé cet appareil si curieux et unique dans tout le règne animal. Il consiste, i° dans une pièce principale que j'appellerai le porte-filet \ 2° dans trois filets , dont deux seulement sont articulés avec le porte-filet , le troisième étant ar- ticulé avec l'occipital \ 3° dans les muscles et les nerfs destinés aux mouvemens de ces parties. Le porte-filet est une lame osseuse et cartilagineuse aplatie latéralement; sa longueur varie entre trois et quatre pouces, elle se termine en arrière par une subs- tance mucoso-gélatineuse d'une forme cylindrique, d'un a deux pouces de longueur, contenue dans une enveloppe qui se racornit par la dessiccation. La partie antérieure du porte-filet se termine supé- rieurement par un anneau vertical qui reçoit un autre anneau appartenant au premier filet , absolument comme les annejiux d'une chaîne se rcçoi\ eut réciproquement. Cette articulation annulaire est si favorable à la va- riété des mouvemens dans tous les sens, qu'elle ne pou- ( iiG ) vait guère être mieux appropriée à un instrument où elle fût d'un aussi grand secours qu'à celui que nous dé- crivons. Cet anneau du porte-filet tient par sa partie inférieure au corps même de cet os , et par sa partie postérieure, il tient à l'angle antérieur d'une plaque horizontale en forme de losange , posée perpendiculairement sur le porte-filet. Cette plaque qui est destinée à augmenter la surface d'insertion des muscles du second filet , donne attache postérieurement à un ligament rond qui , après avoir traversé l'anneau du second filet , se fixe au bord supérieur du porte-filet. Cette seconde articulation , qui est la même que la première, quant à ses résultats, en difïere cependant par sa forme. Ce n'est plus un anneau qui en reçoit un autre , c'est un anneau mobile sur un axe droit qui le traverse. Dans ces deux cas, les filets adhèrent au moyen de tissu cellulaire, l'un à la partie supérieure de l'anneau , l'autre à la partie inférieure du ligament qui le traverse. Le filet antérieur se compose de trois parties bien dis - tinctes, d'une base , d'un corps et d'un appendice vermi- forme , qui le termine supérieurement. La base présente l'anneau d'articulation, et de chaque côté deux apophyses, l'une antérieure , l'autre latérale , auxquelles s'atta- chent les muscles qui sont destinés à le faire mouvoir. Le corps qui constitue le filet proprement dit, est d'une substance osseuse , transparente ; sa longueur varie de- puis quatre pouces jusqu'à un pied et plus ; l'appendice vermiforme qui le termine a un pouce de long ; il est membraneux, blanchâtre, et perd presque tout son volume parla dessiccation. C'est lui qui sert d'amorce, et en effet il ressemble assez à un ver blanchâtre. ( m ) Le second Glet ne diffère du premier que par la posi- tion de ses apophyses qui sont dirigées en arrière. Je n'y ai jamais vu d'appendice vermiforme , il en manque également dans les différentes gravures où cet animal est représenté-, il est probable qu'étant plus en arrière, il est plus susceptible d'être emporté par les assaillans qui sont moins exposés en l'attaquant, qu'ils ne le sont quand ils veulent avaler celui du filet antérieur. Enfin le troisième filet est isolé, il n'est point attaché au porte-filet, il est fixé sur l'occipital par une articula- tion axo-annulairc comme le second. On jugera de l'importance d'un tel appareil par le nombre des muscles qui le font agir. Ils sont au nom- bre de vingt-deux bien distincts et exclusivement desti- nés aux mouvemens des filets pécheurs. Le nerf sous- occipital, qui est assez volumineux, s'y distribue entière- ment. De ces vingt-deux muscles, quatre appartiennent au porte-filet, deux le portent en avant, deux autres le re- tirent en arrière -, je nommerai les premiers ^réducteurs et les seconds rélroduc leurs . Quand les préducteurs n'a- gissent que d'un côté, ils font aller l'extrémité antérieure des porte-filets du côté opposé. Le contraire a lieu pour les rétroducteurs. Le premier filet est mu par deux fléchisseurs et deux extenseurs , qui, lorsqu'ils n'agissent que d'un côté , dé- terminent des mouvemens latéraux. Le second filet, outre ses deux fléchisseurs et ses deux extenseurs, est encore mu par quatre muscles la- téraux , dont deux antérieurs le portent obliquement en avant, et deux postérieurs le portent de côté en arrière. Le troisième filet a deux extenseurs, deux fléchisseurs et deux latéraux. ( 3*8 ) Tous ces muscles, en agissant plus ou moins isolément ou de concert, peuvent ensuite produire une variété in- finie de mouvemens qui sont tous à la disposition de l'a- nimal. Si la disposition de cet appareil ne laisse aucun doute sur son emploi ; s'il paraît assez certain que la Baudroie, quand elle a faim, agite ses filets dont les appendices vermiformes servent d'amorce à tous les petits poissons qui passent près d'elle, et qui , cherchant à les avaler, s'amusen t ainsi à les poursuivre jusque devant le gueule énorme qui va bientôt les angloutir, on pourrait aussi, d'après la dis- position de ces organes, soupçonner que leur utilité n'est pas exclusive à celui qui les porte. En effet , si des mus- cles assez puissans portent les filets vers la gueule, il en est de non moins forts qui les portent en arrière. Les introducteurs du porte-filet, les fléchisseurs des trois filets ne le cèdent en rien aux producteurs et aux extenseurs , et quand ils agissent, l'appendice vermiforme n'est plus à la portée de la gueule , puisqu'alors ils sont en arrière. Cela me porterait à croire que ces animaux peuvent se rendre le service réciproque de pêcher les uns pour les autres , soit entre païens et enfans , soit entre amis. Une fois l'instrument imaginé et organisé, ses applica- tions ne coûtent rien. Quant à la détermination anatomique des pièces qui le composent, elle est assez facile d'après la théorie des analogues*, mais il faut avant tout convenir de l'essence même de certaines pièces osseuses prises dans leur plus grande généralité. Ainsi qu'est-ce qu'une vertèbre considérée non pas chez l'homme ou quelques animaux seulement , mais chez tous les vertébrés ? C'est un canal osseux propre à conte- (%0 nir le système nerveux central, et susceptible de présenter, sur tous les points de sa circonférence, des prolongenn n- ou appendices, qui se développeront en raison des fonc - tions auxquelles ils appartiendront. Ces prolongemens sont, par exemple, les apophyses antérieures de quelques animaux ; celles des vertèbres cervicales de la carpe, qui donnent attache à la vessie nata- toire, ou qui, chez quelques espèces du même genre, se creusent en cavités qui contiennent les osselets de l'ouïe; ce sont les apophyses transverses qui, chez presque tous les vertébrés , s'allongent en côtes et en membres ; ce sont enfin les apophyses épineuses qui, en s'adossant par leur sommet, forment le canal du système nerveux , qui repose à leur base sur le corps de la vertèbre. Mais cet état de simplicité n'exclut pas la possibilité d'un plus grand développement de ces apophyses si elles sont appe- lées à remplir d'autres fonctions. Déjà même chez l'homme , cet excès de développement se montre avec la nécessité d'un canal plus grand pour contenir un sys- tème nerveux plus développé \ ainsi les occipitaux laté- raux représentant la base des apophyses épineuses, les occipitaux supérieurs complètent un canal dans lequel ils n'gntrent point comme partie constituante dans la colonne vertébrale , car l'extrémité supérieure des apophyses épineuses n'appartient point au canal rachi- dien : elle est en dehors, tandis qu'elle en fait partie à la tète. Maintenant si l'on ajoute de nouveaux points osseux aux occipitaux supérieurs et à leurs analogues, les pa- riétaux et les coronaux, ou aura ou la plaque dorso-cé- phaliquc des Echidnés, ou les filets pécheurs de la Bau- droie, et ces nouveaux organes seront doués de muscle- ( 33o ) dont les analogues n'existeront que là où les mêmes pièces osseuses se rencontreront. On peut donc regar- der les vertèbres cérébrales de la Baudroie , comme cel- les qui , dans le règne animal, présentent leur plus grand développement supérieurement, puisque non-seulement les points osseux qui les constituent chez les autres animaux , sont chez elle isolés et non soudés , mais en- core puisque de nouveaux points osseux sont ajoutés à ces derniers, et leur sont attachés au moyen d'articu- lations aussi parfaites et aussi compliquées que celles qui existent dans tous les membres. Explication de la Planche 1 6. La fig. 1 représente le porte- filet ax. N° 2, Est l'anneau auquel s'articule le filet antérieur. N° 3. Apophyse à laquelle s'attache l'extenseur (n os 4, 5? «g. 3). N° 7. Apophyse latérale à laquelle s'attache le fléchis- seur (ab , fig. 3. ) x. Plaque en losange sous laquelle s'attache l'extenseur pp , du second filet (fig. 2.) N° 8. Apophyse postérieure du second filet à laquelle s'attache le fléchisseur ( / fig. 2 ) du second filet. a. Extrémité postérieure mucoso-cartilagineuse du porte- filet et point d'attache du préducteur (pz fig. 2. ) N° 6. Point d'attache de l'extrémité postérieure de l'ex- tenseur du premier filet (n cs 4? 5 fig. 3.) Fig. a , az préducteur du porte-filet , il s'attache à la partie postérieure du porte-filet , et à la partie interne de la crête irrégulière du coronal , au même point que le muscle pf. ab. Fléchisseur du filet antérieur , il s'attache à l'apo- ( yi> ) physe latérale de ce filet et à l'extrémité postérieure du porte-filet qu'il recouvre en dehors. Ce muscle reçoit la plus grande partie du nerf sous-occipital ; dans la figure 3 , il est désigné par les mêmes lettres ab. Il est recouvert presqu'en totalité par le grand rétro- ducteur c, qui est coupé à droite. c. Le rétroducteur s'attachant postérieurement à la base du troisième filet ; au même point que les extenseurs de ce troisième filet , de-là il se porte en avant et s'attache à la partie antérieure de l'anneau ; c'est son extrémité antérieure coupée qui est désignée en c (iig. 3) i est le fléchisseur du second filet, il s'at- tache à la partie externe du porte-filet, et vient en avant se fixer à l'apophyse extérieure de ce filet ; il est de profil en i (fig. 3 ), il est en partie recouvert par le muscle ab. pf. Est le muscle latéral postérieur ou transverse, il s'at- tache d'un côté à l'apophyse postérieure du second filet et de l'autre à la crête du coronal. pe. Est le muscle latéral antérieur , il s'insère d'un côté à l'apophyse postérieure du second filet avec le précé- dent, et de l'autre à la partie antérieure du coronal où ses fibres d'insertion se perdent dans le tissu cel- lulaire. ao. Est le nerf sous-occipital qui donne ses principales branches au muscle ab. pp. Sont les deux extenseurs du second filet, ils s'at- tachent supérieurement à la base du second filet, et inférienrement sous les angles latéraux de 1a plaque i m losange (n° io, fig. i ). Leurs analogues existant au troisième filet , sont désignés par les mêmes lettres pp , ils s'attachent a ce filet et à l'occipital. ( 33-, ) pg. Est , pour ce troisième filet , l'analogue de pe du second. ph. Est l'analogue de i et de pf du second , ses attaches sont évidentes. h. Est le filet supportant l'appendice vermiforme. Fig. 3 , n oS 4 et 5 , muscle extenseur du premier filet-, il s'attache à la partie inférieure du porte-filet, et à son apophyse antérieure. ad. Préducteur ; dans la figure 2 il est désigné az. c. Est le rétroducteur coupé dans les deux figures. Fig. 4* a ' Second filet. b. Axe ligamenteux qui traverse l'anneau de ce filet. c. Plaque en losange du porte-filet qui donne attache aux muscles chargés d'abaisser en avant ce filet. d. Base annulaire du premier filet. e. Anneau du porte-filet recevant celui du filet. Fig. 5. a. Porte-filet du troisième filet pêcheur; cette pièce est posée sur l'occiput , elle est séparée de cet os dans les grandes espèces , elle est soudée avec lui dans les petites. b. Base du troisième filet. c. Est l'axe qui en traverse la base annulaire. ( 333 ) TEREBINTHACEARUM GENERA denuo ad examen revocare, characteribus magis accuratis dlstinguere y inque sep- tem familias dlstribuere conatus est C. S. Kunth. TEREBINTHACEjE. Terebinthacearum gênera Juss. Anacardeae R. Brown. Flores plerumquc diclincs. Calyx 5- , rarius 3-4-vel 7-divisus , regularis , persistens, in paucis deciduus , saepe parvus , rarissime in fructu accretus. Petala divi- sionibus calycinis numéro aequalia, rarissime nulla, ca- lyci (et quidem in generibus disco instruclis sub disco) inserta , sessilia , aequalia , calycem magis minusve supe- rantia. Praefloratio imbricativa(? rarissime valvata). Sta~ mina petalis numéro aequalia et alterna vel dupla (in floribus masculis Sorindejae 16 vel 28), ibidem inserta, aequalia vel alterna breviora -, rarius ex 5 vel 10 per- multa castrata vel effeta ; in floribus femineis omnia sterilia. Filamcnla libéra , interdùm (in generibus disco destitutis ) basi confluentia, rarissime (in Rhinocarpo) corollae adnata. Antherœ bilocnlares , interne secundum longitudinem debiscentes. Disais in fundo floris orbicu- laris , annulai is vel .urceolatus , in perpaucis nullus. Ovarium 1 (rarissime 5 vel 6, quorum 4 vel 5 ste- rilia), superum , sessile, uniloculare, effetum vel nul- lum in floribus masculis. Ovulum 1, podospermio magis ( 334 ) miuusve longo, e fundo ovarii orto, interdum parieti rec- tiori adnato sustentum , adsccndcns vel sœpius pendu- lum. Styli i vel 3 , rarissime 4» interdum nulli. Slig- mata totidem. Fruclus monospcrmus , non dehiscens , saepissime drupaceus , in paucis exsuccus. Semen exal- buminosum. Integumentum simplex. Cotjledones plano- convexoR. Radicula magis minusve curvata, modo su- pera (interdum lateralis vel rarissime inter apicem co- tylédon um latens ), modo infera et uncinato-adscendens. Arbores , arbusculae vel frutices gummifera , balsami- fera, verniciflua aut succo caustico, lacteo vel terebintbino turgida. Folia alterna, simplicia , lernata vel pinnata cum impari , rarissime absque impari , epunctata. Sti- pula? nullae. Inflorescentia terminalis et axillaris. Flores bracteati. Pericarpium sœpe terebinthaceum vel causti- cum. Anàcardium Jacq. Linn. Cassuvium Rumph. Lam. Juss, Acajaiba Marcg* Acajou Pis. Acajuba Gœrtn. Flores polygami. Calyx quinquepartitus, regularis , decidnus • la- ciniœ erectœ. Prsefloratio imbricativa. Petala quinque, calyci inserta , sessilia, calyce longiora, rcqualia , superne patentia. Slamina 10, ibi- dem inserta , inclusa , unum (inter duo petala) duplo longius et robus- tius. Filamenta basi connata. Antherœ biloculares , ovato-ellipticae , basi biûdae, dorsoaffixœ, interne secundum longitudinem déhiscentes, Ouarium superum , sessîle, uniloculare , apice in si y lu m desinens; minu- tum in floribus masculis. Ovulum i , fundo loculi affixum, adscendens. Stylus subulatus, exsertus. tVl/^macapitellatum. Z>/scu.snullus. Fructus renifortnis, cartilagineo-coriaccus, raonospermus , non dehiscens, insi- dens pedicello ampliato pyriformi carnoso. Semen reniforme. Inte- gumentum simplex, coriaceum , adhsereng. Embryo seinini conformis, exalbuminosus. Cotyledones semiltmalae, carnosae, piano- convexae./ta- dicula nncinulata , e basi cotylédon uni sursum adscendens ( trst. Gartn.). ( 335 ) Arbusculœ (America! a?quinoclialis ) gummifera». Fo- lia alterna , simplicia, intégra, integerrima , venis pri- mariis transversis subparallelis. Stipula; nullae. Paniculae terminales, coryrabosaî , ramosae , diflusae, bracteatae. Flores fasciculati , hermaphroditi masculis et (teste Jacq.) femineis intermixtis. Pericarpium intus cellulosum , oleo caustico scatens. Rhinocarpus Bertero mss. Balb. /•/•"< s polv-.uni. Calyx quinquepartitus , deciduus; laciniis ovato- ellipticis, obtusis , inarqualibus, tribus exterioribus, duabus ioteriori- bus. Petala 5, calyci inserta eumque duplo superantia, sessilia , aequa- li;i, superne patentissimo-reflexa. Stamina 10, ibidem inserta, valde inxqualia , petalis breviora , duo vel quatuor antheris instructa , reliqua (breviora) castrata. Filamenta inferne connata et praesertim ab uno la- tere petalis aduata. Anthèrœ ellipticae, dorso affixœ, biloculares , in- terne secundum longitudinem déhiscentes, acquales vel duae minores. Discus nu Un s. Ovariiim superum, sessile, obliquum, unilocularc. Ovulura i, suturae rectiori supra basim insertum , adscendens. Stylus sublateralis. Sligma obtusum. Fructus oblique oblongus, compressus?, monospermus, non dehiscens , pedicello crasso (carnoso?) arcuato (spiraliter torto?) suflultus. Semen Yersus basim affixum. Arbor (America; aequinoctialis) cxcelsa , facie Ana- cardii. Folia sparsa, simplicia, intégra, integerrima, epunctata. Stipula? nullae. Paniculae terminales?, corym- bosae. Flores pedicellati , racemosi , bracteati, termi- nalis cujuslibet racemuli hermaphroditus(interdum ovario etfelo instructus), reliqui masculi , multo minores et caduci. Genus vix a précédente distinguendum. Mangifeha Linn. Flores poly garni. Calyx quinquepartitus, rcgularis , deciduus ; la- ciniaepatulae.Praeûoratioimbricativa. Petala qninque, basi calycis inserta ipsoque longiora , sessilia , oblonga, aequalia, patula, superne patent m vel reflexa. Stamina quinque, ibidem inserta , tria vel plerumque qua- tuor sterilia squarnaeformia , crassa, apicc mucronata , inter se co- l 336 ) h.trentia et discum referont ia, feiïili libero. Anlhcrœ covdato-ovalae , dorso affixoe , biloculares, interne sccundum longitudinem déhiscentes. Ovarium superum, sessile, obliquum (i), uniloculare ; nnllum in flori- bus mnsculis stamenque fertile subccntrale. Ovulura 1, fundo ovarii insertum, adscendens. Stylus paulo latcralis. Stigma obtusum. Disons nullus. Drupn baccata, fêta putamine coriaceo-crustaceo, extus fila- mentoso. Semen. 1 , oblongura, compressiusculum , exalbuminosum. Intcgumcntum simplex , chartaceum , tenue. Embryo semini confor- mais. Cotyledones carnosaj, plano-convexse. Radicula infera, sursunx incurrata (test. G.-ertn ). Arbores (Indise orientalis) inermes. Folia sparsa, sim- plicia, intégra et integerrima, coriacea. Stipulas nulla?. Paniculse terminales, ramosissimœ, bracteatse. Flores parvi, pedicellati, albidi vel rubescentes. Fructus cdules. Cambessedea (2). Mangifera axillaris Lam. (nec? Linn.). Flores hermaphroditi. Culyx parvus , quinquefidus, subregularis. Petala quinque , sub disco inserta , sessilia , oblonga , revoluta , aequa- lia. S lamina 10, sub disco inserta , corolla dimidio breviora, subœ- qualia , patula , libéra. Anihevœ biloculares, ohlongce, cum filamento continuas, interne secundum lorigitudinem déhiscentes. Discus orbicu- huis, ad ambitum 10-crenatus. Ovaria 5 vel 6, disco iramersa ; unum fertile, reliquaefleta,adstylum redacta.GTarium fertile obliqueovatum, uniloculare. Ovulum podospermio longiusculo e fundo locuii orto sus- tentura, requrvatum. Stylus brevissimus. Stigma obtusum. Fructus drupaceus, parvus, ovoideo-subglobosus, compressiusculus; putamine osseo , monospermo ( leste Lam.). Arbor(Indiae orientalis). Folia alterna , siraplicia , in- tégra , nervis subtransversis parallelis notata. Panjculre axillares, bracteatae. Flores parvi. Spondiaceis affinior? (1) Ex ovariis quinque nonnhi unicum superstcs , quatuor plane obliterata ? (a)Genus dicatum M. J. Cambessedes, auctori monographhe Spi - rsearum. (i3 7 ) Semecaiipls Linn f suppl. Schrrb. Anacardium Off. Lam. Juss. Gœrln. Flores polygami. Cirlyx parvus , s«niquin|ue(idu» , regularis. Pélatâ quioque , sub disco inserta, sessilia', subinaequilatero-ovata , aqualia , pa- tentissima. Praefloratio imbricativa. Stamina quinquc, sub disco inserta, cum petalis alternant ia, a-qualia, libéra. Anlherœ corda tae, dorso afîixae, bilocnlares, interne secundum longitudinem déhiscentes. Disons urceo- latus in fundo floris. Ovarium superum, sessile, i-loculare ?, monosper- in h m ? ; fiiillnm in floribus raasculis. Styli très, terminales. Stigmata subclavata. Fructus cordiformis, non dehiscens, pedicello incrassato tur- binato vel cupuliformi insidens. Pericarpium crassum,durura, inter du- plicem laminara celluloso-resinosum.»$e/raen solita riuin, ad apicem suspen- sum. Integumcntum simplex , subcoriaceum, interne lamina tcnuissiuia carnosa obductura. Embryo semini conformis, exalbuminosus. Cotyle- tinnes crassae , carnosa», plano-convexae. lindicula supera , minuta, inter cotyledonum apicem iatens. Plumula diphylla. (Ex Gaertn.) Arbores (Indiae orientalis) gummiferae. Folia alterna , simplicia, intégra et integerrima. Stipula? nùllae. Pani- culae terminales , ramosa;, bracteatae. Rhus Linn. Calyx quinquepartitus , persistens , plerumque parvus. Petala 5, sub margine disci inserta , sessilia, rarissime unguiculata, sequalia , paten- tissima. Praeûoratio imbricativa. Stamina 5, ibidem inserta , aequalia , libéra, in floribus feraineis effeta. Anlherœ bilocularcs, interne secun- dum longitudinem déhiscentes. Discus in fundo floris, orbicularis. Ovarium sessile, ovatum vel globosum , i-loculare; in floribus mas- culis cfletum. Ovulum i , fundo loculi per podospermium longiusculura apice curvatum aflixum. Stjrli très. Stigmata obtusa vel capitata. Drapa exsucca , fêta putamine osseo , raonospermo. Semen exalbuminosum j podospermium e fundo putaminis ad seminis apicem adscendens. Radicula supera , indexa. (Charact. fruct. ex Gaertn.) Arbores aut frutices inermia, nonnulla spinosa , quœ- dam verniciflua aut succo caustico vel lacteo turgida. Folia alterna, ternata , rarius imparipinnata vel simpli- Tome II. a» ( 338 ) cia. Stipulée uullae. Pauiculae ( rarius racemi?) axillares »>t terminales , bracteatae. Flores parvi , hermaphroditi , saepe masculis intermixti vel diœci. Patria :Europa aus- tralis , Asia , Barbaria , Africa tempe ra ta , America. Bi .chanania Spreng. Lauzau Buehanan in Asiatic Rcsearches 5. p. 123. Flores hermaphroditi (?}. Calyx 5-, rarius 3-vel 4-fidus ; laciniis obtusis. Petala 5, rarius 6 , receptaculo imerta , calyce longiora, ses- silia, revoluta. Stamina io , ibidem inserta, petalis breviora , libéra. Aniherœ ovaire. Discus orbicularis, in centro floris, io-striatus, ova- rium involvens. (Juarium superum , disco tectum ( i ). Styli 5 , subulati, erecti , conniventes , longitudine staminum. Stigmata obtusa. Drupa compressa, obovata, obtusa, obtuso-carinata , parce carnosa ; nux compressa, unilocularis , subbivalvis, indehiscens. Semen solilarium , hinc acutum, jnde crassum , carinatum. (Charact. ex Buehanan. ) Arbor (Indiae orientalis) inermis. Folia sparsa, sim- plicia, integerrima, coriacea, epunctata. Stipula? nullae. Paniculae ad apicem ramorum axillares , laxse. Flores pedicellati, parvi, albi. Fructus rubri, acescënti-dulces ; nucleus oleosus. Mauria. jVbi*. Gen. et Spec. mss. Flores hermaphroditi. Calyx parvus , urceolatus , 4-5-lobus, per- sisfens. Petala 4 vel 5 , inter calycem et discum inserta , basi lata , xqualia. Praefloralio imbricativa. Stamina 8 ? vel io,sub disco in- serta , corolla multo breviora. Filamenta subulata , libéra. Antherœ bi- loculares, interne secundum longitudinem déhiscentes. Discus annularis, in fundo calycis. Qvarium àuperum, sessile, uniloculare; ovulum i, summae concavitati , parum ad latus, afTixum, pendulum. Stylus bre- vissimus, crassus. Stigma crassum, tri-pentagonum, angulis papillosis. Fructus (M. simplicifoliae ) oblique ellipticus , compressus, stigmate uinbilicatus , parce carnosus , unilocularis , endocarpio papyraceo. Se- (i) Vidi in fructu immaturo sic ut sequitur : Ovulum i, effetum , fundo locnli per podospermium longiusculum affixuoi , uncinato-re- flexura. '•y) men subreml'ormi-oblongutn, comprcssura, exalbumincsum. Iniegu- mcntum simplex , membrafiaceum. Cotyledones coraplànatae. Rail supera , uncinato-descendens. Arbores (peruvia use ) inclines. Folia sparsa , simpli- cia vel pinnata , foliolis i-a-jngis cum impari , cpnm- tata. Stipulae Titilla?. Paniculœ in apice ramulorurn axil- lares et terminales, bracleaUe. Flores albido-rosei. Pistacia. Linn. Flores diœci ; masculi : Calyx parvus, quinquefidus. Comlla nutla. Stamina quinque, calyci inserta. Filamenta brcvia, basi in discum confluentia. Antherœ biloculares, magnœ. Pisdllum : rudimentutn fili- forme. Flores feminei : Calyx parvus, 3-4-fidus ; laciniis adprcesis. Pe- tala, Stamina et Disais nulla. Ovaiium sessile , unilocularc; ovu'um i , fundo loculi aflixum. Stylus vix ullus. Sligmata 3 , elongata , .subspa- thulata , recurvata , papilloso-pubcrula. Drapa etsucca , fêta pntnmine osseo monospermo. Semen ad lalus, ubi radicula sita , et qnuleni versus basim aflixum. Embryo exalbuminosus. Cotyledofies crassac , plano-convexae. Radicula supera . lateralis , cotyledonibus accumbens. Arbores vel arbusculae inermes, plures terebinthinam vel mastichen sudantes. Folia alterna , terriata vol pin- hâtâ ciirn vel absqiié impafi , epunctata. Stipula; nullae. Inflorescentia axillaris , pauiculata vel vacetnosa ; piidi- cellis basi unibracteatis. Patria : Europa australis . Asia oceidentalis , Barbaria. Schikus Linn. Flores diœci. Calyx parvus, quinquepartitus, persistens; laciniis subrotundis, œqualibus. Petala quinque , inter calye. ni et discum in- serta, sessilia, ovato-oblonga, aequalia. Prœfloratio imbricativa. «57a- mina 10, sub «lisco inserta ; effeta infloribus feoaini'is. Filamertta subn- lata, libéra, sinlherae ellipticœ, biloculares, interne secundum longi- tudinem déhiscentes, conformes. Ovarium superum, sessile j rudimen- tarium in floribus masculis. Loculum magnum, roonospermum in centre ovarii, ctcavcrnulae oirciter 6, minutissim», oleo replet* in pen- piteria. Ovuluta irregulariter lentictilare, podospermio e parietelatcrali orto suspenstim. Disais annulai is, tindulato-sinuatos. Sty/i \tc< , ra- (34°) rissirae 4i terminales, brcvissimi. Stigmata capitellata. Drupu sphae- i ici , succulenta, mono.pyrena , inter sarcocarpium et ossiculum caver- nosa j cavernis sex vel paucioribus , oleo scatentibus; ossiculum osseum, uniloculare. Semen compressum , exalbuminosum. Integumentum membranaceum, interne substanlia tenui carnosa vestitum. Cotyledones plana». Radicula infera , adscendens, elongata. Arbuscula (Americae sequinoctialis) balsamifera. Fo- lia alterna , imparipinnata ; foliola alterna vel suboppo- sita, multijuga, epunclata. Stipula? nullae. Paniculse axil- lares et terminales , bracteata*. Flores parvi , albi. Fruc- tus rubri. Duyaua (i). Amyris polygama Cav* (Scbinus dependens Orteg. ) Flores masculi et ferainei in eadem vel distinctis arboribus. Calyx parvus , quadrifidus , regularis, persislens. Petala quatuor, sub disco iuserla , sessilia , concava , patentissima. Prœûoratio imbricativa. Sta- mina octo, sub disco inserta , libéra , quatuor ( laciniis calycinis oppo- sita) longiora , petala superantia j in floribus femineis omnia efleta, brevia. si ntherœ ovatae, utrinque emarginatae, dorso supra basim affixae, biloculares , interne secundum longitudinem déhiscentes. Disais urceo- latus, sinuato-octodentatus. Ovarium superum, sessile, obovato-glo- bosum , uniloculare , in floribus masculis stérile , conicum ; ovulum 1 , pendulum. Styli très (et quatuor teste Cav. ) , brevissimi. Stigmata capitata. t'ructus globosus , pisiformis , drupaceus ; ossiculum ( ra- rissime duplex ) coriaceum , sinuato - rugulosum , monospermum. Semen summse concavifati, parum ad latus , affixum , pendulum. Embryo leviter curvatus , exalbuminosus. Cotyledones planée. Radicula longa , supera. Arbor (ehilensis) subspinosa, glabra. Folia sparsa , simplifia , intégra , subintegerrima. Racemi axillares , solitarii-terni, sessiles , multiflori ; flores longe pedicel- (1) Dixi hoc genus in honorera amicissimi Aug. Duvau, qui de Ve- ronicis subtilissimas collegit observationes , quas ut in lucem edat vehementer optamus. c 34, ) lati , sparsi , luteo-albicantes ; pediccllis basi unibrac- tealis. Fructus nigri , terebinlhinam vel melius odorem Juniperi communis spirantes. Variât numéro floris par- 1 min quinario. Àstrohium Jacq. Flores diocci. Calyx parvuf , quinquepartitus ( laciniis subrotundis , ,-equalibus), coloratus; in floribus femineis persistens, incretus, maxi- mus (laciniis subspathulato-oblongis, patentissimis). Petala 5, sub dis- co ioserta , sessilia , oblonga , apice rotundata ; in floribus femineis persistentia, minuta, squamaeformia. Slamina 5, inter disci lobos in* serta, cum petalis alternantia iisque breviora, libéra ; in floribus fe- mineis effeta et persistentia. Antherœ oblongae , basi emarginatae , dorso supra basim aftixœ, biloculares , interne secundum longitudinem déhiscentes. Discus in fundo floris , quinquelobus ; lobis rotundatis , petalis oppositis. Ovarium superum , ovatum , sessile (teste Jacq.). Styli très, brèves, reflexi. Stigmata subcapitata , obtusa (teste Jacq.). Fructus (carvop>is) teretiusculo-oblongus, attenuato-rostratus , exsuc- cus. Pericarpium tenue, membranaceum , semini adhaerens?. Semen te- retiusculo-oblongum , ab uno latere compressiusculum. Integumentum duplex, utrumque membranaceum; interius tenuissimum, ad la tus pla- niusculum, versus médium chalaza lineari- oblonga castanea notatum. Embryo semini conformis, exalbuminosus, rectus. Cotyledones car- nosae, plano-convexœ , paulo inaequales. Radicula lateralis in extremi- tate superiore embryonis, cotyledonibus accumbens easque baud su- perans. Arbor (Americae aequinoctialis) succo glutinoso, te- rebinthino décolore scatens. Folia post florum fructuum- que casum erumpentia , alterna , imparipinnata ; foliola opposita , epunctala. Paniculae ramosae, bracteatae, fe- mineae terminales , masculae axillares. Flores pedicellati , purpurascentes , parvi. Fructus lactescentes. Comocladia Linn. Jacq. Flores monœci. Calyx 3-4- partitus, régula ris, persistens. Petala 3 vel 4 » sub disco inscrta , sessilia , ovata , «equalia , patentissima. Staminn 3 vel 4 , ibidem inserta, cum petalis alternantia iisque bre- viora, libéra-, in floribus femineis efleta. Antherœ biloculares. Ovarium. ( M* ) supei-um , scssile, unilocularc ; in floribus masculis ctfetum. Ovulum i , fundo ovarii pçrpodospermium longiusculum apice curvatum affixum , Fubpendtilum. Discus in fundo floris , 3-4~ lobus. Stigmata 3, sessilia. Dnipa olivaeformis , succulenla, snperne tripunctata, fera putamine noembranaccomonospermo ( teste Jacq. ). Semen oblongum, podosper- mio longo complanato e fundo cavitatis orto suspensum. Integumen- titm membranaceuro. Endosficrmium nullum. Colyledoncs crassae , plano-convexœ. txadicula supera, h curvata. PLumula diphylla. Arbores (Americaë aequinoctiaîis) scatenles succo glu- tinoso, aqueavel lacteo, contactu aeris nigrescente. Fo- lia imparipiDKata; foliola opposita , saepissime spinoso- denta*a. Racemi paniculatî , axrllares. Flores minulis- fimi , conglomerati , bracteati, purpurei (semper?). SoRiWDEjA (i) Aub. du Petit- Thouars (2). Mangifera pinnata (Linn. FiL? ) Lam. flores polygami ( teste Desrouss. ) 5 masculi : Calyx urceolatus , ob- solète q iliaque-, interdum septerodentatus ; dentibus acutis. Petala 5 , ioterdum septem , liuibo calycis inserla , sessilia, oblonga , rcqualia. Prasûjo^atio valvata. Stamina 16, inteiclura 28, fundo caîycis inserta , corolla paulo breviora , exteriora per seriem annularem, interiora sine ordine disposita.. Filamenta brevia , libéra. Anlherœ lineari-tetra- j;onœ, subarcuata», biloculares , basi bifidae i bique aiiix;e, interne se- cunduui longitudinera déhiscentes, aequales. Discus nullus. Pistillum : rudimentum nullum. Flores hermaphroditi : Calyx (persistens)et Co- rolla maris ( teste Aub. d. Petit-Th. ). Stamina 5, brevia. Ovarium ronicum. Stigmata 3, sessilia ( teste Petit-Th.). Drupa fêta putamine longo , compresso, fil;'.mentoso. Embryo crassus , nudus ( teste Aub. d. Petit-Th.). Hadicula supera ( ^. Fmlex (Indiœ orient.). Folia alterna, imparipinnata -, foliola alterna, obliqua, integerriuva. Paniculae ( Como- cladiae ) ramosœ , in apice ramulorum axillares?, brac- teatae. Flores purpurei. Fructus sapidi , terebintbacei. ^1) Anvere hnjus. fa.milia>?Biirs< -rarri-. ;-ns. j cr v«lva*duas rel très solubilis; ossicula duo, arcte Hflfa**- n.tf;i , i.ltcio 5iepissimcaborlivo(subobliJerato) , puipa molli 'teste Jacq. T.'s'it.i. Stnien MjhorlMcnl.ituiii, externe convexun:. mUuu- coucavum, ( 348 ) cialbuniinosum. Integumentum duplex, meinbranaceuni. Cotyledone» suborbiculatae, corrugata3"et plicatae. Radicula supera, a cotyledonibus obtecta. Arbores vel arbusculae (Americse œquinoctialis) bal- samifluae , inermes. Folia in apice ramulorum conferta , imparipinnata , estipulata, quotannis decidua j foliola opposita, epunctata*, rhacliis plerumque alata. Racemi axillares , simplices; flores , albo-virescentes vel flaves- centes 5 pedicelli basi uni-, medio bibracteati ; corlex fructuum succo balsameo scatens. Boswellia Roxb. (1) Colebrooke{i). Calyx parvus, inferus , quinquedentatus, persistens. Petala 5, inter calycem et discum inserta, obovato-oblonga , acuta , patentissima % sequalia. Stamina 10 , sub disco inserta\ petalisbreviora. Filamenta su- bulata, alterna breviora. Aniherœ ovato-oblongae , basi emargioataj, «equales. Discus annularis, camosus, crenatus, ovarium cingens. Ova- rium oblongum. Stylus trigonus, longitudine filamentorum. Stigma capitatum , trisukatum ?. Capsula triangularis , trilocularis, trivalvis, versus basim dehiscens. ô'emen unum in quolibet loculo, margine mcm- branaceo lato cinctum. Arbor (Indiœ oiientalis ) resinifera, habitu Elapbrii. Folia quotannis decidua , in apice ramulorum alterna , imparipinnata 5 foliola sessilia, 6-io-juga, opposita , ser- rulata. Stipula? nullse. Racemi terminales , plures pani- culato-congesti, bracteolati. Flores breviter pedicellatî , albi. (Cbaraeter ex Roxb. ) Balsamodenurum. Amyridis species (3). Flores diclines. Ca/^vrcampanulatus, /j-dcntatns, persistens. Petala (ï) Corom. m, p. 4 > r - 2 or. (3) On Olibanum or Frankincensc , by H. T. Colebrooke , in Âsiatic Research. , Toin. IX, p. 3^7. [%> IlnjuH gnneris sunt Amyris Opobalsamum Forsk. (A. gileadrnsi* ( 349) 4, linoari-oblonga , aequalia , patula (?). Praefloratio induplicativo- valvata. Stamina 8 , sub disco inserta , corolla lircviora , libéra. An- therœ oblongae. Discus annulant, ovarium cingens, externe inter singula stamina verrucula elevata instructus. Ovarium super uni , in floribus masculis efletum. Stylus brevissimus. Stigma obtusum, te- tragonum. Jiacca(i) ovata , acuta, suturis quatuor notata, uni-, rarius l. iln. nl.ii i . ; loculis i-spermis. (Cbaract. ex Forsk. et Vabl.) Arbores balsamifluœ. Folia alterna, ternata. Pedunculi in ramulis parvis terminales, solitarii vel plures conferti, nniflori. Patria : Arabia, jEgyptia et ? Zeylona. Genus cum speciminibus denuoinspiciendum. Icica Aubl. Caljrx parvus , 4-5-dcntatus , persistens. Pelala 4 vel 5 , inter caly- cem et discum* inserta, basi lata, aequalia, patula , apice revoluta. Praefloratio valvata. Stamina 8 vel io, sub disco inscrta . petalis bre- viora, libéra. Antherœ bilorulares. Ovarium superum, sessile, 4*5- loculare ; ovula du8 in quolibet loculo, axicentrali aflixa , collateralia. Discus magnus , orbicularis in fundo calycis. Stylus brevissimus Stig- ma ta 4 vel 5. capitellata. Iructus cojiaceus, includens ossicula i-5 j cortex a-5-vatvis ; ossicula pulpa obvoluta , monosperma. Semen (Icicne altissimae) exalbuminosum (?). Cotyledones valde corrugalae (?). hadicula supera (?). Arbores ( Americae aequinoctialis ) resinosae vel balsa- miferœ. Folia alterna, imparipinnata , interdum ad folia ternata redacta ; foliola opposita?, epunctata. Stipula? tiullae. Racemi axillares (et terminales?), simplices vël Vahl.), Amyris Kataf et Kafal Forsk. (praecedenti congénères teste Forsk.) et? Amyris zeylanica Retz., discrepans calyce 3-dentato, co- rollam superante j petalis 3, concavis; staminibus sexj drupa sicca; nuce ossea, 3-loculari, loculis duobus abortientibus; foliis imparipinna- tftj pedunculis axillaribus , elongatis ; floribus glomeratisj glomerulis nonnullis , rnvolucratis , remotis ( teste Retz. ). (i) Vidi iu planta (lnd. orientalis), Amyridi gileadensi Vahl. con- génère (?), drupam parce carnosam , dipyrenam , pyrenis agghilin.it is, altéra abortiente (subobliterata). ( 35o ) ramosi , inierrium pluies congesti ; pedicellis basi uni- , medio bibractealis. Flores albi. Protium Burm. (i) Amyris Protiutn Lînn. Manîiss. F lofes diclines. Calyx parvus , 5-fidus , persistons. Petala quinque, sub disco inserta, sessilia, oblonga, acuta , acqualia , patentissima. Prœttoratio valvata. Stunina 10 , sub disco inserta, petalis breviora. Filamenta libéra , alterna (petalis opposita) breviora. Antherœ bilocu- lares, dorso supra basioiaffixœ, acquîtes . «troque latere secundum lon- gitudinem déhiscentes. Ovarium superum , ovatum , tri-(?) loculare y in floribus mascnlis effetum. Ovula getnina , axi centrali affixa , collate- ralia. Stylus i. S ligma simpfex (teste Burm.). Discus urceolatus in fundo calycis, trnncatus, ad peripheriam dccemcostatus. Fmctus diu^acvm , non dehiscens, tripyrenus (pyrenis duabus ssepe abortientibus (2)? ). Arbor (javanica) balsamifera ?. Folia alterna , impa- ripinnata ; foliola opposita , inaequilatera , inlegerrima , pellucido-punctulnla. Slipulœ nullœ. Paniculœ axillares , ramosse, bracteatœ. Flores pedicellati , parvi. Variât nu- méro floris parti um quaterriario. Bursera Jacq. Linn. Calyx quadrifidus (3), persistens 5 lobis ovatis , obtusis, concavis, «qnalibus. Petala (\, sub disco inserta, ovato^-oblonga, basi lata , ca- lyce triplo longiora, aequalia, rcflexa. Pracfloratio valvata. Stamina S, sub disco inserta, corolla breviora, libéra. Aniherœ oblonga;, dorso supra basim affixœ, secundum longiludincm déhiscentes, aequales. Discus annularis, suboctocrenatus. Ovarium ovatum , sessile, Irilocu- larei ovula geniina, axi centrali affixa , collatt-ralia. Stigma crassius- culura , sessile, trilobum. Drupa oblique oblonga, externe convexa , interne obtusangula, tripyrena- pyrenis duabus abortivis minutissi- mis • cortex carnosus, succulentus (teste Jacq.) , per valvas très solu^ (l) Vix distinctum a Bursera. (a) Drupa i-locularis monosperma teste Burm. (3) Calyx triphylbjs vel quinquepartitus deciduus tcsJe Jacq. ( 35. ) bilit. Ossiculum monospermum, pellicula puiposa obductum ( test* Jacq.). Semeninfva apicem suspensum, exalbuminosura. Inlegumenium membranaceuro. Embryo semini conformis. Cotyledonet foliacés, ear- nosae, corrugato-plicatae. Hadicula su pera, recta. Arbor (Americae aequinoclialis) gummifera. Folia al- terna, imparipinnata , intenlum ternata vel simplicia ; foliola opposita, integcrrima , obsolète punctulata. Ra- cemi axillares et terminales , simplices. Flores parvi , pediccllati , polygami ; pedicellis basi unibracteatis. Fructus balsamo terebintbinaceo turgidi. Variât numéro florum partium ternario et quinario teste Jacq. Makkima Commers. Dammara Gœrtn. ? Calyx quinquefidus, persistens; laciniis ovaîis, acutis, œqualibus. Prœfloratio valvata. PetalaS, sub disco inserta, basi lata , laciniis calycinis duplo longiora , ovata, acuta, paulo obliqua, plana , œqualia, apice paUnti-reflexa. Prœfloratio valvata. S lamina 10, sub disco in- serta , subœqualia, longitudine calycis, libéra. .//«j/if/Yeovato-oblongœ, basi cmarginatae , dorso supra basim aflixa? , biloculares , interne secun- dum loogitudioem déhiscentes. Ovarium su peru m, sessile, subglobosum, fl-loculare ; ovula gemina , axi aflixa , collât cralia. Discus annuiaris, in- teger , ovarium laxe cingens. Stigma sessile , orbiculalum , obsolète si- nuato-quinquelobum. Fructus drupaceus , stigmate persistente umbi- licatus, i-5-pyrenus, non dehiscens ; cortex crassus, coriaceus, per valvas solubilis ?j ossicula dura, externe convexa , interne obtusangula, monosperma , pulpa parca gclatinosa obtecta (teste Lam.). S a mina ovata, interne peltatim aflixa. Embryo exalbuminosus (i) ?, inversus , rectus. Colyledones (in semine immaturo) plana.-. Hadicula supera. Arbor (mauritiana) resinosa. Folia alterna, impari- pinnata ; foliola opposita , coriacea , intogerrima , epunc- (1) In Dammara graveolente Gaert. : embryo exalbuminosus , péflUtt conformis; cotyledone? rugatte atque contortuplicatœ. ( 35a ) Uta. Stipulae nnllae. Paniculre in apice ramulorum axiU lares , bracteatse. Fructus succo gummoso balsamico re- plcti. Flores albidi. Colophonia. Commers. Calyx urceolatus, trilobus ; lobis obtusis, subaequaîibus. Praefloratio valvata, Petala 3, sub disco inserta, subrotundo-ovata, basi lala , sub- concava , inaequalia, patula , calyce triplo longiora. Praefloratio imbri- cativa. Stamina sex, sub disco inserta, corolla dimidio breviora. Fila- ruenta crassa f libéra , basi dilaîata. Anlherœ ovato-cordatae, bilocula- res, dorso versus basim affixae et cum fiiamento haud articulai... , in- terne secundumlongitudinem debiscentes. Disais in fundo calycis, de- pressus, 6-sinuatus. Pistillum: rudimenturn nullum. Flores fcminei... Arbor (mauritiana ) resinosa. Folia alterna, impari- pinnata; foliola petiolata , opposita , coriacea , integer- rima, epunclata. Paniculae terminales, braeteatœ. Flores purpurei. Canarium Linn. Gœrtn. Flores dioeci. Calyx urceolatus , bi-trilobus ; lobis inaequalibus. Pe- tala tria, sub disco inserta, calycem duplo superantia , oblonga, con- cava, aequalia. Praefloratio imbricativa. Stamina 5 (vel 6?) , sub disco inserta, petali3 breviora, inaequalia, libéra. Antherœ oblongae, bilocu- lares, cum fiiamento haud articulatae, inaequales, latere secundum longitudinem debiscentes. Disais urceolatus, basim ovarii cingens. Qvarium sessile , obovatum , Iriloculare ; ovula gemina , axi aflixa, collateralia , medio suspensa. Stigmata tria, sessilia, pùnctiformia. Drupa parce carnosa; putamen trigonum, triloculare , osseum vel lapideum ; loculis monospermis, duobus saepe fere obliteratis. Semen exalbuminosum. Integumentum membranaceum. Embryo semini con- formis. Cotyledones profunde trifidae, lobis varie plicatis vel contortis. Radicula supera. (Charact. fruct. ex Gaertn.) Arbores. Folia imparipinnata , foliolis oppositis , in- tegerrimis , epunctatis , superiora basi bislipulacea ; sti- pulis magnis , deciduis. Flores terminales , paniculati , bracteati. Patria ; Moluccae , Àmboina, China, Cochin- china. ( 353 ) IIkdwkuà Swarlz. Tetragastris Gœrtn. Flores polygami./7 capitatum. Fructus drupaceo - baccatus , monospermus, non dehis- (1) Aurantiis affiniores? Tome II. a3 (354) cens; endocarpio chartaceo. Semen exalbuminosum. In- tegumentum simplex. Cotyledones crassae , earnosae, plano- convexae. Radkula supera , brevissiraa. Ai bores vel frutices resinosa. Folia opposita, ternata vel imparipinnata , pellucido-punctata. Inflorescentia axillaris et terminalis , paniculata. Flores bracteati. Pe- ricarpium granuloso-glandulosum, oleo aromatico tur- gidum. Amyris Linn. SysU veg. éd. ait. Amyridis species auctorum (i). Calyx parvus , urceolatus , quadridentatus , persistons. Petala 4 , hypogyna, basi cuneato-subunguiculata , œqualia , patentissima.Prœflo- ratio imbricativa. Stamina octo, hypogyna, petalis breviora , libéra. Antherœ biloculares. Ovarium fundo prominenti incrassato discifor- mi (gynobasi) insidens , unilocularc ; ovula duo , suspensa. Stigma ses- sile, capitatura. Discus nullus , nisi fundum incrassatum floris pro eo sumas. Drupa subglobosa , monopyrena j ossiculum subglobosum, ebartaceum, monospermura. Semen subglobosum, exalbuminosum. Integumentum simplex, membranaceuro. Embryo semini conformis. Co- tyledonts plano-convexœ, carnosœ. Radicula supera, brevissima. Arbores aut frutices (americana) resinosa, inermia. Folia opposita , ternata vel imparipinnata. Foliola oppo- sita, pellucido-punctata. Paniculae axillares et terminales, ramosae , bracteatâe. Flores parvi , solitarii-terni , albi -, pedicellis lateralibus medio.bibracteolatis. Drupae rubrae vel nigrae, oleo aromatico turgidae. PTELEACEjE (2). Terebinthacearum gênera Juss. Flores saepe diclines. Calyx parvus, 3-5-divisus, aequa- (i)Ajnyriselemifera,toxifera,balsamifera et sylvatica Linn. , Ainyri» maritima Jacq. , et Amyris diatriba Spreng. m», (1) Diosmeis affiniores? . ( 355 ) lis, persistent Petala 3-5, hypogyna, sessilia , calyce longiora , œqualia. Praefloratio imbricativa , rarissime val- vata. Stamina pctalis numéro œqualia et alterna, fundo disciformi (gynobasi) circumposila, rarissime ip*i gyno- basi inserta. Filamenta libéra. Antherœ biloculares, in- terne secundum longitudinem déhiscentes. Dis eus nullus, nisi gynobasim pro eo su mas. Qvarium fundo promi- nenti disciformi (gynobasi) floris insidens , a-5-loculare ; ovula duo in quolibet loculo, axi centrali affixa, super- posita. Siylus i vel nullus. Stigma 2-5-lobum. Frucius i-5-locularis , non detiiscens-j loculis monospermis, in- terdum osseis et bilocularibus dispermis. Scmina saepe crustacea vel dura. Endos perniium semini conforme, carnosum. Embryo inclusus, endospermio vix brevior. Cotyledoncs planiusculœ. Radicula supera. Arbores vel frutices. Folia alterna, ternala, impari- pinnata vel simplicia, interdum pellueido-punctata. In- florescentia terminalis et axillaris, corymbosa vel pani- culala, rarius pedunculi i-3-flori. Ptelea Linn. Gœrtn. Caîyx parvus, quadripartite, regularis, persistens. Petala quatuor, hypogyna, sessilia. œqualia , patentisiima. Praefloratio imbricativa. Stamina quatuor, hypogyna, corolla breviora. Filamenta subulata, libéra, infeine hir>uta. Antherœ elliplicae , basi bifiJae, dorso aflixne, longitudinaliter interne déhiscentes. Ovarium fundo prominenti tu- mido pentagono (gyuobasi) floris insidens, compressum, biloculare j ovula duo in quolibet loculo, axi centrali affixa, superposita. Stylus i. Sti^rm emargioatuin. Fructus compressus , membranaceus, centro turgidus et i-a-locularis, non deluscens; loculis i-spermis. Semen crustacium. Endospermium semini conforme, carnosum. Embryo'm- clusus , endospermio vix brevior. Cotyledones subfoliaceae. Radicula supera. Frutex (virginicus) inermis. Folia alterna, ternala, 23* ( 656 ) pellucido-punctulata , estipulata. Corymbi terminales, tardius latérales. Flores longe pedicellati, virescenti- albidi *, inlerdum déclines, 5-petali , 5-^-andri , tristigma- tosi , 3-loculares. Blackbouknea. Forst. Gen. Calyx pat vus, profonde quadriûdus ; laciniis subrotundo-ovatis , acutis, œqualibus. Petala quatuor , hypogyna, scssilia, oblonga, acuta, patentissiraa. Praefloratio valvata. Stamina^, hypogyna, cum petalisal- ternantia iisque breviora, erecta, libéra. Aniherœ biloculares, oblongae basi bifidae, dorso supra basim aflixœ, œquales, interne secundum lon- gitudinem déhiscentes. Disais nullns. Ovarium stérile, conicum, sessile. Stylus terminalis, erectus. Stigma obtusum. Bacca? monosperma (teste Forst.). Arbor? (Insulse Norfolk). Folia alterna, paripinnata ; foliola inaequilatera, integerrima, epunctata. Paniculàe axillares. Pteleae eongener teste Juss. ToDDALÎA JuSS. Calyx paryus , quinquelobus , persistens. Petala 5 , hypogyna , ses- silia, oblonga, acuta, œqualia, patentissima, ante apertionena floris nonnisi marginibus sibi mutuo iucumbentia. Siamina 5, hypogyna, cum petalis alternantia iisque breviora, libéra. Antherœ biloculares , ovato-cordatœ , dorso affixse, interne secundum longitudinem déhis- centes. Oi'ariuvi fundo prominenti disciformi (gynobasi) floris insi - dens , quinqueloculare j ovula duo in quolibet loculo, axi centrali af- fixa , superposita , subperitropa. Stigma sessile, obsolète quinquelo- bum. t'ructus depresso-globosus, tri-pentagonus, stigmate umbilicatus, 3-5-locularis, loculis i-spermis, baccatus, non dehiscens. S emi na re- niformia. Integumentum duplex ; exterius osseum ; interius tenuissime merobranaceum, endospermio adhaerens. Endospermium teres , arcua- tum, carnosura- JEmbryo inclusus, endospermio vix brevior , curvatus. Cotyledones plano-convexiusculœ. Radicula supera. Frutices (Ind. orient., Ins. Franc, et Borb.) inermes vel aculeati. Folia alterna, ternata , pellucido-punclata. Stipula uullae. Flores axillares et terminales , panicu- lati, bracteati, albi. ( 35 7 ) Cheorum Linn. Juss, Chamaelea Tourne/. Gœrtn. Calyx minutus, tri-quadrifidus, regularis, persistons. Pc lala 3 v cl 4 | sub disco inserta , sessilia, scquulia , patula (?). Prrefloratio imbri- cativa. Stamina tria vel quatuor, Ipsi gynobasi versus médium inserta, cum petalis alternantia iisque breviora. Filamenta libéra. Anlherae bilo- culares, dorso supra basim affixae, interne secundum longitudinem dehis- centes. Ovarium tri-vel tetracoccum , gynobasi subglobosae imposi- tum , ovula duo in quolibet cocco , axi aflïxa , superposita , pendula. Stylus terniinalis. Stigma Z-\ -lobum. Fructus î-zj-coccus; coccis dru- paceis; caro tenuis ; putamen crassum, osseum, i-a-locnlare ; locula- menta monosperma, ad radiculae sedem semibilocularia. Semen condu- plicatum. Integumentum membranaceum. JEndospermium semini con- forme, carnosum. Embryo inclusus, teretiusculus, uncinajo-curratus. Cotyledones semiteretes. Radicula cotyledonibus longior , sursum re- curvata. (Charact. fruct. ex Gœrtn.) Frutices inermes. Folia alterna, simplicia, integerri- ma, angusta.*Pedanculi axilîares , solitarii , bibracteati , superiores uni-, inferiores trîflori; in C. pulverulento flores complures in suramo petiolo conglomérat^ , saepe foliolis duobus sufïulti. Patria : Hispauia., Gai lia austra- lis, Tenerifîa. Dodonaeae parum affine? Gênera Pteleaceis affinia ? Spathelia Linn. Gœrtn. Calyx profunde quinquepartitus j laciniis oblongis , obtusis , mem- branaceis, suboequalibus. Petalacjiùnque , hypogyna, calycem superan- tia, oblongo-elliptica , subconcava, œqualia. Pracfloratio imbricativa . Stamina 5, hypogyna, petalis breviora. Filamenta tricuspidata, libéra, inferne villosa ; cuspide média longiore , antherifera. Anihcrœ lineari- oblongœ, biloculares, dorso supra basim afîixœ, basi cordatae, interne secundum longitudinem déhiscentes. Ovarium superum , sessile, sub- conicum, inferne ampliatum, superne triangulare et triloculare. Ovu- lnrn in quolibet loculo (ovula a collateralia teste Adr. de Juss.) , tn- berculo ex axi centrali enato aflixum, pendulum. Disms nuilus. Slig- ( 358 ) mata tria, sessilia, obtusa, patula. Drupa cxsucca, triquetro-alata , fêla putamine lapideo, triloculari, rotunde trigonoj angulisalque locu- lamentis stipatis appendice teretiuscula, superne in mucronem protni- neote, interne autem canaliculata utque résina fluida scalente; loculis monospermis. Semina teretiuscula, utrinque acutninata. Integumentum bimplex, coriaceum,e tibris transversalibus.contextum , cum putamine prope canales resiniferos Cohaerens. Endnspermiwn semini conforme , modicc crassum, carnosum. Embiyo longitudine endospermii. Cotyle- dones lineari-oblong;e, compressée , tenues. Radicula brevissima, su- pera. ( Charact. fruct. ex Gœrtn. ) Arbuscula (jamaicensis). Folia (sorbi) imparipinnata , alterne inultijuga , eonferta, lerininalia. Flores inter folia racemoso-paniculali , terminales, purpurei. Fructus interdum compresso-bialati et biloculares. ÀiLAWTHtJS Des font. Flores monœci vel polygami; raasculi : Càtyx parvus , quinqucfîdus ; lacioiis ovatis, œqualibus. Petala 5 , sub disco inserta , sessilia , ovata, a?qualia. Praefloralio induplicativo-valvata. Stamina 10, sub disco inserta , petala subsequantia , libéra. Antherœ obloogœ , basi bifidse , dorso affixœ, biloculares , interne secundum longitudinem déhiscentes, conformes. Discus annularis in fundo floris, profunde sinuato-5 plica- tus , plicis petalis oppositis. Pistillum : rudimenta quinque minuta. Flores feminei i. .ii.u ■1-nin. Jùidospcnnium semini conforme, carnosum. Embrya in- clusm, rcctus. Radicula supera, extremitatem hili spectans , ubi se- men suspensum permaaet. Arbores ( Americae œquinoctialis) inermes, rarissime aculeatœ, saepissime ferrugineo-tomentosœ. Folia oppo- sita vel terna, simplicia , ternata et imparipinnata, in- terdum in eodem ramulo , coriacea , plerumque crenato- serrata. Slipulae? petiolares geminse , parvae, caducœ. Paniculae vel corymbi axillares , interdum terminales, in- terposita gemma. Flores pedicellati, bracteati. Bruce A Mil/. VHerii. Flores diœci ; masculi: Calyx quadri-, interduin quinquepartitus - laciniis ovatis, acutis , aequalibtis. Petala 4» rarius 5, sub disco inserta, sessilia, ovata , acutiuscula, calyce paulo longiora, aequalia. Stamina\ y interdum 5, inter lobos disci inserta , cum petalis alternan- tia eaque longitudine subaequantia , aequalia, libéra. Antherœ subro- tundo-rcniformes, dorso afJixae, biloculares, latere secundum longitu- dinem déhiscentes . aequales. Discus in fundo floris, 4~, rarius 5-lobus. Ovarium : rudimentum nullum. Flores fominei : Calyx, Corolla et Discus maris. Stamina sterilia. Ovarla 4- Styli 4. Stigmate acuta. Capsulœ quatuor , monospermae. ( Charact. flor. fera, et fruct. ex rHerit.) Fruîex (abyssiniens). Folia imparipinnata, opposite 6-juga, conferta, terminalia, integerrima, epunctata. Flores masculi minuti , glomerati , interrupte spicati , axillares , purpurascentes. SPONDIACEiE. Flores interdum diclines. Calyx quinquefidus, regu- laris, persistens vel deciduus. Peta/aquinque, subdisco inserta, sessilia , aequalia, calycem multo superantia. Praefloratio subvalvata vel imbricativa. Stamina \o, ibi- dem inserta, libéra, ^ntherœ biloculares , dorso supra ( 363 ) basim affixœ , interne secundum longiludinem déhiscen- tes. Discus annularis, ovarium cingens; in floribus mas- culis orbicularis et io-crenaïus. Ovarium su peruro , ses- silc, (a ? -) 5-loculare ; in floribus masculis effetum, ad stylos 5 redactum. Ovulum i in quolibet loculo, axi cen- tral! affixum , pendulum. Styli 5 , brevissimi. Stigmata obtusa. Drupa fêta putamine 2-5-loculari. Semina so- litaria. Inlegumentum simples, meinbranaceum, interne lamina tenuissima carnosa veslitum. Zsm&r/osemini con- formis , exalbuminosus. Cotyledones plano-convexius- culae. Radicula nunc (inSpondia) infera et recta (teste Gœrin. ), nunc (in Poupartia) supera et indexa. Arbores inermes. Folia alterna, imparipinnata, raris- sime simplicibus iniermixtis, epunctata. Stipula? nulla?^ Inflorescentia axillaris et terminalis, paniculata vel ra- cemosa. Spoindias Linn. Jacq. Gœrtn. Calyx parvus, quinquefidus, regularis, coloratus, deciduus. Petala quinqile, sub disco inserta , sessilia , œqualia , patentia. Praefloratio sub- valvata. Stan.uin io, ibidem inserta, libéra. Anlherœ biloculares , dorso supra basim affixae, secundum longitudinem interne déhiscentes, conformes. Ovarium superum, sessile, ad basim disco annulari cino tum, quinqucloculare j ovulum i (ovula gemina ?? teste Gaertn.) in quolibet loculo (certo!), pendulum. Styli 5, brevissimi. Stigmata obtusa. l)iuj)u fêta putamine lignoso , quinqueluculari , extus iibrosu vel echinato, in S. Cytherea Lam. quinquelobato ; loculamentis dis- cretis , nonnisi basi inter se et cum lobis interpositis connatis. Semina «olitaria, ejus fundb affixa (teste Gaertn. ), exalbuminosa. Integumen- tum simplex. Embryo semini conformis , rectus. Cotyledonts pJano- convexiusculae. Radicula infera (teste Gœrtn.). Arbores inermes. Folia alterna, imparipinnata, epunc- tata. Stipulas nuli.T. Paniculae axillares et terminales , bracteata?. Flores albidi vel rubri. Fructus sapidi , edules. Patria : America œquinoctialis, Insulx Societ. et Maurit, ( 364) Poupartia (i) Commets. Juss. Flores diclines; raasculi : Calyx qninquefidus; laciniis ovato-ellipti- cis , subcoacavis, aequalibus. Petala quinque, sub disco inserta, sessilia . ovato-elliptica, seqoalia , calyce triplo longiora, patentissima , apice subrevoluta. Praefloratio imbricativa. Stamina io, siib disco inserta, corolla dimidio breviora. Filamenta subulata , libéra, alterna (petalis opposita) paulo breviora. Ant herœ -ovato-oblongœ, basi cmarginatae , dorso supra basim alCxx, bilocularcs, conformes, interne secundum longitudinem déhiscentes. Discus magnus orbicularis in fundo floris- 10-crenatus. Pistiliuvi : rudimentum. Styà 5, brèves, conniventes. éitigmata obtusa. Flores feminei : Calyx persistens. Ovarium 5-locu- lare ? ; gravidum biloculare ; ovulum i in quolibet loculo , dissepimento superne affixum , pendulum. Drupa fêta nucc ossea biloculari (quin- queloculari , loculis t-2 abortivjs teste Juss. ); loculis monosperrais. Semen subfalcaîum, compressiusculum, exalbuminosum. Integumen- tum simples. Embryo seraini conformis, exalbuminosus. Cotyledones plano-convexiusculac , subfalcalse. Radicula supera, inflexa. Arbor (borbonica). Folia imparipinnata, simplicibus intermixtis (test. Commers. et Juss.); foiiola integerrima. Flores racemosi, axillares et terminales, atro-purpurei. Gênera ex Terebinthacearum ordine excludenda : i. Rumphia Linn. ? 2. Toluifera Luin. (Myroxylo congener. ) 3. Tapiria Aubl. ? 4« Simaba Aubl. (Simarubeae. ) 5. Zawthoxylon L. (Diosmeae. ) 6. Fagara L. (prsecedenti congener.) 7. Dodonjea L. (Sapindaceae. ) 8. Averrhoa Z. (Oxalideis proxima teste Brown.) 9. Stylobasitjm Desf. (Chrysobalaneœ.) Calyx turbinatus, limbo quinquelobus, membranaceus, coloratus ; (1) Bursera: affinior? (Brown. Cong. p. 1a. ) ( 365 ) lobis rotundatis , aequalibus. Corolla nuîla. Stamina 10, sub o varia inserJa, exserta, libéra. Anlherœ crassa», lineari-oblonga:, biloculares, basi affixa? , interne secundum longitudinem déhiscentes , conformes. Ovarium superum, sessile, uniloculare, glabrum. Ovula duo, fundo loculi , versus originem ktyli , inserta , collateralia , ovato-clliptica, ad basim chalaza magna castanea notata, ab uno lalere adnata podosper- inio crassiusculo. Stylus basilaris, erectus, ûliformis. Sligma capital uni. Fructus «Lrupaceus, monospermus (test. Desfont.). Frutex inermis. Folia alterna, spath ulata, simplicia, integerrima. Stipula; pctiolares geminx. Pedunculi axil- lares, brèves, uniflori , medio bibracteati. Flores po- lygami. Patria : Insula Timor. * 10. Heterodendruai Desf. (Sapindaceis affinius?) Calyx cupuliformis, subintegerrimus vel obsolète dentatus, persis- tons. Corolla nulla. Margo membranaceus in fundo floris, ovarinm laxe cingens, integer. Stamina 6-13, inter discum et ovarium inserta, ex- scrta, subaequalia. Fïlamenta brevia, inferne tumidula , libéra. Antheiœ obovatœ , basi biGdo-sagittatae ibique affixae , biloculares, latcre se- cundum longitudinem déhiscentes, aequaies. Ovarium superum, ses- sile; modo obovato-subrotundum , 4-loculare, subtetracoccum , stig- matibus quatuor sessilibus papillosis patentibus coronatum; modo obovatum, compressura, biloculare, stigmate obtuso simplici umbili- catum. Ovulum i in quolibet loculo ; in ovariis .j-locularibus : subro- tundo-obovatnm, tuberculo ex axi enato insidens et erectum ; in ova- riis bilocularibus : obovatum, supra basim aflixum. Fructus Frutex (NovaB-Hollandiœ). Folia (oleae) sparsa, esli- jml.it a, simplicia, integerrima, coriacea. Racemi axilla- res, gemini (et.plures ?). Flores pedicellati , sparsi -, pe- dicellis basi articulatis et ? bracteolatis. et? ii. Amyris anisala Willd. Spec. pi. i. p. 3iy. (Genus Diosmeis proxima ?) Calyx parvus, quadripartites, tuberculoso-glandulosus , rcgularis, pcrsistens; laciniis ovatis, concavis. Petala 4, imœ basi stipilis ovarii- feri inserta , oblonga, acutiuscula, sessilia, membranacea , superne tnbercuïato-glandulosa , aequalia, ante aperlionem floris marginibus ( 366 ) sibi mutua incumbentia, apicibus inflexis. S lamina 8 , ibidem insort a , corolla breviora. Filamenta subnhia , supra basimdilatata, libéra, gla- bra. sfntherœ subob\onç,x t ap'\cc rotundatae, basi sagittatœ ibique aulxa-, biloculares , glabra?, interne secundum longituJinem déhiscentes , aequales. Ovarium primo tempore brevissime , scrius (fecundatuui) longius stipitatum, elliptico-subrotundum , 4-sulcatum, g'anduloso- tuberculatum, glabrum, \ loculare ■ ovula a in quolibel loculo , axi centrali affixa , collateralia , pendilla. Stylus terminalis, teres, erectus. Stigma depressum , obsolète quadrilobtim. Discus nuilus , taisi basim crassiusculam stipitis pro eo sumas. Fructus Frutex ?. Folia alterna, imparipinnata , pellucido- punctata. Paniculœ axillares, bracteatae; ramis suboppo- sitîs, subdichotomis. Flores parvi. Patria : Guinea. Programme des prix proposés par ï Académie royale des Sciences ^ pour les années 182 5 et 1826. Prix de Physique , proposé en l8a3 , pour Vannée 1825. L'imperfection des procédés d'analyse chimique n'a pas permis jusqu'à présent d'acquérir des notions exactes sur les phénomène» qui se passent dans l'estomac et les intestins, et durant le travail de la digestion. Les observations et les expériences, même celles qui ont été faites avec le plus de soin , n'ont pu conduire qu'à des connaissances superficielles sur un sujet qui nous intéresse d'une manière si directe. Aujourd'hui que les procédés d'analyse des substances animales ou végétales ont acquis plus de précision, on peut espérer qu'avec des soins convenables on arriverait à des notions importantes sur la digestion. En conséquence l'Académie propose, pour sujet du prix de physique de Tannée i8a5, de déterminer par une série d'expériences chimiques et physiologiques , quels sont les phénomènes qui se succèdent dans les organes digestifs durant l'acte de la digestion. Les concurrens rechercheront d'abord les modifications chimiques ou autres que les principes immédiats organiques éprouvent dans les organes digestifs n ) par les spectateurs : mais dans ce cas on choisit nu Buffle peu méchant et des chiens de peu de valeur ; tandis que lorsqu'un chien est rencontré en face par un Taureau , et que celui-ci ne peut l'enlever avec ses cornes, il le pousse , le roule en avant avec son museau , presque tou- jours sans lui faire le moindre mal : le chien s'échappe alors facilement, et bien certainement s'il était de la nature et du caractère du Taureau , de se servir de son front, il pourrait écraser un chien. Mais , je le répète , ce genre de mouvement lui est inconnu. Un autre genre de divertissement qui a lieu avec le Taureau, est celui-ci. Un homme se renferme dans une grosse bouteille en osier , couverte de toile ; sa tête et ses pieds sortent chacun par leur extrémité. Les bras sont dans l'intérieur, et servent à soutenir tout l'appareil. Ainsi protégé , le lutteur se porte devant le Taureau qu'il provoque par ses cris. Au moment où l'animal se jette sur cette bouteille ambulante, son propriétaire rentre promptement sa tête et ses pieds absolument de la même manière qu'une Tortue se renferme dans son écaille , et un coup de corne fait rouler au loin la maison et son habitant. Si on exposait la même bouteille au Buffle, il ne la quitterait pas qu'il ne l'eût entièrement aplatie et écrasée. Il en est de même d'une espèce de lutte corps à corps qui a lieu entre un homme et un Taureau, et qui ne s'est jamais faite avec le Buffle , qui est trop bien connu pour qu'on ait jamais eu l'idée de s'amuser avec lui de cette manière. On attache une pièce d'argent sur le front d'un Taureau ; elle appartiendra à celui qui pourra la détacher : or , voici comment ils s'y prennent. Quand ta plus hardi juge le moment favorable , il défie le Tau- ( 3 7 8 ) reau , en se mettant directement devant lui à deux ou trois pieds de sa tête ; à l'instant où l'animal la baisse pour encorner son ennemi , celui-ci n'attend pas qu'elle soit relevée, il se précipite sur son front, y colle sa poitrine , passe ses bras entre les cornes qu'il saisit , ensuite à la base , relève ses jambes sous la tête du Tau- reau , qui court quelque temps avec ce fardeau ; mais bientôt étourdi par cette masse qui lui cache les yeux , et arrêté par les efforts de tous les jouteurs, qui, pour, sauver leur confrère , saisissent l'animal par la queue , par les oreilles _, par les cornes , il se laisse prendre la pièce qu'il avait sur le front, et permet au vainqueur de se dégager , sans chercher à se venger d'une attaque aussi hardie. Cette circonstance est encore ici une de celles où son front lui serait d'un grand secours , s'il avait l'instinct de l'employer j mais la nature ne le lui a pas donné. Enfin le dernier trait que je rapporterai, et qui plus que tous les autres peut donner une idée juste de la force comparative du Buffle et du Taureau , est le suivant. On donna un jour au milieu du spectacle l'ordre de lâcher un autre Taureau pour remplacer celui qu'on venait de fatiguer. Les gardiens des Buffles et des Taureaux , croyant l'un et l'autre que cet ordre leur était relatif, ouvrirent en même temps deux portes, desquelles sor- tirent de suite un Buffle et un Taureau. Ces deux ani- maux, se trouvant en présence, coururent l'un vers l'autre; au moment où le Taureau baissait la tête pour se servir de ses cornes, le Buffle lui donna un coup de front sur le devant de la tête , et l'étendit mort. Je ne cite ces détails que parce que nous n'avons pas d'autres moyens de juger des habitudes de ces deux es- ( Vj ) pèces , dont la vie sauvage, moins facile à étudier , offrirait probablement moins de traits propres à carac- tériser leur naturel. En résumant tout ce que nous avons dit sur l'emploi des cornes dans le Buflle et dans le Tau- reau , nous pouvons conclure que lorsqu'elles sont con- venablement disposées , elles constituent la seule arme de ce dernier , qui ne se sert jamais ni de son front ni de ses genoux; tandis que dans le Buffle , chez lequel il y a très-peu de variété de ces deux prolongemens , les seules parties qui lui servent pour atUnuer ou pour se défendre , sont le front et les genoux ries cornes étant d'un service nul sous ce rapport. Urife différence bien frappante entre ces deux animaux , se trouve encore dans la position de la tête, lorsqu'ils marchent ou quand ils sont en repos. La première fois que je vis courir un Buffle, je fus frappé de son allure particulière , qui n'a rien de commun avec celle du Taureau dans la même circonstance. Ce dernier a quelque chose de noble et de majestueux, soit dans son trot , soit dans son galop. Tous les temps de la course sont bien marqués , bien distincts, et sous ce rapport peuvent être comparés à ceux qui ont lieu dans la manière de courir des chevaux. Dans le Buffle il n'y a rien de semblable : les temps dont je parle n'existent plus; la course est uniforme,- les jambes se succèdent dune manière continue , sans qu'on puisse distinguer comme dans le Taureau l'instant où elles recommencent de se porter en avant. Dans le Taureau , le train de devant a des mouvemens bien apparens d'élévation et d'abaissement correspondant à la position différente des jambes dans chaque temps de la course, à peu près comme cela a lieu également dans le cheval. Dans le Buffle, ( 38o ) la ligne du dos /este toujours à peu près daus la même position horizontale , sans effacer ces oscillations pério- diques qui élèvent successivement la tète et la croupe. L'aspect du Buffle , dans cette circonstance , a quelque chose de sauvage et d'ignoble ; on pourrait le comparer à celui du Sanglier. Mais le plus remarquable pour l'objet de ce Mémoire , c'est la position de sa tète , qu'il tient baissée tout en relevant le museau. Dans le Taureau au galop , le dia- mètre naso-occifljfal se rapproche de la verticale ; dans le Buffle, il se rapproche de la ligue horizontale, et c'est môme à l'effort qu'il fait continuellement pour élever ainsi le museau, que j'attribue cette allure qui lui est propre , et qui indique un état de gêne continuel. Il me semble qu'on verrait quelque chose de parfaitement analogue chez tout animal , comme chez l'homme , qui essaierait de changer la position naturelle de sa tête en courant , et je suis persuadé que la transformation du galop par temps distincts en galop continu , tient uni- quement aux efforts musculaires qui servent à élever le cou, car la même chose arrive au cheval lorsqu'on lui retire la bride , tout en le piquant ; il élève la tête pour éviter la douleur produite par le mors, et galope en adoptant une manière particulière de faire succéder ses jambes les unes aux autres , comme le Buffle. Ce n'est pas seulement dans la course que celui-ci élève le museau ; la même chose a lieu lorsqu'il est en repos , avec cette différence que n'étant plus gêné par le besoin de contracter tels ou tels muscles pour courir , il tient la tête élevée au-dessus du dos, quand il est tran- quille , au lieu de la tenir au-dessous de la ligne des vertèbres dorsales. J'ai souvent eu l'occasion d'en voir ( 38, ; dans l«i campagne de Rome et aux environs de Naples , et toujours je les ai rencontrés dans la même position. Nous allons voir pourquoi c'est pour eux un besoin de conserver l'horizontalité du diamètre naso-occipital. Ils s'efforcent de le maintenir dans les deux circonstances de station ou de la course , quoique dans ces deux cas la tête soit, tantôt au-dessus, tantôt au-dessous de la ligne des vertèbres du dos , par la raison que nous avons ex- posée. Je fus long-temps sans pouvoir me rendre compte de cette allure , qui m'avait tant frappé la première fois , et j'avais fini par en reléguer la cause au nombre de celles qui président â tous les mouvcmens automa- tiques qu'on observe chez l'homme et chez les animaux , et qui tiennent à des détails inorganiques inaccessibles à nos recherches. Cependant un jour faisant ouvrir à Rome le crâne d'un de ces animaux pour en observer le cerveau , celui qui était chargé de cette opération , commença par en détacher les cornes en les cassant à leur point d'inser- tion. Ce ne fut qu'alors que j'eus une idée juste de leur organisation intérieure. Je vis que ces cornes , qui étaient entièrement creuses dans toute leur longueur , commu- niquaient par toute la largeur de leur base avec les im- menses cellules frontales qui ne sont que la continuation de la cavité des narines , et que la membrane muqueuse qui les tapissait était la continuation de la membrane pi- tuitaire. Dès-lors je me demandai s'il fallait reconnaître des fonctions différentes là où les circonstances d'orga- nisation étaient les mêmes. Dès ce moment les cornes me parurent un organe supplémentaire de l'odorat ; car l'air entrant librement des fosses nasales dans les cellules frontales , et de celles-ci dans les cornes, toutes ces dif- ( œ» ) fércntcs cavités me semblèrent ne constituer qu'un seul organe ; car ce ne serait qu'une limite topographique purement de convention, que celle qui indiquerait là où les cellules nasales finissent, là où les frontales com- mencent , et là où eelles-ci perdent leur nom pour ap- partenir à la cavité des cornes ; en un mot , l'inspection des parties acheva de me convaincre de l'inutilité de ces organes comme moyen de défense , surtout lorsque j'a- vais tant de raisons pour leur supposer des fonctions si différentes. Je ne balançai donc point à les regarder comme des renforts de l'odorat analogues à ceux que l'ouïe possède dans ces caisses osseuses si prononcées de quelques animaux , notamment dans les chats. Mais il y avait une difficulté à surmonter : les fosses nasales ne sont point une cavité borgne ; si l'air s'y in- troduit , c'est parce que leur communication avec la cavité des poumons les rend le passage continuel de ce fluide qui entre et sort suivant que la poitrine se dilate ou se rétrécit. Comment l'air peut-il donc se renouveler dans les cornes qui n'offrent point cette périodicité de vides qui favorisent l'introduction des fluides extérieurs? Comment des particules odorantes peuvent-elles donc se succéder dans leur cul-de-sac? Je m'étais à peine fait cette objection , que j'en trouvai la solution dans cette; allure particulière qni m'avait tant embarrassé, et à l'explication de laquelle je croyais devoir renoncer. En eiîét, si Ton considère la courbure particulière des cornes et leur position sur la figure jointe à ce Mémoire , et que je dois à la complaisance de M. Schenz , qui, dans un petit tableau d'étude avait parfaitement saisi cette po- sition qu'il avait remarquée comme moi si souvent , on est bientôt convaincu que l'horizontalité du crâne est ( 383 ) la seule condition nécessaire pour qu'il y ait un courant d'air continuel dans tout l'organe de l'odorat , et par conséquent un renouvellement successif des molécules odorantes. Voici comment la chose a lieu. Une fois intro- duit dans toutes les cavités olfactives , l'air en contact avec la membrane muqueuse qui les tapisse, s'échauffe nécessairement ; il devient plus léger -, et comme In hase des cornes est plus élevée que leur pointe , il s'élève dans les cellules frontales , et là est emporté avec le cou- rant de celui qui revient des poumons , tandis qu'il est remplacé par l'air frais que chaque inspiration introduit à l'ouverture des cellules frontales. Si on ajoute à cela l'effet de la dilatation , qui est de chasser au-dehors les parties de l'air retenues dans quelques coins des cellules, on aura dans tout cet ensemble l'appareil le plus simple et la plus propre à suppléer au manque d'office que les poumons remplissent, relativement aux fosses nasales. Ce perfectionnement de l'odorat n'est point étonnant chez les herbivores , qui, comme on sait , privés des grands moyens de défense , sont obligés de deviner de loin l'arrivée de leurs ennemis par les exhalaisons qui s'é- chappent de leurs corps. Aussi la nature n'a-t-elle rien épargné chez eux , soit pour le système nerveux in- térieur très -volumineux chez le Buffle, soit pour les appareils extérieurs qui chez cet animal offrent des sur- faces considérables. L'allure si remarquable de cette espèce est donc un besoin instinctif aussi involontaire que celui qui nous fait ouvrir la bouche pour mieux écouter, sans que souvent nous en ayons la conscience , et ce besoin est tellement lié au caractère particulier du Buffle , qu'il se fait sentir dans toutes ses actions et dans tous ses mouvemens, au point que lorsqu'il court , ( 384 ) il parait plutôt se diriger par le nez que par les yeux : il ressemble au chien qui , suivant son maître qu'il ne voit plus , tient constamment le museau baissé vers le sol. Seulement le Buffle flaire une couche d'air plus éle- vée, mais son but est aussi évident que celui du chien. Puisque j'ai comparé ces deux animaux ensemble sous un rapport, je les comparerai sous celui de leur manière de courir , qui est parfaitement analogue dans la même circonstance. On sait que le chien ne court pas de la même manière quand il flaire , et quand il n'a pas d'autre intention que d'arriver à un but qu'il voit. Dans ce der- nier cas son galop est celui du cheval et du Taureau , tandis que dans le cas où il se dirige d'après des odeurs , il peut aller tout aussi vite que lorsqu'il galope , sans offrir ces élévations alternatives des trains de devant et de derrière, et c'est ce qu'il a de commun avec le Buffle qui, se dirigeant constamment d'après les émanations , n'a point le galop franc des animaux qui ne flairent pas. Je crois d'autant mieux à l'importance des cornes comme organes de renforcement de l'odorat, qu'elles ne présentent point , comme chez les Taureaux , les nom- breuses anomalies qui dépendent du climat, de la nour- riture , de la castration , etc. Cependant je suis loin de rejeter l'influence de la domesticité , qui pourra à la longue diminuer leur importance et altérer leurs formes, d'autant plus que j'ai déjà vu dans le nord de l'Italie , aux environs de Parme , une preuve des altérations que peuvent déterminer dans un animal et l'éloignement de son pays natal , et le changement de ses habitudes. Les cornes du Buffle dans cette partie commencent déjà à se redresser comme celles des Taureaux , circonstance que je n'avais point remarquée aux environs de Rome, où ( 385 ) ils vivent dans un état de liberté bien peu différent de l'état sauvage. Le Taureau aurait-il joui autrefois des inènies préro- gatives que le Buffle? les cornes lui auraient-elles rendu autrefois le môme service ? n'auraicnt-elles changé de fonctions que par l'influence de la domesticité , qui di- minue l'activité de certaines parties très-actives dan* l'état sauvage? Des influences analogues dans leur ma- nière de vivre auraient-elles agi sur* les cornes du Bou- quetin , des Boucs , des Gazelles , des Chamois , des Coi innés, etc., au point de les renoVe étrangères à l'or- gane de l'odorat , en effaçant chez plusieurs leur cavité intérieure , et en les repoussant en arrière de la tète , où elles ne seraient plus que des organes rudimentaires indiquant seulement le plan général de la nature? Telles sont les questions qui se- présentent naturellement ici, et qui, pour être résolues, exigeraient des connaissances bien positives sur les changement présumables qui sont survenus dans l'organisation des animaux. Quoi qu'il eri soit , nous pouvons envisager l'appareil olfactif chez les différons animaux de la manière sui- vante. Peu développé che2 l'homme dont les cavités nasales sont les plus petites , comparées à celles des ani- maux, et qui contiennent presque seules toute la surface olfactive , il se perfectionne successivement en s'adjoi- gnant les cellules frontales formées entre les deux lames du coronal , comme cela a lieu dans le Chien , le Cha- meau , l'Eléphant , le Cheval , etc. ; enûn le coronal lui-même s'élève , se bombe , et forme de chaque c6té un cornet entièrCrtient creux à parois peu épaisses , qui , comme nous l'avons vu , n'est absolument que la conti- nuation de là cavité cororïale qui s'est agrandie pour Tome IL 25 ( 386 ) augmenter la surface de la membrane olfactive. Si nous redescendons du Buffle , qui présente par conséquent le maximum de développement de l'odorat , les cornes perdent peu à peu leur cavité intérieure par l'épaissis- sement de ses parois , comme cela se voit dans le Tau- reau , par la multiplicité des cloisons , qui enfin finissent par ne présenter qu'une structure celluleuse , comme cela a lieu dans le Chamois, puis elles disparaisent en- tièrement (Brebis). Les sinus frontaux eux-mêmes s'af- faiblissent , diminuent , et nous arrivons enfin à l'homme qui, sous ce rapport, forme avec le Buffle les deux ex- trémités d'une série d'animaux qui présentent tous les de- grés de développement de cet appareil sensitif. Ce que j'ai dit du Buffle peut s'appliquer à tous les animaux qui , comme lui , ont les cornes disposées de manière à ce qu'un courant d'air continuel puisse être entretenu dans les cellules frontales. C'est par le moyen de cette fonction que nous pourrons expliquer la diffé- rence d'allure qui a lieu entre les herbivores et les ani- maux carnassiers. La plus grande partie de ces premiers ressemble au Buffle , par la position élevée de leur mu- seau, surtout si on les examine quand ils jouissent d'un certain état de liberté } c'est au moins ce qu'on peut voir dans les collections de gravures qui repré- sentent les animaux étrangers sur lesquels nous ne sommes pas à portée de vérifier les phénomènes. Les dessinateurs ont dû leur donner la pose qu'ils leur avaient reconnue, et cette pose indique évidemment l'in- tention chez l'animal qui la présente , d'interroger l'air sur ce qu'il doit craindre ou rechercher. EXPLICATION DE LA PLANCHE 17. Fig. 1, Buffle à la course. — Fig. 2, Taureau à la course. — Fig. 3, ffle flairant. * Bn ' ' ' ' " ( ?8 7 ) Mémoike Géologique sur le sud-ouest de la France * suivi a" observations comparatives sur le nord du même royaume , et en particulier sur les bords du Rhin ; Par M. Ami Boue. Le bassin secondaire et tertiaire du sud-ouest de la France, est circonscrit incomplètement par la chaîne des Pyrénées et les terrains schisteux anciens du centre (Je la France et de la Vendée. N'ayant vu^que quelques points de ces dernières contrées, je me contenterai des remarques suivantes. Dans le Limousin, le Gneiss est très- souvent traversé de filons et de petits filons granitoïdes , comme par exemple près de Bariolet , tandis que cet ac- cident se présente aussi dans la Vendée , comme près de Nantes dans le lieu appelé Versailles. Dans ce dernier endroit les Schistes micacés à noyaux de quartz sont traversés de quatre filons granitiques , dont l'un est fort épais, tandis qu'un second a quinze pieds d'épaisseur et les autres seulement quatre à cinq pouces. Le granité de ces filons renferme peu de quartz, son mica est jaunâtre et son feldspath blanchâtre et plus ou moins terreux. Le filon de quinze pieds s'introduit laté- ralement dans le Micaschiste sous la forme d'une petite branche de filon -, et il paraît môme renfermer une por- tion de Schiste micacé. Du reste , il est assez particulier d'observer cette der- nière roche pétrie de cristaux de Schorl et de la voir prendre , près du granité , une couleur blanchâtre et de- venir tendre. Peut-être doit-on supposer dans le voisi- •,» ( 388 ) nage une cime granitique cachée , du moins de semblables amas sont fréquens dans les environs de Nantes , comme à Cbàteignai et près d'Aigrefeuille. Vers les bords du massif intermédiaire de la Vendée, les Schistes prennent un aspect toujours plus décidément de transition , ce sont alors de véritables Grauwaches schisteuses alternant avec des Schistes argileux, comme, par exemple , près de la Bergementière -, ou bien ce sont surtout des Schistes à noyaux de quart2 (Belle ville , Oudon), qui rentrent dans la grande classe des roches quartzo-talqueiises intermédiaires (i) , et qui alternent çà et là avec des roches assez chargées d'amphibole (Ou- don). Il esc inutile de rappeler ici les Trilobites de quel- ques lits de ces Schistes (Angers , THospital) , les Pro- ductus* cfes Grauwackes entre l'Hospital et Faon , et les Madrépores, ainsi que les Encrines de ces mêmes roches. Il paraît qu'il y a dans ces Schistes quelques filons porphyriques \ j'en ai, en particulier, observé un dans l'espèce de vallon appelé le fond de la Boulogne , à quel- ques lieues au sud de Bergementière. Les Schistes argi- leux ont , dans cet endroit , une direction du sud sud-est au nord nord-ouest et sont assez fortement inclinés, et le filon de porphyre court, au contraire, de l'ouest nord- ouest à l'est sud-est. Il a douze pieds d'épaisseur et montre une certaine structure à bandes arquées concentriques, il présente un porpliyre à base feldspathiqne, tendre et rougeâtre , et il renferme des cristaux dodécaèdres de quartz. Sur ces côtes sont des bandes blanchâtres et jau- nâtres, et les Schistes sont tendres et ont une apparence singulière de décomposition. (i) Voyez mon Essai géologique sur l'Ecosse, p. 72. (38 9 ) A peu de distance de là , au sud, le même fait peut encore plus facilement être observé , parce que le pro- longement du filon traverse la grande route et coupe en- core plus distinctement les Schistes ; ce filon a plus d'un rapport avec celui de Danneberg en Saxe (1). C'est probablement à la même époque de formation , qu'il faut rapporter les masses porphyriques qui se pré- sentent non loin d'Anzets, entre Ancenis et Oudon sur la Loire, et peut-être les porphyres, les beaux Feld- spaths compactes gris, bruns, rougeâtres et blanchâtres, et les espèces de Variolites près de Voutroy dans les Mon ts- Coyvrous dans la Mayenne. On peut encore très-probablement placer dans la même catégorie les porphyres découverts, par M. Regley, dans les Landes des environs du terrain houiller et de grès rouge nouveau (Todtliegende) de Quimper , dans l'île Longue , près de Brest et près le Faon , ainsi que les masses en partie amygdalaires des environs de Paimpol, et celles non moins intéressantes du voisinage de Figeac. Aucune ne semble cependant avoir l'étendue des dé- pôts semblables du terrain houiller du Palatinat, du Rhin ou de ceux du Morven, entre Roanne et Boèn et au sud de la Palisse. Un terrain houiller s'est déposé, çà et là, sur les for- mations intermédiaires précédentes; il y forme, à ce qu'il paraît, plutôt des amas qu'une bande continue, et il est plus ou moins lié aux grauwackes. Ainsi les couches houillères , qui sont en exploitation ou simplement en affleurement près de Vouvant et de Thouars , à Test de Doué , près de Chalonne , Ingrandr , (0 Voyez mon Mémoire géoguostique lur l'Allemagne. (3 9 o) Montrelais et Nort, semblent, d'après les gens instruits qui les ont visitées, se lier intimement au terrain intermé- diaire, tandis que les dépôts des environs de Brives et de Figeac, qui sont plus considérables, ont l'air de faire moins suite au sol plus ancien. Les grès de ces dernières localités présentent quel- quefois de petites parties vertes , qui peuvent être déri- vées de la grande masse serpentineuse , que M. Cordier a tracée à travers les départemens de l'Aveyron , du Lot , dé la Corrèze et de la Haute-Vienne. Les Pyrénées ont déjà été le sujet de tant de mé- moires et ont été décrites dans les excellens ouvrages du vénérable M. Palassou (i) et du savant M. Charpentier, d'une manière si satisfaisante, que je me bornerai à parler de quelques faits généraux que* j'ai pu observer, et je m'occuperai, surtout, à discuter les points sur lesquels mon opinion n'est pas conforme à celle de l'un ou de l'autre de ces liabiles observateurs. Cette grande chaîne m'a paru presque entièrement com- posée d'un massif de roches intermédiaires, qui enclave, çà et là , des amas cristallins non stratifiés. Autour de ces derniers sont groupées des roches schisteuses à aspect cristallin , qu'on désigne , vulgairement, sous le nom de roches schisteuses primitives (2). Mais ces Gneiss ou ces Micaschistes à l'ordinaire feldspathiques sont d'un côté (1) fSoyez sa Description Minéralogique de» Pyréne'es, publie'e en 1184, et ses Mémoires formant 3 volumes publiés en 181 5, 1819 et 1821. (a) J'emploie le mot primitif pour désigner les roches schisteuses vul- gairement ainsi dénommées 5 mais je n'y attache pas, comme d'autres géologues, le sens que ces roches sont décidément antérieures à l'exis* tence des êtres organisés. (3 9 i ) tellement unis aux roches de transition, qu'il ne ma pas semblé possible de les en séparer ; et cle l'autre leur liai- son particulière avec les dépôts cristallins non stratifiés et les accidens de ces derniers m'ont fait soupçonner que ces roches non stratifiées pourraient bien être d'une ori- gine postérieure à celle des Gneiss, etc., et qu'elles se- raient, peut-être en partie, la cause de la nature parti- culière des Schistes qu'on appelle primitifs. Les Schistes intermédiaires des Pyrénées sont, comme partout ailleurs, très-régulièrement stratifiés, et se lais- sent facilement étudier au moyen du grand nombre de vallées transversales de cette chaîne. Les couches courent en général de l'ouest nord-ouest à l'est sud-est, comme l'a très-bien démontré Palassou } mais cette direction est aussi, en général, celle de toute la chaîne ; l'on a donc encore là un exemple frappant de cet axiome géologique important, que la direction des couches d'une grande chaîne est parallèle à la direction générale de cette dernière , et non pas soumise à une règle variable. ^inclinaison des couches est, au contraire, très-va- riable, elle change souvent très-promptement, et elle est en général considérable , ce qui contribue en partie à produire ces crêtes dentelées (col du Tourmalet) qui couronnent les hautes montagnes schisteuses des Pyré- nées (i). Les roches schisteuses intermédiaires de cette chaîne offrent différentes variétés de Schiste argileux et de Grauwacke -, et malgré que ces roches alternent très-sou- (1) y oyez Mémoires pour servir à l'Histoire Naturelle des Pyrénées, par Palassou, p. (\\i. — 181 5. ( 3

Malgré ce dernier fait, je suis loin de vouloir nier la différence d'âge des divers Granités des Pyrénées ; je n'y verrais, au contraire, qu'un argument de plus pour croire peut-être à plusieurs dépôts granitiques-, mais les variations qu'on observe dans le gissement particulier des Granités réputés plus récens ou plus anciens et dans la nature des roches qui les environnent respectivement, me paraissent devoir être plutôt attribuées à l'âge diffé- rent de ces Granités qu'à une origine différente. "Les petits filons granitiques et granitoïdes sont très- fréquens dans tous les districts de Gneiss et de Mica- schistes des Pyrénées, et on les voit quelquefois en liaison intime avec une masse considérable de Granité , comme à Cierp , ou bien on en aperçoit qu'on ne peut rattacher à aucune masse semblable , comme , par exem- ple , près de Gcdre , dans cette montagne composée de couches verticales- de Gneiss indistinct et de Granité. Dans l'entrecroisement de ces petits filons, l'on observe quelquefois que les feuillets des Schistes rie corres- pondent plus ensemble des deux côtés de ces fentes remplies, et qu'ils ont éprouvé un petit soulèvement ou un petit abaissement, comme cela a lieu dansles petits liions spalhiques, les calcaires et les filons métalli- fères. Les roches qui les remplissent sont comme ail- leurs des mélanges variés des élémens du Granité , mais surtout du Quartz et du Feldspath. L'étude des ramifica- tions de ces petits filons est fort intéressante, parce qu'on y voit la manière singulière dont les petites masses granitoïdes parviennent à s'intercaler entre les feuillets des Schistes, quelquefois sous la forme d'une roche grani- toïde , et quelquefois seulement sous la forme d'un ciistal ou d'une masse cristalline de Feldspath ou de ( 4o6) Quartz, de manière qu'on serait tenté au premier abord de ne voir là qu'un accident d'un grand dépôt contem- porain ; mais pour ceux qui admettent l'origine- ignée du Granité, ces particularités ne seraient qu'un effet d'une pénétration lente , qui expliquerait aussi le passage quel- quefois incontestable du Granité au Gneiss. On a souvent parlé des fragmens schisteux des Gra+ nites , et on a beaucoup varié sur l'explication de leur origine ; les uns n'ont regardé ces portions étrangères que comme un accident de cristallisation contemporaine, et ont même cité cependant des brèches de Granité et de Gneiss (i) ; d'autres n'ont voulu y voir que des débris de roches plus anciennes, et ont cru avoir aussi une preuve sans réplique de la postériorité de certains Gra- nités, comme , par exemple, de ceux de Greifenstein près d'Ehrenfriedersdorf et de Geyer ^2). Enfin quel- ques-uns , tout en adoptant cette dernière opinion pour certains Granités récens, ont attribué néanmoins cer- tains amas'Bchisteux d'autres Granités à un effet de cris- tallisation. Les Pyrénées prouvent que ce sujet n'a pas encore été étudié avec tout le soin nécessaire; car on y observe non- seulement des fragmens dans le Granité, mais en- core desmasses schisteuses enchevêtrées dans cette roche. Les fragmens schisteux qui se trouvent soit dans les filons granitiques, soit dans ceux qui ont l'air d'être des couches, sont de grandeurs très -variées } par exemple , on en voit qui sont de la grandeur d'une noix ou d'une carte à jouer, et d'autres ont dix, trente à quarante (1) Knyez Mémoire de la Société Wcrnér. , vol. a, p. -20 5. (aj ^' oyez Mohs , dans les Annales de Moll. , vol* 3. (4o 7 ) pieds de circonférence. Le plan de stratification des feuilles de ces morceaux a des directions très-différentes et très-souvent fort éloignées de celle du plan de strati- fication des roches feuilletées qui environnentlc Granité. Ces morceaux sont angulaires ou bizarrement décou- pés , et montrent évidemment qu'ils ont été séparés violemment , ou bien ils ont des formes plus arron- dies , et leur contour est beaucoup moins nettement «éparé du Granité , avec lequel la roche schisteuse a plutôt l'air de se fondre. Ils offrent des variétés de Gneiss ou de Micaschiste , et sont traversés quelquefois de petits filons granitoïdes qui. en isolent presque, çà et là, certaines parties, comme cela se voit au sud de Cierp , où tous les précédens acci- dens sont si visibles le long des escarpemens. Outre cela , il n'est pas rare de voir dans les Granités des Pyrénées des masses étrangères , soit de Schiste, soit de Calcaire, qui ont des grandeurs beaucoup plus consi- dérables que les fragmens précédens ; ce sont de véri- tables rochers , quelquefois énormes et enchevêtrés dané le Granité , ou , théoriquement parlant , ce sont des portions soulevées et déchirées bizarrement par les colonnes granitoïdes ignées. Ces amas, qui ont la forme de coin ou de masse allongée et assez mince , ou de grands rochers informes^ ont été, jusqu'à présent , indiqués presque toujours comme des parties subordonnées au Granité , tandis que les Pyrénées montrent qu'elles sont étrangères à cette roche, et qu'ils y sont seulement accidentellement empâtés. Les exemples les mieux marqués de cet acci- dent se voient dans la carrière de Granité fort décom- posé de la Serre de Pouzac , où cette roche renferme ( 4°8 ) évidemment deux masses allongées angulaires d'un Seliiste micacé , qui présente ce qu'on nommerait vulgairement une décomposition terreuse toute particulière , et qui prend une couleur brunâtre. De plus, sur le côté sud de ce point, l'on voit dis- tinctement entre le Granité et les couches schisteuses , qui sont aussi tendres et brunâtres, une espèce de sal- bande composée de Granité et de fragmens de Schiste argileux qui offrent toutes sortes de formes , et dont le plan de stratification des feuillets est dirigé dans différens sens. On ne peut mieux comparer cette singulière appa- rence qu'à un pavé où l'on aurait enfoncé, sans aucun ordre , des masses de Granité et de Schiste. Au-dessus du pont de Pouzac, Ton voit de même, mais moins distinctement, des masses de calcaire com- pacte et poreux , ou grenu et maclifère, enchevêtré dans du Granité , et il paraît que dans la vallée d'Aspe , entre Osse et A tas, FOphite supporte de même des masses calcaires assez semblables (i). A Cierp , le fait se voit encore plus en graud , et dans d'autres contrées il est facile de trouver des apparences semblables : par exemple , le Calcaire grenu à idocrase et grenat dans le Granité , entre Auersbach et Schon- kerg sur le Rhin (2), est un cas tout-à-fait analogue , et les parties de Gneiss et de calcaire des Granités et des Siénites de Saxe , et même les prétendues masses subor- données schisteuses et calcaires des Siénites porphy- riques de Schemnitz (3) , paraissent appartenir ici et (1) Voyez Pal a ssou , suite des Mémoires, 1819, p. i35 et 168. (a) Voyez 0»'ynhausen dans Noggcrath Rheinland Westphalen , vol. i , p. i65. (?t) Voyez Beudant, Voyage en Hongrie. (4*>) trouver ainsi leur explication. Ce ne sont théorique- ment que des parties soulevées et supportées , ou sim- plement environnées par des masses non stratifiées , qui quelquefois y ont produit quelques altérations. Les Granités sont entouré*, comme nous l'avons dit , d'une quantité variable de roches schisteuses à l'aspect cristallin plus ou moins prononcé : ces roches forment, près des Granités anciens , de véritables Gneiss , ou des Micaschistes feldspathiques , tandis qu'autour des Granités réputés moins anciens , ces mêmes roches sont beaucoup moins bien caractérisées ou resserrées dans un plus petit espace , comme par exemple à la Serre dcPouzac, où même elles ne diffèrent que peu du Schiste argileux, et sont simplement à parties micacées plus grandes, et avec quelques petites niasses de Feldspath. Dans ce cas, les Schistes sont aussi fort tendres*, ils ont cet aspect particulier que l'on désigne bien ou mal par le mot de décomposition, et ils présentent différentes teintes de rouge , de jaune , de bleuâtre , de blanchâtre , qu'on n'aperçoit pas ailleurs dans la masse intacte des Schistes , mais qui sont exactement semblables à celles qu'on observe dans les Schistes en contact avec des filons de Porphyre. ( Danneberg en Saxe, dans la Vendée. ) Les environs de Loucrup {V . pi. 18) sont un exemple frappant de ces particularités ; car en montant a ce village, depuis Montgaillard, l'on voit bientôt les Schistes argileux ordinaires céder le pas à des séries de Schistes ferrugi- neux , noires, rouges, grises , blanoh.es et fort tendres , puis parait un filon de Granité entre du Schiste verdâtre, et après un certain espace , où l'on ne voit ressortir que ça et là des Schistes plus ou moins variés, l'on arrive au faisceau de filons granitiques dont j'ai parlé ci-dessus. ( 4". ) Sur le coté nord et sud de la carrière , l'on aperçoit le Granité supportant les mômes roches scliisteuses tendres et bizarres qui forment, à partir de la masse non stra- tifiée , des bandes blanches, puis rouges , puis jaunâtres , puis rosàtrcs , et enliu grises et noirâtres , et cette suc- cession de roches bizarres se revoit au sud des Granités à Kaolin qui ressortent dans le village même de Lou- crup, et qu'on emploie comme sable. Je redemande encore ici , comme dans mon précédent Mémoire , pourquoi ces apparences y qui dépendent en partie des degrés diiïerens de l'oxidation des particules ferrugineuses de ces roches, sont restreintes au voisinage des Granités et des Porphyres? Nous avons dit plus haut que les Schistes des Pyrénées enclavaient des Calcaires grenus renfermant plusieurs espèces minérales cristallisées. On remarque que ces dernières roches ne se trouvent qu'au contact avec les masses granitoïdes ou dans leur voisinage. Ainsi la couche épaisse ou la montagne de Calcaire grenu qui s'étend des mines de fer de Vicdessos jusqu'à l'ouest de l'étang de Lherz, se trouve encaissée entre des Granités ou des Siénites , des roches pyroxéniques et des Schistes argi- leux. Les calcaires grenus de Gavarnie gissent au milieu des Gneiss plus ou moins indistincts , et enclavent des Granités. Le Calcaire grenu de Massât est situé entre des roches semblables et des Schistes argileux ; celui da Coledoux est non loin des masses de Diabase , et celui de Cierp est entre un massif de Gneiss , traversé d'une infinité de filons de Granité, et entre des Schistes argileux durs qui semblent reposer sur des alternations de Schiste et de Poudingue quartzeux , et enfin sur une couche de calcaire coquillier compacte mêlé de parties schis- ( 4-> ) teuses qui lui donnent une structure entrelacée. Enfin le calcaire , quelquefois micacé de Pouzac , est entre le Granité et une masse de Schistes qui présente des ca- ractères tous particuliers d'une prétendue décomposition. Les minéraux de ces calcaires se trouvent principa- i «ment dans les parties les plus grenues ou les plus voisines des Granités ; ils y sont par espèces de bandes , et leur surface a cet aspect particulier presque scoriacé , qu'offrent souvent les substances qui ont cristallisé parla voie ignée. Plusieurs minéraux de la Scandinavie et de l'Ecosse , tels que les Pyroxènes , les Amphiboles , etc., se présentent souvent de la même manière. De plus , Ton observe que ces substances minérales varient dans leurs caractères , en même temps que la nature de la roche qui les empâte. Ainsi lorsque le Calcaire est blanchâtre, l'Amphibole présente la variété Grammatite comme à Cierp et près de Pouzac , et le Pyroxène offre des teintes claires , ou même il est blanchâtre ( Cierp ) , tandis que, si le Calcaire est noirâtre, ces deux minéraux ont une couleur foncée , et l'Amphibole offre la variété Actinote, comme cela se voit aussi à Pouzac. Il serait facile de citer de semblables exemples dans d'autres contrées. Mais le fait le plus intéressant est sans contredit que ces substances minérales ne se trouvent jamais, ni dans les Calcaires compactes de transition , ni dans lesSchistçs intermédiaires situés fort loin de masses granitoïdes. Ainsi , je n'en ai pas vu dans les couches calcaires entièrement compactes des Pyrénées, et le marbre blanc verdàtre à grenats des environs de Barèges, et le Calcaire à grenat noir du Pic d'JLreslids, présentent déjà des par- ( 4i* ) ticularités assez frappantes , malgré leur cassure com- pacte, pour ne pas devoir les comprendre dans cette classe. Dans l'hypothèse ignée , la petitesse et la nature de la masse de Trapp feldspathique qui les accompagne 1 ex- plique assez pourquoi ces roches n'ont pas pris une structure grenue. Dans les Schistes , il n'existe que certains lits fort peu nombreux qui renferment des cristaux de Scapolithe ^Pa- ranthine , Dipyre , ) ( Mauléon , Angoumer ) , des Macles et des parties d'Actinote ( Pouzac ). Or , quand on vient à examiner les localités et les lits où ces minéraux se trouvent, on- observe que ces Schistes sont dans le voisinage des masses granitoïdes , ou même qu'ils ren- trent dans la classe des roches feuilletées qui offrent une décomposition singulière. Ainsi les Schistes maclifères de Gèdre , et les lits à Scapolithe , paraissent être dans le premier cas , tandis que les Schistes à Macle et à Actinote de Pouzac sont dans le second. Ces derniers font partie d'une masse schisteuse fort bizarre , qui se trouve enchâssée entre des Schistes argileux qui passent à des Gneiss ou des Micaschistes indistincts et des calcaires à Actinote et Macle , en partie grenus et en partie d'une nature si poreuse , si terreuse ou argileuse , que M. Pa- lassou a presque pris ces roches jaunâtres ou brunâtres pour des Tufs calcaires (i). De très-petits amas semblables existent aussi dans le Calcaire grenu de Cierp et dans la vallée d'Aspe. Des deux côtés de ces différentes masses se trouvent des Granités qui ont évidemment percé les (i) Voyez suite des Mémoires, 1819, p. 81. (4«3) Schistes argileux , et ont formé entre eux et les Gneiss une espèce de brèche dont nous avons déjà parlé, tandis que le Calcaire, sur le côté ouest de la colline, est quelquefois en contact immédiat avec un Granité à Kaolin fort tendre et pour ainsi dire sablonneux, ou bien il n'en est séparé que par une roche talqueuse, tendre et anomale, qui renferme des rognons de Calcaire jaunâtre. Les Schistes à minéraux cristallins se trouvent sur le côté sud-est de la colline , au milieu d'une série bizarre de roches très - tendres , bleuâtres, brunâtres, grisâtres , grises , jaunâtres , verdàtres et blanchâtres, Ce et là les lits verdàtres présentent quelques écailles de Mica talqueux , et les lits grisâtres , blanchâtres ou brunâtres , du Mica. Des cristaux de fer oxidulé , oc- taèdre décomposé , se laissent apercevoir dans des Schistes gris et brunâtres -, les parties ou les petits filons d'Actinote fibreuse gissent dans des Schistes ou plutôt des Argiles , qui ne présentent plus aucune structure schisteuse , et les Cristaux de Macle associés avec de l'Actinote sont dans un lit semblable , jaune - grisâtre , auquel leur dé- composition donne un aspect poreux singulier. La direction générale de ces roches feuilletées est dans cette localité du sud au nord, ou du sud-est au nord-ouest , et leur inclinaison à l'ouest ou au sud-ouest pour les Gneiss. Près de l'Ophite de Bédous, M. PalassOu a vu de sembla- bles alternances de roches schisteuses, bizarres et tendres. Enfin les environs de Vicdessos présentent dans la montagne de Raneié, au contact des masses de Gneiss et deJGranite , des Calcaires en partie grenus qui renferment en espèces de nids, ou plutôt de reseaux, une richesse incrovable de fer hvdraté brun, sous toutes les formes ( 4M ) possibles, et mêlé d'un peu de 1er oxidé rouge, oli- giste et spathique (i). Lorsqu'on rcilcchit aux faits que nous venons de rap- porter, lorsqu'on considère la grande probabilité qu'il y a que le Granité sVstiait jour à travers les Schistes, et qu'il est alors postérieur à ces roches ; lorsqu'on rap- proche les singulières roches schisteuses qui environnent les Granités , des produits bizarres du contact de cer- tains filons de Porphyre et de masses trappéennes *, lors- qu'on met en parallèle les Calcaires grenus et à miné- raux cristallisés dans le voisinage des Granités avec les faits avérés de la Craie et du Calcaire secondaire changés en Calcaire grenu près des masses de Basalte (Irlande ) , de Trapp (Tyrol), des Porphyres siénitiques secondaires ( île de Skye) , ou même près d'un Graniic secondaire récent ( Predazzo en Tyrol ) ; enfin lorsqu'on jette les yeux sur les masses cristallines schisteuses et à miné- raux cristallins, qui enclavent si souvent les Granités , et sur la liaison de ces premières roches , soit avec les produits non stratifiés, soit avec les Schistes intermé^ diaires , l'on ne peut , il me semble , s'empêcher de re- garder la théorie wernérienne de leur origine que comme une hypothèse fort hasardée. Outre les difficultés d'allier les idées wernériennes d'une solution aqueuse si extraordinaire avec les con- naissances chimiques actuelles , s'il est prouvé que le Granité est un produit igué , comment peut-on expliquer (t) «Si la théorie que je propose plus bas sur l'origine de ces dépôts ferrugineux était fondée , leur recherche devrait naturellement se faire d'après d'autres principes que ceux qui sont en vogue maintenant, et Ton n'aurait pas dépensé inutilement des sommes considérables à r\c.i- vnr, au hasard, tant de masses calcaires stériles autour de Tarasron. (4'5 ) sa liaison avec les Gneiss et les Micaschistes intermé- diaires ? comment peut-on se rendre compte de l'origine de certains minéraux cristallins des Gneiss et des Mica- schistes , puisque presque tous existent aussi disséminés dans les masses granitoïdes ? comment , en un mot , peut- en, avec une telle hypothèse , donner une explication passablement satisfaisante de tous les faits que je viens d'énoncer ?I1 faut donc avouer que cette théorie, aussi bien que l'hypothèse que j'ai osé proposer avec doute dans mon ouvrage sur l'Ecosse, ne peut servir d'explication qu'au- tant qu'elle est basée sur l'hypothèse que le Granité est un produit cristallin delà voie aqueuse; mais ce fonde- ment de la théorie se trouve géologiquement faux : donc tout l'édifice s'écroule de lui-même. On doit tâcher d'établir, s'il est possible, une autre hypothèse qui soit basée aussi bien sur nos connaissances chimiques et physiques que sur l'état actuel de la science géologique; car si les problèmes de la nature organique semblent souvent au-dessus des facultés de l'esprit hu- main , ceux de la nature inanimée paraissent , au con- traire , être jusqu'à un certain point à sa portée. Une des premières idées qui se présentent involon- tairement à l'esprit, c'est d'annexer encore toutes les roches schisteuses cristallines aux produits ignés, et de les regarder alors peut-être comme la croûte ignée oxi- dée et cristallisée des masses qui composent l'intérieur duglobe ou l'enveloppe de ce noyau central. Dans cette hypothèse les masses granitoïdes enclavées dans les roches primitives pourraient encore être regardées , en partie , comme des accidens de cristallisation , ou bien être toutes considérées comme des produits ignés postérieurs qui auraient percé les couches et produit diflérens acci- ( 4'6) dens , dont nous avons fait mention , tels que les petits filons , les altérations singulières de certains Schistes argileux , etc. Cette hypothèse serait conforme jusqu'à un certain point avec les connaissances physiques et chimiques , et s'appuierait, géologiquement surtout, sur la nature cris- talline des Gneiss et des Micaschistes , sur l'identité de leurs élémens et de ceux des masses granitoïdes , et même des Porphyres, sur leurs passages aux roches granitoïdes, sur la singularité de leur structure feuilletée , extrême- ment ou bizarrement contournée, et sur les minéraux cristallins qu'ils renferment. Mais quatre objections principales s'opposent à cette idée } d'abord la stratification presque toujours incontes- table des roches schisteuses cristallines ne se retrouve dans aucune roche connue d'une origine ignée cer- taine , et elle ne s'allie pas non plus fort bien avec les faits chimiques. Secondement, le passage des Gneiss et des Micaschistes aux roches intermédiaires , reste presque sans explica- tion, à moins de supposer que ce sont nos yeux qui sont trop faibles pour saisir le point où les unes finissent et les autres commencent, ou bien que des masses aré- nacées se sont déposées déjà avant la cessation de ce singulier et grand procédé de la nature , ce qui cepen- dant n'expliquerait pas encore tous les faits. Troisièmement, les masses de Calcaire grenu ou com- pacte que renferment les Schistes cristallins, montrent par leurs passages à des calcaires à débris de restes orga- niques , ou par leur superposition à de telles roches (Norwège , Cierp ), que cette hypothèse n'est pas sou- lenable dans l'état actuel de la science. Enfin tontes les ( 4'7 ) preuves principales que je viens de citer à son appui , se laissent expliquer autrement et d'une manière qui a l'air de satisfaire à la fois à nos données chimiques , physiques et géologiques. Les Pyrénées donnent l'idée de cette autre hypo- thèse , qui lève les difficultés que je viens d'énoncer , en ce qu'elle conduirait à ne regarder les Gneiss et les Mica- schistes que comme des Schistes intermédiaires altérés et travaillés de mille manières par les agens ignés , en sorte qu'ils pourraient présenter une nature cristalline et des produits cristallins, et avoir conservé en même temps leur structure feuilletée et stratifiée primitive. Voici à peu près comment on pourrait concevoir ce changement. Des roches schisteuses , composées de dé- hris de roches beaucoup plus anciennes, ou, si l'on veut, de la désagrégation de la première croûte oxidée du globe , auraient été travaillées plus ou moins par les agens ignés qui ont préparé ou accompagné les érup- tions granitoïdes. La chaleur ignée et les émanations gazeuses de l'inté- rieur de la terre auraient donné aux Schistes peu à peu , et sous une plus ou moins forte compression , une espèce de liquéfaction ignée .assez semblable à celle dont M. de Drée a fait mention dans ses belles -expériences. Les élé- mcns des Schistes auraient perdu de leur force de cohé- sion, leurs parties constituantes auraient été écartées les unes des autres , et les émanations souterraines gazeuses auraient pu s'insinuer dans les vides ainsi laissés. De cette manière les affinités chimiques auraient pu s'exercer dans certaines limites posées par les forces a que ces derniers ont pu éprouver. Enfin , l'on ne trouvera plus une anomalie dans les fragmens schisteux empâtés dans les Granités et se fon- dant avec la masse environnante , et les soi-disant brè- ches primitives de Gneiss trouveront ainsi une explica- tion facile. Malgré cette foule de faits et beaucoup d'autres qui semblent parfaitement s'accorder avec l'hypothèse proposée , si on voulait faire l'objection qu'elle suppose des roches provenues de dépôts dont on ne voit plus de traces , on répondrait que , quoique personne ne doute presque de l'agrégation mécanique de la Grauwacke grossière , on n'a pas encore pu démontrer , dans la plu- part des pays , d'où était provenue la plus grande partie des fragmens qu'elle renferme , et on est obligé de supposer, en conséquence, des destructions totales de roches, dont on voit à peine quelques restes ; d'après cela ne serait-il pas permis d'en agir de même pour des aggrégats encore plus anciens et dont l'origine doit être par conséquent bien plus effacée ? ( 4>3 \ On fera naturellement aussi la question , si d'après cette théorie tous les terrains stratifiés, soi-disant primi- tifs , seraient dus à ces causes que nous venons d'assi- gner , ou si ce n'est que certains terrains schisteux beau- coup moins étendus que d'autres et peut-être plus récens que les premiers, comme les Gneiss des Pyrénées, qu'on devrait seuls leur attribuer. En réfléchissant sur cette question et en pesant mû- rement cette prétendue difficulté , Ton trouve , il me semble , qu'au fond les terrains schisteux primitifs , qu'on voudrait isoler , nt diffèrent uniquement des autres que par leur étendue plus grande : ainsi , par exemple,, le terrain primitif des Alpes comparé à celui des Pyré- nées , etc. Or , je le demande , s'il est déraisonnable de supposer simplement pour ces grands districts un travail souterrain et intérieur plus considérable ; et si l'on trouve qu'il y a des probabilités d'attribuer aux Gneiss et aux Micaschistes des Pyrénées telle ou telle origine , ne peut- on pas assigner la production de masses plus grandes de ces roches , par exemple , des Gneiss de l'Erzgebirge et de la Bohème , aux mêmes causes agissant sur une plus ou moins grande échelle suivant les localités? ( La suite au prochain Numéro. ) Analyse des travaux de T Académie royale des Sciences, pendant Vannée i8s3, par M. le baron G. Cuvier , secrétaire perpétuel. ( Physiologie et Anatomie com- parée du système nerveux. ) Le cerveau , les nerfs et leurs fonctions ont été , cette année et la précédente , l'objet de grandes recherches ( 4=4 ) soit anatomiques , soit expérimentales , de la part de plusieurs physiologistes. Déjà nous avons rendu compte des expériences par lesquelles M. Magendie établit que les racines postérieures des nerfs sont les organes exclusifs de la sensibilité , et les antérieures ceux du mouvement volontaire. Il a eu occasion de constater cette répartition des fonctions ner- veuses sur des individus vivans. Un homme dont la moelle de l'épine était altérée et ramollie dans une partie de sa moitié antérieure , avait perdu le mouvement dans les muscles qui reçoivent leurs nerfs de cette partie , et il y avait conservé la sensibilité. Nous avons analysé aussi les expériences de M. Flou- rens(i), qui tendent à prouver que le siège des sensa- tions , des perceptions et des volitions est dans les lobes cérébraux , et que la coordination régulière des mouve- mens dépend du cervelet , mais que le jeu de l'iris et 1 action de la rétine tiennent aux tubercules appelés dans les mammifères quadrijumeaux , qui , n'étant pas toujours au nombre de quatre, ont reçu le nom plus général de tubercules optiques , fondé sur leur liaison avec les nerfs du même nom , constatée , comme nous l'avons vu dans notre analyse de 1808 , par MM. Gall et Spurzheim. L'auteur a procuré à la partie de ces résultats qui concerne les sensations , un genre de confirmation bien remarquable. Une poule , privée de ses hémisphères cé- rébraux, a vécu dix mois entiers dans la plus parfaite (1) M. Flourens vient de publier son travail sous ce titre : Recherches expérimentales sur les propriétés et les fonctions du système nerveux ians les Animaux vertébrés , 1 vol. in-8° , Paris 1824. A v 4*5 ) santé. Pendant ce temps elle se tenait bien sur ses jambes -, mais elle n'entendait , ni ne voyait, ni ne donnait aucun signe de volonté : des irritations immédiates pouvaient seules interrompre momentanément le sommeil où elle était plongée. Sans désir, sans appétit, on ne la nour- rissait qu'en lui insérant journellement ses alimens dans le bec. Un long jeûne ne l'excitait point à les chercher elle-même ; en vain on les mettait auprès d'elle , rien ne* l'avertissait de leur présence ; elle avalait de petits cail- loux , lorsqu'on lui en donnait, aussi aisément que du grain ; et cependant sa plaie s'était refermée , elle en- graissait à vue d'oeil. Néanmoins il est possible de retrancher une cer- taine portion des lobes cérébraux sans qu'ils perdent complètement leurs fonctions sensitives ; et même après une mutilation qui , sans être totale , a suffi pour les leur faire perdre entièrement , il arrive quelquefois qu'ils les recouvrent 5 mais s'ils en recouvrent une , la vue par exemple , ils les recouvrent toutes. Il peut arri- ver aussi qu'une mutilation du cervelet qui a suffi d'abord pour rendre ,tous les mouvemens désordonnés , n'em- pêche pas qu'après quelque temps ils ne reprennent leur régularité. Ce sont des faits intéressans par les pro- nostics qu'ils peuvent fournir relativement aux blessures des organes. . Depuis long-temps on s'était aperçu que les lésions d'un côté de l'encéphale affectent , dans certains cas , le côté opposé du corps ; mais il y avait quelque doute sur la généralité du phénomène ; et même , d'après quelques expériences , on avait pensé que la convulsion avait lieu du côté de la lésion, et la* paralysie du côté opposé. M. Flourens a onsUté que le croisement a li?u a l'e- ( 4*6 ) gard de la sensation pour les hémisphères , à l'égard de la convulsion pour les tubercules optiques , et relative- ment aux mouvemens réguliers pour le cervelet : c'est- à-dire que les effets propres aux lésions de ces organes se montrent à l'extérieur du côté opposé •, mais que pour la moelle allongée , pour la moelle épinière , il n'y a aucun croisement, et que la convulsion et la paralysie se montrent du même côté que l'irritation s'est faite. Ce sont les rapports divers des lésions de ces différentes parties qui produisent les diverses combinaisons de pa- ralysie et de convulsions que l'on observe dans les ma- lades : et c'est ainsi que M. Flourens explique le fait reconnu dès le temps d'Hippoçrate , que les convulsions ont presque toujours lieu du côté opposé aux paralysies. Cette action croisée du cervelet a aussi été observée par M. Serres., dans des cas pathologiques ; et il a réclamé à ce sujet sur M. Flourens une priorité que celui-ci ne lui a point contestée. Il y avait même dans des auteurs plus anciens des traces d'expériences analogues , mais qui n'offraient ni la précision de celles de M. Serres , ni la distinction établie par M. Flourens. Les mouvemens continus et nécessaires à la vie , tels que ceux de la respiration et de la circulation , n'exigent pas l'intégrité de l'encéphale. L'animal les exécute quoi-: qu'on l'ait privé de cerveau , de cervelet et de tubercules optiques. Une poule , un pigeon ont survécu deux et trois jours à ces mutilations. Pour altérer ces fonctions, il faut attaquer la moelle allongée j et en l'emportant entièrement , on les fait cesser tout d'un coup. La res- piration , en particulier , cesse par la destruction des parties dé la moelle épinière qui fournissent les nerfs des muscles intercostaux et du diaphragme. Dans les ( 4*7 ) reptiles saus côtes complètes , tels que les grenouilles et les salamandres qui respirent eu avalant l'air , on ne l'arrête qu'en détruisant les parties qui donnent les nerfs de la gorge et de la langue. Mais une simple section de la moelle épiuière n'empêche pas les parties qui reçoivent leurs nerfs au-dessous de la section, de reprendre leur action quand elles éprouvent une irritation extérieure. La section de la moelle allongée ne fait donc que dé- truire le principe intérieur nécessaire à l'excitation gé- nérale , et à la coordination régulière des mouvemens qui concourent à la respiration. Quant à la circulation, M. Flourens assure avoir constaté sur plusieurs animaux .qu'elle survit à la destruc- tion de tout l'encéphale et de toute la moelle épinière. Lorsque la respiration a cessé par la destruction des troncs nerveux, le sang passe noir : mais la circulation n'en est point arrêtée pour cela -, et lorsqu'elle commence à s'éteindre, on peut la faire revivre en insufflant les poumons. Toutefois , à mesure que l'on détruit le sys- tème nerveux , la circulation s'affaiblit et se concentre ; celle des vaisseaux capillaires de la peau surtout , plus éloignée du centre d'impulsion , s'éteint presque immé- diatement dans la. partie dont les nerfs sont détruits. La plupart des anatomistes considèrent les ganglions du nerf grand sympathique comme incapables de produire de sensation , de quelque manière qu'on les affecte. Les expériences de M. Flourens ont prouvé que cette im- passibilité n'est pas générale. En pinçant les ganglions semi-lunaires d'un lapin. , il lui a toujours fait donner aussitôt des signes d'une douleur violente ; mais les gan- glions cervicaux sont beaucoup moins susceptibles d'im- pression : ce n'est que rarement , et après beaucoup ( 4*8 ) d'essais infructueux , qu'il est parvenu à faire ressentir à l'animal les irritations qu'il lui communiquait. A ces expériences fondées sur des lésions mécaniques, M. Flourens en a fait succéder d'autres qui reposent sur l'action de certaines substances prises à l'intérieur. Cha- cun sait que l'opium endort , que la belladonne aveugle , que les liqueurs spiritueuses empêchent de se mouvoir régulièrement. 11 était intéressant d'observer si ces subs- tances produisent un effet visible sur les parties de l'en- céphale affectées à ces diverses fonctions. Effectivement , quand un oiseau meurt pour avoir pris de l'opium , on voit une grande tache d'un rouge foncé sur le devant de son crâne 5 si c'est pour avoir pris de la belladonne, les taches se montrent sur les cotés 5 et s'il a péri pour avoir avalé de l'alcool, c'est l'occiput qui est teint de rouge. M. Flourens avait pensé d'abord que c'étaient des signes d'autant d'inflammations locales : les premières sur le cerveau , les secondes sur les tubercules optiques , les troisièmes sur le cervelet -, mais les commissaires de l'Académie, en répétant ses expériences, ont trouvé que ces taches résultaient d'épanchemens sanguins qui se font dans l'épaisseur même du crâne, et qui remplissent les cellules de son diploé, entre ses deux lames. Le fait de la position locale et constante de ces épanchemens n'en est pas moins très-singulier ; et les rapports de cette position avec celle des organes dont les fonctions sont altérées , ne laissent pas que d'être encore assez favo- rables aux conclusions déduites des autres expériences de l'auteur. Nous avons parlé assez au long, dans notre analyse de 1820, du grand ouvrage de IYL Serres, couronné en 1821, sur les proportions des diverses parties du cerveau dans ( 4*9 ) les quatre classes d'animaux vertébrés -, ouvrage qui doit bientôt paraître , et qui sera une acquisition très-pré- cieuse pour l'a na loin i<: (i). Deux jeunes anatomistes , MM. Desmoulins et Bailly, se sont occupés , dans l'intervalle , de recherches sur la même matière , qui ont oiïert des faits intéressans et des vues nouvelles , principalement en ce qui concerne l'en- céphale des poissons. On sait que les lobes ou tubercules qui le composent , au lieu d'être les uns sur les autres , ou de s'envelopper plus ou moins , comme dans l'homme et les quadru- pèdes , sont placés à la file et par paire. La paire ordi- nairement la plus considérable, celle qui est immédia- tement devant le cervelet , est creusée à l'intérieur d'un ventricule , où l'on voit un renflement semblable au corps cannelé de l'homme } dans son fond sont presque toujours quatre petits tubercules , et au-dessous il y en a deux plus grands , visibles à l'extérieur. En avant de cette paire principale , en est une autre , sans aucun vide intérieur, de laquelle partent les nerfs olfactifs, et quelquefois elle est double. . Il était assez naturel que l'on considérât les grands tubercules creux comme le cerveau ; les petits de leur intérieur, comme les tubercules quadrijumeaux ; les lobes antérieurs solides ne pouvaient alors être regardés que comme des nœuds de nerfs olfactifs ; quant aux tu- bercules inférieurs , leur position étant semblable à (i) Cet ouvrage a paru sous ce titre : Anatomie comparée du Cerveau dans les quatre classes des Animaux vertèbres , appliquée a la Phy- siologie et a la Pathologie du système nerveux , tome i er , un vol. in-8° avec Atlas in-4° de ï6 planches. R. ( 43o ) celle qu'occupent dans les oiseaux deux lobes creux que Ton croyait analogues des couches optiques , il était tout simple qu'où leur donnât le même nom. Mais MM. Gall et Spurzheim , ainsi que nous l'avons dit dans notre Histoire de 1808 , ayant fait voir que les racines des nerfs optiques s'étendent jusque dans les tu- bercules quadri jumeaux , établirent que les lobes infé- rieurs et creux des oiseaux sont les analogues de ces tuber- cules, et non pas des couches dites optiques , qui existent aussi dans les oiseaux indépendamment des lobes en question : on devait naturellement appliquer cette ma- nière de voir aux poissons, et c'est ce qu'a cherché à faire M. Apostolo Arzaky , médecin natif d'Epire , dans sa thèse doctorale soutenue à Halle en 181 3. Trouvant que les racines du nerf optique des poissons s'épanouissent sur les lobes creux placés immédiatement devant le cer- velet , il a considéré ces lobes comme répondant aux tu- bercules quadrijumeaux, et il ne lui est resté , pour cor- respondre aux hémisphères du cerveau , que les lobes antérieurs et solides , nommés par d'autres nœuds , du nerf olfactif. Dans cette manière de voir , les tubercules inférieurs ne pouvaient plus être que les analogues des éminences mamillaires. M. Serres était arrivé de son côté à la même opinion , ainsi que nous l'avons dit en 18*20 , et l'a appuyée par de belles observations , qui portent principalement sur la prompte apparition et la grande proportion relative de ces tubercules dans les embryons \ sur les ventricules dont ils sont creusés à cette époque , même dans les mammifères où ils sont pleins dans l'âge adulte ; et sur la place qu'ils y tiennent aux dépens du cerveau et du cervelet , dont le développement , celui du cervelet sur- ( 43« ) tout , est beaucoup plus tardif. Sous ce rapport , dit M. Serres , le cerveau des poissons , où les lobes en question sont très-grands , et visibles par-dessus , peut être considéré comme un cerveau d'embryon des Classes supérieures. Bien que cette détermination des lobes optiques ne soit pas généralement adoptée, et que M. Tréviranus^en ait encore publié une autre en 1820, c'est elle que suivent M. Desmoulins et M. Bailly , et que nous emploierons dans l'analyse de leurs recherches respectives. Celles de M. Desmoulins ont commencé, dès 1821, par des descriptions et des figures fort soignées du cerveau et des nerfs de plusieurs poissons , qui , au jugement de l'Académie, partagèrent le prixvde physiologie en 1822. Le même anatomiste les a continuées depuis, et a présenté un nombre assez considérable de mémoires , dont il a paru des extaits et des résumés dans quelques ouvrages périodiques. Ces mémoires contiennent beaucoup -d'au- tres observations importantes et nouvelles. Leur ten- dance générale semble être de prouver qu'il n'y a point une aussi grande uniformité dans le système ner- veux, que l'on parait porté à le croire 5 mais que ses par- ties correspondent pour le volume, et quelquefois même pour l'existence, aux conditions de sensibilité ou de mo- bilité des organes , et à leurs variations dans les divers animaux. L'aqteur regarde la partie moyenne du système , ou l'encéphale et la moelle de l'épine, comme n'existant que dans les animaux vertébrés, et comme résultant de deux faisceaux médullaires composés chacun de deux cordons, un dorsal et un abdominal , et sécrétés par la face interne d'un tube formé par la membrane dite pie- (43a) mère , membrane dout un repli conserve à l'intérieur les vides connus sous les noms de ventricule et de canal de la moelle. Le fcerveau et le cervelet exceptés , tous les autres lobes qui se manifestent sur les divers points de cette espèce d'axe médullaire ne dépendent , selon M.. Des- moulins , quant à leur développement , que de la gros- seur des paires de nerfs qui y correspondent. C'est ainsi , dit. l'auteur , que l'on voit des espèces de lobes sur les côtés de la moelle à la naissance des nerfs dans les oiseaux grands voiliers , et de ceux des jambes dans les oiseaux marcheurs, et qu'il s'en trouve à l'origine des nerfs cervicaux , dans les Trigles où ees nerfs pren- nent un grand volume pour fournir des branches aux doigts libres particuliers à ces poissons. La Carpe en a aussi pour une branche de la huitième paire qui lui est propre, et qui va à la pulpe singulière qui garnit son palais» La partie la plus constante de l'encéphale, et qui se développe la première, est, précisément, ce que l'on nomme aujourd'hui les lobes optiques. Ils ont , dans plusieurs poissons , des replis et des tubercules intérieurs ( ceux-là môme que [l'on prenait pour les tubercules quadrijumeaux des poissons , avant de reconnaître que ces tubercules sont représentés par les lobes optiques dans leur entier ) ; et le nombre et le développement de ces replis sont, le plus souvent, en rap- port avec la grandeur du nerf optique , et surtout avec les plis que fait sa substance dans certaines espèces : ici peut-être aurait-il été nécessaire de remarquer que cette règle est loin d'être générale , surtout dans les poissons dont les yeux sont fort petits. (433 ) La rétine de beaucoup d'oiseaux et de poissons est aussi très-plissée. M. Desmoulins croit que ce plissement, qui en multiplie beaucoup la surface, augmente la force de la vision. En gé- néral , c'est par l'étendue des surfaces qu'il pense que se marque , dans le système nerveux , ta prééminence des organes; et c'est ainsi qu'il explique la supériorité d'in- telligence des animaux où les hémisphères ont beaucoup de replis , bien que plusieurs d'entre eux n'aient pas la masse de ees hémisphères d'une grandeur supérieure. C'est dans les hémisphères proprement dits , que M. Desmoulins , ainsi que tous les anatomistes d'aujour- d'hui , place le siège de l'intelligence ; mais il en sépare , dans les mammifères et les oiseaux , la partie antérieure qui repose dans la fosse ethmoïdale , et d'où part le nerf de l'odorat : il lui donne le nom de lobes olfactifs et suppose que ce sont ces lobes séparés du cerveau , que Ton voit dans la plupart des poissons , à l'extrémité an- térieure du nerf près des narines. La structure -des hémisphères lui paraît , originaire- ment , celle d'une membrane médullaire plissée ., mais dont les concavités se remplissent , avec le temps , . par la sécrétion d'une pie-mère interne , qui ensuite se retire pour former les plexus choroïdes. Malgré l'importance qu'il donne aux hémisphères, M. Desmoulins croit que dans les poissons il n'en sub- siste que cette partie inférieure que l'on nomme , dans l'homme et les quadrupèdes, couches optiques ; et il va même jusqu'à penser que le cerveau manque entière- mentaux raies et aux squales , et que l'on nomme ainsi, dans ces poissons , ce qui n'est que leur lobe olfactif. • C'est par un raisonnement analogue qu'il refuse le Tome IL 28 ( 434 ) cervelet à ces mêmes poissous , ainsi qu'aux grenouilles et aux serpens. Cet organe s'y réduit à une bande trans- versale mince , que l'auteur ne prend que pour une com- missure , analogue à celle qui existe , indépendamment du cervelet, sur le quatrième ventricule des poissons. M. Desmoulins cherche à prouver que les nerfs des- tinés en particulier au sentiment , ont , ou des lobes à leur origine, ou des ganglions ; et que ceux dont l'u- sage principal est de contracter les muscles en sont dé- pourvus. Ce sont les nerfs conducteurs de deux actions qui ont des racines de deux ordres : les unes du côté du dos , munies de ganglions et consacrées au sentiment , confor- mément aux expériences de M. Magendie ; les autres du côté du ventre , et affectées au mouvement. Au reste , cette affectation particulière n'est pas absolument exclu- sive , car aucun nerf n'est entièrement dépourvu de sen- timent -, cela est nécessaire , surtout , dans les serpens et les poissons osseux, où M. Desmoulins assure n'avoir trouvé aucun ganglion aux nerfs de l'épine. La revue qu'il fait , à ce sujet , des différens nerfs , lui a procuré quelques observations intéressantes. Le nerf du même sens s'est montré à lui avec des struc- tures très-diverses *, il l'a vu partir de paires différentes ; la même paire a fourni des branches particulières à cer- taines espèces, qu'elle ne donne pas dans d'autres. Il assure même n'avoir trouvé aucun nerf sympathique dans les raies ni dans les squales. L'olfactif est réduit à un filet très-mince dans les môles , où la narine est elle- même à peu près nulle. L'optique est celui qui varie le plus : nul , à ce que croit l'auteur , dans les quadru- pèdes à très-petits yeux, ou dont les yeux ne percent (435) pas la peau, il se développe dans quelques poissons, au point d'y être formé d'une grande membrane plissée. M. Desmoulins insiste beaucoup sur la brièveté ex- cessive de la moelle épinière dans le tétrodon-lune et dans la baudroie; dans le premier , surtout, où , comme l'avait déjà remarqué M. Arsaky, elle ne forme qu'une petite proéminence qui ne dépasse pas la première ver- tèbre, et où vont se rendre tous les nerfs du tronc. Les observations de M. Bailly ont été faites en plus grande partie en Italie pendant le cours de 1822 , et il en a présenté l'exposé à l'Académie pendant l'automne dernière. Elles ont eu pour objet le cerveau de quelques quadrupèdes , de plusieurs oiseaux et reptiles , et d'un grand nombre de poissons dont les espèces sont, comme on sait > plus multipliées dans la Méditerranée que sur nos côtes de la Manche. Elles se rencontrent sur quelques points avec celles de M. Desmoulins , et cependant leur tendance générale est fort contraire. Non-seulement l'auteur cherche à établir une très-grande analogie entre les systèmes ner- veux des diiîérentes classes v il prétend que les divers étages , les divers échelons du même système nerveux, et qui plus est, les divers anneaux du même animal , se ressemblent au point de n'être que des répétitions les uns des autres. La moelle épinière lui paraît une suite de renflemens de matière grise enveloppés par huit cor- dons longitudinaux de matière blanche ou médullaire : deux supérieurs , deux inférieurs , et deux latéraux de chaque côté. Entre un supérieur et un latéral supérieur de chaque côté aboutissent les racines supérieures ou dorsales des nerfs -, entre le latéral inférieur et l'infé- rieur , les racines abdominales ou inférieures. Ces cor- 28* (436) dons arrivés dans le crâne se renflent , suivant lui , les inférieurs pour former les hémisphères du cerveau -, les latéraux inférieurs pour former les lobes optiques -, les latéraux supérieurs pour former le cervelet-, enfin les supérieurs pour former, en s'écartant , les côtés du qua- trième ventricule et les bandeletles qui les traversent dans les mammifères , ou les tubercules qui y adhèrent dans les poissons. Mais ces lobes , ces renflemens , en prenant plus d'énergie que les cordons avec lesquels ils se continuent, et en remplissant leurs fonctions avec plus de force, n'exercent pas pour cela des fonctions d'une autre nature j et M. Bailly croit que le tronçon de moelle qui traverse chacune des vertèbres de l'épine , contenant une portion de huit cordons qui se con- tinuent aussi avec les lobes de l'encéphale, possèdent les mêmes facultés que l'encéphale lui-même , mais seu- lement dans un degré plus obscur , et que ce tronçon peut même devenir pour l'animal un organe ou un centre de perception et de volonté. Pour appuyer cette opinion , sur laquelle nous n'a- vons pas besoin de nous étendre plus au long, M. Bailly cherche surtout à montrer la continuité constante de ces huit cordons avec les huit lobes en question , et une ressemblance des nerfs du crâne avec ceux de l'épine , plus grande qu'on ne l'avait estimée jusqu'à lui. Ainsi il avait à trouver aux premiers , pour chaque paire , des racines inférieures et supérieures, des commissures , des ganglions d'origine et des trous de conjugaisons : à cet effet, il est obligé de considérer comme ne faisant qu'une paire plusieurs de celles que les anatomistes traitent comme distinctes. La première paire est , pour lui , le nerf olfactif , (43 7 ) auquel il trouve toujours deux racines. La seconde se compose du nerf optique , de l'oculo-moteur et du pa- thétique : elle a pour racines supérieures le pathé- tique , «t celles des fibres de l'optique qui naissent des lobes optiques ; pour inférieures , l'oculo-moteur et les fibres de l'optique qui naissent derrière son entre- croisement. C'est par des rapprochemens semblables que M. Bailly réunit le nerf acoustique, le facial , le trijumeau et l'ab- ducteur , en une troisième paire ; l'hypoglosse , le pneu- mogastrique et l'accessoire , en une quatrième. Les ganglions ophtalmique , sphéno-palatin , naso- palatin , sont pour les paires cérébrales ce que les gan- glions du grand sympathique sont pour les paires rachi- diennes ; et si les nerfs du crâne sortent par plus d'un trou pour chaque paire, M. Bailly fait remarquer qu'il en est ainsi pour les premières paires rachidiennes des raies. De tous ces rapports , de ces tronçons de moelle en- veloppés chacun d'un anneau vertébral, et fournissant chacun en rayonnant quatre ordres de racines nerveuses , il arrive à un rapprochement même entre les animaux rayonnes ou zoophytes et tous les autres. Quel que puisse être le mérite de ces idées théoriques et de ces hypothèses où l'on remarque l'influence d'une métaphysique qui a eu pendant quelque temps une cer- taine vogue dans l'étranger , M. Bailly a fait , pour les appuyer, des observations intéressantes et vraies , rela- tives surtout au cerveau des poissons. Il y a bien développé la composition des lobes dits optiques , par le moyen de deux ordres de fibres : Tun interne transverse , qui est proprement la continuation (438 ) du cordon latéral de la moelle; l'autre externe, qui croise obliquement le premier et se continue avec le nerf optique. 11 a fait remarquer, et retrouve jusque dans les qua- drupèdes , une bande qui marche derrière la conjugaison des nerfs optiques, et sert de commissure aux fibres ex- ternes des lobes de même nom, pendant que celle de leurs fibres internes a lieu dans les poissons directement au plafond de leur cavité commune, et ressemble au corps calleux des hémisphères dans les mammifères. Il a donné aussi beaucoup de détails sur les variétés des replis qui sont dans l'intérieur de ces lobes opti- ques , et qu'il nomme corps optiques. Un cordon qui contourne les jambes du cerveau dans les ruminans , en avant de l'oculo-moteur ; la commissure antérieure du cerveau qu'il trouve double dans plusieurs animaux 5 la distinction des ganglions ou lobes olfactifs ; la ma- nière dont ils se confondent avec le cerveau ou dont ils s'en* dégagent -, les variations dans le volume et les formes du cervelet-, celles des lobes latéraux du quatrième ventricule dans les poissons , qu'il croit les analogues des rubans gris que l'homme et les mammifères ont au même endroit ; les origines profondes des nerfs triju- meaux , ont particulièrement attiré son attention. Il se trouve quelquefois en. opposition sur les faits de détail , et avec M. Desmoulins , et avec M. Serres. Ainsi il n'admet pas , comme ce dernier, l'existence de la glande pinéale dans tous les vertébrés. Il est fort éloigné aussi de croire , comme M. Desmoulins , que le cerveau ou le cervelet puissent manquer dans quelques-uns de ces animaux ; et il explique les apparences qui ont donné ( 439 ) lieu à ces suppositions , soit par une confusion du gan- glion olfactif avec la masse du cerveau , soit par une diminution extrême du volume du cervelet. Il n'est pas favorable non plus à la séparation trop absolue des fonctions , telle que l'entend M. Flourens. La petitesse excessive du cervelet ; dans certains ani- maux qui sautent et nagent très-bien , comme les gre- nouilles , les couleuvres , lui sert en particulier d'argu- ment pour mettre en doute l'attribution que M. Flou- rens fait exclusivement à cet organe, d'être le régulateur des mouvemens de locomotion. Il montre qu'il s'en faut de beaucoup que les lobes optiques soient , pour la grandeur , en proportion avec les nerfs du même nom. La taupe , entre autres , où ce nerf est presque atrophié, a ses tubercules quadriju- meaux aussi grands qu'aucun quadrupède ; ce qui lui prouve qu'ils ne sont pas consacrés à la vision seulement, et lui paraît confirmer son système de l'uniformité des fonctions de tous les lobes. Ce n'est pas dans une analyse comme celle-ci qu'il est possible de discuter ces opinions diverses , n'y d'appré- cier la multitude des observations dont se composent des recherches aussi laborieuses ; mais il nous a paru convenable d'en donner un exposé assez étendu pour attirer sur elles l'attention des anatomistes. Elles ren- trent dans le cercle des travaux de l'Académie, non-seu- lement parce qu'elles ont été soumises à son examen , niais aussi parce qu'elles ont été en quelque sorte provoquées par le prix qu'elle proposa pour 1821 , et qui fut remporté par M. Serres. A cette même époque , M. Tiedeman , aujourd'hui Tun des correspondans de l'Académie , avait aussi corn- X y > X. ( 4.4» ) mencé une suite de reeherches , dont il a publié un fragment sous le titre d'Icônes cerebri simiarum et quo- rumdam animalium rariorum -, recueil où plusieurs cer- veaux sont représentés avec exactitude et des détails précieux. Tout nouvellement , M. Rolando de Turin vient d'en- voyer un mémoire sur la moelle de l'épine , dans lequel il n'admet que quatre sillons : l'antérieur qui est bien connu , et où pénètre le repli de la moelle épinière -, un postérieur bien moins profond , et les deux latéraux postérieurs. Les latéraux antérieurs, selon lui , ne sont que des apparences produites par les racines des nerfs. Elle n'a donc que quatre cordons , si ce n'est dans le haut . où les pyramides postérieures en donnent deux de plus , mais qui ne régnent que dans la' région cer- vicale , et qui disparaissent môme dans les quadrupèdes. M. Rolando a examiné et décrit avec soin les figures que prend , en différens points , la coupe de la matière cendrée qui remplit l'axe de la moelle épinière. Au- dessous des pyramides antérieures elle représente un fer à cheval ; aux endroits d'où sortent les nerfs des extré- mités , deux demi-lunes adossées ; dans la région dor- sale , une espèce de croix. Il a trouvé les cornes posté- rieures de cette matière grise plus molles , plus rouges que le reste de sa coupe , et il admet , en conséquence , deux sortes de matière grise , comme il les a déjà fait connaître dans le cervelet. Mais ce qu'il a exposé avec le plus de détail , c'est que ce tube de matière médul- laire qui enveloppe l'axe de matière cendrée, est formé d'une lame médullaire repliée longitudinalement un grand nombre de fois , et que les lames de la pie- mère pénètrent dans ses plis extérieurs , et des lames (44> ) de substance cendrée dans les intérieurs, ce qui donne à sa coupe l'apparence de fibres rayonnantes. Ce sont ces plis longitudinaux qui ont donné lieu , dit-il , à éta- blir divers sillons. Il y en a à peu près cinquante dans les portions cervicale et lombaire de la moelle du bœuf et aux cordons antérieurs seulement. La pulpe médullaire qui forme cette membrane plis- sée , se résout elle-même en fibres très-déliées et à peu près parallèles ; les racines antérieures des nerfs , plus nombreuses, comme on sait, que les postérieures, ne tiennent pas de la même manière à la moelle ; elles y sont éparpillées , et leurs bulbes n'entrent pas si avant. M. Rolando croit que lesJilets qui forment ces racines, se continuent avec les fibres médullaires de l'enveloppe de la moelle, et qu'ils ne tirent pas , comme l'avaient cru MM. Gall et Spurzheim , leur origine de la substance cendrée ; ce qui , ajoute-t-il , est encore rendu impro- bable par l'observation de M. Tiedeman , que dans le fétus on voit déjà ces filets, bien que la place de la subs- tance cendrée ne soit encore remplie que par un liquide transparent. Au reste , il y a , dans toutes ces discussions, beaucoup de difficultés qui naissent de l'abus des expressions figu- rées. Ainsi , lorsqu'on a dit que les fibres médullaires naissent de la substance cendrée - r que le cerveau est une production , une efflorescence de la moelle, ou la moelle une continuation du cerveau, on s'est exposé à être faci- lement réfuté par ceux qui prennent ces termes au pied de la lettre. Je devrais dire même qu'en les prenant ainsi , on s'est donné pour les réfuter une peine très- inutile. Les auteurs ne voulaient exprimer que des rap- ports de liaison , de connexion , et non pas d'extraction j (44* ) ainsi , quand on a dit que les artères naissent ou sortent du cœur , on ne prétend pas que , primitivement , elles aient été dans le cœur , qu'il les ait émises , etc. Une remarque semblable doit se faire sur des expres- sions figurées qui donnent lieu à des disputes encore plus échauffées et non moins vaines ; ce sont celles qui se rapportent à certaines fonctions des organes : lors- qu'on dit, par exemple, que c'est le cerveau ou telle autre partie du système qui sent, qui perçoit , qui veut , qui met en mouvement. Aucun de ceux qui parlent ainsi ne peut , à moins d'être absurde , entendre que ce soit telle ou telle partie qui éprouve la perception , qui exerce la volonté ; c'est seulement une manière ellip- tique de dire qu'elle est, pour l'animal , l'instrument, la voie nécessaire de ces modifications ou de ces actes. On pourrait îaire une troisième remarque sur la faci- lité avec laquelle , lorsqu'une partie quelconque se montre à l'œil avant une autre dans l'embryon , on se détermine à dire qu'elle se forme avant elle , et à dé- duire, de-là, des conclusions qui semblent supposer qu'elle n'y est qu'au moment où l'on commence à l'apercevoir ou à lui trouver quelque consistance. Ce n'est que lors- qu'on aura débarrassé son langage et ses raîsonnemens de ces trois sources d'erreur, que l'on pourra tirer des faits quelques résultats clairs , et qui puissent n'être pas la source de nouvelles disputes. Il est d'autant plus important d'éviter tout ce qui pourrait entraver ces recherches, que le cerveau est , ana- tomiquement parlant , celui de tous les organes dont la structure est le plus difficile à dévoiler ; comme il est, physiologiquement , celui dont les fonctions merveil- leuses échappent le plus à toute explication , et que l'on ( 443 ) ne peut , par conséquent, trop encourager les efforts qui tendent à avancer, ne fût-ce que sur quelque point limité , la connaissance de ce mystérieux appareil. Recherches anatomiques sur la femelle du Drue jau- nâtre, et sur le mâle de cette espèce) Par M. Victor Audodin. (Lu à la société Philomathique dans la séance du 3i juillet i8a4- ) Si l'entomologie consistait uniquement dans la déter- mination des espèces , elle serait une science très-simple , mais aussi très -bornée : la découverte d'un nouvel être n'ajouterait jamais qu'un nouveau nom au catalogue im- mense de ceux que l'on connaît , et je croirais inutile de revenir sur un insecte qui a pris^lace dans cette liste , et dont les mœurs ont été étudiées avec soin par deux observateurs habiles. Mais la science offre un vaste champ bien difficile à moissonner complètement , et sur lequel on a le bonheur de pouvoir faire, après la récolte, d'abondantes glanures. C'est à M. le comte Mielsinsky, jeune naturaliste polo- nais , résidant l'année dernière à Genève , qu'on doit la découverte de l'insecte curieux qui va nous occuper. Il a décrit sa larve, il en a étudié avec soin les métamorpho- ses , et il l'a vu se transformer en insecte parfait : mais il n'a jamais obtenu que des femelles tellement anomales par leur organisation extérieure, qu'il s'est cru autorisé à en faire un nouveau genre , sous le nom de Cochléoctone. Excité par l'observation du comte Mielsinsky, et plus heu- ( 444 ) reux que lui , M. Desmarest a découvert enûn le maie -, il est né sous ses yeux , c'était le Drile jaunâtre, Dr.fla- vescens d'Olivier, insecte très-petit et tellement différent de sa femelle par son volume et la forme de toutes les parties de son corps , qu'on ne pouvait saisir , entre ces deux sexes d'une même espèce, la moindre ressem- blance. Mais ces différences sont-elles dans le fond aussi réelles qu'elles le paraissent? Deux êtres qui à l'état de larve se nourrissent l'un comme l'autre, qui sont nés de la même mère , et qui doivent s'accoupler pour en- gendrer ensuite leurs semblables, n 'auraient-ils entre eux que des dissemblances et aucun point de contact ? Cette importante question n'était pas du domaine de la zoologie , qui n'envisage que les formes du dehors ; elle apparte- nait tout entière à l'anatomie , et celle-ci nous apprendra que le Cochléoctone, si éloigné du Drile par l'ensemble des signes extérieurs , lui ressemble tellement par les caractères tirés des parties essentielles, que si le hasard eût permis d'étudier anatomiquement ces deux êtres , personne n'aurait hésité ,, quelles que soient d'ailleurs les anomalies apparentes , à les réunir l'un à l'autre dans un même genre. Quand on examine un Drile femelle à l'extérieur (pi. i5, fig. 4 ) ? on a peine à se persuader qu'il spit un insecte parfait : ses caractères sont exactement ceux d'une larve ; sa tête supporte des antennes assez courtes et tres- diflerentes par leur forme de celles du mâle (pi. i5_, fig. 5). Je leur ai compté dix articles , mais dans un in- dividu le pénultième m'a paru échancré transversale- ment , ce qui pourrait faire croire qu'il est formé par \a réunion de deux pièces tellement bien soudées entre elles , qu'une loupe très"-forte que j'employais à cet examen , ne C 445 ) m.'a fait voir aucune autre trace de leur jonction. Dans ce cas , la femelle se trouverait avoir onze articles aux antennes , c'est-à-dire un nombre égal à celui du mâle. Le corps se compose d'anneaux à peu près semblables entre eux ; les segmens du thorax ne différent pas essen- tiellement de ceux de l'abdomen. Cette partie est ter- minée par deux petits corps cylindroïdes creux , hérissés de poils , et dont le sommet est' fermé par une membrane au centre de laquelle s'insère un petit appendice très- mobile , poilu et fort grêle. Ces parties cornées doivent être considérées comme des dépendances de l'appareil générateur : elles ont sans doute quelqu'usage dans l'acte de copulation , et servent aussi pour la ponte. Du reste , je n'ai v\i à l'extérieur rien de bien remarquable qui n'ait été dit par M. Mielsinsky , et qui ait échappé depuis au coup-d'œil attentif de M. Desmarest. Je passe à l'examen de parties plus profondément si- tuées , et j'étudierai successivement le système graisseux , l'appareil digestif et ses dépendances , le cordon ner- veux et les organes générateurs. Du système graisseux. \ i Si on ouvre un Drile femelle peu de temps après sa naissance, et avant que les œufs aient pris leur entier accroissement dans les ovaires , on voit immédiatement au-dessous de la peau une masse graisseuse , blanche , épaisse , contiguë , parsemée de trachées 5 elle tapisse la circonférence du corps de l'animal , et s'étend de- puis la tète jusqu'à l'anus , en laissant sur la ligne moyenne du corps un intervalle dans lequel on aper- çoit le vaisseau dorsal qui n'offre rien de particulier. (446) M. Léon Dufour a le premier fixé l'attention des ana- tomistes sur ces masses graisseuses. Il les considère avec raison comme un système organique particulier qu'il décrit sous le nom de Tissu adipeuop splanchnique. Ses observations à l'égard de ce tissu sont très-exactes et fort curieuses. Ainsi il établit d'une manière générale qu'il est d'autant plus développé , que l'insecte mène une vie plus tranquille et vice versa. La femelle du Drile , lente dans tous ses mouvemens , et abondamment pourvue de graisse, peut être citée à l'appui de cette règle. J'ajouterai , quant au volume du tissu adipeux , qu'il varie singulièrement dans une même espèce aux diffé- rentes époques de sa vie. D'abord très-dé veloppé , il diminue quelquefois , à mesure que les autres organes s'accroissent ou changent de forme-, il finit même par disparaître complètement : j'ai observé ce fait dans bien des circonstances , et je viens de le rencontrer dans le Drile femelle. Cette masse graisseuse si épaisse et si étendue avait entièrement disparu dans les individus que je disséquais au moment de la ponte , c'est-à-dire lorsque les œufs étaient arrivés à leur entier développe- ment. On conclura, je pense , de ces observations , que le tissu adipeux a pour usage essentiel de fournir à l'accrois- sement des organes les plus importans du corps de l'in- secte , ceux de la génération en particulier , et on ne manquera sans doute pas de voir dans tout ceci Une grande ressemblance avec les fonctions de ce même tissu graisseux chez les animaux hibernans. L'analogie paraîtra plus frappante , si nous ajoutons que le Drile femelle dans l'état de captivité , et peut-être lorsqu'il est libre , ne prend aucune nourriture, nonobs- (44 7 ) tant quoi les œufs arrivent à terme et sont pondus. De F appareil digestif ', et de ses dépendances. Il paraîtra peut-être singulier qu'après avoir dit que le Drile femelle , arrivé à l'état parfait , se développe encore dans plusieurs de ses parties sans prendre de nourriture , nous ayons à présenter la description d'un appareil digestif 5 mais l'organisation des animaux, et celle des insectes en particulier , offre ceci de remarquable , que la présence d'un organe n'est pas toujours un signe certain de l'exécution de sa fonction. J'aperçois des in- sectes qui ont des pâtes et qui ne marchent pas ; j'en vois qui sont pourvus d'ailes et qui ne volent point. Il en est plusieurs enfin qui ont une bouche, un estomac, un canal intestinal avec ses dépendances, et qui jamais n'ont ressenti le moindre besoin de manger. La femelle du Drile serait-elle de ce nombre ? Cela est , sinon cer- tain, au moins très -possible. Un plan général a pré- sidé à l'organisation des êtres , et ce plan s'est conservé sans interruption dans de longues séries. Les organes ont changé de forme à l'infini , mais ils ont disparu bien rarement , du moins les organes importans , et le canal intestinal est de ce nombre. La bouche (pi. i5, fig. 7,8, 9, 10) n'est pas différente pour le nombre des parties de celle des autres insectes. L'épistome (fig. 7, 8) ou le chaperon est étroit, transver- sal , distinct de la tête et du labre-, celui-ci (fig. 7, 8. c) est échancré dans son milieu. Les mandibules ( fig. 7 , 8, dd, et fig. 9) sont bifides, c'est-à-dire , qu'outre la pointe qui les termine , elles offrent une dent assez aiguë à leur côté interne 5 elles sont cou- (448 ) dées , et présentent extérieurement , près de leur in- sertion, des poils très-sensibles. Les mâchoires (fig. 10, eé) sont presque complètement membraneuses, et ne pré- sentent que quelques points consistans et cornés qu'il est difficile de saisir. On remarque à leur sommet un petit prolongement, sorte de tubercule tout- à -fait mem- braneux ou de lobe terminal, garni de poils longs et assez roides ; mais ce qui les caractérise par-dessus tout, ce sont deux palpes saillans en -dehors de la bouche. Chaque mâchoire en présente un -, il s'insère sur son côté externe , et se compose de quatre articles poilus qui , en se réunissant bout à bout , constituent une tige conoïde. La bouche est complétée parla lèvre inférieure (fig. 10,/) peu consistante , et ayant la forme d'un écusson renversée. Elle est unie aux mâchoires , et supporte la languette : celle-ci (fig. 10, g) est formée par une lame cornée qui, d'abord très -large dans l'intérieur de la bouche , se contourne en-dehors , et , diminuant insensiblement de largeur ,* se termine à la face externe , en figurant à la base des palpes labiaux deux pièces triangulaires qu'on croirait leur apparte- nir. Envisagée dans son ensemble, cette pièce unique, ainsi contournée, constitue un cercle ovalaire placé trans- versalement, et dans l'intérieur membraneux duquel s'insèrent deux palpes labiaux coniques très-courts , visibles cependant en-dehors de la bouche , et formés par trois articles garnis de poils. Le menton n'est pas sail- lant ; il paraît droit et même concave. L'organe essentiel de la digestion , le canal intes- tinal ( fig. 1 5 ) , ne fait aucune circonvolution dans {intérieur du corps , il est seulement un peu flexueux dans certaines parties et se compose d'un œsophage (449) (fig. i5, a. ), qui se renfle insensiblement en un petit jabot. Ces deux parties ont leur surface garnie de nom- breuses rides transversales, résultant du plissement de leurs membranes. L'estomac (fig. i5, c), qui vient ensuite , naît du jabot par un étranglement prononcé j une valvule peu consistante , formée par la membrane interne et divisée en six côtes ou entaillemens , indique le lieu de cette jonction ( fig. 1 5 , A. ) : il est assez allongé , sa surface est lisse et couverte de trachées. Les deux seuls individus que j'ai observés m'ont offert deux états très-différens. L'estomac du premier était cylindroïde, sans aucun étranglement , et garni à l'intérieur de plis assez saillans dirigés en sens divers. Celui du second , que je figure exactement dans mon dessin , présentait trois parties bien distinctes : on voyait d'abord un renfle- ment sphérique qui, rétréci assez brusquement en ar- rière , se continuait avec un canal étroit , lequel abou- tissait à un' second renflement , six à huit fois aussi développé que le premier et terminant en arrière l'esto- mac. Cette différence singulière provient peut-être de l'âge de ces deux individus 5 le premier ayant été dis- séqué immédiatement après sa naissance, et le second huit jours plus tard. Quoi qu'il en soit , on voit en arrière de l'estomac l'intestin grêle et les vaisseaux bi- liaires ou hépatiques (fig. i5, dd. ). Ceux-ci ont un assez gros diamètre , et paraissent composés d'une membrane excessivement mince et transparente , qui laisse voir dans leur intérieur une matière grumeleuse, distribuée par masses (fig. i5, B.). Ils sont tortillés entre eux et en- lacent, de mille manières, tous les organes, principalement les ovaires. Leur fragilité et leur excessive longueur en ren- dent la dissection très-difficile j la patience et l'adresse Tome II. 29 (45o) d'un entomotoiniste sait triompher cependant de sem- blables obstacles , mais il ne peut le faire qu'aux dépens d'autres parties , et c'eût été très-mal combiner mon plan que de sacrifier un de mes deux individus à cette recherche. Je n'ai donc pu savoir si les quatre inser- tions correspondaient à quatre vaisseaux simples et flottans au bout , ou bien s'il n'en existait réellement qu'un seul de chaque côté 5 les quatre insertions à l'in- testin ne représentant alors que les deux extrémités d'un arc excessivement recourbé. Cette dernière dispo- sition me paraît probable , et j'appuie ma supposition d'une supposition semblable faite à l'égard du Drile mâle, par M. Léon Dufour. Voici ce qu'il dit dans son important travail sur Panatomie des insectes coléoptères. (( Le Malachius et le Drilus , les seuls insectes que j'aie étudiés dans la tribu des Mélyrides , m'ont paru n'a- voir que deux vaisseaux hépatiques à quatre insertions. La fragilité de ces organes, la petitesse des Insectes et le nombre fort restreint de ceux que j'ai disséqués, me lais- sent encore des doutes sur ce point. » L'intestin grêle ( fig. i5 , e. ) est légèrement flexueux et se fait remarquer par une organisation singulière que je n'avais pas encore rencontrée , mais que M. Dufour a trouvée dans un insecte assez différent du nôtre , le Bouclier (Silpha obscurci L. ) ; il est couvert de tuber- cules saillans (fig. i5 , C.) qui paraissent résulter du plis- sement transversal et en même temps longitudinal de la membrane de l'intestin -, ces tubercules sont arrondis , plus nombreux , plus petits et plus rapprochés à la partie postérieure qu'en avant. Après s'être insensiblement élargi et avoir fait dans son trajet une légère flexuosité, l'intestin grêle aboutit au cœcum. Cette partie (fig. iS,f.) ( 45. ) consiste en un renflement ovoïde de couleur jaune , par- tagé dans le sens de la longueur par six côtes relevées , étroites , ondulées , ou plutôt crénelées sur leur dos. Le rectum (fig. i5, g.) vient ensuite , il est très-court et s'ouvre à l'anus. Du système nerveux. ISous avons fait observer combien l'organisation exté- rieure de la femelle du Drile se rapprochait de celle d'une larve. Le système nerveux, dont les rapports avec l'enveloppe cornée sont toujours très-intimes , présente «ne analogie de même nature. Il se compose de douze ganglions (fig. 17) fort distincts, étendus de la tête à l'anus, et unis les uns aux autres par une double rangée de cordons longitudinaux. Chaque ganglion fournit à droite et à gaudhe deux petits troncs nerveux qui , d'abord partagés en branches , puis divisés en rameaux et sub- divisés en ramuscules , se distribuent aux pâtes , au canal intestinal , aux ovaires , etc. , et communiquent la vie à toutes ces parties. Les ganglions sont espacés à peu près également entre eux et ne présentent que d'assez légères différences dans leur forme et dans leur volume. Le premier est en grande partie engagé dans la tète, et les trois suivans correspondent à chacun des anneaux qui supporte une paire de pâtes; les cordons qui les réunissent ont un fort diamètre ; et ces quatre gan- glions eux-mêmes sont les plus gros de la série. Ceux qui suivent ont un volume moindre , et se ressemblent beaucoup , à l'exception du, dernier qui est plus déve- loppé , et dont les branches latérales , au lieu d'être di- rigées transversalement, se portent aussitôt en arrière, 2 9* ( 45* ) et se, répandent dans le rectum et dans les parties les plus reculées des organes de la génération. Des organes générateurs, Les ovaires (fig. 1 8, aa.)d\i Drile femelle sont très-déve- loppés -, au moment de la naissance ils occupent les deux côtes de l'abdomen et du thorax , c'est-à-dire qu'ils sont étendus depuis la tète jusqu'à l'anus ; peu de jours après, ils envahissent la place des autres organes , et l'on ne distingue plus qu'eux dans tout le corps. Ils consistent en deux fortes grappes allongées cylindroïdes , et com- posées d'un tube creux, longitudinal, très-étroit, à la circonférence duquel s'insèrent les œufs ou plutôt les tubes qui les renferment. Ceux-ci', fort nombreux et très-courts , sont remarquables par leur forme. Ils figu- rent autant de corps renflés et ovoïdes , surmontés par un tubercule , sorte de tête (fig. 18 , A) arrondie } en d'au- tres termes , ils sont divisés par un profond étrangle- ment en deux portions inégales. La plus grosse renferme un œuf tout formé, et la plus petite offre les rudimens d'un second œuf (1). L'insertion des tubes ovigères sur leur tige commune , mérite bien aussi d'être décrite. Chacun d'eux se termine inférieurementpar un prolon- gement conoïde qui s'insère aux parois de la tige com- mune par toute la circonférence de sa base (fig. 18, A. aa.), de manière à faire saillie dans son intérieur et à rappeler une disposition analogue observée dans les organes gé- (1) Le nombre des œufs pondus par une de mes deux femelles , s'est élevé à 564- Ces deux femelles sur lesquelles j'ai fait mes observations , m'ont été envoye'es directement de Genève par M. le comte Mielsinsky. ( 453 ) nitaux de la femme , et que les anatomistes anciens ont désignée sous le nom trivial de museau de tanche ; cette espèce de petit mamelon libre et saillant à Tinté- rieur , présente sans doute une ouverture -, et si on réflé- chit au volume des œufs qui doivent passer à travers, on doit croire qu'elle devient considérable au moment de la ponte. Quoi qu'il en soit , chaque ovaire se con- tinue postérieurement en un pédicule qui est la con- tinuation de la tige ou de Taxe , sur lequel sont reçus les tubes ovigères -, et , après un court trajet , il se réunit à celui du côté opposé, pour former un canal commun ou l'oviducte proprement dit (fig- 18 , c). D'abord, ''assez étroit , il s'élargit d'une manière sensible après avoir donné insertion à l'organe important que j'ai dé- signé sous le nom de poche copulatrice (fig. 18, d. ). La femelle du Drile est un insecte bien singulier sous plusieurs rapports *, mais , je le répète , ces singularités ne reposent que sur des organes d'une importance très-se- condaire, et non sur des parties essentielles; ces der- nières se présentent partout avec leurs caractères propres. C'est le cas de la poche copulatrice que je n'avais en- core vue nulle part aussi développée. Comparée à l'une des grappes de l'ovaire , elle l'égale presque en longueur, et la surpasse de beaucoup en cir- conférence. Sa forme est arrondie et ovalaire (ij ; une membrane mince et parfaitement transparente en cons- titue la paroi. Celle-ci ne reçoit aucun appendice ou (1) Le dessin qui représente la poche copulatrice, la suppose disten- due, ce qui n'a pas lieu dans l'intérieur du corps où elle est singu- lièrement rétrécie par les rides nombreuses de sa membrane. , ( 454 ) nppareil de sécrétion (i) *, un col ou pédicule creux la termine inférieurement , et la fixe au canal commun des ovaires. Un autre organe ( fig. 18 , e. ) , infiniment plus petit, ayant la forme d'un petit vaisseau renflé à son extrémité , et qui paraît destiné à quelque sécrétion, vient aboutir immédiatement au-dessous de la poche copulatrice, au canal commun de l'oviducte , qui lui-même s'ouvre bientôt au-dehors. On se rappelle que j'ai tout récemment assigné pour fonction principale à la vésicule des ovaires de recevoir l'organe du mâle pendant l'accouplement. Ayant re- trouvé dans la femelle du Drile cette poche copulatrice, je devais naturellement lui supposer le même usage -, cependant , j'étais surpris de son volume , d'abord com- parativement aux organes de la femelle , et ensuite re- lativement au pénis du mâle qui , à en juger par la taille des individus de ce sexe , devait être bien petit. Je ne doutais aucunement de mes observations pré- cédentes } mais j'étais curieux de les vérifier et de montrer aux naturalistes que la pocbe copulatrice plus grosse que l'individu mâle tout entier , et vingt fois plus déve- loppée que son pénis, était encore destinée à le recevoir. Enfin , j'avais d'autant plus à cœur de constater ce fait , que je pensais qu'une fois confirmé dans un insecte aussi différent des autres espèces et aussi anom.nl que le Drile femelle , on serait parfaitement disposé à lui accorder quelque généralité. (i) Jai cru voir dans un de mes individus, un petit appendice mem- braneux aboutissant au fond de la vésicule , mais je n T ai rien trouvé de semblable dans ma seconde femelle. (455) Ce que je cherchais avec tant d'empressement, j'ai eu la satisfaction de le rencontrer. M. Desmarest ayant bien voulu me remettre quelques Driles femelles conservé! dans l'alcool , je m'attachai à reconnaître l'état de la poche copulatrice \ et l'ayant constamment trouvée vide, j'en dus conclure que ce petit nombre de femelles n'a- vaient jamais eu l'approche du maie. J'ajouterai qu'il ne s'élevait d'ailleurs aucun doute sur leur virginité.' Il n'en était pas de même d'une autre femelle que je reçus encore de M. Desmarest -, celle-ci avait été prise sur le fait et plongée immédiatement dans l'alcool avec le petit mâle adhérent encore à sa vulve. Plusieurs mem- bres de la Société se rappelleront d'avoir vu ce couple qui , bientôt , a été désuni par les mouvemens imprimés au tube dans lequel il était contenu. J'étudiai donc avec soin la vésicule de cette précieuse femelle , et je trouvai dans son intérieur le pénis charnu du mâle. Il avait été rompu vers l'ouverture du vagin. ( Fig. 19 ,/. ). Je ne pouvais conclure autre chose de mon observa* tion , si ce n'est que la vésicule considérable des ovaires du Drile était une véritable poche copulatrice , et que l'accouplement présentait dans cet insecte toutes les par- ticularités remarquables observées ailleurs. Ici se termine la description anatomique des parties les plus essentielles du corps delà femelle-, j'aurais pu me borner à ces recherches , mais j'ai voulu étudier aussi IV natomie du mâle , dans l'espérance de découvrir entre les deux sexes des ressemblances que l'organisation ex- térieure aurait simplement voilées. L'appareil adipeux ou graisseux est presque nul dans le mâle , le système nerveux qui suit toujours les mo- difications de l'enveloppe extérieure est très-court et fort ( 456 ) différent de celui de la femelle ; ce u était donc pas dans ces parties que l'anatomiste devait espérer de découvrir quelque analogie*, il pouvait être plus heureux en exa- minant d'autres organes plus constans dans leurs formes , tels que la bouche, le canal intestinal et ses dépendan- ces. La description de l'appareil digestif nous deviendra très-facile par l'étude détaillée que nous avons faite de celui de la femelle 5 mais nous engagerons à ne pas perdre de vue que celle-ci avait dix à onze lignes de longueur , tandis que le mâle , dont il va être question , n'en atteint guère plus de deux *, c'est-à-dire , que toutes les parties seront en proportion relative avec la longueur de l'ani- mal , et par conséquent si petites , que l'œil le plus exercé devra renoncer à rien y voir s'il n'est armé d'une très- forte loupe. • La bouche du mâle (fig 1 1 , 12 , i3. ) offre une ana- logie frappante avec celle de la femelle, nous avons pu, à l'aide des instrumens délicats dont nous faisons usage , en isoler toutes les parties , et les dessiner lorsqu'elles étaient encore fraîches. On voit d'abord un épistome ou chaperon étroit et transversal donnant insertion à un labre ( fîg. 1 1 ) de forme quadrilatère , échancré à son bord antérieur qui est membraneux, tandis que les deux tiers postérieurs sont légèrement cornés. Il re- couvre deux mandibules ( fig. 12) bifides avec la pointe et la dent interne très-aiguës. Les mâchoires (fig. i3, ee.) ont leur lobe membraneux plus prononcé et plus sail- lant que dans la femelle •. elles supportent des palpes plus longs , moins coniques et même renflés insensi- blement. La lèvre inférieure (fig. i3, /. ) a la forme d'un triangle isocèle. La languette (fig. i3, g.) est formée par cette même lame cornée et recourbée sur ( 4*7 ) elle-même dont il a été parlé ; ses deux extrémités qui se voient à la base des palpes labiaux représentent deux petites pièces triangulaires. Les palpes labiaux eux- mêmes sont plus longs et moins coniques que dans la femelle. Enfin , il existe un menton saillant et arrondi (fig. i3, h.). Le canal digestif (fig. 16. ) nous a présenté un œso- phage (fig. 16, a.) très-court , qui n'est point plissé trans- versalement , et ne se renfle pas insensiblement en un petit jabot. L'estomac (fig. i3, c.) ne présente pas les di- verses parties que nous avons décrites dans la femelle ; mais on en voit les indices , et le renflement terminal est bien marqué. La plus grande ressemblance s'observe dans les vaisseaux biliaires (fig. i3 , dd. ) -, mais ce qui établit une analogie frappante entre l'appareil digestif du mâle et celui de la femelle , c'est l'organisation de l'intestin grêle (fig. i3, e.) pi est couvert d'une infinité de ces tu- bercules brillans et arrondis , qui ont fixé déjà notre attention et qui ne se sont encore trouvés que dans le Bouclier, insecte coléoptère d'un autre genre. Ce même intestin grêle du mâle manque de cœcum. Je n'ai pas cru devoir présenter une description plus détaillée de ces divers objets , parce que les figures que j'ai données de la bouche et du canal intestinal du mâle me paraissent suffisantes pour en bien saisir les rapports. Que l'on compare successivement et avec soin chaque organe , et on conclura , je pense avec moi , que le Drile mâle et le Drile femelle , si diûférens dans leurs formes extérieures , se ressemblent dans leurs parties les plus importantes. On en tirera aussi cette autre conséquence , que si l'analogie ne perce pas à travers le masque trompeur ( 458 ) qui très-souvent la recouvre , elle n'en existe pas moins , et qu'il est toujours possible de la découvrir quand on sait la chercher. Voilà ce dont j'étais bien pénétré en commençant ce travail. J'ai décrit les divers appareils de la femelle , et je n'ai considéré dans le mâle que les organes susceptibles de leur être comparés 5 ceux de la génération n'étaient pas de ce nombre. Aussi n'en présenterai-je ici la descrip- tion que sous forme d'appendice ou de complément. Ils se composent, comme partout ailleurs , de parties molles servant à la préparation du sperme , et de parties cor- nées ou copulatrices destinées à l'accouplement. Les organes mous ou préparateurs du sperme sont deux petits testicules ( fig. 20 , aa. ) offrant à leur surface des tuber- cules arrondis , qui sont autant de capsules spermati- ques, s'ouvrantdans une cavilé commune, laquelle se con- tinue avec un canal déférent (fig. 20,££.),longetflexueux. Ce canal aboutit lui-même à la base du conduit éja- culateur , et rencontre, à l'endroit de son insertion , deux paires de vésicules séminales (fig. 20 , cccc, et fig. 20, A.). L'une d'elles est courte, grosse et repliée sur elle-même à son sommet 5 l'autre est composée de deux vaisseaux assez longs, légèrement renflés à leur extrémité, et contournés en spirale dans leur trajet. Ces quatre vésicules s'insè- rent très-près les unes des autres à la base du canal éja- culateur(fîg. 20, d.),qui présente un diamètre presqu'égal dans la longueur qu'il parcourt, et aboutit au pénis. Les parties copulatrices adhèrent à la surface interne du dernier segment inférieur de l'abdomen (fig. 20, y.). Elles se composent d'une espèce de cupule ou de base très- <45 9 ) cornée (Gg. 2 i,û.) sur les bords et à l'intérieur de laquelle s'insèrent deux corps cylindroïdes (fig. 2 1 , bb.) également cornés , obtus à leur sommet, très-mobiles et susceptibles de s'écarter et de se rapprocher l'un de l'autre. Ce sont deux espèces de pinces à tiges arrondies et poilues , qui servent sans doute à saisir la vulve de la femelle. Entre elles on remarque (fig. 21, c, et fig. 21, A. B. C.) une tige cylindroïde, recourbée sur elle-même en manière d'arc. Sa face inférieure est concave , mais la supérieure est con- vexe , et présente une gouttière longitudinale et profonde qui reçoit le pénis. La b«tse de cette gaine est trilobée et s'articule avec la cupule et les deux espèces de pinces qui viennent d'être décrites. Son sommet est renflé inférieu- rement en un tubercule ou crochet taillé en forme de ha- che. Le pénis de consistance molle glisse dans le fourreau qui vient d'être décrit, et n'en sort que pour opérer la fécondation en pénétrant dans la vésicule copulatrice de la femelle ( fig. 19, d. J. Les observations anatomiques que nous avons pré- sentées dans ce Mémoire ont été faites sur le Drile jau- nâtre , (fig. 22), seule espèce connue jusqu'à ce jour. Nous croyons utile de joindre ici la description de deux es- pèces nouvelles ; elle nous a été fournie par M. Guérin , dessinateur habile , qui cultive l'entomologie avec un grand zèle. Ces espèces font partie de la belle collection du comte Dejean , dont l'obligeance est inépuisable pour quiconque s'occupe de la science. 1. Drile noir, PI. i5, fig. 20. Drilus ater. Dej. (Cat. des col. , p. 3g.) Dasytes pectinatus , Schoenh. (Syn. ins. t. HT, p. 12 , n'4.) Drilus totus ater. — Long. 1 1. -i à 3. Il a la tête noire, velue, un peu moins large que le corselet, et le- ( <6° ) gèrcmcnt rugueuse : ses palpes «ont bruns , couverts de poils de même couleur j les mandibules sont d'un brun marron ; les antennes ont à peu près la moitié de la longueur du corps, elles sont noires > velues, et ont les articles beaucoup moins développés au côté interne que celles du Drile jaunâtre. Les yeux sont ronds, assez grands , placés un peu au-dessous de l'insertion des antennes et sur les bords latéraux de la tête. Le corselet est d'un noir luisant; il est velu et rugueux sur toute sa surface, un peu plus large postérieurement, et se termine de chaque côté par un petit avancement en forme de tubercule ; l'écusson est arrondi postérieurement , noir et luisant. Les élytres sont un peu plus larges que le corselet, noires et couvertes de poils bruns. Le des- sous du corps est noir, les pâtes sont noires , velues , avec les tarses bruns. De la collection de M. Dejean , qui l'a trouvé en Dalmatie , et l'a depuis reçu d'Allemagne. 2. Drile a cou fauve. PI. i5 , fig. 24. Drilus fulvicollis. Dej. (Cat. des col., p. 3g.) Drilus ater , thorace , antennis pedibusque fulvis. — Long. 2. 1. \. Il ressemble entièrement au D. ater, pour la} forme du corps et des antennes; mais son corselet, ses antennes , ses pâtes et son écusson sont d'un rouge fauve, on voit sur le milieu du corselet trois petites taches brunes disposées en ligne droite, dans le sens de sa largeur. Cette jolie espèce n'existe que dans la collection de M. le comte De- jean , il en a trouvé deux individus en Dalmatie, dans les environs de Cattaro. Explication de la Planche i5. Fig. 1. Nymphe du Drile femelle considérablement grossie. Fig. •x. Tête et prothorax de la nymphe , vus en dessus et en avant ; on distingue les yeux , les antennes et les parties de la bouche. Fig. 3. Enveloppe de la nymphe du Drile mâle, elle est remarquable et tout-à-fait distincte de celle de la femelle par le fourreau des élytres et la gaîne des antennes. Fig. 4. Drile femelle de grandeur naturelle. Fig. 5. Antenne de la femelle , vue de profil. C46i ) Fig. 6. Pâte postérieure A. , vue supérieurement , B. vue de profil. Fig. 7. Tête de la femelle vue eu dessus, pour montrer la lèvre su- périeure c. attachée à un chaperon linéaire et à peine visible, aa. Yeux, bb. antennes coupées, dd. mandibules. Fig. 8. La même vue en dessous. Les mêmes lettres correspondent aux mêmes parties. L'insertion de la lèvre supérieure au bord du cha- peron est très-visible dans cette position. Fig. 9. Mandibule gauche de la femelle. Fig. 10. Portion de la bouche de la femelle , vue en-dessous, aa. Yeux , ee. mâchoires avec leur lobe terminal poilu, et leurs palpes de quatre articles, f. Lèvre inférieure en forme d'écusson renversé , elle sup- porte la languette g. , qui donne attache à deux palpes coniques de trois articles. Fig. 11. Lèvre supérieure du mâle attachée à un chaperon linéaire. Fig. ia. Mandibule du mâle. Fig. i3. Portion de la bouche du mâle; les lettres correspondent à celles de la bouche de la femelle; les trois articles formant les palpes labiaux sont séparés entre eux par des intervalles membra- neux très-étendus , h. menton. Fig. 14. Antenne du mâle , vue de profil. Fig. i5. Canal intestinal d'une femelle, a. Œsophage plissé et abou- tissant à un jabot plissé aussi transversalement c. ventricule chyli- fique ou estomac alternativement renûé et rétréci ; dd. canaux bi- liaires rompus; e. intestin granuleux;^ cœcumjg. rectum; A. sorte de valvule à six divisions, qu'on observe à l'ouverture du jabot dans le ventricule chvlifique ; B. portion d'un vaisseau biliaire rempli de matière grumeleuse ; C. portion de l'intestin granuleux, grossie au microscope de M. Selligue et faisant voir sa structure. Fig. 16. Canal intestinal du mâle; les lettres correspondent à celles de l'appareil digestif de la femelle; h. segment supérieur du dernier anneau abdominal. Fig. 17. Système nerveux du Drile femelle mis à découvert par l'a- blation de toutes les autres parties du corps. Fig. 18. Orgapes générateurs d'une femelle encore vierge; aa. les ovaires en grappes; c. canal commun ou oviducte; d. vésicule copu- latrice vide ; e. petite glande sébacée ; A. tubes ovigères excessive- ment .grossis , afin de montrer leur forme et pour faire voir leur mode d'insertion à la membrane de la tige des ovaires aa. Fig. 19. Portion de l'appareil générateur d'une femelle ayant eu l'ap- proche du mâle ; aa. les ovaires coupés ; e. la petite glande sébacée ; d. la vésicule copulatricc , laissant voir à travers sa paroi le/ pénis ( 46* ) charnu du mâle/. , qui après avoir pénétré dans son intérieur a été rompu. Fig. 20. Organes générateurs du mâle; aa. testicules; bb. canaux dé- férons; cccc. vésicules séminales;//, canal commun ou éjaculatcur aboutissant aux pièces copulatrices ; f. segment inférieur du dernier anneau de l'abdomen , recevant l'apareil copulateur; A. portion de l'appareil générateur pour montrer l'insertion des vésicules sémi- nales et celle des canaux déférens à la base des plus petites vésicules, Fig. 21. Appareil copulateur ; a la base, sorte de cupule à laquelle s'insèrent deux espèces 8e pinces bb. ; c. pièce moyenne creusée à sa partie supérieure d'un canal qui contient le pénis. A. Pièce moyenne vue en dessous et de face; C. la même de trois quarts, B. la même de profil. Fig. 22. Drilus Jlavescens mâle. Fig. 23. Drilus ater mâle. Fig. 24- Drilus fulvicollis mâle avec son antenne fort grossie et au trait» Nota. Les figures de cette planche, à l'exception de la fig. 4> sont toutes grossies; les traits du canal intestinal du mâle et de la femelle, indiquent leur longueur, la tête étant comprise. Ceux qui sont doubles et placés auprès des mâles, donnent les limites du maximum et du mi- nimum de leur longueur. Recherches anatomiques sur les Cauàbiques et sur plu* sieurs autres insectes Coléoptères. Par M. Léon Dufour, Docteur - Médecin , correspondant de la société Philoraathiquc de Paris , etc. (Présentées à l'Académie des Sciences, au mois de mai 1822. ) « L'homme n'est pas bien connu quand on ne » l'étudié que dans l'homme. » Cuvier (Leçons manuscrites cC Anatomie comparée de 1801). C'est un des traits remarquables de l'espèce humaine que d'être toujours avide de nouveauté , et c'est ce puis- sant, ce noble aiguillon qui lui fait à chaque instant agrandir le domaine de ses connaissances. Long-temps (463) l'étude des Insectes se borna à l'appréciation de leurs traits extérieurs , à des tentatives de classification , et à rétablissement d'une nomenclature. Ce travail devait né- cessairement précéder tous les autres , et il était indis- pensable d'en poser les bases avec solidité. M. Latreille a porté au milieu de ce monde immense des êtres inver- tébrés le flambeau de la méthode naturelle , et c'est de lui que nous tenons le fil d'Ariane pour nous y conduire. Son ouvrage, fruit d'une philosophie 'éclairée , d'un sa- voir profond , d'un tact exquis et d'une rare opiniâtreté dans les recherches , est d'une importance inappréciable et bien voisin de la perfection. Depuis un demi -siècle envirpn, l'arène des investigations anatomiques s'est plus particulièrement ouverte, et l'œil curieux du natura- liste , après s'être long-temps reposé sur les merveilles de l'organisation des grands animaux, a senti le besoin de s'armer de la loupe et du microscope , pour pénétrer les entrailles mystérieuses de ces petits êtres à sang blanc dont il n'avait jusqu'alors envisagé que l'élégance et la prodigieuse variété des formes extérieures. L'étude de la structure intérieure des Insectes parait, au premier aperçu , ne devoir être que l'objet d'une pi- quante curiosité. La distance énorme qui sépare les Animaux invertébrés des Mammifères , à la tête desquels se place l'homme, semble d'abord repousser l'idée d'une application très -utile de cette connaissance. Mais l'observateur philosophe sait rattacher les petites choses aux grandes, remonter à leur source commune, mettre en évidence le fil de leur dépendance mutuelle , et s'é- lever ainsi à des principes d'une conséquence généfale. Lanatomie entomologique contribuera, n'en doutons pas , à éclaircir quelques points obscurs ou douteux de ( 464) la physiologie humaine Elle nous fera voir une admi- rable simplicité d'organes présider à l'exercice d'impor- tantes fonctions qui , dans les animaux à sang rouge , exigent un appareil d'une complication souvent déses- pérante. Elle nous mettra à môme d'apprécier avec plus d'exactitude la part plus ou moins directe que prennent à ces fonctions les divers tissus qui constituent les or- ganes , de poursuivre l'organisation jusque dans ses der- niers retranchemens , et d'en isoler , d'en saisir les élé- mens. La dissection des Insectes m'a fourni aussi l'occa- sion de constater la valeur de plusieurs caractères pure- ment entomologiques , de dissiper quelques incertitudes sur la distinction des sexes, et d'ajouter quelques traits à ceux que l'on doit déjà à l'étude de la bouche, des an- tennes , des pâtes pour l'établissement des familles et des genres. Mes recherches sur ce point m'ont procuré la satisfaction de me convaincre que la méthode entomo- logique de M. Latreille se trouve en général dans une harmonie parfaite avec les faits anatomiques. Notre illustre académicien semble avoir deviné à la physio- nomie de ces petits êtres l'ordre que la nature a adopté dans la combinaison des organes intérieurs. Malgré les travaux recommandables de Swammer- dam , de Malpighi , de Réaumur, de Lyonnet , qui, les premiers , ont défriché le vaste champ de l'anatomie des Insectes ; malgré les recherches importantes de M. Cuvier qui , de nos jours , a retrempé le goût de cette intéressante étude ; malgré les ouvrages de MM. Com- paretti , Ramdohr, Tréviranus , Gaede , Sprengel , Marcel de Serres, DutrocheJ , Audouin et Geoffroy de Saint - Hilaire , qui ont considérablement ajouté aux faits déjà publiés sur cette matière , l'enlomoto- ( 4<5$ ) mie , vu l'immense variété des animaux qui en foiU l'objet, est cependant à peine ébauchée. Il me semble que c'est envisager sous un point de vue peu philo- sophique les progrès d'une science encore naissante , que d'établir des règles générales, sans posséder un nombre suffisant de faits bien constatés. Quelques auteurs trop empressés, trop jaloux peut-être de voir leurs ouvrages former époque, ont malheureusement violé ce principe. En se laissant entraîner à l'impru- dente manie de généraliser, on imprime une direction vicieuse à l'esprit d'observation , et on expose la science à des pas rétrogrades. Je développerai dans le cours de mon travail les preuves de cette assertion. Ce n'est point ici le lieu de multiplier ces considérations géné- rales qui se presseraient en foule sous ma plume, et que je réserve pour un ouvrage moins circonscrit dont je rassemble les matériaux. Il y a déjà plusieurs années que mon travail était ré- digé , mais sur un plan beaucoup plus vaste, puisqu'il offrait l'ensemble de mes investigations anatomiques sur les Insectes de tous les ordres. De nouvelles dissections m'ont ensuite obligé , vu l'abondance des matériaux , à restreindre ce plan et à me borner à l'exposition de ce qui concerne les Coléoptères seulement. Je vais offrir sur cette classe d'Insectes un assez grand nombre de faits, que je crois solidement établis , et que j'appuie de figures dessinées avec un soin particulier par moi- même. Cette richesse apparente d'observations, assez rigoureusement déterminée , ne m'a pas cependantébloui, et j'avoue que , malgré le désir que j'en avais d'abord conçu , je ne me crois pas autorisé à exposer , d'une ma- nière générale et comparative, les traits anatomiques Tome II. 3o C 466) des divers appareils d'organes propres à distinguer entre elles les familles. Je pourrais tout au plus m'élever à ces généralités, pour ce qui concerne l'ordre des Coléop- tères et la tribu des Carabîques. Un architecte plus habile et plus instruit que moi, utilisera sans doute à l'avenir mes matériaux , et je ne regarde pas comme une gloire peu appréciable celle de coopérer ainsi à l'édifice de la science. Mes efforts redoubleront pour parvenir à ce but ; et, en attendant que les faits soient assez nom- breux pour être coordonnés en règles générales , je présenterai incessamment des recherches anatomiques semblables sur les Orthoptères , les Névroptères , les Hy- ménoptères , les Hémiptères , Lépidoptères , Dip- tères , etc. Mes observations anatomiques sur les Carabîques for- ment le fond principal de ce Mémoire. J'exposerai, par conséquent , plus en détail ce qui concerne les Insectes de cette famille, placée, avec raison, en tête de Tordre des Coléoptères. A l'article de chaque, organe ou de cha- que, appareil organique, je parlerai des différences de configuration, dénombre ou de structure observées, dans les autres Coléoptères soumis à mon scalpel. Les dessins qui accompagnent mes descriptions , suppléeront sou- vent à celles-ci , pour quelques détails , et éviteront ainsi des répétitions qui grossiraient inutilement ces pages. Afin de mettre l'ordre convenable dans cette expo- sition , je passerai successivement en revue , pour cha- que appareil organique, les divisions du cadre ento- mologique, publié par M. Latreille dans l'ouvrage de M. Cuvier , ayant pour titre : Le Règne animal , distri- bué d'après son organisation , etc. Autant qu'il m'a été possible, j'ai choisi pour mes dissections les espèces les ( 46 7 ) j plus communes, «fin que les faits énoncés puissent être constatés par les zootomistes qui se livreront à cette étude si intéressante et W féconde en découvertes. Pour lever tous les doutes suv rideniité spécifique des Insectes disséqués , et a&n 4 éviter le reproche adressé à queU ques naturalistes qui nous ont laissée dans l'ignorance des espèces dont ils ont donné l'anatomie ou décrit les mœurs., je consignerai dans des notes particulières . < -t , en quelque sorte, étrangères au texte V le signalement de- leurs principaux caractères ., quelques détails. descriptifs , et une courte synonymie. J'ai adopté la nomenclature que M. le comte Dejean a suivie dans le catalogue im- primé des Coléoptères de son immense collection. J'ai eu recours à ce savant pour la détermination rigoureuse des espèces. On sent que je ne pouvais pas puiser à une meilleure source, Pour procéder à mes dissections, je me suis tout sim-, plement borné à placer les Insectes sur des planchettes. de liège , que je tiens horizontalement immergées, dans, de l'eau pure , et à démêler , à isoler , au moyen de stylets* ou d'épingles, leurs organes flottans. J'ai eu l'attention.^ afin de n'être point trompé sur la position et les rapports respectifs des parties 9 de fixer l'Insecte dans son attitude horizontale naturelle, de manière à l'ouvrir par la région dorsale. , COLÉOPTÈRES PENTAMÈRES. Famille première. Carnassiers. A. Cakàbiqtjes. Mes recherches sur les «Carahique* ont été faites 1 * 3o* ( 468) diverses reprises et à des époques différentes sur lès espèces suivantes , savoir : Carabus auratus , C. Cancellatus , C catenulatus , C. Pyrenœus \ Brachinus crepitans 5 Aptinus ditplosor ♦, Cymindis humeralis ; Scarites pyracmon ; Clivina are- naria ; Licinus agricola ,• Chlœnius velutinus ; C. vestitus* C. tibialis ; Platinus angusticollis -, Anchomenus prasinus ; Agonum parum punctatum 5 Sphodrus planus , S. ter- ricola ; Calathus fulvipes \ Argutor abaxoides ; Abàx striola ; Stervpus madidus ; Pterostichus parum punc- tatus \ Perçus stultus ; Zabrus gibbus , Z. obesus ; Opho- nus sabulicola ; Harpalus ruficornis ; //. binotatus \ H. œneus -, Stenolophus vaporariorum ; Elaphrus ri- parius\ Nebrlaarenaria, N. brevicollis,N. Lafrenayei\ Qmophron limbatum. Le premier de ces Insectes forme la base de mon tra- vail : ainsi c'est de lui que j'entendrai parler toutes les fois qu'à l'occasion de quelque modification anatomique , je n'en signalerai pas un autre. D'ailleurs, il est le type essentiel de la famille des Coléoptères carnassiers , qui a été l'objet plus spécial de mon étude. Je vais examiner, dans autant de chapitres distincts, les organes de la digestion , de la génération, des sécré- tions excrémentitielles, de la respiration , le système ner- veux , et le tissu adipeux splanchnique. Enfin , je relé- guerai dans un appendice ou à l'explication des figures , quelques traits ou observations qui ne peuvent point se classer dans les chapitres précédens. CHAPITRE PREMIER. Organes de la digestion. !<• ne comprends, sous cette dénomination > que le (46 9 ) tube alimentaire et les vaisseaux hépatiques ou bi- liaires. Je passe à dessein sous silence les organes de la mastication, et les autres parties de la bouche, pour ne pas grossir mon Mémoire de détails qui sont consignés dans les ouvrages d'entomologie. Les Carabiques se nourrissant essentiellement de matières animales fraîches et molles, telles que larves, vermisseaux , etc. , quand ils attaquent les grands In- sectes dont l'enveloppe est coriace, ils se bornent, comme j'ai eu occasion (Je m'en convaincre plusieurs fois , à ouvrir leur abdomen par les points les moins ré- sistons pour dévorer leurs entrailles , et surtout la graisse dont ils paraissent très - friands. Cette dernière circons- tance leur a valu le nom à'Adéphages, sous lequel Clairville les a désignés. 4* ARTICLE PREMIER. Tube alimentaire. Dans les espèces du genre Carabus , ce tube a tout au plus deux fois la longueur du corps de l'Insecte. Il a souvent moins d'étendue dans les autres genres de cette tribu. Un coup-d'œil jeté sur les figures que je donne de plusieurs d'entre eux , suffira pour apprécier les légères différences qui existent sous ce rapport. On peut distinguer dans le canal digestif des Cara- biques Y œsophage ?, le jabot ou estomac proprement dit, le gésier , le ventricule chylifîaue , et Yintestin qui se divise en grêle et en gros. § I. Œsophage. — C'est un tube musculo-membra- neux, court, cylindroïde, qui traverse le corselet. Il offre souvent des rugosités par la contraction de sa tuni- que musculeuse. ( 47° ) § II. Jabot. — Cette preni ière poche gastrique est ainsi désignée à cause de son analogie de position , de structure et de fonctions avec l'organe qui porte ce nom dans les oiseaux. Elle n'est, aiusi que l'estomac de la plupart des animaux , qu'une dilatation de l'œso- phage \ et c'est sous cette dernière dénomination qu'on la trouve toujours mentionnée dans les ouvrages da Ramdohr. Le jabot forme dans tous. les Carabiques et autres Coléoptères carnassiers une poche remarquable. Il est logé en grande partie dans la poitrine et princi- palement dans la portion de celle-ci* que M. Audouin distingue sous le nom de métathorax. Sa texture est, comme celle de l'œsophage , essentiellement musculo- membraneuse. Sa forme, son volume varient beaucoup selon sân degré de plénitude. Dans l'état de distention , surtout quand il est uniformément gonflé par de l'air , c'est un ballon ellipsoïde, parcouru, dans le plus grand nombre des espèces , par huit stries longitudinales sé- parées par des intervalles assez larges , plus ou moins convexes , qui lui donnent une certaine ressemblance ave. un melon à côtes. Assez fréquemment dans le Ca- rabiLS aurai us , il ne présente qu'une courte dilatation à sa partie postérieure. C'est ainsi que le leprésen te la figure que j'en donne. Dans quelques circonstances il est con- tracté d'un côté , et dilaté de l'autre , de manière qu'il semble alors que le jabot soit latéral. Cette configura- tion, purement aecidentelle-et momentanée, en a im- posé à quelques zootomistes qui ont avancé que l'es- tomac de ces Coléoptères était placé de côté. Lorsque le jabot es^t fortement et uniformément resserré sur lui-» même , il oilre à l'extérieur huit colonnes charnues , froncées en travers , et souvent granuleuses. Des plis- (47' ) sures longitudinales qui correspondent aux bandelettes extérieures, s'observent à sa surface interne. Je n'ai re- connu dans la Clivina et VOmophron aucune trace de l'existence des rubans musculeux longitudinaux. Le jabot est ordinairement rempli de ce liquide brun , fé- tide et acre , que les Carabiques vomissent lorsqu'on les saisit et qu'on les inquiète. M. Marcel de Serres, dans sa description de l'organe digestif du Scarites gigas (1) , avance que l'œsophage est remarquable par sa longueur , et que son estomac n'est pas placé sur la même ligne que lui , qu'il est latéral. Ce grand Scarite est la même espèce que le Scarites py- racmon de Bonelli. Je l'ai trouvé dans la plage maritime de Montpellier, et plus fréquemment encore dans celle de Valence en Espagne, où j'ai étudié son anatomie. J'offre ici la figure de son tube alimentaire. Le jabot de l'individu que j'ai disséqué avait son axe dans la ligne de l'œsophage , ce qui confirme ma remarque émise plus haut sur la configuration accidentellement variable de cet organe. L'œsophage de ce Scarite ne m'a .point paru proportionnellement plus long que dans les autres Carabiques. § III. Gésier. Ordinairement sphéroïde dans les plus grandes espèces du genre Carabus*; il est plus rapproché de la forme oblongue dans le Carabe des Pyrénées, dans les Harpales et autres petits carnassiers de cette famille. Quelquefois il se rétrécit en arrière en une sorte de col , ainsi qu'on le voit dans le Cymindis, quelques Chlœnius , les Zabrus , VOmophron. Dans tous les Carabiques, il (1) Observations sur les usages des diverses' parties' du tube intestinal des Insectes , p. 63; ( 4?* ) est lisse et glabre en dehors, brusquement distinct par un étranglement et du jabot qui le précède, et du ven- tricule chylitique qui le suit. Ramdohr l'appelle esto- mac à replis. Il a une consistance presque cartilagi- neuse, et par la pression il annonce de l'élasticité. Sa configuration est peu variable. Son enveloppe exté- rieure est un pédicule charnu dont le tissu est serré. Ses parois internes sqnt armées d'un appareil admirable de trituration , qui rappelle celui de l'estomac des Crus- tacés. Cet appareil consiste pour les Car abus auratus en quatre pièces principales ou.lames oblongues , brunâtres, de consistance cornée , mobiles sur leur base qui est musculeuse, séparées par autant de gouttières profon- des. Le fond de celles-ci se relève dans le milieu en une arête pareillement cornée où aboutissent des soies poin- tues qui en forment une sorte de brosse. Les lames prin- cipales sont échancrées à leur extrémité antérieure , et forment par leur connivence une valvule dont l'ouverture en croix correspond au jabot. En arrière elles sont de même que les arêtes intercalaires, d'une couleur plus foncée, d'une consistance plus décidément cornée, et, lors- qu'elles sont privées de toute humidité , l'œil armé de la loupe y découvre de fort .petites dents acérées , embri- quées et mobiles. Lespointes postérieures de ces lames forment un godet ou valvule conique, dont le sommet s'abouche dans le ventricule chyliflque. Dans la Ne- bria arenaria ces mêmes lames internes du gésier sont formées chacune de deux triangles confluens par leurs sommets , et elles alternent avec un empilage de dents à pointes de lancette. L'appareil de trituration du gésier présente dans les autres Carabiques une structure qui ne diffère de celles. (4 7 3) que je viens de mentionner que par des modifications qu'il deviendrait oiseux de signaler. § IV. Ventricule chrîifique. — J'avais d'abord désigné cet organe sous le nom d'estomac papillaire , à cause des papilles plus ou moins développées dont il est hé- rfoké dans tous les Carabiques sans exception, et dans plusieurs autres familles d'insectes. Mais réfléchissant ensuite que cette portion du tube alimentaire reçoit, dans tous les insectes en général , les vaisseaux biliaires, et qu'elle remplit dans tous la même fonction , je me suis permis de lui imposer une dénomination qui exprimât ce dernier trait physiologique et qui devînt d'une appli- cation générale. Le ventricule chjrlijîque correspond et par sa position et par sa fonction au duodefium des animaux d'un ordre supérieur , et peut-être conviendrait-il pour ceux-ci de substituer à ce dernier nom , qui n'exprime qu'un caractère vague et insignifiant, celui que j'ai adopté pour les insectes. Quoi qu'il en soit, c'est l'organe où la pâte chymeuse , mêlée avec des liqueurs spéciales et convenablement élaborée, s'y convertit en chyle. Ram- dohr le désigne sous le nom d 1 estomac , M. Marcel de Serres et d'autres zootomistes sous celui de duodénum. Le ventricule chylifique des Carabiques a une texture délicate , molle , expansible , très-facile à déchirer. Sa forme et sa capacité varient dans quelques genres et aussi suivant son état de plénitude. En général il est conoïde ou cylindroïde. Il est renflé à son origine et insensiblement rétréci en arrière. en un conduit tubuleux dans les véri- tables Carabus, le Cymindis , la Clivina et un petit nombre d'autres genres. Ce renflement est sphéroïdal et bien circonscrit dans la Nebria arenaria et YElaphrus , Carabiques qui ont à peu près le même genre de vie e* (474) qui dans une classilication naturelle doivent , avec VOmo- phrorii terminer la tribu des Carnassiers terrestres. La longueur de ce ventricule présente dans les divers genres des différences notables. Quelquefois il est assez allongé pour faire ou une circonvolution sur lui-même comme dans le Séantes, le Zabrus obesus , Y Harpalus binota- tus , ou une simple courbure , une anse comme dans les Carabus , YAgonum, YArgutor, YAbax, le Steropus , la Nebria arenaria. Il est presque droit et bien moins long dans le Brachinus , Y Aptinus , le Cjmindis , la Cli- vina, les Chlœnius , le Platyiius , les Sphodrus , YEla- pïirus, la Nebria brevicollis et surtout YOmophron. Par ce trait anatomique ainsi que par sa forme , sa physiono- mie et ses habitudes riveraines, ce dernier Coléoptère offre de l'analogie avec les Dytiques placés en tête de la tribu des Carnassiers aquatiques , et par conséquent suc- cédant immédiatement dans l'échelle entomologique au genre Omophron qui, suivant moi, doit terminer la tribu des Carnassiers terrestres. Le ventricule chylifique se termine postérieurement par un bourrelet plus ou moins prononcé autour duquel s'insèrent les vaisseaux hépatiques, et qui présente intérieurement une valvule , un véritable pylore. Les papilles qui forment au ventricule chylifique une villosité extérieure sont plus ou moins saillantes non- seulement suivant les genres et les espèces de Carabiques, mais suivant la région de cet organe qu'elles occupent. Dans les quatre espèces de Carabus soumises à mon scal- pel , la portion antérieure et renflée du ventricule a ces papilles allongées , tandis que dans le reste de son éten- due elles ne se présentent que sous la forme de granu- lations. La Clivina , Y Agonum , Y Elaphrus , les Nebria, ( 4?5 ) YOniophron les ont remarquables par leur grosseur et leur forme conoïde ou turbinée. Elles sont courtes et serrées entre elles dans le Scarites, aussi courtes, mais bien moins pressées dans les Zabrus. Vous les trouvez grêles et d'une longueur uniforme pour toute l'étendue du ventricule dans les espèces où ce dernier organe ne présente pas à son origine de rendement bien marqué , comme le Brachinus, YAptinus y le Licinus , les Chlœ- nius , le Platinus , Y Anchomenus , les S phodrus , Cala- thus , Abax , Steropus , Ophonus, Harpalus , etc. Observées au microscope, les papilles se présentent en général sous la forme de bourses conoïdes semblables à des doigts de gant et s'abouchant dans la cavitép.ventricu- laire. Elles sont le plus souvent renflées à leur base, et leur extrémité est tantôt droite tantôt flexueuse, carac- tères exprimés par des figures qui me dispensent d'autres détails. Au travers de leurs parois pellucides on aperçoit des atomes alimentaires brunâtres. Des trachées d'une finesse que la lentille rend à peine sensible , forment un enchevêtrement à la base de ces papilles et le plus sou- vent un© bordure à chacune d'elles. M. Marcel de Serres , entraîné par des idées préconçues sur l'existence de deux ordres de vaisseaux hépatiques dans les Insectes , désigne les papilles ou villosités du ventricule chylifique sous la dénomination tout-à-fait impropre de vaisseaux hépati- ques supérieurs. § V. Intestin. — • Il prend brusquement son origine après le bourrelet où s'implantent les canaux biliaires. Sa longueur présente quelques légères variations suivant les genres. Il m'a paru proportionnellement plus long dans les véritables Car abus , le Brachinus et le Licinus r 411e dans les autres Insectes de la tribu. Sa portion grêle > ( 476 ) correspondant au jéjunum et à V iléon des animaux supé- rieurs, est filiforme dans tous les Carabiques , eourte , parfaitement glabre à l'extérieur, tantôt vide, tantôt plus ou moins remplie d'un liquide excrémentitiel. Un renflement ovoïde ou obloug fait suite à la portion grêle du tube intestinal et forme l'origine du gros intestin. Cette dilatation , constante dans les Carabiques et dans la plupart des Coléoptères , représente par sa position , comme par sa structure, le cœcum, et c'est sous ce nom que nous la désignerons dorénavant. Ramdohr , ainsi que M. Marcel de Serres , l'appellent à tort rectum. Dans le plus grand nombre des Carabiques que j'ai étudiés, le cœcum est semblable au jabot par sa grandeur, sa con- figuration et sa texture. Comme ce dernier il est variable pour sa forme suivant son degré de plénitude, et parcouru longitudinalement par huit bandelettes musculaires. Je n'ai point trouvé celles-ci sensibles dans la Clwina , les Chlœnius , YOmop/uon. Le premier de ces trois petits Carnassiers m'a paru remarquable par la longueur de son cœcum et la brièveté de l'intestin grêle. Cette con- formation était-elle accidentelle dans l'individu dont j'ai figuré l'appareil digestif? Le cœcum du Stenolophus est globuleux, quand il est rempli d'excrémens. Les parois du cœcum présentent intérieurement , au moins dans les grandes espèces, des plis, des sillons, des anfractuosités , des valvules en un mot, destinées au séjour du résidu fécal. Celui-ci est une sorte de bouillie de couleur cannelle. Les deux espèces de Zabrus dont j'ai étudié l'anatomie, présentent dans la texture du cœcum un trait qui , jusqu'à ce jour , me parait leur être exclu- sivement propre , non-seulement dans la tribu des Cara- biques, mais encore dans tous les Coléoptères. Cet organe ( 477 ; offre vers son origine six espaces ovales oblongs , placés sur une même ligne circulaire et circonscrits chacun par un filet brun , sétacé, d'apparence cornée. On retrouve une organisation semblable dans le cœcum de quelques hyménoptères , notamment dans celui de la Xjlocopa violacea. Le rectum est fort court et diffère du cœcum dont il est la continuation, parce que sa pannicule charnue n'est point valvuleuse. La texture du tube alimentaire des Carabiques et des Insectes en général offre , ainsi que dans les animaux des ordres supérieurs, trois tuniques distinctes. L'une ex- terne paraît membraneuse ; l'autre intermédiaire est mus- culeuse , et ses fibres ont des directions variées souvent même opposées , car il y en a de longitudinales, de cir- culaires et d'obliques. La troisième tunique ou l'interne, est muqueuse. Elle adhère faiblement à la seconde, et il n'est pas rare que lorsqu'on fait sur cet organe une inci- sion qui ne •l'intéresse point , elle s'échappe au-dehors en faisant une hernie plus ou moins considérable. Je terminerai ce qui concerne le canal alimentaire des Carabiques par quelques considérations physiologiques sur la fonction digestive. Ces Insectes à l'aide de leurs griffes , de leurs mandibules, de leurs mâchoires, saisis- sent, déchirent, broyent la matière alimentaire. Celle- ci parvenue dans le jabot y est soumise , à raison de la texture éminemment musculeuse et contractile de cette première poche gastrique , à une action compressive qui en dissocie les élémens et la réduit en une pulpd liquide. Cette dernière a , dans la plupart des Carabiques , une couleur noirâtre et une odeur fétide. M. Marcel de Serres pense que ce liquide n'est jamais que de la bile. La si- ( 478 ) tuation des vaisseaux biliaires à l'extrémité du ventricule chylifique, par conséquent bien loin du jabot et au-delà des valvules du gésier , la couleur du liquide , la facilité et l'abondance avec lesquelles il est vomi , sont peu fa- vorables à cette opmion. L'organisation intérieure du gésier offre en miniature l'image de certaines machines destinées à broyer et à moudre ; et ce sont effectivement là les fonctions de cet organe. Les lames cornées dont il est armé, mises en jeu par les muscles sous-jacens, ha- chent incessamment la substance nutritive qui , retom- bant dans les gouttières intercalaires , y éprouve de nouveau l'action comminutive des arêtes dentelées. En- fin , les pointes eonniventes qui constituent la talvule pylorique ne laissent filtrer dans le ventricule chylifique qu'une pâte fine et bien élaborée. La délicatesse toute particulière de la texture de ce dernier*,' le nombre pro- digieux de ramifications trachéennes qui l'entourent et le pénétrent, sa situation a la suite du gésier , tout sem- ble porter à croire que c'est dans cet organe que s'opère l'acte important de la chylification. M. Cuvïer consiftère les papilles, ou, pour me servir de son expression, les villo sites de ce ventricule comme des tubes suceurs qui as- pirent dans la cavité abdominale un liquide qui remplace, dans les Insectes, le suc gastrique des animaux des classes supérieures. D'après les fonctions que j'attribue au ventricule chylifique, fonctions déduites de sa position et de sa structure anatomique , il est évident que je ne par- tage point l'opinion de cet illustre naturaliste. Jusqu'à ce que de nouvelles recherches nVaient mis à même de changer ou de modifier ma manière de voir sur ce point de physiologie , je ne puis considérer ces papilles que comme des valvules bursîformes , dans lesquelles les sucs (479) alimentaires après avoir éprouvé par le concours simul- tané de leur séjour, de leur mélange avec la bile et de l'an ion vitale , une élaboration qui les convertit en chyle , sont d'abord admis, puis sans doute exhalés pour accom- plir l'acte de la nutrition. Et , pour le dire en passant, les papilles ventriculaires des Coléoptères me paraissent avoir une grande analogie de structure et de fonctions avec celles bien moins nombreuses , mais infiniment plus vastes, qui^ entourent le gésier des Orthoptères et que quelques zootomistes ont considérées les uns comme des estomacs , les autres comme des vaisseaux biliaires supérieurs. Cette dernière opinion admise , et sinon créée du moins généralisée par M. Marcel de Serres , me pa- raît insoutenable. Remarquons que dans plusieurs In- sectes du même genre , ces papilles existent dans les uns et manquent dans les autres, que quelquefois lorsqu'elles sont courtes elles s'effacent par une grande distention de l'organe ; que dans quelques circonstances , comme par exemple dans le Lampyris , elles sont remplacées, par de simples boursouflures -, qu'enfin , il est un très-grand nombre d'Insectes de toutes les classes qui en sont ab- solument privés. Je vais exposer maintenant, dans l'ordre de la classifi- cation entomologîque , les variétés de configuration et de structure du tube alimentaire dans les diverses familles d'insectes Coléoptères, étrangères aux Carabiques, et dont j'ai fait la dissection. ( La suite au prochain numéro. ) Explication des Figures, Planche XX. Fig. i. Appareil digestif du Cababus auratus, médiocrement grossi. ( 48°) «». Tête et parties de la bouche (celles-ci sont d'une grandeur dis proportionnée ). b. OEsophage et jabot suivis du gésier c. d. Ventricule chylifique ; ce. vaisseaux hépatiques ; f. intestin grêle, g. Cœcum; hh. appareil des sécrétions excrémentitielles ; i. dernier segment dorsal de l'abdomen de la femelle. Fig. i. Ge'sier de cet insecte renversé de manière à mettre en évidence sa contexture interne; considérablement grossi. Fig. 3. Portion du ventricule chylifique du même , vue au microscope. On y voit la forme et la disposition des papilles. Fig. 4* Une de ces papilles isolée , considérablement grossie , avec la trachée qui s'y distribue. Fig. 5. Appareil digestif fort grossi de I'Aptinus displosor. a. Jabot gonflé par de l'air; b. gésier; c. ventricule chylifique ; dd. vaisseaux hépatiques ; e. intestin grêle suivi d'un cœcum contracté ; ff. appareil des sécrétions excrémentitielles ; g. dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 6. Appareil digestif fort grossi du Scarites pyrac.mok; a. jabot dilaté; b. gésier ; c. ventricule chylifique ; dd. vaisseaux hépati- . ques tronqués; e. intestin grêle ;f. cœcum. Fig. 7. Appareil digestif fort grossi du Clivina arewaria. a. Jabot gonflé; b. gésier] c. ventricule chylifique; dd. vaisseaux hépatiques; e. cœcum allongé précédé d'un intestin grêle fort court; f t dernier segment dorsal de l'abdomen. Fig. 8. Appareil digestif fort grossi du Chljenius vestttcs. a. Jabot dilaté ; b. gésier dégénérant en arrière en un col; c. ventri- cule chylifique; dd. vaisseaux hépatiques tronqués; e. intestin grêle court dégénérant en un cœcum allongé ;^f*. appareil des sécn- lions excrémentitielles ; g. dernier segment dorsal de l'abdomen de la femelle avec des crochets vulgaires ciliés. | Fig. 9. Portion considérablement grossie du ventricule chylifique afin de mettre en évidence la forme des papilles qui sont renflées à leur base. Fig. 10. Appareil digestif fort grossi du Sphodrt:s terrïcola. a. Portion de la fcêle et ;mtennes. Le troisième article de celles-ci est plus long que le premier. e. Jabot; c- gésier, d. ventricule chylifique ; ee. vaisseaux hépatiques tronqués;^, intestin grêle suivi d'un cœcum oblong; gg. appareil des sécrétions excrémentitielles; h. dernier segment dorsal de l'abdomen. (48i ) Planche XXI. Fig. i. Appareil digestif fort grossi du Steropus madidus. a. Tête arec les antennes et les parties de la bouch. { mandibules fortes, édentécs; labre tronque , cilié; dernier article des palpes allongé , cy luwlroiile , tronqué ; antennes assez courtes presque mo- niliformes. b. Jabot dilaté ; c. gésier accompagné de lambeaux adipeux épiploï- ques , et suivi du ventricule chylifiquc ; dd. vaisseaux hépatiques tronqué*; e. intestin grêle suivi d'un caecum à parois froncées \ff. appareil des sécrétions excrémtntitielles; g. dernier segment dorsal de la femelle et crochets vulgaires. Fig. a. Appareil digestif fort* growi'dfl Zabrot cibbus. ./. Tête avec les antennes et les parties de la houche. Région occipitale grosse; 'labre presque carré, assez gvand, cilié; dernier article des palpes cylindroïde ; mandibules robustes , édentéesj antennes courtes, i* article plus gros, le 3 e plus long, les autres presque moniliformes ; yeux petits, obronds, peu saillans. b. Jabot en pnrtie dilaté et en partie contracté; c. gésier dégénérant en un col ; d. ventricule chylifîque à papilles courtes; ee. vaisseaux hépatiques tronqués;^ intestin grêle suivi du cœcum ; gg. appa- reil des sécrétions ' excré'mentilielfes La grappe des utricules secré- taires manque; h. dernier segment dorsal de l'abdomen de la femelle, avec les crochets vulvaims ; ceux-ci ovales , obtus , munis de deux poils roides. Fig. 3. Appareil digestif fort grossi du Harpalus MJFicomns. a. Tête avec'la base des antennes et les parties de la bouche ; b jabot, médiocrement dilaté ; c. gésier j d. ventricule chylifîque ; ee. vais- seaux hépatiques tronqués; J. intestin grêle suivi du cœcum dilaté ; §£• appareil des. sécrétions excrémenlilicUes , h. derniers segmens dorsaux de l'abdomen du mâle. L'avant-dernier foit grand , cou- vert de points piliféres; le dernier très-étroit , comme sinueux à son bord qui a quatre poils isolés assez longs, rig. 4« Appareil digestif fort grossi du Harpalus bikotatus. a. Portion de la tôle; b. jabot contracté excepté à sa partie posté- rieure; c. gr'sier^ d. ventricule chylifîque; ee. vaisseaux hépatiques tronqués ; f. intestin grêle suivi du cœcum; gg. appareil des sécré- tions excrémerUifielles ; h. dernier segment dorsal de l'abdomen de la femelle et crochets vulgaires. Fig. 5. Appareil digestif fort grossi du Nebria arei» aria. a. Jabot irrégulièrement contracté ; b. gésier; e. ventricule chylifîque Tome II. 3i ( 48a ) globuleux à son origine ; dd. vaisseaux hépatiques tronqués j e. in- testin grêle ;f. caecum. Fig. 6. Appareil digestif fQrt grossi du INebria brevicollis. a. Portion de la tête; b. jabot; <\ gésier; d. ventricule chyliûque ; renfle' à son origine et hérissé de grosses papilles conoïdes; ee. vaisseaux, hépatiques ' 9 f. intestin grêle; g. cœcum ; hh. appareil des sécrétions excrémentitielles-, i. dernier segment dorsal de l'ab- domen. Sur des os de Sèche fossiles-, Par M. le baron G. Cuvier. L histoire naturelle a aussi ses énigmes, dont on est quelquefois bien jong- temps à chercher le mot, sans mériter une grande gloire quand on l'a trouvé} elle offre des problèmes dont la solution peut échapper aux hommes les plus habiles , et étonner cependant par sa simplicité , lorsqu'une fois le hasard l'a fait découvrir. De ee nombre est la question dont je vais entretenir un instant l'Académie. Depuis que l'on a reconnu l'importance de la détermi- nation précise des fossiles pour l'histoire du globe , les plus savans naturalistes s'en sont occupés avec beaucoup d'ardeur, et dans les contrées voisines des grandes villes, il' est bien peu de ces productions qui n'aient été recueil- lies et rapportées à leurs classes ou à leurs genres. Ce- pendant il en restait un aux environs de Paris , qui faisait presque le seandale de la géologie. Les uns y cherchaient quelque, partie de dent ; d'autres la charnière de quel- que bivalve inconnue ou l'articulation de quelque patte de.«ràbè -, mais-personne n'était assez sûr de son opinion pour la hasarder en public. J'ai l'honneur d'en présenter plusieurs échantillons dé- .II H'- (4W ) terres les uns à Baines , près Magny, d'autres près de "Mantes , d'autres à Grignon , d'autres près de Valogne* Leur s.i1>^i.um«« est calcaire et analogue..*» 'celle de* coquilles. Mais elle est toujours en partie cassée, et l'on ne trouve aucun échantillon qui ne paraisse évident ment rompu par tous ses bords. On y remarque toujours une pointe , Une sorte d'épine plus ou moins aiguë, plus ou moins comprimée. D'un côté de sa base est une partie convexe, qui, lors- qu'elle n'a pas été trop mutilée , présente des aspérités fort marquét \s-, du côté opposé s'élève une Urne mince, demi-circulaire, redressée dans le sens de l'épine, striée en rayons, et irrégulièrement dentelée à ses bords. Entre la base de cette lame redressée, et la partie con- vexe , précisément sous la base de l'épine , est une conca- vité plus ou moins profonde, dont la face qui répond sous la partie convexe est marquée de stries concentra-* ques , et a l'air de s'être prolongée au-delà de la cassure, d'une (j nautile dont il n'est pas possible de marquer les limites. Tels sont les caractères généraux , et l'on peut dire génériques , des fossiles dont nous parlons. On observe ensuite plusieurs différences, dont les unes tiennent au plus ou moins de, mutilation ; mais, dont les autres paraissent naturelles , et peuvent fournir en quelque sorte des caractères spécifiques. Ainsi l'épine est tantôt plus, tantôt moins aiguë, tantôt plus ou moins comprimée ou tranchante , la convexité de sa base prend diverses courbures , etc. Mais aucune de ces différences n'est assez grande pour qu'on ne recon- naisse pas la même structure fondamentale, et un corps unique dans son genre. 3i* \ ( 484 ) J'ai cherché en vain depuis plus de dix ans quel pouvait être ce corps , et je n'ai pas appris que les personnes de ma connaissance qui se sont aussi occupées de ce pro- blème aient été plus heureuses que moi. Enfin il y a peu de jours qu'en travaillant à l'un des mémoires que j'ai lus dernièrement à l'Académie , j'en ai trouvé par hasard une solution certaine. C'est l'extrémité inférieure mutilée de ce qu'on ap- pelle communément Vos de la Sèche. L'os de Sèche , tel qu'on le voit dans le commerce , est ordinairement privé des lames minces qui forment ses rebords, parce que l'on n'a pas d'intérêt à préserver cette partie inutile , des accidens auxquels l'expose sa fragilité. Les anatomistes qui ont disséqué la Sèche , se sont oc- cupés de la structure de son os , qui est fort curieuse , et ont négligé les détails de sa configuration dont ils n'apercevaient pas l'intérêt. Mais lorsqu'on retire avec soin cet os prétendu , d'une Sèche bien entière , on reconnaît qu'outre ce grand corps formé de lames minces , réunies par de petites colonnes creuses , il a des rebords qui achèvent de lui donner le caractère d'une coquille. L'extrémité de ce corps de l'os , opposée à la tête , s'a- mincit et se rétrécit 5 sa pointe s'enfonce dans une conca- vité où les lames qui le composent se marquent par des stries transversales. Des côtés de cette pointe du corps , et des rebords de la concavité où elle se termine, naît une lamé* osseuse, mince , qui se redresse et se relève un peu, pour former en quelque sorte une poupe de bateau ou de chaloupe, et elle est striée en rayons sur toute sa surface antérieure. (485) Derrière son rebord , on découvre une épine fort ai- guë , implantée sur la partie la plus convexe de la face postérieure du corps de l'os , laquelle est tout en- tière hérissée d'aspérités.- Ainsi l'os de la Sèche la plus commune, présente dans son extrémité opposée à la tête de l'animal rigou- reusement tous les caractères génériques qui distinguent les productions que nous examinons. Les seules différences consistent dans les proportions. Dans le fossile la convexité postérieure est plus saillante j la concavité antérieure est plus profonde ; l'épine est courbée plus en arrière. Mais il n'est aucun naturaliste exercé qui ne reconnaisse que ce sont là de simples caractères spéciGques du même degré que ceux qui dis- tinguent entre elles les diverses espèces de nos fossiles. Par conséquent ces fossiles ne diffèrent de la Sèchfï qu'autant qu'ils diffèrent entre eux. Ils appartiennent donc à des espèces de Sèche , mais à des espèces différen- tes de la nôtre , et par-là se trouvent encore confirmées deux lois géologiques depuis long-temps énoncées. C'est que les êtres de ces anciens temps , en différant de ceux d'aujourd'hui pour les espèces, se rapportent cependant aux mêmes classes , aux mêmes familles, et que la nature d'alors était astreinte dans ses combinai- sons d'organes aux mêmes règles que la nature d'au- jourd'hui. PJ. 22, fig. i et 2, - s de Sèche fossiles vus sous diflërens aspects. Sur des becs de Sèche fossiles . — Extrait d'une lettre de M. Gàillardot , docteur-médecin , à M. Alexàhdre Brongniàrt. Lunéville, 28 mai 1824. La première espèce (planche 22, fig. 3 à i4) ( 486) a la forme d'un bec, dont la pointe est un peu recour- bée. Le dos présente trois lignes saillantes qui sont réu- nies à la pointe , et dans ses intervalles sont des lignes de communication disposées obliquement et alternative- ment. De chaque côté sont des expansions plus ou moins aplaties, avec une ou deux lignes saillantes, et paral- lèles aux lignes latérales du dos on de la carène. La par- lie postérieure de ces becs est très-mince , ce qui fait qu'on ne l'obtient que très-rarement entière. Lu fig. 3 est celle qui présente ce fossiie dans sa plus parfaite in- tégrité. La partie antérieure est épaisse ; elle paraît re- poser sur une autre pièce qui la déborde et la recouvre même en partie en se repliant sur elle. La partie inférieure ou le dessous , offre antérieure- ment une lèvre épaisse , sillonnée transversalement et irrégulièrement , comme un corps qui aurait été plissé dans l'état mou. En arrière se voit une cavité triangu- laire formée par les deux ailes ou expansions latérales du bec ; la surface en est Unie. De la pointe à la base les plus grands de ces becs ont environ vingt-cinq millimètres. Le.; deux ailes sont plus ou moins relevées. Il y en a qui sont tout-à-faît planes ; d'autres sont presque droites avec les côtés du dos (fig. n). La largeur , prise à la pointe des ailes , est d'environ vingt millimètres. La base du dos les déborde ordinaire- ment (fig. 3). Il est rare de les trouver régulières. Une aile est presque toujours* plus grande que l'autre , indis- tinctement. Ces corps n'ont aucun rapport avec dés becs d'oi- seaux. On les trouve toujours iéolés dant la Marne argi- leuse qui sépare les diverses couches de calcaire auquel ils appartiennent. Ce qui m'a donné l'idée qu'ils pou- vaient appartenir à quelque espèce de Céphalopode, c'est (4»7 ) qu'ils se trouvent constamment enveloppés d'un matière noire ressemblant à de la suie 'ou bien à du noir de fu- mée, mélangée avec de l'argile. Dans les petites cavités ou intervalles formés par les lignes du dos , on voit la matière noire plus pure, fendillée, un peu brillante, semblable à de l'anthracite. Dans la Marne où ils se trouvent, on voit quelquefois des espèces de nids ou amas de cette substance noire plus ou moins mélangée d'argile. On trouve encore, mais plus rarement, ces becs tout-à-fait adhérens à la pierre. La seconde espèce de ces fossiles (fig. i5 à 26; est dési- gnée sous le nom de bec de canard par les ouvriers , pour la distinguer de la première dont elle , diffère en effet, n'ayant point la forme d.'un bec. La partie anté- rieure seulement ou le corps du fossile se rapproche un peu de la forme de la partie antérieure et supérieure duhec du S épia oc topus. La partie postérieure est aplatie et arrondie suivant la forme du bec du canard. Elle pré- sente dans son milieu une saillie arrondie , conique , dont la pointe se trouve fixée au bord supérieur de là première partie , et la base , aplatie , va en s'élargîssant former le bord postérieur. La face inférieure présente imparfaitement en relief la figure d'un oiseau dont les ailes seraient développées. Ces corps ne sont point réguliers. Quelquefois la partie antérieure est très-grosse et la postérieure très^petite. D'autres au contraire ont la partie postérieure large , et la partie antérieure peu développée et comme recourbée. L'une ou l'autre semble même manquer quelquefois oM est très-petite. Ils se trouvent également accompagnés de la môme matière noire que les premiers becs'. Je ne me rappelle pas avoir vu de becs fti Sèrliê, ni ( 488 ) d'os ou coquilles de ces animaux dans aucune des col- lections de fossiles que J'ai été dans le cas de visiter. On a pris pour des becs de Sèche, dit M. Bory de Saint- Vincent dans son Voyage souterrain à la montagne de Saint-Pierre de Maëstricht, les valves recourbées et perforées des Térébratules 5 les becs des environs de Lu- néville n'appartiennent certainement pas à ces co- quilles. Ces becs de la montagne de Saint-Pierre de Maës- tricht , figurés dans l'ouvrage de Faujas , ne ressemblent en rien à des becs de Sèche , ni aux becs fossiles de Lu- néville. M. Denys Montfort croit que ce sont des osse- lets d'oursins. Ce n'est pas à moi à prononcer. Les becs d'oiseaux pétrifiés , dont parlent Linné et Valérius, ne seraient-ils que des fossiles semblables aux nôtres ? Le terrain des environs de Hœttingen est un calcaire coquillier , et il est probable que c'est dans cette même formation que M. Blumenbach a trouvé les becs dont il fait mention dans son Archœologia telluris. Le terrain dans lequel se trouvent les becs de Sèche des environs de Lunévilîe , est un calcaire coquillier où se trouvent abondamment des Térébratules lisses et des Mytulites. On y trouve aussi des Ammonites, depuis six pouces de diamètre jusqu'à quinze pouces, très-aplaties , ressemblant à la ligure que M. Denys Montfort a donnée de r Ammonite mi-parti, vol. 4 d e son Histoire Naturelle des Mollusques. Les autres coquilles fossiles y sont rares. Il existe probablement des becs de Sèche fossiles en d'autres lieux de cette formation de calcaire coquillier dont les Vosges sont entourées , ce que je tâcherai de vérifier en parcourant ces terrains dans une plus grande ( 48 9 ) étendue. J'ai aperçu des ossemens dans un calcaire semblable ■ à sept lieues à Test de Lunéville , et à dix lieues au sud. Il ne manquerait que des observateurs sur bien des points pour y découvrir des fossiles rares et intéressans. Celui de Rehainvillers, curieux par ses ossemens et par les becs que j'y ai découverts , n'offre point de coquilles en aussi grand nombre, aussi variées , ni aussi bien conservées que celles de quelques terrains de la formation jurassique. La caisse que j'ai l'honneur de vous adresser contient toutes les Coquilles fossiles (i) que j'ai pu observer aux carrières de Rehainvillers , depuis plusieurs années. Je n'y ai point trouvé d'Oursins, de Bélemnites ni de Madrépores. A peu de distance , mais dans des terrains appartenant à la même formation , les fossiles changent. Les Ammonites de Gerbé^llers , de Moyen , à une et deux lieues de Rehainvillers, ont le corps plus arrondi; elles sont moins grandes , mais les articulations sont les mêmes -, elles ressemblent à celles des Orthocératites. Note sur la Douve à long cou ( Fasciola lucii) *, Par M. Louis Jurine , professeur d'Anatomie à Genève. On ne tarda pas à découvrir en étudiant un seul Ver intestinal que la partie systématique de l'histoire natu- relle devance rapidement celle dont l'objet essentiel est lY'tude plus approfondie des êtres créés. Les naturalistes nomenclateurs ont /lans moins de vingt ans triplé le genre des Vers intestinaux, et plus que décuplé le nombre des espèces , sans que nos connaissances relatives à l'or- ganisation de ces animaux se soient à beaucoup près . i (i) Ce sout les mêmes que celles de Toulon, de Meisner (Al. Br.) (490) accrues dans la même proportion. Les détails Suivans sur la Douve à long cou, sans doute très- imparfaits, pourraient servir de preuve , s'il était nécessaire , à la justesse de cette remarque critique. Le nom générique de Fasciola a été donné par diftérens auteurs , entre autres par Linnœus , à certains Vers in- testinaux dont le corps généralement aplati quelquefois au gré de l'animal, ressemble alors à un ruban (i). L'espèce dont je vais esquisser l'organisation est connue sous les noms de Douve à long cou , Douve du Brochet (Fasciola lucii) (2). Blocli est de tous les auteurs dont j'ai eu connaissance , celui qui en a donné la des- cription la plus complète : il l'appelle Ver à double trou ( das Doppeltloch ) : il dit que Linnseus n'a pas connu cette espèce , mais que Muller en a parlé , soit dans son Prodrome de la Zoologie Danoise , n° 2^71 3 , soit aussi dans sa Zoologie Danoise , où il l'a figuré , table 3o , fig. 7 (3). La dénomination spécifique que Muller a donnée à ce Ver pourrait faire croire qu'on ne le trouve que dans le Brochet} cependant on le rencontre en aussi grande quantité dans la Truite : ceci prouve , en passant , que la méthode qui semble avoir prévalu de donner aux Vers intestinaux pour nom spécifique celui de l'animal où on les a trouvés la première fois, n'est pas exacte , et qu'elle peut même souvent induire en erreur. > , , , ! , . U 1 \ (1) a Corpus planiusculum , poro duplici, rariùs solilario : v telle est la phrase que donne Linnœus au genre Fasciola 5 il ajoute assez souvent à la suite de la description des espèces : « An hujus generis ? » ( G. M. i3édit. ) (^ F. lanceolala , margine depresso crenato , collo clongato tereti ; telle est la phrase spécifique. (Même e'dit. ) (3) Beytrag zur Natur^eschichtederWûrmer welche in andern Thie- ren leben, pag. 534 de la Collection qui a pour titre : Beschaftigungen d. r TWlinischen Gescllschaft naturforschender Freunde. Viertrr Band. (49' ) C'çst mu ton (dans l'estomac du Brofchet , ou dans les appendices aveugles ( cœca ) , improprement appelés mésentère , du canal intestinal de ce poisson , qu'habite la Douve, à long cou : elle «e loge entre les plis que forme la membrane interne de ses cavités. Souvent enve- loppé dans le suc épais et visqueux que" recouvre ces par- ties, il n'y a que les mouvemens de ce Ver et l'habitude de le voir qui le fassent reconnaître» Il est rare qu'il n'y ait pas dans un Brochet quelque Douve à long cou , de- puis un jusqu'à trente individus à la fois. La forme de ce Ver est essentiellement cylindrique dans la partie antérieure du corps , comprise entre les deux suçoirs : sa couleur est d'un rouge brun dans les adultes , mais dans les jeunes individus elle est beau- coup plus claire et presque transparente : la longueur varie depuis deux à six lignes : la progression de l'ani- mal , laquelle dépeud de la position relative des suçoirs , est d'environ une ligne pour chacun des mouvemens progressifs qu'il exécute : sa démarche ressemble un peu à celle des Chenilles arpenteuses. On ne voit bien les suçoirs de ce Ver , que lorsqu'il est couché sur le dos : ce sont deux trous circulaires , dont l'un est à l'extrémité antérieure du corps , et l'autre au tiers ou au quart de sa longueur totale , à partir de la tète ; ces trous sont entourés d'un bourrelet mus- culaire, à fibres rayonnantes , dont la contraction plus ou moins grande agrandit ou rétrécit d'autant les ouver- tures des suçoirs. L'action adhésive des* suçoirs est assez forte pour qu'on ne puisse, arracher un de ces Vers d'un endroit où il s'est fixé , qu'en employant un certain degré de- force : quand la Douve à long cou veut se mouvoir , (49*) elle fait d'abord lâcher prise au suçoir antérieur qu'elle porte ensuite en avant, en allongeant, autant que pos- sible, la partie de son corps comprise entre les deux su- çoirs *, le premier de ces suçoirs étant fixé , le postérieur lâche prise à son tour , et se rapproche de l'antérieur : non-seulement ces Vers s'attachent les uns aux autres quand on en met dans l'eau , mais ils fixent même leur suçoir antérieur sur quelque partie de leur propre x corps , qui se trouve alors arqué ou recourbé. Si l'on plonge dans l'eau tiède quelques Douves à long cou , elles s'agitent , s'allongent , se contractent , et dans l'exécution de ces divers mouvemens , leur corps, aupa- ravant cylindrique , se développe et s'aplatit comme un ruban. Il semblerait donc que la forme de leur corps est à l'ordinaire cylindrique , car la chaleur propre des poissons qui recèlent ces Vers , excède à peine celle du liquide où ils vivent 5 et l'on sait que les poissons périssent assez promplement dans l'eau dont la tempé- rature est de vingt-cinq ou vingt-six degrés au-dessus de zéro , de l'échelle du thermomètre de Réaumur (1). Bloch dit que quelques-uns de ces Vers mis dans l'eau pure y ont vécu pendant huit jours, sans autre nour- riture : j'en ai conservé qui y ont vécu pendant un mois (du 1 4 février au 1 4 mars ) : le corps de trois d'entre eux , au bout de quatorze jours, avait blanchi dans la partie an- térieure seulement \ la couleur rougeâtre des autres s'é- tait un peu affaiblie : dix jours plus tard tous avaient (1) La Douve de la brebis (Fasciota hepatica) , qui habite dans les veines hépatiques du foie de cet animal, a son corps, au contraire, presque aplati comme une petite feuille d'arbre , mais courbé en demi- cornet. Ces vers sont cause, ou effet, de la maladie des moutons ap- pelée la pourriture. (493) blanchi , hormis deux qui avaient sucé les humeurs de leurs compagnons , et qui paraissaient avoir presque autant de vie que si on les eût récemment sortis de l'es- tomac d'un Brochet. Il y a le long des parties latérales du corps de la Douve à long cou deux ligues d'un brun foncé, fréquemment interrompu, qu'on n'aperçoit quelquefois qu'à peine. Ces deux lignes forment le canal intestinal du Ver : le sphincter de ce canal esta la partie convexe et postérieure du suçoir antérieur, où il forme un bourrelet un peu dilaté dans sa partie moyenne , et qui communique avec l'intérieur du suçoir par un petit trou qu'on voit au fond de la cavité de cet organe : le canal alimentaire , immédiatement après le sphincter , se dirige d'abord en travers du corps , et se contourne ensuite pour en suivre la longueur, parallèlement à ses bords, en faisant de légères ondulations. Ses deux branches se terminent en cul-de-sac à l'extrémité postérieure du corps, sans que j'aie pu y reconnaître aucune issue» Les matières renfermées dans ce canal paraissent n'être composées que de filamcns très-fins qui , vus au microscope, ressemblent à du duvet ou à de la bourre, et se dissolvent facilement dans l'eau : elles ne remplissent pas à l'ordinaire tout le canal , mais sont entrecoupées on disséminées par fragmens plus ou moins longs : elles ont un mouvement très-apparent , qui doit dépendre de la contraction du canai , et qui s'effectue assez sou- vent à la fois , en sens contraire, mais dans des parties différentes ; en sorte qu'on voit des matières qui mon- tent et d'autres .qui descendent : tantôt elles suivent une route commune en se •rencontrant, d'autres fois elles se repoussent et prennent une direction rétrograde , ou bien (494 ) enfin une partie desmatières reste stationnaire, tandis que l'autre rebrousse chemin. Cette singulière oscillation des matières présente un spectacle assez curieux. Quand ra- nimai veut s'en décharger, il en réunit autant qu'il peut dans la partie transversale du canal , ce qui la distend assez pour forcer la résistance qu'opposait à l'issue des ma- tières la contraction du sphincter. Si ces matières sortent tandis que l'animal est couché sur le dos , elles tombent au fond du suçoir qui , se contractant avec force , les jette au-dehors. Cette opération se répète plusieurs fois jusqu'à ce que la partie transversale du canal soit à peu près vide : mais si Ton irrite un peu le Ver , il éva- cue en une seule fois toutes les matières contenues dans les deux branches de son canal alimentaire ; elles filent alors sans interruption et forment un boudin qui conserve la forme du moule qui leur a donné passage. Le canal ainsi vide n'est plus visible à l'œil nu , mais vu au microscope il est recouvert à l'extérieur d'un petit réseau de vaisseaux blanchâtres , extrêmement fins et délicats. J'ai souvent injecté le canal alimentaire de la Douve à long cou par le suçoir antérieur , soït avec du mercure, soit avec des liquides colorés. J'ignore comment la Douve à long cou prend sa nour- riture -, mais je présume que c'est par le suçoir anté- rieur et qu'il y a un conduit particulier, situé au-devant de l'extrémité de l'intestin , qui porte les sucs alimen- taires dans le canal intestinal , en sorte que la bouche et Vanus seraient très-voisins l'un de l'autre. Il existe dans la partie interne de chacune des divi- sions du canal alimentaire, mais seulement dans l'espace de ce canal compris entre les deux suçoirs , un petit cor- don demi-transparent , qui tire son origine de la partie (4g5) antérieure du Ver , et va se ramifier , en cessant d'être visible, sur les parties de l'intérieur du corps situées au-delà du suçoir postérieur. C'est probablement un nerf, car jamais il ne paraît coloré et les injections n'y ont point accès (i). On voit derrière le auçoir postérieur un amas de vais- seaux repliés et contournés sur eux-mêmes , remplis dune matière en apparence homogèfie. C'est le canal des œufs ou l'ovaire ♦ dont les replis cessent près de ce suçoir ,. pour ne pj us présenter qu'un filet qui se ter- mine, après avoir contourné et ensuite dépassé le su- çoir , par un sac allongé très «transparent , percé d'une petite ouverture circulaire, laquelle communique avec l'extérieur du corps. C'est par cette ouverture que le Ver pousse ses œufs au-dehors quand le sac en est plein j e,t c'est à la contraction seule de la membrane du sac qu'est due l'expulsion des œufs qui ne sortent pas isolé- ment , mais liés les uns aux autres comme les grains d'un chapelet. La ponte ne cesse que quand le sac né contient plus d'oeufs \ mais quoique chaque opération fournisse une quantité d'œufs considérable, l'ovaire ne reste pas moins toujours garni de la matière aux œufs ; c'est vaisemblablement là qu'ils mûrissent , avant de passer dans le sac transparent ( oviductiis) où ils sé- journent peu (?/)• I^es œ,ufs ont une configuration uniforme : ils sont ovales, et leur couleur plus ou moins foncée dépend de •* — (i) Bloch paraît croire que c'est le canal où circulent les humeurs du ver. (a) Bloch a pris l'ovaire de la Douve à loug cou , pour le canal ali- mentaire de cet animal. (496 ) ce que leur maturité est plus ou moins avancée : d'abord blanchâtres, ils deviennent d'un brun clair qui passe au brun foncé quand ils sont près d'être pondus : chacun d'eux , vu au microscope , paraît opaque dans le centre et transparent à son contour. Il y a derrière l'ovaire trois boules sphériques blanchâtres , et assez grosses pour faire une saillie en dessus et en dessous du corps lorsqu'on regarde l'animal en profil. Si l'on examine la plus antérieure de ces boules quand le Ver présente le dos à l'observateur i, on voit sur sa partie la plus bombée un vaisseau blanchâtre légèrement ondulé , qui s'a- vance vers chacun des côtés du corps , et produit, en s'y ramifiant , les festons d'un blanc jaunâtre qu'on y remarque. Ces festons , qui ne s'étendent pas au-delà du suçoir postérieur , se terminent à l'extrémité de la queue du Ver par une ouverture. La boule intermédiaire et la postérieure ne laissent apercevoir au microscope que de petits globules blanchâtres, d'une forme irrégu- lière , qu'on croirait enveloppés dans une membrane blanchâtre qui est peut-être la continuation de celle de l'ovaire. Les globules qu'on voit dans l'intérieur des boules se remarquent également dans la partie festonnée des bords du corps de l'animal, en sorte qu'il semble- rait y avoir une communication entre ces parties. On dé- couvre au-devant de la poche des œufs , qu'on pourrait appeler ovidy.ctus , un corps vasculaire assez gros 5 en- trelacé sur lui-même, d'une figure ovale et d'une cou- leur blanchâtre : il se porte davantage à l'arrière du corps de l'animal quand Yoviductus est plein que lorsqu'il est vide. On «'aperçoit rien dans l'intérieur de cet or- gane , qui conserve toujours sa même forme. (4y: ) Explications des Figures. Planche XXIII. Fig. i , 3» 3. Représentent la Douve à long cou , de grandeur naturelle, mais avec difTéVens degrés d'extension. Fig. 4, 5. Le ver grandi et grossi vingt-cinq fois environ au-delà de ses dimensions naturelles j il est vu par-dessous dans la figure qua- trième, et par-dessus dans la figure cinquième. Fig. 4- a. Suçoir antérieur. — b. Suçoir postérieur. — ce ce ce. Canal intestinal. — tld. Ovaires. — eee. Boules, dont les deux qui sont le plus près de la queue du ver, contiennent des globules blanchâtres. ffff. Cordon nerveux qui se distribue dans les parties de l'inté- rieur du corps situées au-delà du suçoir postérieur. Fig. 5. aa. Filet blanchâtre qui produit en se ramifiant sur chacun des bords du corps les festons qu'on y remarque depuis le su- çoir postérieur. | extrait des Mém. de la Soc. de Physique et d'Hist. ÏVut. de Génère , tome II, première partie, page. i45. ) Note sur une nouvelle espèce ^'Achlysie. Par M; V. Atjdouin. Plus un genre est extraordinaire par son organisation , plus il devient important pour la science de le voir s'en- richir de nouvelles espèces. L'anomalie, lorsqu'elle em- brasse un grand nombre d'êtres , ne parait plus à nos yeux un écart de la nature ; mais elle prend place parmi ces groupes nombreux, sorte de chaînons dans la série des êtres , dont on n'a pu encore découvrir les liens inter- médiaires. Ces réflexions générales peuvent s'appliquer au génie très-singulier que j'ai établi sons le nom d'A- chlysie ( Mémoire de la Société d'Histoire naturelle , tome I , page 98 ). Il ne se composait que d'une espèce , Tome II. 3a ( 49* ) l'Àchlysie du Dytique , Achlysia. Dytisci; M. le barou de Mannerheim en a découvert récemment une seconde sur le Dytiscus lapponicus. Voici ce qu'il écrit à ce sujet à M. le baron Dejean « J'ai découvert une espèce appartenant au même genre. Elle était blanche et avait sur le dos quatre rangées de points ronges. J'en ai pris une vingtaine, et je regrette beaucoup de ne pas avoir étudié les mœurs de ces animaux si singulièrement cons- truits. J'espère pourtant pouvoir y parvenir une autre fois ; car ils ne sont pas rares en Finlande. » Je propose de nommer cette espèce, fort distincte de la mienne, l'AcHLYSiEnE Mannerheim, Achl. Manncrheinii, en l'honneur du savant entomologiste qui l'a observée le premier. J'ajouterai , quant à l'espèce que j'ai décrite , que M. Bonelli , savant entomologiste de Turin , m'écrit de cette ville , en date du i mai 1824 '. .... « L'Achlysie surtout a piqué ma curiosité \ je l'ai cherchée sur les Dytiques que j'avais dans l'esprit de vin , et d'après vos indications , je l'ai trouvée sans peine sur des individus que j'avais recueillis à cinq lieues d'ici \ mais je n'ai encore pu l'observer sur les Dytiques vivans trouvés au mois d'avril aux environs de Turin \ cela dépend peut-être de la saison , je verrai plus tard. » FIN DU SECOND VOMïMK. TABLE DB8 PLANCHES RELATIVES AUX MÉMOIRES CONTENUS DANS CE VOLUME. PL I. Fig. i. Crinum Taitense. — Fig. 2. Crinum bru- bescens. — Structure et développement de leurs prétendus bulbilles. PL II. Caulinia fragilis. Aiiatoiiiic microscopique de la tige et des feuilles. PL III. Caulinia fragilis. Mouvement du suc dans les vaisseaux de la tige. — Chara flexilis. Examen microsco- pique de la fleur et du fruit. PL IV, Chara flexilis. Mouvement du suc dans la tige, les feuilles et les vaisseaux de la fleur femelle. — Portdlaca oleracea. Phénomènes observés dans le pollen de cette plante à l'instant de la fécondation. PL V. LlTHOBIDS FORFICATDS et ScUTIGERA LINEATA. AnatO- mie du canal intestinal et des organes reproducteurs de ces deux insectes. PL VI. Grenouille commune. Appareil générateur femelle quçlques instans avant la ponte. Phénomènes qui se passent dans l'œuf fécondé. Développement du têtard. PL VII. Grains de Blé altérés par l'inoculation de TUredo FiSTIOA et du VlBRIO TRITICI. PL VIII. Vibrio TRiTici, à divers degrés de développement, vu au microscope. PL IX. Coupe du pays situé entre la Forêt-Noire et la Forêt- Bohémienne, ou environs de Wolfach à Ambcrg, et Coupe ( 5oo ) de la structure de la chaîne secondaire , connue sous le nom de l'Alp et du plateau calcaire de la Bavière septentrionale. P 1 . X. — Fig. i . Coccus zeje maïdis. Fig. 2 , 3 , 4 y 5 , 6 , di- verses Araignées. PI. XL Pores corticaux du Lys et de quelques autres plantes. — Coupe transversale de la tige du Nymphéa. PI. XII. Pores corticaux, tube poreux et diverses figures d'anatomic végétale microscopique. PL XIII. Anatomie microscopique duCHELiDONiUM majus, du Rotang, etc. PI. XIV. Suite de l'anatomie du Rotang et anatomie de l'A- LISMA PLANTAGO , etc. PI. XV. Métamorphoses et Anatomie du Drile jaunâtre. PI. XVI. Filets pécheurs de la Baudroie. PI. XVII. Buffles et Taureau à la course et flairant. Pi. XVIII. i°. Coupe idéale du pays entre les Pyrénées et la Vendée. — 2°. Coupe idéale du pays entre la Forêt-Noire et les montagnes anciennes de la Normandie. — 3°. Vue d'une partie des liions granitiques au milieu des roches schisteuses cristallines de Loucrup , coupe exposée sur la grande route de Loucrup à Mongaillard. PI. XIX. Coupes comparatives des bassins tertiaires du nord et du sud-ouest de la France. PL XX. Organes digestifs dans les insectes Coléoptères. — Fig. 1,2,3,4, Carabus auratus. — Fig. 5. Aptinus dis- PLOSOR. Fig. G. SCARITES PYRACMON. Fig. 7. ClIVINA a'renaria. — Fig. 8, 9. ChljENius vestitus. — Fig. io.Spho- DRUS TERRICOLA. PL XXI. Organes digestifs dans les insectes Coléoptères. — Fig. 1 . Steropus madidus. — Fig. 2. Zabrus gibbus. — Fig. 3. Harpalus ruficornis. — Fig. 4- H. binotatus. — Fig. 5. NEBRIA ARENAR1A. — Fig. 6. N. BREVICOLLIS. PL XXII. Os et becs de Sèches. —-Fig. i ,2.0s. —Fig. 3.-26. Becs. PL XXI IL Douve à long col , Fcrsciola lucit. FIN DE LA TABLE DES PLANCHES. TABLE DES MATIÈRES CONTENUES DANS CE VOLUME. Note sur les dépôts Tertiaires et Basaltiques de la partie du Wirtemberg et de la Bavière , au nord du Danube ; par M> Ami Boue. 5 Observations sur les prétendus Bulbilles qui se dévelop- pent dans l'intérieur des capsules de quelques espèces de Crinum,par M. Achille Richard. ' 12 Notice sur la modification du têt de certaines espèces de Mollusques adhérons ;par M. Defrance. 16 Notice sur l'Alumine hydratée silicifère ou Lenzinite, des environs de Saint-Sever; par M. Léon Dufour , docteur-médecin, correspondant de la société Philo- mathique de Paris. ai Sur la détermination des diverses espèces de Baleines vivantes; par M. le baron G. Cuvier. 27 Observations microscopiques sur diverses espèces de Plantes ; par M. J.-B. Amici , professeur de mathéma- tiques à Modène. 4* Sur une tète embaumée d'un habitant de la Nouvelle- „ Zélande, extrait d'une lettre de M. Léon-Dufour , docteur-médecin. 71 Quelques Observations nouvelles sur l'Ornithorynque. 74 Notice surl'Argas de Perse {Mallch de Mianèli) y décrit par les voyageurs sous le nom de Punaise venimeuse de Miana ; par Go tlhelj Fischer de IValdhclm. 77 (5oa) p»je». Sur le genre Saccellium de MM. de Humboldt et Bon- pland ; par M. Charles Kunth. 8a Recherches anatomiques sur le Lithobius forficatus et la Scutigera lineata; par M, Léon Dufour , Doc- teur-Médecin correspondant de la société Philoma- thique de Paris, etc. 8t Deuxième Mémoire sur la génération. Rapport de l'œuf avec la liqueur fécondante. Phénomènes appréciables, résultant de leur action mutuelle. Développement de l'œuf des Batraciens ; par MM. Prévost et Dumas, 1 oa Sur des vestiges d'organisation placentaire et d'ombilic, découvert chez un très-petit fœtus du Didelphis Vir- giniana; Lettre de M. E, Geoffroy de Saint-Hilaire aux Rédacteurs. 121 Notice sur le nid du Becquemouche {Sylvia cisticola Temminck), et observations sur les habitudes natu- relles de cet Oiseau ; par le docteur P. Savi. 426 Deuxième Mémoire sur la génération. Rapports de l'œuf avec la liqueur fécondante. Phénomènes appréciables, résultant de leur action naturelle. Développement de l'œuf des Batraciens; par MM. Prévost et Dumas. (Suite.) 129 Note sur un nouveau gissement du Bitume élastique; par M, C. P. Ollivier, d'Angers, D. M. P. 149 Observations microscopiques sur la suspension des raou- vemens musculaires du Vibrio Tritici ; par M. Fran- cis Bauer. i5/f Observations sur les genres Toluifera et Myroxylum , et sur l'origine des baumes de Tolu et du Pérou , par M, Achille Richard. i.(38 Mémoire géologique sur les Terrains anciens et secon- daires du sud-ouest de l'Allemagne, au nord du Da- nube ; par M. Ami Bouc. 17^ Description d'une nouvelle espèce de. Coccus, par (5o3) P»E«» M . Léon Dufour, docteur-médecin , correspondant de la société Philomath iquc de Paris , etc. 2o3 Descriptions et figures de quelques Arachnides; par le même. 2o5 Observations microscopiques sur diverses espèces de plantes; par J.-B. Âmici, professeur de mathéma- tiques à Modène. (Suite.) 211 Indication abrégée des plantes de la Flore du Brésil mé- ridional, qui appartiennent aux groupes des Drosé- racées , des Violacées , des Cistèes et des Franke- niées ; par M. Auguste de Saint-Uilaire. ifo Lettre de M. Geoffroy de Saint-Hilaire aux Rédacteurs des Annales des Sciences Naturelles sur l'audition des Poissons. 255 Mémoire sur une espèce d'insectes des environs de Paris , dont le mâle et la femelle ont servi de types à deux genres différens; par M. Desmarcst. 129 Revue des genres et des espèces de la famille des Terns- troemiacées , d'après les ouvrages les plus récens ; par M. Ad. de Jussieu. 270 Lettre sur la Génération des Insectes, adressée à M. le Président de l'Académie des Sciences; par M. Vic- tor Audouin. 281 Analyse de quelques Carbonates natifs, à bases de Chaux, de Magnésie, de Fer et de Manganèse; par M. P. Berthier, ingénieur des Mines. 286 Considérations philosophiques sur la détermination du système solide et du système nerveux des Animaux articulés. 20,5 Rapport sur le Mémoire de M. le docteur Bailly, inti- tulé Description des filets pécheurs de la Baudroie; par M. Geoffroy de Saint- Hilaire. 3 1 « Description des filets pécheurs de la Baudroie; par M. Bailly, IX M. P. 323 Terebinthacearum çencra denuo ad examen revocare , ( 5o4 ) page ckaracteribus magis accuratis distingucre , inque scp- temfamilias dîstribuere conatus est C. S. Kunth. 333 Programme des prix proposés par l'Académie royale des Sciences, pour les années 1825 et 1826. 36*G Extrait d'une lettre de M. Castelnau ( Junius), conseil- ler près la cour royale de Montpellier, à M. le docteur Bailly , sur des os fossiles de Mastodonte. 368 Mémoire sur l'usage des Cornes dans quelques ani- maux, et particulièrement dans le Buffle ; par E.-M. Bailly , D. M. P. 369 Mémoire Géologique sur le sud-ouest de la France, suivi de quelques observations comparatives sur le nord du môme royaume, et surtout sur les bords du Rbin ; par M. Ami Boue. 38; Analyse des travaux de l'Académie royale des Sciences, par M. le baron G. Cuvier , secrétaire perpétuel. Phy- siologie et Anatomie comparée du système nerveux. 4 2 5 Recherches anatomiques sur la femelle du Drile fla- vescent, et sur le mâle de cette espèce; par M. Vic- tor Audouin. 443 Recherches anatomiques sur les Carabiques et sur plu- sieurs autres insectes Coléoptères , par M. Léon Du- four. 462 Sur des os de Sèche fossiles \parM. le baron G. Ciwier. 482 Sur des becs de Sèche fossiles. — Extrait d'une lettre de M. Gaillardot, docteur-médecin , à M. Alexandre Brongniart. 486 Note sur la Douve à long cou (Fasciola lucii) ; pur ; M. Louis J urine , processeur d Anatomie à Genève. 48c) Note sur une nouvelle espèce d'Achlysie , par M. V. Audouin. 497 Table des Planches relatives aux Mémoires contenus dans ce volume. 499 FIN DE LA TABLE DES MATFE P HtRON-ALLEN C A' 70